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terça-feira, 24 de março de 2009

1882, 13 de Março - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1882
13 de Março

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. XCIV
Nº. 11
Pag. 683, 684, 685
*
PHYSIOLOGIE. - Sur la reproduction, par la photographie, des diverses phases du vol des oiseaux. Lettre de M. Marey à M. le Secrétaire perpétuel.

« Naples, 9 mars 1882.
« J'ai l'honneur d'annoncer à l'Académie que je viens d'obtenir, au moyen de la photographie instantanée, l'analyse complète des différentes formes de la locomotion, y compris le vol des oiseaux.
» Il y a deux ans environ que M. Muybridge, de San-Francisco, a publié d'admirables épreuves de chevaux lancés aux allures les plus rapides et surpris par la photographie en 1/500 de seconde; le célèbre Américain a même, sur mes instances, braqué son objectif sur un groupe de pigeons au vol: on voit sur le cliché certaines images assez nettes pour que la position des ailes y soit facile à déterminer.
« Mais, dans les expériences de M. Muybridge sur le vol, il n'était recueilli qu'une seule image de l'oiseau, tandis que l'analyse des mouvements du vol exige une série d'attitudes avec la connaisence de l’instant précis où chacune d'elles s'est produite.
« Une méthode que notre confrère M. Janssen a imaginée lors du passage de Vénus sur le Soleil, pour suivre les phases du mouvement relatif des deux astres, m'a semblé remplir, en principe, les conditions voulues. Mais j'ai trouvé bien des difficultés d'exécution, à cause de la rapidité extrême avec laquelle doivent se mouvoir les pièces du revolver photographique dont j'avais besoin.
« J'ai réussi enfin à construire, dans le format d'un fusil de chasse, un instrument qui donne aisément douze images successives par seconde, chaque image n'employant pour se produire que de seconde.
» Avec des plaques au gélatinobromure d'argent, cette durée est suffisante même pour un temps couvert. On peut, par un beau soleil, réduire la pose à de seconde (ces durées ont été contrôlées au chronographe).
« En disposant une série de ces images dans un phénakistiscope de Plateau, on reproduit l'aspect de l'oiseau qui vole, dans des conditions qui rendent facile l'analyse du mouvement.
« Mes expériences nouvelles confirment les résultats que m'avaient donnés, il y a quelques années, l'analyse graphique du mouvement de l'oiseau, mais elles y ajoutent beaucoup de notions importants.
» Dans quinze jours, j'aurai l'honneur de présenter a l'Académie mon appareil et mes épreuves photographiques. »

M. J. Janssen fait, au sujet de cette Communication, les remarques suivantes :

« Je dois dire combien je suis heureux que, notre éminent confrère, M. Marey, ait réussi à saisir par la photographie les attitudes du vol dans les oiseaux.
» La question de l’enregistrement photographique des attitudes des animaux dans le vol, la marche, et en général dans la locomotion, m'a plus particulièrement intéressé depuis que je me suis occupé de la construction d'un appareil propre à saisir les diverses phases du contact de la planète, Vénus dans ses passages sur le Soleil.
» Dans une Communication, déjà ancienne, à la Société française de Photographie, j'ai montré que l'intérêt du nouvel appareil consistait surtout dans ces applications biologiques.
» Dernièrement notre confrère a bien voulu m'écrire pour me demander des détails sur les dispositions du revolver photographique, et je me suis empressé de lui répondre.
» Je ne sais pas encore dans quelle mesure ces dispositions du revolver ont pu être utilisées par M. Marey, mais il n'est pas douteux que le principe de cet instrument, qui permet de reproduire avec tant de facilité et de simplicité des phases extrêmêment rapprochées de tout phénomène variable, ne puisse donner de bonnes solutions de ces questions. »

1882, 13 de Março - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1882
13 de Março

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. XCIV
Nº. 11
Pag. 683, 684, 685
*
PHYSIOLOGIE. - Sur la reproduction, par la photographie, des diverses phases du vol des oiseaux. Lettre de M. Marey à M. le Secrétaire perpétuel.

« Naples, 9 mars 1882.
« J'ai l'honneur d'annoncer à l'Académie que je viens d'obtenir, au moyen de la photographie instantanée, l'analyse complète des différentes formes de la locomotion, y compris le vol des oiseaux.
» Il y a deux ans environ que M. Muybridge, de San-Francisco, a publié d'admirables épreuves de chevaux lancés aux allures les plus rapides et surpris par la photographie en de seconde; le célèbre Américain a même, sur mes instances, braqué son objectif sur un groupe de pigeons au vol: on voit sur le cliché certaines images assez nettes pour que la position des ailes y soit facile à déterminer.
« Mais, dans les expériences de M. Muybridge sur le vol, il n'était recueilli qu'une seule image de l'oiseau, tandis que l'analyse des mouvements du vol exige une série d'attitudes avec la connaisence de l’instant précis où chacune d'elles s'est produite.
« Une méthode que notre confrère M. Janssen a imaginée lors du passage de Vénus sur le Soleil, pour suivre les phases du mouvement relatif des deux astres, m'a semblé remplir, en principe, les conditions voulues. Mais j'ai trouvé bien des difficultés d'exécution, à cause de la rapidité extrême avec laquelle doivent se mouvoir les pièces du revolver photographique dont j'avais besoin.
« J'ai réussi enfin à construire, dans le format d'un fusil de chasse, un instrument qui donne aisément douze images successives par seconde, chaque image n'employant pour se produire que de seconde.
» Avec des plaques au gélatinobromure d'argent, cette durée est suffisante même pour un temps couvert. On peut, par un beau soleil, réduire la pose à de seconde (ces durées ont été contrôlées au chronographe).
« En disposant une série de ces images dans un phénakistiscope de Plateau, on reproduit l'aspect de l'oiseau qui vole, dans des conditions qui rendent facile l'analyse du mouvement.
« Mes expériences nouvelles confirment les résultats que m'avaient donnés, il y a quelques années, l'analyse graphique du mouvement de l'oiseau, mais elles y ajoutent beaucoup de notions importants.
» Dans quinze jours, j'aurai l'honneur de présenter a l'Académie mon appareil et mes épreuves photographiques. »

M. J. Janssen fait, au sujet de cette Communication, les remarques suivantes :

« Je dois dire combien je suis heureux que, notre éminent confrère, M. Marey, ait réussi à saisir par la photographie les attitudes du vol dans les oiseaux.
» La question de l’enregistrement photographique des attitudes des animaux dans le vol, la marche, et en général dans la locomotion, m'a plus particulièrement intéressé depuis que je me suis occupé de la construction d'un appareil propre à saisir les diverses phases du contact de la planète, Vénus dans ses passages sur le Soleil.
» Dans une Communication, déjà ancienne, à la Société française de Photographie, j'ai montré que l'intérêt du nouvel appareil consistait surtout dans ces applications biologiques.
» Dernièrement notre confrère a bien voulu m'écrire pour me demander des détails sur les dispositions du revolver photographique, et je me suis empressé de lui répondre.
» Je ne sais pas encore dans quelle mesure ces dispositions du revolver ont pu être utilisées par M. Marey, mais il n'est pas douteux que le principe de cet instrument, qui permet de reproduire avec tant de facilité et de simplicité des phases extrêmêment rapprochées de tout phénomène variable, ne puisse donner de bonnes solutions de ces questions. »
1882
10 de Abril

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
Janvier-Juin
T. XCIV
Nº. 15
Pag. 1013, 1014, 1015, 1016, 1017, 1018, 1019, 1020
*
PHYSIOLOGIE ANIMALE. - Emploi de la photographie instantanée pour l'analyse des mouvements chez les animaux; par M. Marey.

«Les expériences que j'ai l'honneur d'exposer devant l'Académie se rattachent anx études que j'ai faites il y a une douzaine d'annêes sur la locomotion animale, études que j'ai dû suspendre, mais que je compte reprendre aujourd'hui en les développant davantage.
» Mes premières expériences sur la locomotion étaient faites au moyen de la chronographie; elles traduisaient fidèlement les rythmes des allures de l'homme et des animaux, c'est-à-dire l'instant et la durée des appuis de chaque membre sur le sol. Plus tard, par une méthode déjà plus délicate, j'inscrivais les phases d'élévation et d'abaissement des ailes d'un oiseau qui vole, la trajectoire décrite dans l'espace par la pointe de l'aile, les changements du plan alaire, les oscillations du corps dans leurs rapports avec les mouvements du vol (1) ([i]).
» Les renseignements donnés par la méthode graphique étaient d'une grande précision; ils corrigeaient bien des erreurs d'observation et résolvaient certaines questions litigieuses de mécanique animale; mais les notions fournies par cette méthode étaient encore incomplètes. Ainsi, en ce qui concerne les allures du cheval, j'ai essayé de faire représenter les attitudes de cet animal à différents instants du pas de chaque allure ; or, les figures faites d'après les données de la chronographie, parfaitement correctes pour la position des membres l'appui, présentaient parfois des incorrections pour celle des membres au levé. J'en eus la preuve lorsque parurent les belles photographies instantanées de M. Muybridge, de San-Francisco, l'image d'un cheval saisie en de seconde donnant, même aux allures les plus rapides, l'attitude réelle presque aussi nettement que si l'animal eût été immobile.
» Le Journal la Nature venait de publier quelques-unes des figures de M. Muybridge; je m'empressai d'écrire au rédacteur en chef, mon ami G. Tissandier, pour lui exprimer mon admiration pour ces belles expériences et pour le prier d'engager leur auteur à appliquer la photographie instantanée à l'étude du vol des oiseaux. J'émettais alors l'idée d'un fusil photographique à répétition analogue au revolver astronomique imaginé par notre confrère M. Janssen pour observer le dernier passage de vénus. Ce fusil donnerait une série d'images successives prises à différents instants de la révolution de l'aile. Enfin, ces images, disposées sur un phénakisticope de Plateau, devraient reproduire l'apparence du mouvement des animaux ainsi représentés.
« Cette lettre me valut, de la part de M. Muybridge, l'envoi d'une collection de ses belles photographies et l'assurance qu'il appliquerait ses appareils à l’étude du mécanisme du vol; en outre, différents auteurs adaptèrent à des zootropes, soit des figures construites d'après mes notations chronographiques, soit les images obtenues par le célébre photographe américain, et obtinrent ainsi une représentation saisissante d'animaux en mouvement (1) ([ii]).
« Au mois de septembre dernier, M. Muybridge vint à Paris, apportant une riche collection de photographies instantanées qui représentaient, non seulement le cheval à diverses allures, mais l'homme se livrant à différents exercices: la course, le saut, l'escrime, la lutte, etc. Dans la collection de M. Muybridge il y avait aussi quelques photographies d’oiseaux au vol, mais ce n'était plus, comme pour l'homme ou le cheval, la représentation d'attitudes successives: c'étaient des images analogues à celles que M. Caillet avait obtenues quelques années auparavant et montrant les ailes de l'oiseau dans une position unique, tantôt en élévation, tantôt en abaissement ou dans quelque phase intermédiaire. Ces photographies étaient cependant fort intéressantes: elles vérifiaient ce que la méthode graphique m'avait fait saisir relativement au mécanisme du vol, mais surtout promettaient des renseignements précieux, si l'on pouvait obtenir des images en série, comme M. Muybridge l'avait fait pour l'hornme et pour les quadrupèdes.
« Je résolus de consacrer cet hiver à réaliser mon ancien projet de fusil photographique. Le procédé au gélatinobromure d'argent me faisait espérer des images assez nettes avec un temps de pose très court, mais la vitesse avec laquelle devaient se repéter les mouvements qni présenteraient au foyer de l'objectif des points différents de la plaque sensible entraînait certaines difficultés dans la construction de l'instrument. Il fallait, en effet, recueillir au moins dix ou douze images par secunde, afin d'avoir plusieurs attitudes de l'oiseau a chaque révolution de son aile. En outre, cette vitesse m'était imposée par le projet que j'avais formé de disposer la série d'images obtenues dans un phénakisticope, afin de reproduire l'apparence des mouvements du vol de l'oiseau; car on sait que la faible durée de la persistance des images sur la rétine nécessite une répétition fréquente des apparitions lumineuses pour donner à notre œil une sensation continue.
« Je réussis à construire, dans les dimensions d'un fusil de chasse, un appareil qui photographie douze fais par seconde l'objet que l'on vise; chaque image n'exige, comme temps de pose, que de seconde.
« Le canon de ce fusil est un tube qui contient un objectif photographique. En arrière, et solidement montée sur la crosse, est une large culasse cylindrique dans laquelle est contenu un rouage d'horlogerie. Quand on presse la détente du fusil, le rouage se met en marche et imprime aux différentes pièces de l'instrument le mouvement nécessaire. Un axe central, qui fait douze tours par secande, commande toutes les piéces de l'appareil. C'est d'abord un disque opaque et percé d'une étroite fenêtre. Ce disque forme obturateur et ne laisse pénétrer la lumière émanant de l'objectif que douze fois par secande, et chaque fois pendant de seconde. Derrière ce premier disque, et tournant librement sur le même arbre, s'en trouve un autre qui parte douze fenêtres et en arrière duquel vient s'appliquer une glace sensible, de forme circulaire ou octogonale. Ce disque fenêtré doit tourner d'une manière intermittente, de façon à s'arrêter douze fois par seconde en face du faisceau de lumière qui pénètre dans l'instrument. Un excentrique placé sur l'arbre produit cette rotation saccadée, en imprimant un va-et-vient régulier à une tige à cliquet qui saisit à chaque oscillatian une des dents qui forment une couronne au disque fenêtré.
« Un obturateur spécial arrête définitivement la pénétration de la lumière dans l’instrument aussitôt que les douze images ont été obtenues. D'autres dispositions ont pour but d'empêcher la plaque sensible de dépasser par sa vitesse acquise la place où le cliquet l'amène, et où elle doit être parfaitement immobile pendant la durée de l'impression lumineuse.
» On fait la mise au point en allongeant ou en raccourcissant le canon, ce qui déplace l'objectif en avant ou en arrière; enfin, on vérifie cette mise au point en observant, par une ouverture faite à la culasse du fusil, la netteté de l'image reçue sur un verre dépoli.
» Une boîte à escamoter, de forme circulaire, analogue à celles qui existent déjà dans le commerce, me sert à loger vingt-cinq plaques sensibles et à les faire passer dans le fusil sans qu'elles soient exposées à la lumière.
« Avant d’appliquer cet instrument à l'étude du vol, je le soumis à certaines épreuves expérimentales, et les résultats que j’obtins furent satisfaisants.
» On dispose, par exemple, une fléche noire sur un axe central autour duquel elle tourne en se détachant sur un fond blanc bien éclairé par le soleil. La vitesse de rotation de la flèche est telle que ses extrémités parcourent environ 5m par seconde, ce qui représente six tours. Le tireur, placé à 10m, vise le centre de la cible sur lequel on n'aperçoit rien qu’une légére teinte grise générale, à cause de la vitesse de rotation. La plaque sensible, une fois développée, montre douze images disposées circulairement. Sur chacune d'elles la flèche se voit, avec son ombre portée, à peu près aussi nettement que si elle eût été inimobile.
»Une autre fois je photographiai un pendule noir oscillant au devant d'une règle blanche portant des divisions. Le pendule battait les secondes, et j'obtins, en effet, douze images representant les positions successives occupées, par le pendule aux différentes phases d'une oscillation complète.
» Pour plus de sûreté dans la mesure des durées, j'adaptai au fusil un appareil chronographique formé d’une capsule à air qui reçoit un choc à chacun des déplacements de la plaque sensible; un tube de caoutchouc relie cette capsule à un appareil inscripteur qui trace sur un cylindre tournant, en même temps qu’un chronographe ou qu’un diapason d’un nombre de vibrations connu. De cette manière, la durée de l’impression lumineuse et l’intervalle de temps qui sépare les images sont mesurés avec une précision satisfaisante.
« Après cas expériencés d'essai, j'abordai la photographie d'animaux en mouvement. On voit sur les épreuves une mouette qui vole. Sur d'autres; j'ai obtenu l'image de mouettes volant en plein travers; comme l'oiseau donnait exactement trois coups d'aile par seconde, on trouve dans les douze figures quatre attitudes successives qui se reproduisent périodiquement.
« Les ailes sont d'abord élevées au maximum, puis elles commencent à s'abaisser; dans l'image suivante, elles sont au plus bas de leur course, et dans la quatrième elles se relèvent. Une nouvelle série pareille de mouvements revient alors, et ainsi de suite.
« En agrandissant ces figures, on obtient des images visibles à distance, mais dont la netteté laisse encore à désirer; car mes clichés négatifs sont légerement grenus, ce que j'attribue à mon peu d'expérience des procédés photographiques. La reproduction de ces images par l'héliogravure ne donne qu'une silhouette noire (fig. 1 et 2). Il ne faudrait pas croire, toutefois, qu'on ne puisse jamais obtenir un certain modelé dans les images. J'ai placé sous un microseope à faible grossissement des négatifs obtenus avec une mise au point bien exacte: sur ces clichés, qui représentent l'oiseau vu d'en haut, on peut aisément compter les rémiges et saisir l'imbrication de ses plumes.« Si l'on dispose des photographies d'oiseaux sur un phénakisticope, on reproduit bien l'apparence des mouvements du vol, mais les images correspondant à chaque révolution de l'aile sont encore trop peu nombreuses pour se bien prêter à l'analyse des mouvements du vol: il faudra donc en augmenter le nombre. On y peut arriver, par exemple, en doublant la vitesse du mouvement de la plaque et des obturateurs, ce


que j'ai pu faire avec ce même fusil, tout en ayant encore assez de lumière pour la production des images: la durée de l'éclairage de la plaque n'était alors que de de seconde; encore l'objectif employé n'était-il pas des plus rapides.
» En photographiant l'oiseau dans d'autres conditions, par exemple lorsqu'il s'éloigne de l'observateur ou qu'il s'en rapproche, lorsqu'il est vu par en dessous ou par en dessus, on obtient d'autres renseignements sur le mécanisme du vol; ainsi, on observe aisément les changements d'inclinaison du plan de l'aile, l'inflexion des rémiges sur la résistance de l'air, les mouvements par lesquels le corps se porte en avant pendant l'abaissement de l'aile, en arriére pendant l'élévation.
» J'ai déjà comparé, à cet égard, les renseignements donnés par la photographie à ceux que m'avait autrefois donnés la méthode graphique, et j'ai obtenu ainsi la confirmation des points principaux que je croyais avoir établis par la première de ces méthodes. Il ne parait pas douteux que les images photographiques n'ajoutent beaucoup de connaissances nouvelles à celles que nous avons sur le mécanisme du vol. J'attends, pour émettre à cet égard une opinion fondée, d'avoir recueilli les éléments nécessaires, c'est-à-dire un grand nombre d'images d'oiseaux d’espèces différentes, exécutant le vol ramé ou le planement, soit en temps calme, soit avec du vent soufflant dans des directions variées.
» La chauve-souris est difficile à photographier, à cause de son vol capricieux, de sa petite taille et de l'heure tardive à laquelle elle se montre. Mes meilleures plaques ne m'ont donné que cinq ou six images sur les douze changements de position de la plaque photographique; encore ces images étaient-elles parfois sur la limite du champ de l'instrument. Les rares expériences que j'ai pu faire sur cet animal


m'ont toutefois montré certains faits intéressants. On voit, sur les photographies (fig. 3), que l'angle d'oscillation des ailes de la chauve-souris est très étendu, surtout par en bas où, à la limite de leur abaissement, les deux ailes forment deux plans verticaux sensiblement parallèles. On constate en outre que la chauve-souris peut voler malgré l'ablation d'une notable étendue de la membrane de ses ailes, pourvu que la partie restante corresponde aux espaces interdigitaux. Ainsi, parmi les images que j'ai recueillies, il en est une qui se retrouve plusieurs fois: il s'agissait d'une chauve-souris dont l'humérus et l'avantbras apparaissent entièrement dépourvus de membranes; à l'extrémité de l'aile on voit seulement une sorte de petit éventail formé des membranes interdigitales. L'aile ainsi mutilée exécute des mouvements beaucoup plus étendus que celle qui est intacte.» Le fusil photographique se prête également à l'étude du mouvement de différentes espèces d'animaux : j'ai photographié des chevaux, des ânes, des chiens, des hommes à pied ou sur des vélocipèdes; mais je n'ai pas donné suite à ces expériences: elles rentrent dans le programme que M. Muiybridge remplit avec tant de succès. Je me propoae surtout d'étudier au moyen de la photographie le mécanisme du vol chez les diverses espéces animales. On entrevoit déjà qu'aux différentes formes des oiseaux et, des insectes correspondent des différences dans la manière de voler; or rien ne paraît plus propre à éclairer le mécanisme du vol que cette comparaison de la fonction avec la conformation des organes chez les différentes espèces. »
([i]) (1) La machine animale, 1er édition; 1873.
([ii]) (1) Parmi les autenrs qui ont réalisé des zootropes avec les photographies instantanées, on doit citer M. Muybridge lui-rnême; en France, M. Mathias Duval, professeur d'anatomie à 1'Ecole des Beaux-Arts, et le colonel Duhousset; en Hongrie, M. Ziekly, professeur àl'Ecole des Beaux-Arts de Buda-Pest; enfin, en Angleterre, plusieurs industriels vendaient, l'an dernier, des zootropes formés avec les figures que M. Muybridge a publiées.

segunda-feira, 23 de março de 2009

1882, 20 de Abril - NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX de A. POITEVIN

1882
20 de Abril

NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX de A. POITEVIN
par M. A. DAVANNE
Gauthier-Villars
Paris
1882
*
NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX A. POITEVIN PAR M. A. DAVANNE
Vice-Président de la Société Française de Photographie


Après l'éloge de ces savants illustres, Bussy, Dubrunfaut, H. Saint-Claire Deville, fait par celui qui fut le digne collaborateur des grands travaux de Sainte-Claire Deville (1) ([i]) et dont le nom a sa place si haut marquée dans la Science, je vous demande d'accorder encore quelques moments à un simple membre de notre Association, qui vient vous entretenir de la vie et des travaux d'un savant dont les œuvres,moins éclatantes, sont certainement ignorées d'un grand nombre des personnes qui veulent bien me prêter leur attention.
Ces travaux, cependant, ont eu une importance capitale sur le développement de l'une de nos grandes découvertes modernes, qu'ils ont pour ainsi dire transformée. Tout le monde connaît la Photographie; chacun apprécie les réultats qu'elle produit; partout, dans le cabinet du savant, dans l'atelier de l'artiste, dans celui de l'industriel, dans nos salons comme dans les plus modestes logis, et mêmee dans les lointains pays qui ne sont qu’à l'aurore de la civilisation, partout, maintenant, on retrouve ces épreuves photographiques auxquelles les uns demandent la constatation de la vérité et le plus grand nombre les doux souvenirs de l'amitié et de la famille.Mais qu'ils sont peu nombreux ceux qui connaissent le nom des hommes qui leur ont procuré cette douce jouissance, qui ont mis à la portée de l'artiste les belles lignes tracées par les maîtres, et qui ont permis aux pauvres ce grand luxe des riches: la galerie des êtres aimés!
Le nom de DAGUERRE a survécu, alors même que se sont évanouies las oeuvres que ses procédés ont pu produire; celui de NICÉPHORE NIÉPCE son prédécesseur et son associé, celui de Fox Talbot sont peu connus du public, et ceiui d’ALPHONSE POITEVIN, dont les travaux ont permis de transformer par de nombreux procédés une image éphémère en une épreuve durable et de multiplier à l’infini les tirageg trop restreints que donnaient les premières méthodes, le nom de Poitevin est resté dans l'ombre de la Science, dépassant à peine le milieu special qui seul appréciait ses utiles travaux, alors que tous en recevaient ou en recevront les bienfaits.
POITEVIN, pourtant, a consacré sa vie entière aux recherches qui ont amené ces résultats; dès son adolescence, qui s'est passée dans son pays natal, à Contlans, dana la Sarthe,il montrait un goût particulier pour l’étude des sciences, et en 1840, à l'âge de vingt et un ans, il entrait brillamment à l'École Centrale, d’où trois ans plus tard, il sortirait, troisième de sa promotion, avec le diplôme d'ingénieur chimiste.
Dès lors sa vocation était tracée. Frappé par les remarquables résultats obtenus par la récente découvette de Daguerre, il en avait cependant vite aperçu les points faibles: le procédé sur plaque d'argent ne donnait qu'une seule image d'un prix relativementélevé, il fallait la multiplier économiquement.
Déjà les rares loisirs que lui laissaient ses études à L’École Centrale avaient été consacrés à des recherches pour reproduire l'image de la plaque daguerrienne par la galvanoplastie, recherches qu'il espérait alors pouvoir continuer; mais, dès sa sortie de l'École, nous voyons commencer l'antagonisme entre la vocation et la lutte pour la vie : chimiste attaché aux salines de l'Est, apportant successivement dans les salines de Dieuze, de Montmorot, d 'Arc, de Gouhenans les améliorations suggérées par les connaissances acquises, il dut abandonner pendant plusieurs années, pour les travaux industriels, les recherches qui le charmaient.
Cependant, de 1847 à 1855, sans quitter la position conquise par son travail, il reprend son idée première, et s'efforce, par l'emploi des procéd6és galvanoplastiques, d'obtenir la gravure de l'image daguerrienne ou d'en faire une contre-épreuve qui, enlevée au moyen d'une couche de gélatine, donnait une sorte de négatif que l'on pouvait imprimer en image positive sur papier au chlorure d'argent.
Vers cette époque, il se fit en photographie une première transformation; la plaque de Daguerre fut abandonnée pour faire place à ces procédés dérivés de l'invention de Talbot, qui produisaient à la chambre noire une image négative, servant ensuite à imprimer un nombre quelconque d'images positives.
Mais voici que je me sers de mots inconnus pour beaucoup de personnes; je parle d'épreuves négatives, d'épreuves positives; ces expressions reviennent continuellement, dès que l'on dit qualques mots sur la Photographie; et, avant d'aller plus loin, il me semble indispensable de vous les expliquer.
Dans les conditions les plus générales, l'image photographique résulte de l'action de la lumière sur les sels d'argent; parmi ces sels, ceux que nous employons sont blancs ou peu colorés, tels que le chlorure, le bromure, l'iodure d'argent; la lumière, en agissant sur eux, les rend noirs ou aptes à noircir; de là cette conséquence que le résultat de

Fig. 1

l'action lumineuse est juste l'inverse de ce que nous cherchons. Un portrait de femme blanche avec une robe noire nous donnera donc une femme noire avec une robe blanche. Le ciel lumineux d'un paysage et les arbres sombres sont représentés par un ciel noir et des arbres blancs. C'est l'épreuve renversée (fig. 1), c'est 1'épreuve négative. Mais, recommençons l'opération, en prenant comme modèle cette épreuve négative; les effets sont de nouveau renversés, nous obtenons l'image conforme à la nature (fig. 2), et le modèle négatif n´étant nullement altéré, nous pouvons en tirer un nombre indéfini d'épreuves positives.Voici donc les opérations photographiques divisées en deux grandes classes: la production des négatifs et l'impression des positifs; c'est surtout de ces derniers que s'est préoccupé Poitevin.Fig.2

Le type négatif peut être obtenu trés rapidement, grâce à la découverte faite par Daguerre de l'image latente, qu’avait découvert Niépce en 1814 ([i]).
Cette image latente résulte d'une action invisible et encore inexpliquée que la lumière fait subir à certains sels d'argent; elle frappe le composé sensible, et celui-ci peut être instantanément modifié dans sa nature sans que l'on aperçoive trace de la modification; les parties touchées par la lumière ne different on rien des autres lorsqu'on les examine, mais elles noirciront sous l'influence do certains réactifs réducteurs; la réduction sera proportionnelle à l'intensité lumineuse qui a agi, et l'image se développera graduellement.
L'expérience est exécutée devant vous en projection: une glace a été impressionnée dans la journée, on la plonge ici dans une petito cuve contenant le réactif approprié (acide pyrogallique et carbonate d'ammoniaque), le tout est agencé dans la lanterne à projections en séparant la cuve de la trop vive lumière au moyen d'un verre jaune, qui arrête les rayons chimiques, et l’épreuve se dessine peu à peu sur l'écran. Toutefois, en raison de la vive lumière transmise même à travers le verre jaune orangé, l'expérience ne peut durer que quelques secondes, et le tous se fond dans une teinte grise uniforme.
Je vous parlais de la rapidité de l'impression; de récents progrès l'ont tellement augmentée, que c’est à peine si j'oserai vous dire comment elle est calculée actuellement. Nicéphore Nièpce demandait des heures pour avoir me image à peine accusée; avec le procédé primitif de Daguerre, trois ou quatre minutes suffisaient; bientôt l'emploi du bromure d'argent, puis du collodion, réduisit ces minutes en secondes; mais voici que, dans ces dernières années, au lieu d'albumine, de collodion, on reprend la gélatine, que, dès 1850, Poitevin avait indiquée comme un millieu éminemment apte à favoriser les réactions photographiques; M. Balard fit à ce sujet une communication, au nom de Poitevin, à l’Académie des Sciences.
Seulement, comme tant d'inventeurs, Poitevin arrivait vingt-cinq ans trop tôt, posant un jalon et traçant ïa route qui fut parcourne plus tard. En 1872 et 1873, M. Stas étudiant les diverses modifications que subit le bromure d'argent, nota l'extrême sensibilitée de décomposition par la lumière que prend ce produit sous l'influence d'une
ébullition prolongée; puis, par la réunion des deux conditions, on put obtenir, avec la gélatine et le bromure d'argent, ces plaques dites au géltino-bromure, d'une sensibilité telle qu'on arrive à fixer une image par la lumière réfléchie en , et même de seconde, et dans des conditions exceptionnelles en et même en de seconde comme l'a fait M. Janssen en photographiant directement le Soleil. Tout porte à croire qu'on ne s'arrêtera pas là.
C'est la vie, c'est le mouvement pris sur le fait; ce sont de nouvelles méthodes de vérification, des documents de toute nature offerts aux savants et aux artistes.
On peut saisir les attitudes réelles des animaux, suivre leurs divers mouvements pendant la marche comme le prouvent les épreuves faites par M. Chardon, par M. Rolland; on peut reproduire, ainsi que l'a fait M. Muybridge, les diveses allures d'un cheval, les exercices de l'homme, ou fixer, avec M. Marey, le mouvement rapide des ailes de l'oiseau qui vole.
On prend instantanément des scénes pittoresques comme celles reproduites par MM. Audra, Braum (Fernand), Hieckel; c'est ainsi que M. Janssen a pu inscrire divers phénomènes célestes, et par la photomicrographie on examine avec plus de facilité la structure des infiniment petits, comme le montrent les belles épreuves de diatomées et de parasites faites par M.Ravet. On peut encore fixer, pour des constatations indiscutables, comme l'a fait M. le capitaine Joly, le point d'éclat de l'obus dans le ciel, ou tracer le mouvement variable du recul des canons suivant les divers angles du tir.
C'est un champ nouveau à exploiter; j'aurais voulu m'arrêter avec vous sur l'importance de ce nouveau procédé photographique, qui touche par un point à l'une des plus anciennes recherches faites par Poitevin, mais j’ai dû me borner à vous montrer quelques spécimens (1) ([ii]).
Lorsque les clichés sont obtenus, nous avons dit qu'ils doivent doivent imprimés en épreuves positives, soit en répétant l'opération comme on le fait pour les épreuves destinées aux projections, soit en produisant les images papier; le pocédé généralement employé au dbbut, et maintenant encore, est l'impmssion sur papier albuminé préparé au chlorure d'argent et, devant les résultats obtenus, on put croire un instant que les recherches de gravure héliographique, d’impression par les encres grasses ne devaient plus avoir d'intérêt ; mais bientôt on s'aperçoit que les épreuves dites à l'argent, qui ont le défaut d’être couteuses et irregulières, en ont un bien plus grave encore : elles ne sont pas solides, elles s'altèrent, elles sont toutes destinèes à disparaître dans un temps très rapproché, quelle que soit leur valeur; et aux regrets que pouvait causer dans la famille la disparition d'un portrait cher, vint s'ajouter le cri d'alarme des savants et des artistes qui voyaient s'effacer entre leurs mains des documenta réunis le plus souvent à grand'- peine et à grands frais.
Alors un homme dont le nom est resté considérable dans les sciences et dans les arts, le duc Albert de Luynes, donna une énergique impulsion aux recherches commencées pour détourner ce mal. En 1856, il mit au concours deux prix de grande valeur, l'un de 2000fr pour l'obtention de l'image photographique avec me matière aussi inerte que le carbone; l'autre, de 8000fr, pour le meilleur procédé d'impression photographique au moyen des encres grasses.
Poitevin qui, à cette époque, avait continué d'étudier avec soin l'action, encore peu connue, de la lumière sur les mélanges de matièes organiqnes et de bichromates alcalins, résolut le double problème par l'omploi raisonné de ces substances, et il remporta en 1802, puis on 1867, les deux prix proposés, après élimination successive de ses nombreux concurrents, dont le plus important pour le prix de 8000fr fut Ch. Nègre, qui avait présenté au concours de grandes planches hé1iographiques sur acier, d'une exécution très remarqunble.
Aujourd'hui celui qui fut chargé du rapport sur le dernier concours est devant vous, et après quinze année, après avoir vu se fermer récemment les deux tombes de Nègre et de Poitevin, tous deux si dignes d’intérêt, il peut vous faire part de scrupules, maintenant disparus, mais qui n'ont pas été sans troubler quelquefois sa conscience.
Des deux concurrents l'un était un artiste habile, jaloux de son œuvre, s'isolant dans son travail, faisant à peine connaître quelques détails de son procédé, mais présentant de très beaux résultats.
L'autre, Poitevin, était un chimiste, cherchant et trouvant des réactions nouvelles, mais les utilisant avec moins de succès, basant sur ses recherches des séries de methodes d'une application juste, mais n'apportant à l'appui que des images dont toute la valeur résidait dans le contrôle exact de la réaction indiquée. J'étais alors hésitant devant la decision qui m'était tracéec par un grand savant, Regnault; mis il fait cesser mes doutes, en me rappelant que dans l'ordre scientifique comme dans l'ordre moral les principes priment le succès; ce dernier n'est souvent qu'éphémère, tandis que les principes justes poussent des racines fécondes et les bienfaits qu'ils produisent sont infinis.
Aujourd'hui, l'œuvre de Ch. Nègre est restée, mais isolée, prseque oubliée, tandis que les recherches et les études de Poitevin ont fructifié, elles ont donné naissance à une foule d'applications diverses dont il est le premier inventeur, d'autres en ont récolté les fruits.
Nous retrouvons les preuves de ses constantes études dans les nombreuses communications faites en son nom à l'Académie des Sciences par M. Balard, par M. Edm. Becquerel, et insérés dans les Comptes rendus; d'autre ont été adressées à la Société d'Encouragement et primées par elle; d'autres, à la Société Française de Photographie. Ces études portent d'abord, nous l'avons dit, sur des essais de gravure de l'image daguerrienne, sur l'obtention de clichés négatifs, sur des méthodes diverses pour employer la gélatine comme milieu favorable aux réactions photagraphiques; et en 1855 Poitevin présente tonte une série de procédés nouveaux, basés sur les modifications que la lumière fait éprouver à un mélange de bichromate alcalin et de substances organiques, telles que la gélatine, l'albumine, la gomme aradique ou autres matières analogues.
De ces modifications découlent: les impressions aux matières colorantes inertes, vulgairement appelées photographies au charbon, celles faites avec des papiers qui portent actuellement différents noms dans le commerce, des modes faciles de reports lithographiques, des procédés directs de lithophotographies, des méthodes de moulages dites hélioplastie, des applications céramiques avec couverte teinte dégradée; dans leaquelles se trouve le germe de la photoglyptic et les lithophanies photographiques.
Nous touchons également, avec Poitevin, à divers procédés de gravure ; il est aussi l’inventeur premier de toutes ces méthodes d’impression à l’encre sur surfaces plane, analogues à la lithographie, faites sur glace, sur cuivre, sur ainc, sur pierre et même sur papier, et qui, sorties de France entre les années 1867 et 1870, ne tardèrent pas à y rentrer, voilées sous des noms étrangers et sous des formules d'emprunt qu'il était facile de démasquer. Il suffisail, ou effet, de lire ces quelques lignes imprimées longtemps avant, en 1862, par Poitevin :
« La possibilité une fois reconnue de faire adhérer l'encre grasse et tous corps gras aux seules parties modifiées par la lumière d'une surface quelconque recouverte du mélange précité (bichromate et matières gommeuses et gélatineuses), j'étais arrivé à la possibilité de la photolithographie. «
Cette phrase, bien qu'elle ne fût publiée qu'en 1862 s'applique aux travaux faits en 1855.
Plein de confiance en ses découvertes, saisfait de ses premiers essais, Poitevin entrevoit dans leur exploitation un avenir et la liberté de se livrer à ses études favorites; il quitte les attaches qui absorbent son temps; il se fait apprenti, ouvrier, puis patron, et il crée un atelier de photolithographie; mais il avait oublié que, moins que tous autres, les inventeurs, les savants, ne peuvont s'attarder aux applications mercantiles; leur génie, comme celui de l'artiste, plane dans des régions plus alevées ; sans cesse poursuivis par la fièvre du mieux et l’idée nouvelle,ils leur sacrifient le temps, les soins, les calculs sévères que demande l'exploitation industrielle. A peine deux ans s'étaient-ils écoulés dans les soucis et les déboires, que Poitevin cédait, à un prix à peine compensateu des dépenses faites, ces brevets sur lesquels il avait fondé de si belles espérances.
Voyons ce que ces procédés sont devenus aujourd'hui, et posons d'abord le principe général des études de Poitevin.
Les matières gélatineuses, albumineuses, gommeuses et analogues, mélangées de bichromate aicalin, deviennent plus ou moins profondément insolubles ou imperméables, résistent plus ou moins à l'action de l'eau, lorsque la lumière les a frappées; cette action est proportionnelle à la somme, à l'intensité lumineuse.
Ce principe établi, il devient facile de comprendre les diverses applications qui en derivent.
Sur un papier, on a étendu une couche d'albumine mélangée d'une matièro colorante (encre de Chine ou toute autre couleur inerte) ; cette préparation devient sensible à la lumière si on couche le dos de la feuille sur un bain de bichromate de potasse ; le liquide pénètre à travers la feuille de papier et se mélange ainsi à l’albumine sans la dissoudre. Après dessiccation, ce papier est exposé au jour sous un cliché de traits, puis inmergé dans l'eau froide; l'aibumine non touchée par la lumière se dissout entraînant la matière colorante; mais, dans les parties qui ont reçu l'action lumineuse, l'albumine devenue insoluble reste sur le papier imprisonnant la substance colorée et formant le dessin, comme vous le voyez pour les épreuves que M. Roger nous a préparées à l'avance : ainsi peuvent s'obtenir avec grande facilité des reproductions de cartes, de plans, etc. Mais je puis aussi bien opérer avec l'albumine bichromatée non colorée et après exposition à la lumière, au moyen d'un rouleau d'imprimeur chargé d'encre grasse, je fais tableau noir en couvrant uniformément toute la surface albuminée; lorsque je mets ensuite cette feuille dans l'eau, l’encre grasse est entraînée partout ou l'albumine est dissoute, elle reste là ou la lumière a rendu 1'albumine insoluble; je puis donc faire ainsi rapidement une épreuve l'encre noire d'imprimerie; au lieu d'encre ordimaire, j'ai pu prendre l'encre dite de report, et l'épreuve qui en résulte, bien nettoyée, est mise soit sur pierre, soit sur zinc par les procédés connus du report, et l'on peut tirer, par les procédés industriels courants, un nombre indéfini d'exemplaires.
Au lieu d’albumine, si l'on prend une solution de gélatine que l'on mélange en quantité convenable avec une matière colorante inerte quelconque, on obtient en l'étendant sur papier une surface de couleur trés foncée. Ce papier est sensibilisé en le plongeant dans un bain de bichromatede potasse à 3 pour 100 d’eau; puis, après dessiccation, on l'expose sous un cliché. La lumière vient alors, suivant les transparences plus ou moins grandes de ce cliché, sculpter l'image dans 1'épaisseur de cette couche colorée, et cela avec une perfection, une délicatesse merveilleuses. Quand on retire 1'épreuve du châssis, l'image n'est pas visible, elle est empâtée d’ans l'excès de gélatine et de couleur; il faut, pour l'obtenir, enlever tout ce que la lumière n'a pas modifié, à peu près comme le praticien enlève d'un bloc de marbre tout ce qui n'est pas sa statue ; mais ici le praticien inconscient et sûr sera l'eau tiède, éliminant par dissolution de la gélatine toute la matière colorante inutile, et l'épreuve, comme vous le montre M. Chardon (1) ([iii]), sort compléte avec telle coloration que l'on a choisie. Un tour de main trés heureux, indiqué par M. l'abbé Laborde et aussi par M. Fargier, consiste à toujours développer 1'épreuve par le côté opposé à celui qui a reçu l'impression, ce qui permet d’obtenir les teintes les plus déicates insolubilisées par la lumière.
C'est par ce procédé modifié de différentes façons, que sont faites toutes les photographies dites au charbon. MN. Braun et Cie, très experts dans ce mode de tirage, exécutent ainsi toutes leurs épreuves d'après les grands maîtres, et ils ont bien voulu en envoyer ici un assez grand nombre pour que vous puissiez apprécier le côté réellement pratique de ce mode d'opérer.
Au lieu de reporter l’épreuve sur papier, je puis la mettre sur verre douci et produire ainsi de charmantes images transparentes semblables à celles qui m'ont été confiées par M. Carlos Relvas, très habile amateur photographe de Portugal.
En mettant une couche excessivement mince d'albumine bichromatée sur pierre lithographique et en exposant cet enduit au soleil sous un cliché, Poitevin obtint des dessins qu'il lui suffisait de traiter par les procédés ordinaires de la lithographie pour en faire le tirage; il reconnut en outre que si l'exposition à été convenable, la surface continue de gélatine bichromatée prend l'encre où la lumière la rendue suffisamment imperméable à l'eau, tandis qu'elle simbibe d'eau´etrepoussel'encre dans les parties préservées de l'action lumineuse, et il put dire qu'une impression analogue à la lithographie pouvait être obtenue sur une surface quelconque recouvertee du mélange précité. Actuellement, en effet, ce mode d'impression peut être exécuté sur glace, sur cuivre et sur beaucoup d'autres surfaces planes, pourvu que la couche gélatineuse soit suffisamment adhérente. Les tirages exécutes devant vous, et les glaces qui m'ont été confiées par M. Berthaud fils vous montrent avec quelle perfection s'exécute cette pseudo-lithographie. J'insiste sur cepoint que, dans ces expériences, c'est la gélatine adhérente et continue qui fait fonction de surface lithographique, quel que soit son support. Les résultats qui sont sous vos yeux ont été obtenus par MM. Chardon, Berthaud, Quinsac, Roche, Carlos Relas, etc.; en Allemagne, en Autriche, en Italie, en Angleterre, on fait un fréquent usage de ce procédé ainsi qu'en France et plus qu'en France sous les noms si variés d'Albertype, Collotypie, Licht-Druck, Phototypie, etc.; mais le principe roste le même, il appartient entièrement à Poitevin, et l'on est en droit de se demander, alors que l'on cherche de nouveaux gisements de pierres lithographiques, s'il n'a pas résolu la question de la manière la plus simple, en les supprimant.
Lorsque la gélatine bichromatée est mise dans l'eau froide après son insolation sous un cliehé, elle absorbe l'eau dans une proportion inverse de l'action lumineuse, nous le savons, mais alors elle se gonfle plus ou moins et produit une sorte de modelage dont les reliefs et les creux sont renversés suivant que l'on a employé un négatif ou un positif, ou plus simplement suivant que l'on a f ait moule et un contre-moule, avec cette remarque toutefois que ces reliefs reproduisent non pas des proportions sculpturales, mais des proportions lumineuses, ainsi que cela existe dans les plaques translucides de porcelaine que l'on nomme des lithophanies.
Poitevin a indiqué sous le nom général d'hélioplastie toute une série d'applications de cette réaction de la lumière sur la gélatine bichromatée; ces moulages, convenablement étudiés et reproduits, peuvent donner des planches en relief ou en creux, utilisables pour la typographie [fig. 3 (2)] ([iv]), ou la gravure en taille-douce, ou servir à la fabrication des lithophanies; lorsque l'épreuvo est obtenue en creux sur une matière céramique, on peut remplir les creux plus ou moins profonds avec un émail coloré et transparent. Après la cuisson, l'image se montre avec des teintes qui sont dégradées suivant l'épisseur plus ou moins grande de la couche d'émail, et si nous suivons dans ses consséquences le développement de ce principe, de cette idée première, nous voyous ce moulage en matière céramique se transformer et devenir la photoglyptie. Par des moyens un peu différents de ceux de Poitevin, M. Woodbury a
Fig.3

remplacé le moulage au plâtre par le moulage dans le métal sous une presse hydraulique puissante. Alors ce n'est plus le gonflement plus ou moins prononcé de la gélatine qui est utilise pour produire l'épreuve, ce sont les parties solides qui restent après élimination par l'eau chaude des parties solubles.
Lorsque la dessiccation a rendu cette image an gélatine complètement dure, on la place
Fig. 4


sur une plaque de plomb et on la comprime entre deux plans sous la presse hydpaulique
(fig. 4). Il est curieux de voir cette délicate épreuve formée par l'action des rayons lumineux avec leur infinie dégradation de teintes, subir une pression brutale pour laquelle le levier de la presse mue par la main de l’homme ne donnant pas une force suffisante, il faut emprunter l'aide d'une machine à vapeur. La plaque de métal sur

Fig. 5

laquelle repose la gélatine photographique s'écrase, celle-ci y pénètre en reproduisant en creux les rnoindres différences de ses reliefs et elle en sort intacte prête à subir une seconde pression et à donner un second moule.Les moules sont placés chacun, horizontalement, dans de petites presses (fig. 5) analogues à celles employées pour les copies de lettres, mais plus précises ; on les dispose sur une table tournante, de maniére que chacune vienne se présenter tour à tour sous la main de l'ouvrier (fig. 6). Il sulfit alors de verser dans le moule une encre chaude gélatineuse visqueuse que l'on recouvre d'un papier imperméable, et de fermer la presse; l'excès d'encre déborde; pendant que la table fait un tour, ce qui reste dans les Fig. 6

creux du moule se, fige par refroidissement, adhère au papier et quitte le moule, en donnant ainsi la facilité d'une multiplication indéfinie.
Ce procédé photoglyptique est une conquête réelle; c'est un mode nouveau d'impression, demandant son outillage et son installation spéciale; il faut compter maintenant par centaines de mille le nombre des épreuves ainsi obtenues et répandues dans la circulation, elles ressemblent, à s'y méprendre, aux plus belles images photographiques positives, avec cette différence qu'au lieu d'être produites par les réactions infiniment délicates de la lumière, elles sont le résultat des engins les plus puissants; elles ont, en outre, la solidité des matières colorantes choisies pour teinter la gélatine qui les forme. On peut reporter cette impression gélatineuse sur une feuille de verre au lieu qune feuille de papier, et faire des sujets d'ornementation, ou produire, à des prix réduits, ces épreuves transparentes pour projections, qui sont si utiles pour l’enseigement par les yeux.
En apportant à ce procédé quelques modifications nécessaires, M. Rousselon a reproduit ce moulage par la galvanoplastie ; il a obtenu ainsi un mode de gravure en taille-douce du cliché photographique donnant ces belles planches de photogravure éditées par la maison Goupil et dont vous voyez quelques spécimens.
Rattachons encore à cette initiative de Poitevin l’action des vapeurs hummides sur des surfaces hygroscopiques fournies pax un mélange d’albumine et de matières sucrées, telles que le sucre, le miel, la glycose, additionnées de bichromate d’ammoniaque. Les recherches sur ce sujet furent faites par MM. Salmon et Garnier Nous mentionnons seulement leur parenté avec celles de Poitevin; mais nous reconnaissons qu’il faut laisser aux auteurs qui les ont appliquées le mérite de leurs travaux.
Lorsque le mélange ci-dessus est étendu en couches minces et séchées sur une surface, il suffit d'y appliquer une épreuve photographique positive et de faire agir la lumière; celle-ci rend les parties qu’elle frappe moins hygroscopiques, les dessèche même tout à fait; aussi, la préparation, rentrée dans un milieu légérement humide, absorbe la vapeur d’eau ambiante en raison inverse de l’action lumineuse, les poudres que l’on promène à la surface y adhèrent plus ou moins en dessinant une image excessivement fine: c’est ainsi que se font actuellement presque tous les émaux photographiques; l’image obtenue avec une poudre vitrifiable est reportée par des tours de main très ingénieux sur un fond d’émail blanc, puis passée à la moufie d’émailleur, et donne une épreuve vitrifiée comme celles que vous voyez, qui m’ont été confiées par M. Mathieu Deroche.
Je suis loin d'avoir épuisé ce sujet si fécond des applications fondées sur les réactions des bichromates solubles, mélangés de matières organiques; j'ai mentionné seulement les principales, vous pouvez juger de leur importance.
Et pourtant Poitevin, déçu dans ses espérances, se voit forcer d'utiliser d'une manière plus positive pour l'existence ses connaissances scientifiques. Dans l'espace de dix années, il dirige successivement, à Lyon, l'usine de produits chimigues de M. Pereire; à Ahun les mines, puis à Folembay, des manufactures de verreries; dans ces diverses positions, il n'abandonnait pas ses études favorites sur l’action chimique de la lumière, et il fit connaître des recherches sur les mélanges d'alloxantine et de bichromate de potasse, des méthodes variées pour faire des épreuves positives, soit directement avec les sels d'argent, soît par les réactions des sels de fer et de l’acide gallique; il publia des formules pour obtenir sur papier la reproduction des couleurs. Ces méhodes, qui pourront être reprises dans la suite, n'ont pas encore été utilisées pratiquement; nous nous arrêterons seulement à une réaction étudiée par lui, celle que produit la lumière sur un mé1ange de perchlorure de fer et d'acide tartrique, qui, plus tard, eut d'heureuses applications.
Lorsqu'un semblable mélange est étendu en couche mince sur une glace doucie, puis séchée, et qu'il est ensuite exposé à la lumière, il se fait une réduction : le perchlorure est ramené à l’état de protochlorure; cette action est rapide. Nous avons donc là les éléments d'une image photographique; un peu d'humidité ambiante, une poudre quelconque promenée à la surface de la préparation, sufisent pour faire apparaître l’image, car le protochlorure de fer, plus hygrométrique que le perchlorure, retient la matière colorante. J’aurais voulu vous montrer cette expérience si simple, mois elle eût échoué; la vapeur humide nécasaaire est ici en trop grand excès. M. Gobert, ataché à la Banque de France, a bien voulu me prêter des spécimens qui prouvent la valeur du procédé; l'image que l'on produit sur la glace est transportée sur papier par des tours de main habiles. On peut faire apparaître l'épreuve par des poudres vitrifiables, la transporter sur plaque d'émail, la passer au feu de moufle, et l'on a une image indélébile.
La différence produite par la lumière dans l'état des deux sels de fer peut être accusée par de nombreuses réactions, qui sont autant de causes d'apparition de l'image photographique; en outre, les matières organiques, comme le papier ou substances analogues, prennent, par l'action lumineuse, un certain état d'imperméabilité que Poitevin a signalé dans son travail, et ces actions diverses, modifiées, étudiées au point de vue pratique, ont reçu leur consécration industrielle et rendu des services sur lesquels j'arrête un instant votre attention. On prépare actuellement des milliers de mètres courants de papier couvert d'un mélange de perchlorure de fer, additionné d'un acide organique et d'un mucilage. C'est le papier Pellet ou cyanofer. Soumis à la lumière sous de simples calques, puis passé dans un bain de cyanoferrure de potassium concentré, suivi de lavagesacidulés, ce papier donne la reproduction exacte du calque en traits bleu foncé sur fond blanc, ce qui permet l'addition des couleurs conventionnelles et les corrections nécessaires.
Je désire que vous vous rendiez compte do l’importance économique de ces procédés : dans une haute administration dont le réseau s'étend sur toute le France, il a eté établi une soixantaine de bureaux spécialement consacrés à la reproduction rapide des dessins par les procédés photogéniques. Chacun d'eux remplaçant plusieurs dessinateurs, et n'occupant qu'une partie du temps d'un seul employé, ils équivalent en fait à un véritable accroissement de personnel et réalisent pour l'ensemble des services une économie qu'on peut chiffrer à plusieurs centaines de milliers de francs.
Quant à Poitevin, qui est le promoteur ou l'inventeur de ces applications, il n'a plus voulu renouveler ses tentatives industrielles; il a quitté celles qu'on lui avait confiées; il a renoncé en 1869 à ces luttes sans profit et s'est retiré au pays natal où, avec des ressources modiques, il s'est consacré à sa famille et a continué pendant quelques années les recherches favorites qui lui ont du moins rapporté quelques éclairs de gloire; mais la famille s'est augmentée, les besoins sont devenus plus considérables, et bientôt, douleur profonde! il comprend que les réactifs qu'il achète, ses instruments de travail, sont pris sur le nécessaire de la maison ; il cesse donc de travailler, il cesse de vivre, car la torpeur envahit ce cerveau fatigué, et le lauréat du prix de Luynes, chevalier de la Légion d'honneur en 1862, le candidat adopté en 1878 par le jury de l'Exposition universelle, cormme collaborateur de tous les progrès photographiques de trois grandes nations, la France, l'Autriche, la Russie, proposé vainement pour une allocation rémunératrice exceptionnelle, le lauréat du grand prix du marquis d'Argenteuil, donné par la Société d'Encouragement, le père de tous les progrès photographiques récents, meurt le 4 mars dernier, laissant aux administrations les profits des larges économies que leur procurent ses découvertes; aux industriels, des éléments de richesse; à sa veuve et à ses quatre enfants, l'honneur de son nom.
La place d'inspecteur des manufacturess, qui servait à élever et à instruire ses enfants, disparaît avec lui, et ni l'ainé, qui a dix-neuf ans, a besoin d'être aidé et soutenu
pour arriver à conquérir le titre d'ingénieur que son père ambitionnait pour lui, la plus jeune, âgée de vingt mois, pèsera longtemps encore sur les bras de sa mère.
Ne sommes-nous pas là devant cette situation si vivement ressentie par l'illustre Thenard quand il fonda la grande Association des Amis des Sciences : quand, heureux de la voir augmenter en influence et en richesses, il pouvait dire aux savante :

Que vos préoccupations poignantes sur le sort de ceux qui doivent vous survivre s'adoucissent; notre Société, dans la mesure de ses moyens, veillera sur vos veuves, adoptera vos orphelins.

Aussi nous remettons les intérêts de la famille Poitevin entre les mains du grand et digne successeur de Thenard.
Les moyens dont dispose la Société, nous le savons, sont encore insuffisants en présence de toutes les souffrances à soulager. Récemment, son illustre président a fait un chaleureux appel en faveur de tant d'infortunes, permettez à un membre obscur de l’Association do le répéter tout bas, en disant: Venez à nous, donnez, donnez encore, donnez toujours pour ces martyrs de la Science; jamais vos largesees ne compenseront ni les maux qu’ils ont soufferts, ni le bien qu’ils vous ont fait.
A. Davanne

([i]) (1) M. Debnay, membre de l’Institut.
([i]) qu’avait découvert Niépce en 1814 escrito à mão no exemplar do livro consultado.
([ii]) (1) Nous adressons tous nos remerciements à M. Molteni pour le soin qu'il a apporté si toutes les projections faites pendant le cours de cette Conférence.
([iii]) (1) Je prie mon excellent ami M. Chardon de recevoir tous les remerciements dus à l’habilité et audésentéressement avec lesquels il m’a prété son concour pour toutes les préparations et les manipulations exécutées devant l’auditoire.
([iv]) (1) Ce spécimen est un des premiers essais faits par Poitevin

sexta-feira, 13 de março de 2009

1896, 17 de Fevereiro - Compte Rendu des Séances de L’Académie des Sciences

Comptes Rendus des Séances de L'Académie des Sciences
Janvier-Juin
T. CXXII
Nº. 7
Pag. 404, 405, 406
*
PHYSIQUE APPLIQUÉE. - Sur une application nouvelle de la photographie et du phénakisticope; par M. Georges Guéroult.

M. G. Guéroult demande l'ouverture d'un pli cacheté, déposé par lui le 11 juin 1889. Ce pli, ouvert en séance par M. le Président, contient la Note suivante.

« La Photographie instantanée a permis d'opérer, pour ainsi dire, l'analise des mouvements rapides, et de nous révéler ainsi, dans ces mouvements, des phases qui, en raison de l'imperfection des organes visuels, nous avaient toujours échappé (études de Muybridge sur le galop du cheval, de Marey sur la course, le saut, lc vol, ctc.). Mais, à ma connaissance, personne ne s'est occupé du problème inverse, je veux dire de la synthèse des différentes phases d'un mouvement trop lent pour être sensible à notre vue.
« Prenons, par exemple, la croissance d'une plante, d'un enfant, des cheveux, de la barbe; à de certains moments assez espacés, nous constatons bien un accroissement notable, mais nous ne nous faisons aucune idée de l'allure du phénomène dans l'intervalle de ces momcnts. Il me paraît évident que, si notre vue était assez subtile pour nous permettre de voir l'herbe pousser, nous serions en mesure de découvrir des particularités qui aujourd'hui nous échappent. Nous aurions peut-être même ainsi l'intuition de lois encore ignorées, comme celle que peut fournir la courbe qui réunit un certain nombre de points représentatifs d'un phénomène.
» Je suppose que, à des intervalles de temps déterminés, on prenne la photographie d'un haricot ou d'un rosier, pendant une certaine période de la vie de la plante. Si l'on dispose les photographies ainsi obtenues sur le cylindre d'un phénakisticope, soit circulairement, soit suivant une hélice convenablement choisie, ct qu'on fasse tourner lc cylindre avec une vitesse suffisante, on verra la croissance de la plante s'opérer graduellement. En prenant les photographies à des intcrvalles de plus en plus rapprochés, on aura une image, de plus en plus précise, du mouvement de croissance, de sa rapidité, de la concomitance ou de l'a1ternance de l'accroisscment de certaines parties, etc.
» Sans doute, en altérant dans une proportion détcrrninéc l'une des variables indépendantes, le temps, on modifie la forme du mouvement, mais, par analogie avec les courbes et les surfaces de la Géométrie analytique, il est permis d'espérer qu'on n'en altère pas la naturc et la loi. En tout cas, on connaît exactement le quantum de la déformation produite; il est donc possible d'en tenir compte dans les raisonnements et les déductions.
« On sait que, dans le phonographe, en donnant au cylindre une rotation plus ou moins rapide, on peut à volonté mcttre la même phrase dans la bouche d'un soprano suraigu ou d'une bassc profonde. Avec l'instrument dont j'ai indiqué le principe dans une Communication précédente et qu'on pourrait appeler le photocinégraphe,en changeant à volonté la durée de la rotation du cylindre du phénakisticope, il serait possible de donner a un mouvement lent les apparences d'un mouvement rapide et inversement (1) ([i]).
([i]) (1) Une autre expérience, d'un caractère assez nouveau, pourrait être faite avec les photographies de la plante ou de l'animal, dont on aurait étudié la croissance. Si l'on tournait en sens inverse le cylindre de ce photocinégraphe, on verrait se produire en sens inverse les phénomènes de la croissance: on verrait les fleurs se fermer, redevenir boutons, puis bourgeons, puis disparaître; on verrait la tige se rapetisser et finir par rentrer sous terre. Bref, on pourrait, avec le photocinégraphe, se donner la satisfaction jusqu'ici inconnue de voir rajeunir les choses, on du moins leur image.