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segunda-feira, 8 de junho de 2009

1855, 26 de Julho

JOURNAL DES ARTS DES SCIENCES ET DES LETTRES
Nº 7
Pags. 83-85
*
ARTS INDUSTRIELS.
Exposition. - Photographie: MM. BALDUS, BISSON, NÈGRE, PROH, ROBERTSON, PONTI, FENTON, comte AGUADO, marquis de BERENGER, BAYARD, BILORDEAUX, LESECQ, LEGRAY, B. DELESSERT, RIFFAUT , BELLOC , DISDÈRI, HANTSTANGL, THOMPSON, SHERLOSCK, BERTHS, BURGONNA, L. ROUSSEAU.
La photographie est devenue un art d'autant plus important que ses services se multiplient à mesure que ses procédés se perfectionnent. Aussi voit-on avec intérêt ses productions nombreuses, et variées au palais de l'Industrie.
Toutefois il est à regretter qu'on y ait donné asile à la photographie retouchée, à des épreuves où le pinceau est venu trop souvent en aide à des opérations, manquées. Dans l'intérêt de l'art photographique, on ne doit point, il nous semble» encourager cette habitude tout à fait contraire à son but, à son essence, et qui devient une espèce de tromperie; car c'est donner pour le travail de la lumière des épreuves, où un travail manuel a pris plus ou moins de part, et pour une représentation identique, celle que les retouches ont pu dénaturer est, du reste, un moyen de reconnaître supercherie des retouches, comme l'indique M. Belloc dans son excellent traité de photographie (page 178). II ne faut que passer une épreuve positive au cyanure de potassium : l'image photographique disparaît; il ne reste que les retouches.
L'Angleterre et la France sont les deux nations qui ont exposé les meilleures épreuves photographiques. Si la première l'emporte dans le paysage, la seconde se montre supérieure dans les reproductions architecturales. MM. Baldus et Bisson frères y ont, en effet, un succès très-grand. La vue d'Arles, de grande dimension, et l'arc-de-triomphe. de l'Étoile, qu'expose M. Baldus, sont remarquables par la finesse, le modelé, la netteté. Les vues du Louvre, de l'Hôtel-de-Yille, de Saint-Germainl'Âuxerrois, etc., par MM. Bisson, ne sont pas moins belles ; les plans y sont mieux rendus que dans beaucoup de vues de monuments produits par des photographes moins habiles. Leur Panorama de Paris, qui a 1 mètre 50 centimètres, sur 80 centimètres, et leur place de la Concorde, qui a 1 mètre 80 centimètres, sont de magnifiques épreuves. Il est à remarquer, toutefois, que ces épreuves proviennent de deux, négatifs au moins, et que les positifs sont raccordés.
M. Proh a très-bien reproduit les antiques ruines de la Grèce, de l'Italie, de la Sicile.
Parmi les étrangers qui ont envoyé des reproductions de monuments, on doit citer M. Robertson, de Londres, pour ses monuments byzantins, et M. Ch. Ponti pour ses monuments d'Italie classés dans les productions de l'Autriche.
Dans le paysage Anglais, on distingue surtout les épreuves de M. Fenton qui ont une grande beauté de ton, un fini précieux, des plans bien dégradés, et des effets de lumière de la plus grande vérité, comme on peut le remarquer dans sa Vallée de Laharfe. Parmi les Français, il faut nommer M. Baldus qui, dans son Pont entre deux rochers et dans son Moulin au bord de l'eau, montre une grande perfection; M. le comte Aguado, et M. le marquis de Bérenger: qui ont obtenu de fort belles épreuves, d'après des sites bien choisis.
La photographie donne de bonnes copies de tableaux, d'estampes et d'œuvres de sculpture. En ce genre, nous voyons au palais de l'Industrie œuvre de Lantara, par MM. Baldus, Bisson et Négre;celle de Rembrandt, par MM. Bisson frères; celle de Teniers, par M. Aguado. M. Bayard, l'un des vétérans de la photographie sur papier, a exposé les reproductions de la Vénus de Milo, de la Vénus à la coquille de Jean Goujon, et de quelques autres figures; M. Bilordeaux, des bas-reliefs, etc. Il a fallu une grande intelligence des ressources de la photographie pour obtenir l'effet puissant de ces copies.
M. Legray et M. Lesecq ont assez bien réussi dans la reproduction de divers tableaux.
Parmi ces sortes de reproductions, on en remarque quelques-unes qui sont le résultat d'un procédé récent fort important : au lieu de clichés négatifs sur lesquels on tire les positifs, on est parvenu à obtenir des gravures sur acier au moyen de l'action de la lumière…sur une planche recouverte de bitume de Judée. C'est ce qu'on appelle la gravure hiléographique. M. Benjamin Delessert a reproduit ainsi, avec un beau succès, l’Annonciation, d'Albert Durer; MM. Baldus, Nègre et Riffaut, diverses épreuves remarquables. On peut reprochera ce dernier un trop grand emploi du burin, des retouches trop multipliées.
Le portrait est une partie intéressante de la photographie. Il en est aussi la partie la plus difficile; son exécution demande la réunion de l'intelligence de l'artiste à l'expérience de l'opérateur consommé. Sans doute les portraits photographiques ne peuvent, pour l'expression, le caractère, pour le charme, l'emporter sur ceux de la peinture. Mais ils ont leur mérite particulier: avec un opérateur ayant le sentiment de l'art, ils offrent, non-seulement les lignes mathématiques, les traits matériels, mais encore l'individualité, le caractère du modèle; enfin, ils sont une sorte d'émanation de sa personne et, sous ce rapport, du moins, peut-on dire que le portrait photographique l'emporte sur le portrait dessiné ou peint.
L'exhibition universelle donnera une idée assez complète de l'état de l'art photographique sous le rapport de la reproduction de la nature vivante; et par le petit nombre de portraits sans retouches exposés, on peut juger de la difficulté de l'exécution. Au nombre des plus remarquables, nous devons citer les vingt-huit portraits sans retouches, dans un cadre signé Belloc. La finesse des détails, le modelé, les teintes, les poses, l'expression même des têtes, tout montre dans leur auteur un artiste du premier mérite en ce genre. Il faut être artiste, en effet, pour réussir à ce point; il faut savoir poser et bien ajuster le modèle pour lui conserver, au moins par ces moyens, son individualité; pour calculer l'effet de lumières, souvent diamétralement opposées ; pour les atténuer, les rendre harmonieuses, etc. Dans les monuments et les paysages, l'opérateur n'a guère qu'à laisser faire le soleil qui trace les ligues mathématiques toujours parfaites, sur une couche impressionnable toujours assez pure; mais pour le portrait, la lumière n'offre plus la même intensité, et, dans un cadre restreint, qui exige une propreté parfaite, où la moindre impureté devient un défaut, une cause d'insuccès, la difficulté a grandi de toute la distance de nature inerte à la nature vivante. Nous félicitons donc M. Belloc de ses vingt-huit portraits qui sont à peu près les seuls sans retouches à l'Exposition. Du reste, cet artiste a une réputation déjà faite, et l'on sait que l'auteur de ces belles épreuves est aussi l'auteur d'un Traité de photographie qui obtenu depuis un an le plus légitime succès.
M. Disderi est aussi un très-habile photographe. Les portraits qu'il expose sont grands et d'un bel aspect; ce sont des positifs obtenus directement.
Parmi les exposants étrangers M. Hantstangl, de Munich, se distingue par ses portraits d'une belle facture, quoique un peu noirs et d'un ton trop égal. Ils sont sans retouches.
Les essais de portraits photographiques de très - grande dimension, qu'a faits M. Thompson, ne nous semblent pas heureux; la diffusion de la lumière leur ôte toute vigueur, et la retouche tout mérite.
Nous ne parlons pas des portraits photographiques auxquels la couleur est plus ou moins habilement appliquée. Les vrais connaisseurs dédaignent ce procédé.
Le concours que la photographie prête aux sciences est intéressant à observer. Ressources de la photographie pour obtenir l'effet puissant de ces copies.
M. Legray et M. Lesecq ont assez bien réussi dans la reproduction de divers tableaux.
Parmi ces sortes de reproductions, on en remarque quelques-unes qui sont le résultat d'un procédé récent fort important: au lieu de clichés négatifs sur lesquels on tire les positifs, on est parvenu à obtenir des gravures sur acier au moyen de l'action de la lumière..sur une planche recouverte de bitume de Judée. C'est ce qu'on appelle la gravure hiléographique. M. Benjamin Delessert a reproduit ainsi, avec un beau succès, l’Annonciation, d'Albert Durer; MM. Baldus, Nègre et Riffaut, diverses épreuves remarquables. On peut Reproche ra ce dernier un trop grand emploi du burin, des retouches trop multipliées.
Le portrait est une partie intéressante de la photographie. Il en est aussi la partie
la plus difficile; son exécution demande la réunion de l'intelligence de l'artiste à l'expérience de l'opérateur consommé. Sans doute les portraits photographiques ne peuvent, pour l'expression, le caractère, pour le charme, l'emporter sur ceux de la peinture. Mais ils ont leur mérite particulier: avec un opérateur ayant le sentiment de l'art, ils offrent, non-seulement les lignes mathématiques, les traits matériels, mais encore l'individualité, le caractère du modèle; enfin, ils sont une sorte d'émanation de sa personne et, sous ce rapport, du moins, peut-on dire que le portrait photographique l'emporte sur le portrait dessiné ou peint.
L'exhibition universelle donnera une idée assez complète de l'état de l'art photographique sous le rapport de la reproduction de la nature vivante; et par le petit nombre de portraits sans retouches exposés, on peut juger de la difficulté de l'exécution. Au nombre des plus remarquables, nous devons citer les vingt-huit portraits sans retouches, dans un cadre signé Belloc. La finesse des détails, le modelé, les teintes, les poses, l'expression même des têtes, tout montre dans leur auteur un artiste du premier mérite en ce genre. Il faut être artiste, en effet, pour réussir à ce point; il faut savoir poser et bien ajuster le modèle pour lui conserver, au moins par ces moyens, son individualité; pour calculer l'effet de lumières, souvent diamétralement opposées ; pour les atténuer, les rendre harmonieuses, etc. Dans les monuments et les paysages, l'opérateur n'a guère qu'à laisser faire le soleil qui trace les ligues mathématiques toujours parfaites, sur une couche impressionnable toujours assez pure; mais pour le portrait, la lumière n'offre plus la même intensité, et, dans un cadre restreint, qui exige une propreté parfaite, où la moindre impureté devient un défaut, une cause d'insuccès, la difficulté a grandi de toute la distance de nature inerte à la nature vivante. Nous félicitons donc M. Belloc de ses vingt-huit portraits qui sont à peu près les seuls sans retouches à l'Exposition. Du reste, cet artiste a une réputation déjà faite, et l'on sait que l'auteur de ces belles épreuves est aussi l'auteur d'un Traité de photographie qui obtenu depuis un an le plus légitime succès.
M. Disderi est aussi un très-habile photographe. Les portraits qu'il expose sont grands et d'un bel aspect; ce sont des positifs obtenus directement.
Parmi les exposants étra ngers M. Hantstangl, de Munich, se distingue par ses portraits d'une belle facture, quoique un peu noirs et d'un ton trop égal. Ils sont sans retouches.
Les essais de portraits photographiques de très - grande dimension, qu'a faits M. Thompson, ne nous semblent pas heureux; la diffusion de la lumière leur toute vigueur, et la retouche tout mérite. Nous ne parlons pas des portraits photographiques auxquels la couleur est plus ou moins habilement appliquée. Les vrais connaisseurs dédaignent ce procédé.
Le concours que la photographie prête aux sciences est intéressant à observer. Appliquée à l'astronomie, elle a donné en Angleterre de très-grandes images de la lune et du soleil, images qui ont amené de nouvelles découvertes. Ainsi dans celles de notre satellite on remarquait des bandes longues, étroites, brillantes, traversant tout le disque en parcourant les vallées, les collines, les montagnes et les cratères. Ces bandes sont un sujet de conjectures pour les savants. On regrette que ces photographies ne figurent pas à l'Exposition, mais on y voit celles de M. Sherlosh reproduisant des groupes de nuages. Ces images ont été obtenues par une très-faible lumière, pendant la nuit; elles rendent parfaitement les divers effets des nuages.
Récemment M. Pouillet a fait une application de la photographie à la météorologie; par son moyen il est arrivé à déterminer d'une manière positive la hauteur des nuages. M. Berthsch, artiste photographe, l'a aidé dans ses expériences.
La photographie vient aussi donner à la science de nouvelles notions sur le monde immense des animalcules, des infusoires, des insectes parasites, des molécules qui entrent clans la composition des minéraux, des tissus végétaux et animaux. Les formes de quelques-uns de ces petits êtres avaient bien été reproduites, mais avec des moyens difficiles et beaucoup moins sûrs que par le procédé photographique qui montre la nature elle-même, et dans des dimensions où tous les détails sont perceptibles à notre vue. Le palais de l'Industrie en offre une collection importante. M. Berlsch donne des insectes environ deux cents fois plus gros que nature. On voit des mouches, des pous d'hommes et de souris, des puces de tous genres, la larve du cousin, le ver-à-soie, la trompe et l'œil d'une mouche, l'acarus, insecte qui produit la galle, etc. Pour arriver à appliquer ainsi le daguerréotype à la reproduction des formes microscopiques, il a fallu vaincre d'assezgrandes difficultés.
Un artiste anglais, M. Burgoyne, a fourni aussi des épreuves du même genre.
M. Louis Rousseau, préparateur au Muséum d'histoire naturelle de Paris, a exposé un spécimen de la tète d'un Russe qui, blessé à la bataille d'Inkermann, est mort à l'hôpital de Conslantinople. Cette tête, embaumée, fut envoyée au Muséum d'histoire naturelle de Paris. L'image est d'une vérité effayante, c'est la mort dans toute sa laideur. On doit à M. Rousseau un autre objet d'étude : l'image d'une tète d'enfant, de face et de profil, dont la coupe ostéologique permet de suivre le travail de la dentition; les mâchoires montrent une première rangée de dents, dites dents de lait; une autre rangée fait voir les dents de la seconde dentition prêtes à prendre la place des précédentes, à mesure qu'elles tomberont.
Ce même M. Rousseau a apporté un perfectionnement dans la manière de disposer la chambre obscure pour la représentation des pièces naturelles. Nous en empruntons le détail à M. Figuier. Par suite de la position horizontale que présente la lentille dans la chambre obscure ordinaire, on n'avait pu, jusqu'ici, recevoir l'image d'un objet qu'autant qu'on le plaçait dans une position verticale. Or, cette situation obligée mettait obstacle à la reproduction de la plupart des spécimens qui se rapportent à l'histoire naturelle, pour les pièces anatomiques, par exemple, et surtout pour celles qui ne peuvent être étudiées que sous l'eau. M. Rousseau a surmonté cette difficulté. Au lieu de conserver la situation horizontale à la feuille, il place cette dernière verticalement, c'est-à-dire qu'il a disposé la chambre obscure au dessus de l'objet à reproduire, en plaçant cet objet lui-même horizontalement, à la manière ordinaire sur une table ou sur un support. Avec cette chambre obscure renversée, on peut évidemment prendre l'impression photographique des pièces anatomiques et autres dans les conditions qu'exige leur reproduction. C'est grâce à l'emploi des feuilles simples et de l'appareil renversé, que M. Rousseau a pu obtenir
des résultats d'une haute importance pour les applications de la photographie aux études scientifiques.
Guyot de Fère

quarta-feira, 3 de junho de 2009

1856, 10 de Novembro

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
Juillet-Décembre
T. XLIII
Nº. 19
Pag. 915
*
PHYSIQUE APLIQUÉE. - Réclamation adressée à l’occasion d’une Note présentée dans la séance du 3 de ce mois par M. Niepce de Saint-Victor sur la gravure héliographique. (Extrait d’une Lettre de M. Nègre.)

« M. Niepce de Saint-Victor, dans la Note communiquée en son nom à la précédente séance, en mentionnant divers moyens d’obtenir des damasquinures héliographiques, a bien déclaré que le premier de ces moyens avait été l’objet d’un brevet par M. Dufresne, et je n’ai pas à m’en occuper. Mais il n’a pas dit que le second moyen et ceux qu’il indique à la suite d’une manière plus générale, ont été également l’objet d’un brevet pris par moi à la date du 13 août 1856. Or cette constatation a pour moi une grande importance, car ces damasquinures sont le point de départ d’un système nouveau et complet de gravure héliographique dont je m’occupe depuis plusieurs années, et que je suis dés à présent à même de rendre pratique. «

quarta-feira, 27 de maio de 2009

1858, 1 de Março

1858, 1 de Março
Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
Janvier-Juin
T. XLVI
Nº. 9
Pag. 452, 453
*
PHYSIQUE APPLIQUÉE.-Procédé de gravure et de damasquinure héliographique; par M. Ch. Nègre (Extrait.)

(Commissaires, MM. Dumas, Milne Edwards, Séguier.)

« J’étends sur une plaque de métal une couche de vernis impressionnable, composé soit de gélatine additionnée de bichromate de potasse, soit de bitume dissous dans l’essence ou dans la benzine. Cette couche de vernis est ensuite impressionnée à la lumière, à travers un cliché négatif retourné, ou à travers une épreuve positive ordinaire, selon que je me propose d’obtenir une planche gravée pour l’impression en taille-douce, ou pour l’impression typographique. J’enlève ensuite, au moyen d’un dissolvant composé d’huile de naphte ou de pétrole, de benzine et d’essence, les parties de la couche de bitume qui ont été préservées de l’action de la lumière. (Pour la gélatine ou les gommes, on se sert de l’eau comme dissolvant.) Considérant alors l’image héliographique formée d’une de ces matières organiques comme simple réserve ou vernis isolant, je fais déposer directement par la galvanoplastie, sur toutes les parties du métal mis à nu par le dissolvant, une couche d’un métal moins oxydable que la plaque de métal sur laquelle on opère. Sur le zinc, le fer et l’acier, je fais des dépôts de cuivre, d’argent, d’or, etc. Sur le cuivre et ses alliages, sur l’argent, l’étain, etc., je fais des dépôts d’or.
» L’image héliographique formée par la matière organique impressionnée étant ensuite enlevée au moyen d’une essence, de la benzine, ou par le frottement, il reste sur la plaque une image formée, d’une part par le métal servant de support remis à nu, et de l’autre par la couche d’un métal différent déposé par la pile. L’action du vernis impressionnable se borne donc, dans cette opération, à la reproduction de l’image héliographique, puisqu’il disparait de la plaque, et que c’est la couche d’or déposée qui la remplace et préserve de l’acide les parties de la plaque qui doivent rester en relief.
» Je me sers, pour creuser les parties du dessin non garanties par le dépôt galvanique, d’un acide étendu d’eau, qui n’ait aucune action sur le métal déposé, ou d’un courant galvanique. Pour le zinc, le fer et l’acier, je me sers de l’acide sulfurique, si le dépôt protecteur est formé de cuivre ou d’argent, et j’etnploie l’acide nitrique, pour l’acier, le cuivre, l’argent, etc., si le dépôt protecteur est formé d’or. Le métal à creuser est plongé, comme anode, dans une dissolution neutre d’un sel soluble de ce métal ou d’un autre métal de même nature.
» Une épreuve tirée à l’encre grasse, d’une planche héliographique déjà gravée, ou d’une impression photographique sur pierre lithographique ou sur zinc, et transportée sur métal, donne également, étant traitée comme la réserve héliographique, des planches gravées en creux ou en relief. »
1858, 22 de Março
Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
Janvier-Juin
T. XLVI
Nº. 12
Pag. 599
*
M. H. Dufresne présente des remarques sur une Note récente de M. Nègre, concernant la damasquinure et la gravure héliographique. « Mes procédés, dit M. Dufresne, sont décrits dans un brevet du 14 mai 1856. Le brevet de M. Nègre étant du 13 août de la même année, le simple rapprochement des dates suffira pour montrer à qui appartient la priorité relativement à ce que les procédés peuvent avoir de commun. »

terça-feira, 21 de abril de 2009

1861 - Archéologie et Photographie

1861
Archéologie et Photographie
*
NOTE à propos de J. Nicéphore Nièpce, et du Dépôt de ses instruments et de ses premières épreuves, Dans le Musée de Chalon-sur-Saone
Par Jules Chevrier

CHALON S. S.,
Imprimerie de MONTALAN
1861



ARCHÉOLOGIE et PHOTOGRAPHIE

NOTE
A Propos de J. Nicéphore NIÉPCE,
Par Jules CHEVRIER

Les Sociétés d’Archéologie sont des écoles de conservation par excellence ; on y professe pour l'héritage du passé un respect légitime, que viennent sans cesse justifier les enseignements que nous y trouvons. Cet esprit de conservation, pieusement mis en pratique dans les siècles écoulés, nous a valu toutes les richesses qui constituent l'inappréciable fond de nos bibliothèques et de nos musées.
Outre les enseignements qu'elle comporte, l'étude du passe présente souvent des paticularités pleines d'intérêt ou des rapprochements des plus utiles ; par exemple on pourrait constater que plus d'une grande invention a trouvé bénéfice en venant se retremper et se vivifier à sa propre source. Sans entrer dans d'autres citations, nous dirons de suite que cette remarque générale s'applique merveilleusement à l'histoire de la photographie.
En effet, dès 1813 ou 1814, Joseph-Nicéphore Niepce reherchait les moyens de retenir, par la morsurc de l'eau forte, les images de la chambre noire, reçues sur des plaques de cuivre ou d'étain qu'il avait préalablement recouvertes d'un vernis. II chercha et tâlonna longtemps; cependant, bien avant 1827, époque à laquelle il prit date, il avait obtenu des résultats très-satisfaisants, car ses premiers produits remontent à 1823 ; en un mot, il avait trouvé la gravure héliographique.
Plus tard il changea de voie en cherchant à produire photographiquement une image directe sur plaque d'étain ou d'argent, au moyen de l'iode. C'est pour cela qu'il abandonna la plaque de cuivre-pour celle d'étain, et enfin la plaque d'étain pour celle d'argent, sur laquelle il travaillait au moment de sa mort. Il obtint par ces moyens des épreuves assez bien marquées (*)([i]).
L'association Niépce-Daguerre qui survint en 1830 développa celle idée à laquelle ces deux associés s'appliquèrent exclusivement; c'est ainsi que furent obtenues ce que nous appelons plaques Daguerriennes, c'est-à-dire les images retenues, au moyen de l'iode et du mercure, sur une plaque de cuivre argenté.
Ensuite apparurent les photographies sur verre albuminé, par les procédés de M. Niepce de Saint-Victor, puis sur papier, par M. Fox Talbot, etc., etc. Enfin tous ces procédés qui ont été poussés jusqu'à la perfection la plus grande, quant à la beauté et à la magie des épreuves, n'ont pu fournir que des produits qui manquent de solidité et de durée, c'est pourquoi nous voyons des chercheurs employer à nouveau, tout en les modifiant, les procédés héliographiques de Nicéphore Niepce.
Chacun a pu voir de vrais chefs-d'œuvre en ce genre, sortis des mains de MM. Niepce de SaintVictor et Ch. Nègre. La perfection dans cette voie sera le dernier mot de la photographie,le terme de cette merveilleuse invention de Nicéphore Niepce. C'est, par ce procédé que nous aurons réuni les trois qualités nécessaires et inséparables : solidité absolue, rapidité dans le tirage, et bon marché. Cette invention
aura donc ainsi trouvé sa perfection dans le développement même de la première idée de son inventeur.
La Société d'histoire et d'archéologie de Chalon-sur-Saône, fidèle à sa devise, Servare namare, n’a jamais failli à son programme. Qu'il s'agisse d'un monument antique, d'une tombe,d'une inscription ou d'une œuvre d'art, elle les recueille pour les étudier et les classer dans nos musées; si c'est un parchemin échappé à nos archives dans les temps de désordre, elle l'achète et le remet à la place qu'il n'aurait jamais dû quitter; elle veille encore s'il s'agit de glorifier le nom justement célèbre d'un concitoyen.
Aujourd'hui l'auteur de ces lignes s'estime heureux d'annoncer qu'il vient d'enrichir nos collections publiques de quelques pièces destinées à perpétuer le souvenir et la date d'une des plus grandes inventions modernes, et à transmettre le nom de son auteur aux générations à venir. Nous voulons parler des premières épreuves héliographiques et photographiques de Nicéphore Niépce, et des instruments qu'il employa dans ses premiers essais.
Le hasard et les circonstances nous ayant conduit à visiter dans Lux, petit village à proximitè égale de Chalon-sur-Saône et du Gras, la maison Niepce, actuellement devenue la propriété de M. le marquis d'Ivry, nous étions à fureter dans le bric à brac du grenier de cette maison, quand nous avons été vivement frappè la vue de quelques vieux instruments de chimie et de photographie. Antiquaire et artiste,nous ne pouvions méconnaitre ces restes précieux, menacés d'une dispersion et d'une destruction prochaines. Les temoignages bien precis de M. Isidore Nièpce, fils de l'inventeur, confirmèrent bientôt et complétement toutes nos appréciations. Tous ces instrumenls étaient ceux dont Nicéphore Nièpce s'était servi pour ses premiers travaux. Nous obtînmes facilement de la courtoisie du propriétaire, M.le marquis d’Ivry, l'abandon de ces objets au profit du musèe de la ville de Chalon-sur-Saône. Ces instruments, placés dans notre collection, avaient besoin d'un complément nécessaire, à savoir quelques-unes des premières épreuves obtenues par leur emploi. M. Isidore Niépce en possédait encore un très-petit nombre, il les mit à notre disposition avec un empressement d'autant plus digne d’éloges, que parmi les rares pièces qu'il conservait et qu'il nous donna, il en est une que le fils gardait relieusement comme la plus remarquable de celles que son père lui ait laissées.
Nous sommes heureux de l'occasion que nous avons ici, d'adresser publiquement
ces deux donateurs, les justes remerciments que nous leur devons pour leur patriotique générosité.
Avant de donner la nomenclature et la description de ces différents objets, nous croyons utile de rappeler en quelques mots les opérations de Nicéphore Niépce. La connaissance de ces procédés fera mieux comprendre la nature el l'emploi de ces pièces. Pour cela, nous ne pouvons faire mieux que d'emprunter le récit contenu dans le mémoire présenté par M. Niepce de Saint-Victor à 1'Académie des sciences, le 19 août 1839, Mémoire présenté en même temps que deux épreuves que M. Lemaitre avait fait imprimer avec les planches gravées sur étain, par Nicephore Niépce, et que ce dernier avait envoyées de Chalon-sur-Saône, le 2 février 1827.
« Nicéphore Niépce, dit l'auteur que nous citons, se servait de bitume de Judée, dissous dans de l'essence de lavande, de manière à en former un vernis semblable, quant à l'aspect, au vernis des graveurs. II l'étendait au moyen d'un tampon, sur une plaque de cuivre ou d'étain, et appliquait ensuite le recto d'une gravure vernie sur la plaqiic préparée, la recouvrait d'un verre et l'exposait à la lumière. Aprés une heure ou deux d'exposition, il enlevait la gravure et recouvrait la plaque d'un dissolvant composé d'huile de pétrole et d'essence de lavande.
Cette opération avait pour but de faire apparaitre l'image qui était invisible; en enlevant le vernis dans totles les parties qui avaient été préservées de l'action de la lumière, tandis que celles qui avaient été impressionnées par son action étaient devenues insolubles ; il s'ensuivait que le métal était mis à nu dans toute la partie correspondant au noir de la gravure, et en conservait, bien entendu, toutes les demi-teintes.
« Il chassait ensuite mécaniquement le dissolvant, en versant de l'eau sur la plaque, la séchait, et l'opération était terminée.....
» Niépce, dans le principe de sa découverte, n'avait d'autre but que de préparer, par la lumière, une planche susceptible ensuite d'être gravée à l'eau forte, sans le secours du burin. »
Nous avons parlé de ses recherches infructueuses sur le verre, et nous avons cité les résultats qu'il obtint sur plaque d'argent, en images analogues aux plaques Daguerriennes, mais nous ignorons par quels procédés il obtenait ces images directes.
Les instruments et les épreuves laissés par Niepce et que nous avons recueillis, sont les suivants, savoir :
1º Plusieurs chambres noires, au nombre de cinq ou six, de différentes dimensions, toutes assez simplement construites. L'une d'elles offre cette particularité qu'elle est munie sur chacune de ses deux faces latérales, d'un assez large trou fermé par un bouchon de liège. C'est par ce trou que Nicéphore cherchait suivre la marche de ses opérations.
En considérant cette disposition toute naïve, propre seulement à entraver l'action de la lumière, nous songeons avec un serrement de cœur invincible aux mille difflcultés, sans cesse renaissantes que les tâtonnements de l'auteur ont dû soulever pendant tout le cours de ses longues années de recherches.
2º Des cornues et des éprouvettes de chimiste, en verre, propres à la préparation des divers ingrédiens tour à tour essayés.
3º Un rouleau d'imprimeur lithographe.
4º Une presse d'imprimeur en taille douce, destinée au tirage des épreuves héliographiques.
5º Trois gravures ou estampes en papier, passées au vernis de manière à leur donner la transparence nécessaire aux clichés.
6º Des plaques de verre qui étaient superposées à ces clichés pour les fixer sur les plaques d'étain.
7º Deux plaques d'étain gravées héliographiquement par Niépce, l'une est un paysage, l'autre, et c'est la plus belle, représente un Christ portant sa croix.
Toutes deux sont des reproductions de gravures très fidéles et très-habilement exécutées; quoique la morsure de l'acide soit assez légère, le burin de l'original est obtenu d'une façon nette et franche, qui fait de ces deux planches deux véritables fac simile.
La plus importante porte au verso cette inscription gravée :
Dessin Héliographique inventé
par J.-N. Niépce ,
1825.
8º Enfin une plaque de cuivre argenté recouverte d'une image photographique directe, dans le genre des plaques Daguerriennes. C’est la reproduction d’une estampe, assez faible de ton. Ce résultat a été obtenu avant l'association de 1830, et il constitue un titre précieux pour constater les recherches de l’auteur dans un ordre de procédés qui ont été plus lard développés par Daguerre.
Nous croyons qu'on nous saura gré d'avoir réuni ces pièces intéressantes pour les conserver comme un témoignage précieux de la date d'une des plus grandes inventions modernes, pour en conserver les premiers spécimens, et pour montrer aux yeux de tous le nom du premier inventeur de la photographie.
Nous avons pour tous ces témoins des premières recherches de notre compatriote, autant d'estime que nous pourrions en avoir pour les premiers engins ou les premières pages de Gutenberg, autant que pour les premières planches et les premières épreuves de Maso Finiguerra. L'invention de Niepce est la digne sœur de ces deux jumelles l'imprimerie et la gravure; car nous retrouvons dans l'œuvre de Nicéphore un peu du génie de ces deux inventeurs.
Pouvons-nous terminer cette notice sans déplorer le sort malheureux de Niepce? Enlevé prématurément par la mort, il ne lui fut pas donné de jouir du succès de son invention; il eut cela de commun avec presque tous les auteurs des grandes inventions; mais chose plus triste encore à dire, son nom est resté longtemps dans la pénombre du second plan par la substitution fatale du nom de son associé; associé auquel il revient sans doute une juste part de célébrité pour les perfectionnements qu'il apporta dans cette œuvre, mais ce nom n'est pas celui de l'inventeur, il suffit, pour en avoir la preuve, de rappeler l'acte de société signé par Niepce et Daguerre, à la date du 14 décembre 1829, et enregistré (*) ([ii]).
Daguerre ne fût inventeur qu'à la manière d'Améric Vespuce, espérons qu'un jour il nous sera possible de réparer cette injustice par une éclatante manifestation. Nous obtiendrons ce que nous avons jusqu'à ce jour vainement poursuivi, l'érection d'une statue en pied sur une de nos places publiques.
([i])(*) Mentionnons en passant, qu'il essaya de reproduire des images sur le verre et sur la pierre lithographique, mais qu'il n'obtint aucun résultat sérieux.
([ii]) (*) Art. 1er. Il y aura entre MM. Niépce et Daguerre société sous la raison Niépce-Daguerre, pour coopérer au perfectionnement de ladite découverteJ inventée par M. Niépce et perfectionnée par M. Daguerre.
Art. 5. M. Niepce met et abandonne à la société, à titre de mise, son invention … M. Daguerre apporte une nouvelle combinaison de la chambre noire …
Art. 14. Les bénéfices des associés seront repartis par moitié, entre M. Niépce en sa qualité d'inventeur, et M. Daguerre pour ses perfectionnements.

domingo, 19 de abril de 2009

1862, 1 de Outubro - Le moniteur scientifique

1862, 1 de Outubro
Le moniteur scientifique
Journal des Sciences pures et appliquées spécialement consacre aux chimistes et aux manufacturiers
par le dr . quesneville
chez m. quesneville, rédacteur-propriétaire
55, rue de la verrerie - Paris
T. IV
139º Livraison
Pags. 628, 629, 630, 631, 632, 633, 634, 635, 636
*
EXPOSITION DE LONDRES.
LISTE EXPLICATIVE DES RÉCOMPENSES DÉCERNÉES A LA CLASSE XIV.
(Photographie et appareils photographiques.)

Londres, le 25 juillet 1862 (1)([i])
Monsieur le Directeur,

Vous m'avez prié de vous adresser, aussitôt que possible, la liste des récompenses décernées aux exposants photographes: cette liste est parue depuis quinze jours et j'aurais dû, depuis cette époque, déjà vous l'envoyer; mais il est arrivé ceci de curieux, que quoique je crusse connaître à fond l'Exposition, j'ai rencontré sur la liste officielle des noms que je n'avais pas remarqués. Ce fait se produit souvent, vous le savez, dans les grandes Expositions, et dans l'entassement prodigieux de choses de toute espèce que cclles-ci renferment, le critique en néglige souvent, et sans le vouloir, des plus importantes. J'ai donc dû reprendre mon examen, la liste officielle à la main, et c'est ce travail explicatif que je vous envoie. Malgré tous mes soins, il n'est pas encore complet; sans doute, tous les noms récompensés y figurent, mais il est quelques photographes étrangers dont, malgré tous rnes soins, je n'ai pu découvrir les œuvres et sur lesquels par suite, je ne pourrai guère vous donner que les appréciations officielles.
C'est qu'aussi les dispositions matérielles adoptées à Londres ne sont guère faites pour rendre facile l'examen des épreuves exposées. J'ai déjà eu l'honneur d'entretenir vos lecteurs de ce sujet au moment même de l'Exposition. Toutes les épreuves sont disséminées, les unes à gauche, les autres à droite, et souvent l'on doit parcourir des milles entiers pour passer des unes aux autres. Cette absence d'ensemble est fâcheuse à tous les points de vue; je ne parle pas, bien entendu, des jambes des visiteurs, qui, cependant, elles aussi, méritent un certain intérêt; mais il en résulte une excessive difficulté d'appréciation, et le danger presque inévitable de faire des oublis graves. Sans aucun doute, il serait de beaucoup préférable d'exposer ensemble les œuvres similaires de toutes les nations; peut-être bien des gens combattront-ils cette proposition et diront-ils qu'il vaut mieux laisser chaque nation masser à sa guise ses divers produits. Je ne discuterai pas cette manière de voir lorsqu'il s'agira de machines, de soieries ou de porcelaines, car je suis incompétent, je l'avoue, mais pour ce qui est des photographies, je maintiens mon dire et je soutiens que l'examen en eût été plus agréable, plus facile et plus sûr, si toutes se fussent trouvées réunies les unes à côté des autres, ainsi que cela se pratique dans les Expositions photographiques ordinaires.
Il serait bon aussi que l'arrangement matériel fût confié à la même personne; on éviterait ainsi de voir, en telle contrée, un arrangement intelligent et soigné, et en telle autre des dispositions maladroites et absurdes. Pour n'en citer qu'un exemple, il est bien certain qu'une bonne part du succès éclatant qui a placé la photographie française au pinacle, est dû à la manière adroite et vraiment artistique adoptée par les commissaires français, tandis que la photographie anglaise produit un effet véritablement piteux, quoiqu'elle abonde en paysages adorables, et cela parce qu'elle est entassée dans une salle unique, carrée, traversée par un paravent par ci, par une vitrine par là, parce que pour l'atteindre le visiteur doit abandonner en réalité la grande Exposition, monter à des galeries véritablernent polaires, et cela à travers des escaliers en briques jaunes où la lumière ne pénètre pas et sur les murs desquels on a étalé d'affreuses pancartes d'histoire naturelle, etc.
Si l'on cherche à juger la valeur intrinsèque des épreuves, en faisant abstraction de ces différences d'arrangement si fàcheuses pour les exposants anglais, on arrive à reconnaître que néanmoins et malgré tout, la France a pris cette année et sans conteste la tête de la photographie. Son exposition est riche et variée ;il est facile de reconnaître que les choix ont été faits avec sobriété; tous les procédés nouveaux, tous les genres nouveaux y figurent. L'exposition anglaise est plutôt, disons-le franchement, une collection de paysages et de cartes de visite; on y trouve cependant aussi des reproductions, des essais deprocédés nouveaux, etc., mais en petit nombre. L'Allemagne, ou mieux le Zollverein, comme on est habitué à la désigner ici, compte quelques bons représentants, à la tête desquels brille d'un éclat incomparable M. Albert, de Munich; son exposition est, après les produits français, ce qu'il y a de mieux ici. Du reste, elle est en beau jour, bien exposée, et son mérite intrinsèque est encore augmenté par les dispositions intelligentes qui ont présidé à son arrangement. La Russie, comme nous le verrons, a de belles épreuves; la Belgique n'est pas représentée comme elle le mérite; si l'on en excepte les splendides reproductions de M. Fierlants, on ne retrouve parmi les produits belges rien de bien saillant. Les autres contrées, sauf quelques exceptions toutes personnelles, ne figurent guère à l'Exposition que comme mémoire, et l'on ne saurait dire qu'il existe une photographie espagnole, une photographie suisse, etc. C'est du reste ce que le lecteur pourra facilement apprécier en suivant pas à pas la liste suivante, renfermant tous les noms récompensés, à côté de chacun desquels nous avons placé quelques réflexions qui nous sont toutes personnelles et que nous ne forçons pas le lecteur à considérer comme des articles de foi.
Disons d'abord que parmi les jurés se trouvaient deux exposants anglais, MM. Claudet et Thompson, et que ceux-ci n'ont pu, par suite, prendre part au concours: sans cette particularité, nul doute que l'un et l'autre eussent obtenu une médaille. Cependant,il serait injuste de ne point faire ressortir l'infériorité des produits exposés par M. Claudet, vis-à-vis des produits français du même ordre. Ce sont principalement des portraits grandis à la chambre solaire de Woodward, et, je ne sais pourquoi tous ces agrandissemcnls sont revêtus d'une teinte grisâtre désolante dont sont bien exempts les produits de MM. Aguado, etc. Et cependant les pctits clichés qui ont servi au grandissement sont beaux et vigoureux et, nous savons ce que peut faire M. Claudet. C'est donc, sans nul doute, une question de procédé, et au nom de la photographie anglaise qu'il honore si fort aujourd'hui, nous engagerons M. Claudet à rechercher un moyen nouveau pour renforcer ses clichés grandis.
Quant à M. Thompson Thurston, nous ne pouvons qu'admirer franchement ct sans réserve ses magnifiques reproductions. Cela dit, occupons-nous des artistes récompensés.
Médailles.

ANGLETERRE.
Association d'amateurs photographes. - Cette association, qui, créée il y a quelques, années se propose l'échange des plus belles œuvres photographiques, possède une magnifique exposition d'œuvres sur lesquelles, malheureusement, nous n'avons pas trouvé le nom des auteurs; ce sont des reproductions de gravures, de ruines, des vues de monuments, etc., des vues de mer obtenues d'une manière instantanée; on y rencontre aussi quelques essais de composition, mais, comme toujours, c'est là un genre d'épreuves guindé et peu satisfaisant pour l'imagination.
Beckley. - Epreuves photographiques des taches du soleil, et application de la photographie aux études astronomiques.
Bedford - Cette exposition comprend des intérieurs et des paysages; ceux-ci, qui offrent avec ceux de M. Vernon Heath une grande analogie, sont d'une douceur, d'un velouté inexprimables. L'auteur excelle surtout dans la reproduction des lierres et des arbres touffus.
Breese. - C'est le lion de l'Exposition. Maintefois déjà nous avons parlé de ses instantanéités. Les trois plus remarquables sont une falaise vue de nuit avec la pleine lune à l'horizon; épreuve étourdissante et adorable de poésie; une grève sur laquelle vient se briser une vague dont chaque gouttelette est clairement visible et au-dessus de laquelle deux mouettes traversent l'air les ailes déployées; enfin une chute d'eau dont tous les détails sont aussi bien définis que s'ils étaient dessinés à la main. Il est impossible de concevoir une instantanéité plus vraie, plus absolue, et combien on doit regetter que le procédé de M. Breese ne soit pas entre les mains de tous! car, pour un procédé, il y en a un, et ce n'est pas au moyen de ce que les Français appellent des ficelles photographiques que ces épreuves ont été obtenues.
Colnaghi et Comp. - Grandes et belles épreuves de reproductions d'objets d'antiquité, de cartons de l'école italienne, tous produits d'une grande utilité pour l'étude des beaux-arts,
Dallmeyer. - Objectifs photographiques.
De La Rue. - On connaît les beaux travaux photo-astronomiques de M.de La Rue; la foule s'arrête émerveillée devant ses épreuves du soleil (éclipse du 18 juillet 1860 et surtout devant ses magnifiques épreuves de la lune, mesurant environ 25 centimètres de diamètre, et qui, obtenues à loisir, présentent des détails d'une finesse extraordinaire.
Fenton (Roger). - Les épreuves de paysage de M. Roger Fenton sont des plus belles; comme nouveauté, il présente cette année des groupes de fleurs et de fruits extrêment remarquables.
Frith. - Vues d'Egypte, ne présentant rien de bien saillant.
Heath (Vernon). - Un des maîtres de la photographie anglaise; expose un grand nombre de paysages d'une grande finesse, d'une grande douceur dans le caractère des gravures anglaises.
James (colonel Henry). - On sait quels sont les travaux de M. James, et comment prenant en main les procédés qui, imaginés par M. Poitevin, ne pouvaient, malgré tous les efforts de celui-ci, passer dans la pratique, il en a fait une industrie grande et sérieuse, qui rend à l'amée anglaise les services les plus considérables. Son exposition comprend des cartes, manuscrits, etc., d'une grande finesse, grandis, réduits et tirés par la photographie, photopapyrographie, etc.
London stereoscopic Company. - Cette société, qui a payé 40,000 fr. le droit exclusif de photographier dans le Palais de l'Exposition, nous montre une collection très-nombreuse de stéréoscopes de tout genre et de toute espèce, généralement bien réussis.
Mayall. - Un des premiers portraitistes anglais; ses portraits ordinaires sont très-bons, peut-être cependant un peu mous; il expose aussi une épreuve grandie et peinte.
Mudd. - Épreuves de paysage obtenues sur collodion albuminé, que l'auteur pratique avec un grand succès; malheureusement le tirage des positifs est très-défectueux, et il en est déjà bon nombre qui jaunissent.
Negretti et Zambra. - Grands opticiens de Londres, MM. Negretti et Zambra s'occupent avec succès d'épreuves photohraphiques; plus qu'aucun autre, ils ont réussi dans l'application de la photographie aux illustrations des livres.
Piper. - Expose de très-beaux paysages, bien feuillus, et remarquables par la réussite des parties vertes; ces paysages, sur collodion humide, sont de grandes dimensions.
Ponting. - Échantillons de collodion ioduré sensible.
Pretsch. - Épreuves de gravure photographique. - Nos lecteurs connaissent le procédé de M. Pretsch, et nous aurions été heureux de leur annoncer son succès; mais, malheureusement, il y a là deux sortes d'épreuves: les unes, fort belles, portent l'inscription touched, et par suite n'ont guère de signification; les autres, not touched, sont peu remarquables.
Robinson. - Parmi les photographes anglais, il en est peu qui fassent autant d'efforts pour créer la composition photographique; c'est pour lui un véritable culte; il en montre cette, année un exemple supérieur aux précédents: c'est une jeune fille, les cheveux épars, étendue sur une barque qui coule au fil de l'eau. Sans doute il y a là des qualités; mais le problème de la composition photographique n'est pas encore résolu, et il suffit de passer aux galeries de peinture et de comparer cette épreuve à la martyre chrétienne de Paul Delaroche, devant laquelle nos belles Anglaises se pressent à l’envi.
Ross. - Objectifs photographiques.
Rouch. - Délicieux petits paysages obtenus avec une chambre binoculaire dont il est l'inventeur.
Sidebotham. - Beaux paysages sur collodion albuminé, bien doux, d'une grande transparence, et offrant avec ceux de notrc célèbre transfuge, M. Maswel Lyte, la plus grande analogie.
Talbot (Fox).- On sait que M. Fox Talbot est le père de la gravure photographique; mais on ne peut s'empêcher de reconnaitre que les enfants ont marché plus vite que le père, et d'avouer que les petites planches sur cuivre de M. Talbot sont à mille coudées au-dessous des splendides, gravures exposées en France par M. Ch. Nègre.
White. - Paysages très-beaux, ana1ogues à ceux de MM. Lyte, Bedford, etc.
Williams. - Bons portraits photographiques, mais inférieurs à ceux de M. Mayall.
Wilson. - Partage avec M. Breese les honneurs de l'exposition anglaise au point de vue de la production des instantanéités, vues de mer, vaisseaux, etc. Le procédé n'est point connu.
Osborne (Australie). - Photolithograhie. - M. Osborne est, dit-on, l'inventeur d'un procédé particulier, mais ce procédé n'est en réalité qu'une variante de la méthode Poitevin.
Notmad (Canada). - Dr Simpson (Indes). - Mullius (Jersey). - Daintree (Victoria). - Haigh (Victoria). - Nettleton (Victoria). - Épreuves diverses, vues des colonies anglaises, portraits de types indigènes de l'Inde, de l'Australie, etc., d'une bonne réussite.
AUTRICHE.
Angerer. - iL est peu de portraits aussi beaux, aussi largement posés et magnifiquement exécutes que ceux de M. Angerer; le visage en est superbe, les demi-teintes d'une douceur infinie; nos lecteurs ont pu, d'ailleurs, en apprécier de beaux spécimens à l'Exposition photographique de Paris en 1861.
Dietzler. - Objectifs photographiques.
Ponti. - Invention d'un appareil qu'il nomme alétoscope, et dont le but est de communiquer a une grande épreuve unique une apparence de relief.
Voigtlander et fils. - Il est à peine besoin de rappeler que MM. Voigtlander et fils sont les premiers fabricants du monde pour les objectifs photographiques.
BADE.
Dr Lorent. - Le docteur Lorent est le premier qui soit, il y a quelques années, entré dans la voie de production des grandes épreuves directes; ses travaux que nos lecteurs ont pu apprécier aux expositions précédentes comprennent surtout de magnifiques vues de Venise, des détails de l'église Saint-Marc, etc. Parmi celles que compte l'Exposition de Londres, nous avons remarqué surtout un Pont des Soupirs d'une fort belle exécution.
BAVIÈRE.
Albert. - Ainsi que nous l'avons dit plus haut, l'exposition de M. Albert est une des plus belles et des plus riches de 1862; ce sont des raproductions de tableaux, au milieu desquels figure une magnifique collection des dessins de Kaulbach, représentant des sujets de divers ouvrages de Gœthe. Ces reproductions, qui n'ont pas moins de 60 à 70 centimètres de côté, sont d’une netteté, d'une finesse remarquables; les ombres sont fermes et accusées, et néanmoins les fonds sont d'une blancheur parfaite. C'est là, on le sait, une grande difficulté vaincue. Toutes les autres reproductions de M. Albert sont à la hauteur de celles-ci.
Belgique.
Fierlants. – La popularilé de M. Fierlants est aujourd'hui européenneh; c’est à lui que le gouvernement belge a confié le soin de reproduire les œuvres principales des musées de Liége, d'Anvers, etc. Sous sa main habile, les œuvres les plus celèbres de l'école flamande revivent et se vulgarisent; celles que renferme le palais de Cromwell-Road sont des plus belles et font à cet habile artiste le plus grand honneur; ses épreuves sont obtenues sur albumine.
FRANCE.
Aguado (le comte O.). - Ce photographe habile n'expose que des épreuves agrandies; mais il est juste de dire qu'elles sont incomparables, et que, pas plus en Angleterre qu'en France, personne n'approche de la sûreté, de la fermeté de tons que revêtent ces agrandissements. Les attelages de bœufs qu'expose M. le comte Aguado sont parfaits de tous points, et aucune épreuve directe ne saurait fournir des produits aussi artistiques. M. le comte Aguado emploie, du reste, le bon moyen: il fait d'abord un petit positif de la grandeur du cliché original, puis, avec ce petit positif, un grand cliché grandi, auquel il sait donner l'intensité voulue, et dont il se sert pour un tirage courant de positifs.
Aguado (le vicomte O.). - M. le vicomte Aguado marche sur les traces de son frère; comme lui, il n'expose que des épreuves grandies, presque aussi bien réussies, mais d'un genre différent, et représentant uniquemcnt des vues de mer.
Alophe. - Les portraits de M. Alophe sont fort beaux, et parmi les exposants français il est, sans aucun doute, celui qui entend le mieux l'arrangement et le choix artistique des modèlcs.
Baldus. - Un des plus anciens photographes français: expose de grandes vues de monuments pleines de détails et de finesse, mais auxquelles nous ne pouvons nous empêcher de reprocher un manque de modelé qui probablement vient du tirage des positifs auxquels M. Baldus communique un ton charbonneux peu agréable a l'œil.
Bayard et Bertall. - Belle collection de portraits dont quelques-uns surtout ont, pour l'amateur sérieux, des valeurs de finesse et de modelé tout exceptionnellcs.
Bertaud. - Objectifs photographiques.
Bertsch. - Chambre noire automatique, appareil de grandissement et épreuves obtenues par leur moyen. J'ai, ici même et plus d'une fois, insisté sur le mérite des appareils si ingénieux qu'a inventés M. Bertsch, et dont l'emploi me paraît être le nec plus ultà des facilités photographiques, je n'y reviendrai donc pas, me contentant de dire que l'Exposition universelle renferme de beaux et bons spécimens d'épreuves grandies obtenues par M. Bertsch, et montrant tout le parti qu'on peut tirer de ces appareils.
Bingham. - Le nom de M. Bingham est aussi célèbre en Angleterre qu'en France, et les amateurs se disputent ses belles reproductions de talbleaux modernes, si fines et si exactes.
Bisson frères. - Une des gloires photographiques que l'Angleterre envie le plus à la France; ardents et courageux, MM Bisson frères ne connaissent plus d'obstacles; apres avoir photograhié sur collodin humide les plus âpres sommets des Alpes, ils n'ont pas craint d'attaquer le Mont-Blanc, et deux fois, de leurs ascensions aujourd'hui célèbres, ils ont rapporté de magnifiques panoramas de montagnes, de pics, de glaciers, aussi utiles que bien exécutés. Outre ces vues, leur exposition comprend des paysages des portraits, des reproductions d'un excellent travail.
Braun. - Beaux panoramas représentant l'un 1a Yungfrau, l'autre la ville de Mulhouse; groupes de fleurs d'une beauté toute spéciale et d'une grande utilité pour les dessinateurs sur indiennes (calico-printing).
Cammas. - Voyageur audacieux et infatigable. M. Cammas est allé demander à 1'Egypte ses aspects les plus curieux, ses vues les plus célèbres De ses courses hardies il a rapporté une admirable collection d'épreuves de grande dimension. Celles-ci sont aussi belles que si l'auteur avait été développer son appareil â l'île de Wight ou à Versailles; leur finesse, leur douceur ne peuvent être comparées qu'a celles que possèdent les épreuves faites à loisir par nos meilleurs artistes; c'est un véritable tour de force fait sous une temperature de 45 degrés centigrades.
Darlo'. - Objectifs photographiques.
Davanne et Girard. - Les deux savants chimistes de la société de Paris ont exposé quatre cadres où, par des spécimens peu artistiques mais d'une grande utilité, ils nous montrent quelles conditions doit remplir un bon positif: la nature du papier, la dose du sel, celle de nitrate, l'influence du fixage, etc., et ou ils terminent en nous apprenant comment, au moyen du chlorure d'or, on peut arrêter les ravages du temps sur une épreuve photographique. M. Girard expose en outre une collection d'épreuves du soleil obtenues pendant l'éclipse du 18 juillet 1860, et qui, tout inférieures qu'elles sont à celles de M. de La Rue, ont cependant un grand intérêt. M. Davanne, de son côté, expose une collection de paysages très-beaux et très-bien réussis sur collodion albuminé.
Delessert (Édouard). - Un des photographes les plus ardents à l'étude des grandissements; les épreuves exposées cette fois par M. Delessert attestent d'ailleurs un progrès notable sur celles obtenues par cet artiste en 1861. Cette année, il a moins cherché l'exagération, et ses œuvres sont bien supérieures. Les grandissemcnts de l'Arc de triomphe de Paris, de la nouvelle Église russe, etc., sont de très-grande taille, et cependant présentent de la douceur et du modelé;on peut cependant leur reprocher encore ce ton grisâtre que M. le comte Aguado seul, jusqu'à présent, a su éviter, et qui donne aux grandissements de MM. Claudet et Mayall un aspect si peu agréable.
Derogy. - Objectifs photographiques.
Disderi. - M. Disderi est un des photographes les plus à la mode de Paris; cependant, j'avoue ne pas aimer beaucoup ses épreuves, elles me semblent rentrer trop franchement dans l'art bourgeois; elles n'ont ni la douceur et la finesse des portraits anglais, ni la vigueur que savent imprimer à leurs épreuves quelques photographes français, tels que MM. Nadar et Salomon. Cependant, le succès de M. Disderi nous donne probablement tort. A côté de ses cartes de visite et portraits ordinaires, M. Disderi expose des agrandissements qui, gris et monotones, pèchent par les mêmes défauts que ceux de scs concurrents.
Duboscq. - Appareils et objectifs photographiques; application de la lumière électrique à l'éclairage des modèles, etc.
Duvette et Romanet. - Les reproductions d'architecture (bas-reliefs, etc.) faites par ces photographes sont d'une très-grande dimension, et malgré cela elles présentent une finesse, une douceur et une fermeté extraordinaires.
Fargier. - Auteur du nouveau procédé au carbone, consistant à laver la couche de gélatine chromatée par-dessous, afin de conserver les demi-teintes. Il faut le dire franchement, M. Fargier est jusqu'ici le seul qui ait produit avec le charbon de véritablcs épreuves artistiques, capables de lutter avec celles obtenucs par les sels d'argent. Les spécimens qui figurent à Londres ne laissent rien à désirer.
Ferrier. - Fatigué sans doute des éloges que chacun prodigue à ses admirables instantanéités, sur lesquelles il saisit chevaux et piétons au milieu d'un mouvement, M. Ferrier a voulu exposer des épreuves positives transparentes sur albumine, de grandes dimensions. Pour ces grandes épreuves, comme pour les petites, les éloges sont les mêmes.
Garnier et Salmon. - On doit à ces inventcurs un procédé au charbon, différent de celui de M. Poitevin; au lieu de mélanger la poudre de charbon à la gélatine chromatée, ceux-ci saupoudrent la couche, au sortir du châssis, avec du noir en poudre qui adhère seulement aux parties non insolées; les spécimens de leur procédé sont très-satisfaisants.
Jeanrenaud. - Les photographes anglais ont toujours bien envie de compter M. Jeanrenaud comme étant des leurs; ses délicieuses épreuves (paysages, arbres, eaux, etc.) ont en effet toutes les qualités des épreuves de MM. Bedford, Heath, Lyte, etc; mais il faut se hâter de le dire, elles ont de plus que celles-ci une fermeté qui, réunie à leur transparence, constitue le véritable desideratum de la photographie.
Lafon de Camarsac. - Les épreuves sur papier auront toujours, quoi qu'on fasse, bion des chances de disparaître; pour obvier à ce terrible inconvénient, M. Lafon de Camarsac a, le premier, eu l'idée de vitrifier ses épreuves sur porcelaine, sur émail, etc. Son industrie, bien nouvelle encore, est cependant déjà arrivée à un grand point de perfection; aussi ses portraits sur porcelaine, montés en broches, médaillons, etc., ont-ils un très-grand succès.
Lyte (Maxwell). - Pourquoi M. Maxwell Lyte est-il au milieu de l'Exposition française? Anglais par la nationalité, il l'est aussi par son genre de talent. Peut-être s'est-il senti plus à l'aise au milieu des photographes français, dont le style diffère si complétement du sien, qu'au milieu des photographes anglais, dont plusieurs offrent avec lui une grande analogie. Quoi qu'il en soit, ses épreuves sont des plus helles; ses paysages, doux et vaporeux, sont pleins d'air et de lumière, et malgré les progrès de ses concurrents, M. Lyte reste encore au premier rang des paysagistes.
Marville. - L'exposition de M. Marville est belle, mais elle disparait tout entière devant une seulc de ses épreuves: un paysage représentant une petite île boisée, qui, de l'aveu de tous et sans conteste, est le plus heau de tous ceux que renferme 1'Exposition. Les autres épreuves sont des reproductions de tableaux, de cartons, etc.
Muzet. - Bonnes épreuves de rochers, montagnes, etc., fermeté dans les contours, transparence des fonds, beauté du visage, pittoresque des vues, rien n'y manque.
Nadar. - L'exposition de M. Nadar offre un intérêt sérieux; non-seulement on y trouve des spécimens montrant sa production ordinaire de portraits vifs, un peu heurtés peut-être, mais toujours riches d'effet, mais encore de nouveaux procédés; un des premiers il s'est adonné à la photographie (négative et positive) par l'éclairage électrique, et les épreuves exposées par lui prouvent le succès qu'il a obtenu en opérant ainsi.
Nègre (Charles). - M. Charles Nègre a résolu de la manière la plus brillante et la plus certaine le grand problème de la gravure héliographique: tous les gens compétents s'accordent à le reconnaître, aucune étude n'est plus à faire, il n'y a plus qu'à appliquer les procédés indiqués par cet habile graveur. Ses magnifiques planches, qui ne mesurent pas moins de 60 centimètres de côté, seraient inimitables par le burin le plus habile. On sait que M. Nègre obtient ces beaux résultats en ne laissant l'acide mordre la planche que peu à peu, et en réservant chaque fois les parties creusées au moyen d'un dorage galvanique partiel.
Niepce de Saint-Victor. - A côté des magnifiques résultats pratiques obtenus par M. Nègre, il est intéressant de considérer les travaux théoriques par lesquels M. Nicpce de Saint-Victor a fait faire de si grands progrès à la photographie. Ses gravures sur acier, ses épreuves sur albumine, ses gravures sur marbrc, etc., et enfin les épreuves coloriées obtenues par lui d'après les procédés de M. Becquerel, excitent au plus haut degré l'intérêt et l'admiration des savants et des photographes.
Poitevin. - Les inventions que représentent les produits exposés par M. Poitcvin sont nombreuses et importantes. Ce sont la lithophotographie, la confection des épreuves au charbon, des épreuves en couleur, des épreuves vitrifiées, etc. La photographie doit donc beaucoup à M. Poitevin; mais il ne faut pas s'y tromper, ce sont là plutôt des prémisses qu'autre chose, et, esprit ingénieux avant tout, M. Poitevin aime à faire les semailles et laisse aux autres la moisson.
Robert. - Très-belles épreuves photographiques représentant des paysages et des vases de Sèvres.
Warnod. - M.Warnod s'est créé une spécialité où il excelle, l'obtention de grandes épreuves instantanées. Ses vues du Havre, entrée du port, bateaux à la voile, steamers sous vapeur, réalisent à ce point de vue tout ce qu'on peut désirer.
GRÈCE.
Constantin. - Vues de la Grèce d'une bonne réussite.
VILLES HANSÉATIQUES.
Krüss. - Objectifs photographiques.
ITALIE.
Alinari frères. - Les reproductions de monuments, les paysages, et surtout les beaux Panoramas de Venise, etc., ont donné à MM.Alinari frères une grande célébrité.
Van Luit. - Épreuves photographiques de mérite.
PRUSSE.
Busch. - Appareils photographiques.
Oehme et Jamrath. - Beaux portraits. On ne peut que donner des éloges aux clichés, mais malheureusement il n'en est pas de même des positifs, qui sont tirés dans un ton gris bleuâtre dû certainement à l'emploi de sels d'or acides dont l'effet est fâcheux.
Schering. - Produits chimiques et objectifs photographiques.
Wothlt. - M. Wothly est l'inventeur du procédé de grandissement dont M. Disderi fait usage en France; il en montre des spécimens; un groupe surtout représentant un homme et une femme assis, est extrêmêment remarquable par sa netteté et l'absence de déformations, mais, comme toujours, les positifs sont tirés dans un ton gris peu agréable à l'œil.
ROME.
Cuccioni. - Les reproductions de monuments faites par M. Cuccioni sont d'une beauté extraordinaire. Son Colosseum, qui ne mesure pas moins de 1m.50 sur 0m.50,est un des plus beaux produits que l'art photographique ait fournis jusqu'ici.
Dovizielli. - L'exposition de M. Dovizielli renferme des reproductions de fresques exécutées dans de grandes dimensions et d'une magnifique réussite.
RUSSIE.
Denier. - Collection de très-beaux portraits exécutés dans le genre français; nous en avons remarqué quelques-uns d'une beauté exceptionnelle; un entre autres, représentant un soldat, la tête couverte de fourrures, attire l'attenlion générale. On compte aussi dans cette exposition quelques por'traits amplifiés.
SAXE.
Manecke. - Épreuves photographiques bien réussies.
SUÈDE.
Manerke. - Portraits photographiques d'une belle exécution.
Telles sont les principales remarques que m'a suggérées l'examen des épreuves médaillées à 1'Exposition universelle; sans doute il serait intéressant de poursuivre la même étude sur les épreuves récompensées par des mentions honorables, mais l'espace manque, et je dois me contenter d'en enregistrer ci-dessous la liste sans y ajouter aucune réflexion.
MENTIONS HONORABLES.
Angleterre. - Austen (appareils). - Barrable. - Beatty (gravures lithographiques). - Bland et Comp. (appareils). - Bourguin et Comp. (albums pour photographies). - Brothers (épreuves coloriées). - Bull (accessoires et fonds photographiques). - Burnett. - Comte de Caithness. - Cox. - Cramb frères (vues de Palestine). - Cundall, Downes et Comp. - Dancer (photographie microscopique). - Davis (chambre pour voyage). - Gordon. - Green (épreuves coloriées). - Hare (chambres noires). - Hemphill. - Hemah. -Hering. - Highley (appareils). - Hill. - Hockin et Wilson. - Hopkin et Williams (produits chimiques). - Horne et Thornethwaite. - Vicomtesse Jocelyn. - Kilburn (épreuves coloriées). - Lock et Whitfield (épreuves coloriées). - Maclean, Melluish et Comp. (appareils). - Mayland. - Meagher (appareils). - Moule (appareils pour prendre les portraits de nuil). - Murray et Heath (appareils, tentes de voyage). - Olley (photographie microscopique). - Ottewill (chambres noires). - Ramage (photolithographie). - Reeves (photographie microscopique). - Rejlander. - Ross et Thompson. - Russell. -Sedgefield. - Skaife (appareils pour vues instantanées). - Smyth Lindon. - Smyth et Blanchard. - Salomon (appareils). - Sutton. - Thompson. -Traer (photographie microscopique). - Wardley. - Warner (agrandissements). - Wortley-Stuart. -Wright (appareil portatif). - Claudet (Colombie). - Tucker (Guiane Anglaise). - Sellon (Indes). - X... (Jamaïque). - Cox et Lukin (Melbourne). - Bowren et Cox (New-Brunswick). - Crombie (New-Zealand). - Challingor (Queensland). - Wilder (id.) - Hall (Australie). - Allport (Tasmanie). - Bachleder et O'Neill (Victoria). - Charlier (id.) - Davis (id.) - Johnston (id.).
Autriche. - Leman. - Leth (épreuves au carbone). - Melingo. - OEstermann. -Rupp. - Widter. - Gypen et Frisch.
Belgique. - Ghemar frères. - Mascré. - Michiels. - Neyt (microscopie phot.).
Danemark. - Hausen. - Lange. - Striegler.
France. - Albitès. - Aleo. - Marquis de Berenger. - Berthier. - Blanc. - Bobin. -Breton (Mme). - Briois (produits chimiques). - Carjat. - Charnay. - Charavet. - Collard. - Cremière. - Dagron (bijoux photographiques). - De Clercq. - Delondre. - Delton. - De Champlouis. - Garin (produits chimiques). - Gaumé. - Hermagis (objectif). - Jouet. - Ken. - Koch (appareils). -Lackerbauer (microscopie). - Laffon (écrans en soie). - Lécu (appareils). - Lemercier (photo lithographie). - Mailand. - Marion (papier phot.) - Masson. - Mayer et Pierson. - Michelez. - Millet (objectifs). - Moulin. - Pesme. - Plessy (produits chimiques). - Potteau. - Puech (produits chimiques). - Quinet. - Richebourg. - Rolloy (produits chimiques). - Roman. - Silvy. - Tournachon. - Villette (agrandissements à la lumière électrique).
Francfort. - Hamaker.
Iitalie. - Roncalli (photographie microscopique).
Mecklenbourg-Schwerin. - Dethleff.
Hollande. - Van Eyck (copies de gravures).
Norwége. - Selmer (types d'indigènes).
Perse. - Luigi Pesce (vues de Téhéran).
Portugal. - Silveira.
Prusse. - Beyrich (papier phot.). - Kunzmann (papier phot.). - Minutoli. –
Schauer.
Russie. - Mieczkowski. - Gabriel de Ruimne.
Suède.-Unna et Höffert.
Suisse. -Georg. - Poncy. – Vuagnt.
États-Unis. - Dexter.
Wurtemberg. - Sprösser.
A cette liste, on doit ajouter une mention honorable accordée à un exposant anonyme du Zollverein, ce qui porte le nombre des médailles à 85 et celui des mentions honorables à 147.
Th. BEMFIELD.
([i]) (1) L'abondance des matières nous a empêché de publier plus tôt cet article, qui aurait dû paraître dans notre numero du 15 août dernier.

segunda-feira, 6 de abril de 2009

1865 - EXPOSIÇÃO INTERNACIONAL PORTUGUESA

1865
EXPOSIÇÃO INTERNACIONAL PORTUGUESA EM 1865
*
RECOMPENSAS
CONFERIDAS PELO JURY MIXTO
*
PORTO
TYPOGRAPHIA LUSITANA
74, RUA DE BELLOMONTE, 74
1866
*
Duodecimo Grupo
Carlos Negre - França - pelas gravuras heliographicas.
L. Alphonse Poitevin - França - pelas photographias a carvão, pelo processo do perchlureto ferro, e acido tartarico, e pelos esmaltes obtidos pelo mesmo processo.

Rei D. Fernando
Visconde de Villa Maior
João Baptista Schiappa d'Azevedo
Conselheiro Joaquim José Dias Lopes de Vasconcellos
João d'Andrade Corvo
Conde de Ficalho
Dr. José Fructuoso Ayres de Gouvêa Osorio
José Maria da Ponte e Horta
Conselheiro Joaquim Torquato Alvares Ribeiro
Emilio de Gerando
Hatalis Rondol
Fourdinois
Gaspar da Cunha Lima
Marquez de Souza Holstein

como supplentes
Barão de Massarelos
Conde de Samodães
Visconde de Pereira Machado

José Joaquim Rodrigues de Freitas Junior
Secretario

Dr. José Fructuoso Ayres de Gouvêa Osorio
Servindo de Secretario

Duodecimo Grupo

Medalhas de Primeira Classe

Affonso Davanne - França - pelas photographias
Briggs - (Leamington) Grã-Bretanha - pela photographia
Carlos A. Munró - Portugal - pelas photographias
Franck de Villecholle - França - pelas photographias
Gabriel Blaise - França - pelas photographias
Joaquim Insley Pacheco - Brazil - pelas suas photographias
Luiz Pagani - (Milão) Italia - pelas photographias, e outras obras
P. M. Lafon de Camarsac - França - pelas photographias
Van Nivel Guimarães & C.ª - Brazil - pelas suas photographias

Medalhas de Segunda Classe

Adolpho Neyt - Belgica - pelas suas photographias
Alfredo Fillon - Portugal - pelas photographias
Ildefonso Rousset - França - pelas photographias
José Nunes da Silveira - Portugal - pelas photographias
Paulo Gaillard - França - pelas photographias
Pedro Ambrosio Richebourg - França - pelas photographias
Roncalli - Italia - pelas photographias

Menções Honrosas

Diogo Francem - Portugal - pelas photographias
Emilio Riché - Portugal - pelas photographias
Henrique Nunes - Portugal - pelas photographias
Leopoldo Verguet (Padre) - França - pelas photographias
Marquez de Bérenger - França - pelas photographias
Sala & Irmão - Portugal - pelas photographias

Está conforme. Secretaria da Exposição Internacional Portuguesa em 1 de Fevereiro de 1866

Dr. José Fructuoso Ayres de Gouvêa Osorio
SECRETARIO

segunda-feira, 23 de março de 2009

1882, 20 de Abril - NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX de A. POITEVIN

1882
20 de Abril

NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX de A. POITEVIN
par M. A. DAVANNE
Gauthier-Villars
Paris
1882
*
NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX A. POITEVIN PAR M. A. DAVANNE
Vice-Président de la Société Française de Photographie


Après l'éloge de ces savants illustres, Bussy, Dubrunfaut, H. Saint-Claire Deville, fait par celui qui fut le digne collaborateur des grands travaux de Sainte-Claire Deville (1) ([i]) et dont le nom a sa place si haut marquée dans la Science, je vous demande d'accorder encore quelques moments à un simple membre de notre Association, qui vient vous entretenir de la vie et des travaux d'un savant dont les œuvres,moins éclatantes, sont certainement ignorées d'un grand nombre des personnes qui veulent bien me prêter leur attention.
Ces travaux, cependant, ont eu une importance capitale sur le développement de l'une de nos grandes découvertes modernes, qu'ils ont pour ainsi dire transformée. Tout le monde connaît la Photographie; chacun apprécie les réultats qu'elle produit; partout, dans le cabinet du savant, dans l'atelier de l'artiste, dans celui de l'industriel, dans nos salons comme dans les plus modestes logis, et mêmee dans les lointains pays qui ne sont qu’à l'aurore de la civilisation, partout, maintenant, on retrouve ces épreuves photographiques auxquelles les uns demandent la constatation de la vérité et le plus grand nombre les doux souvenirs de l'amitié et de la famille.Mais qu'ils sont peu nombreux ceux qui connaissent le nom des hommes qui leur ont procuré cette douce jouissance, qui ont mis à la portée de l'artiste les belles lignes tracées par les maîtres, et qui ont permis aux pauvres ce grand luxe des riches: la galerie des êtres aimés!
Le nom de DAGUERRE a survécu, alors même que se sont évanouies las oeuvres que ses procédés ont pu produire; celui de NICÉPHORE NIÉPCE son prédécesseur et son associé, celui de Fox Talbot sont peu connus du public, et ceiui d’ALPHONSE POITEVIN, dont les travaux ont permis de transformer par de nombreux procédés une image éphémère en une épreuve durable et de multiplier à l’infini les tirageg trop restreints que donnaient les premières méthodes, le nom de Poitevin est resté dans l'ombre de la Science, dépassant à peine le milieu special qui seul appréciait ses utiles travaux, alors que tous en recevaient ou en recevront les bienfaits.
POITEVIN, pourtant, a consacré sa vie entière aux recherches qui ont amené ces résultats; dès son adolescence, qui s'est passée dans son pays natal, à Contlans, dana la Sarthe,il montrait un goût particulier pour l’étude des sciences, et en 1840, à l'âge de vingt et un ans, il entrait brillamment à l'École Centrale, d’où trois ans plus tard, il sortirait, troisième de sa promotion, avec le diplôme d'ingénieur chimiste.
Dès lors sa vocation était tracée. Frappé par les remarquables résultats obtenus par la récente découvette de Daguerre, il en avait cependant vite aperçu les points faibles: le procédé sur plaque d'argent ne donnait qu'une seule image d'un prix relativementélevé, il fallait la multiplier économiquement.
Déjà les rares loisirs que lui laissaient ses études à L’École Centrale avaient été consacrés à des recherches pour reproduire l'image de la plaque daguerrienne par la galvanoplastie, recherches qu'il espérait alors pouvoir continuer; mais, dès sa sortie de l'École, nous voyons commencer l'antagonisme entre la vocation et la lutte pour la vie : chimiste attaché aux salines de l'Est, apportant successivement dans les salines de Dieuze, de Montmorot, d 'Arc, de Gouhenans les améliorations suggérées par les connaissances acquises, il dut abandonner pendant plusieurs années, pour les travaux industriels, les recherches qui le charmaient.
Cependant, de 1847 à 1855, sans quitter la position conquise par son travail, il reprend son idée première, et s'efforce, par l'emploi des procéd6és galvanoplastiques, d'obtenir la gravure de l'image daguerrienne ou d'en faire une contre-épreuve qui, enlevée au moyen d'une couche de gélatine, donnait une sorte de négatif que l'on pouvait imprimer en image positive sur papier au chlorure d'argent.
Vers cette époque, il se fit en photographie une première transformation; la plaque de Daguerre fut abandonnée pour faire place à ces procédés dérivés de l'invention de Talbot, qui produisaient à la chambre noire une image négative, servant ensuite à imprimer un nombre quelconque d'images positives.
Mais voici que je me sers de mots inconnus pour beaucoup de personnes; je parle d'épreuves négatives, d'épreuves positives; ces expressions reviennent continuellement, dès que l'on dit qualques mots sur la Photographie; et, avant d'aller plus loin, il me semble indispensable de vous les expliquer.
Dans les conditions les plus générales, l'image photographique résulte de l'action de la lumière sur les sels d'argent; parmi ces sels, ceux que nous employons sont blancs ou peu colorés, tels que le chlorure, le bromure, l'iodure d'argent; la lumière, en agissant sur eux, les rend noirs ou aptes à noircir; de là cette conséquence que le résultat de

Fig. 1

l'action lumineuse est juste l'inverse de ce que nous cherchons. Un portrait de femme blanche avec une robe noire nous donnera donc une femme noire avec une robe blanche. Le ciel lumineux d'un paysage et les arbres sombres sont représentés par un ciel noir et des arbres blancs. C'est l'épreuve renversée (fig. 1), c'est 1'épreuve négative. Mais, recommençons l'opération, en prenant comme modèle cette épreuve négative; les effets sont de nouveau renversés, nous obtenons l'image conforme à la nature (fig. 2), et le modèle négatif n´étant nullement altéré, nous pouvons en tirer un nombre indéfini d'épreuves positives.Voici donc les opérations photographiques divisées en deux grandes classes: la production des négatifs et l'impression des positifs; c'est surtout de ces derniers que s'est préoccupé Poitevin.Fig.2

Le type négatif peut être obtenu trés rapidement, grâce à la découverte faite par Daguerre de l'image latente, qu’avait découvert Niépce en 1814 ([i]).
Cette image latente résulte d'une action invisible et encore inexpliquée que la lumière fait subir à certains sels d'argent; elle frappe le composé sensible, et celui-ci peut être instantanément modifié dans sa nature sans que l'on aperçoive trace de la modification; les parties touchées par la lumière ne different on rien des autres lorsqu'on les examine, mais elles noirciront sous l'influence do certains réactifs réducteurs; la réduction sera proportionnelle à l'intensité lumineuse qui a agi, et l'image se développera graduellement.
L'expérience est exécutée devant vous en projection: une glace a été impressionnée dans la journée, on la plonge ici dans une petito cuve contenant le réactif approprié (acide pyrogallique et carbonate d'ammoniaque), le tout est agencé dans la lanterne à projections en séparant la cuve de la trop vive lumière au moyen d'un verre jaune, qui arrête les rayons chimiques, et l’épreuve se dessine peu à peu sur l'écran. Toutefois, en raison de la vive lumière transmise même à travers le verre jaune orangé, l'expérience ne peut durer que quelques secondes, et le tous se fond dans une teinte grise uniforme.
Je vous parlais de la rapidité de l'impression; de récents progrès l'ont tellement augmentée, que c’est à peine si j'oserai vous dire comment elle est calculée actuellement. Nicéphore Nièpce demandait des heures pour avoir me image à peine accusée; avec le procédé primitif de Daguerre, trois ou quatre minutes suffisaient; bientôt l'emploi du bromure d'argent, puis du collodion, réduisit ces minutes en secondes; mais voici que, dans ces dernières années, au lieu d'albumine, de collodion, on reprend la gélatine, que, dès 1850, Poitevin avait indiquée comme un millieu éminemment apte à favoriser les réactions photographiques; M. Balard fit à ce sujet une communication, au nom de Poitevin, à l’Académie des Sciences.
Seulement, comme tant d'inventeurs, Poitevin arrivait vingt-cinq ans trop tôt, posant un jalon et traçant ïa route qui fut parcourne plus tard. En 1872 et 1873, M. Stas étudiant les diverses modifications que subit le bromure d'argent, nota l'extrême sensibilitée de décomposition par la lumière que prend ce produit sous l'influence d'une
ébullition prolongée; puis, par la réunion des deux conditions, on put obtenir, avec la gélatine et le bromure d'argent, ces plaques dites au géltino-bromure, d'une sensibilité telle qu'on arrive à fixer une image par la lumière réfléchie en , et même de seconde, et dans des conditions exceptionnelles en et même en de seconde comme l'a fait M. Janssen en photographiant directement le Soleil. Tout porte à croire qu'on ne s'arrêtera pas là.
C'est la vie, c'est le mouvement pris sur le fait; ce sont de nouvelles méthodes de vérification, des documents de toute nature offerts aux savants et aux artistes.
On peut saisir les attitudes réelles des animaux, suivre leurs divers mouvements pendant la marche comme le prouvent les épreuves faites par M. Chardon, par M. Rolland; on peut reproduire, ainsi que l'a fait M. Muybridge, les diveses allures d'un cheval, les exercices de l'homme, ou fixer, avec M. Marey, le mouvement rapide des ailes de l'oiseau qui vole.
On prend instantanément des scénes pittoresques comme celles reproduites par MM. Audra, Braum (Fernand), Hieckel; c'est ainsi que M. Janssen a pu inscrire divers phénomènes célestes, et par la photomicrographie on examine avec plus de facilité la structure des infiniment petits, comme le montrent les belles épreuves de diatomées et de parasites faites par M.Ravet. On peut encore fixer, pour des constatations indiscutables, comme l'a fait M. le capitaine Joly, le point d'éclat de l'obus dans le ciel, ou tracer le mouvement variable du recul des canons suivant les divers angles du tir.
C'est un champ nouveau à exploiter; j'aurais voulu m'arrêter avec vous sur l'importance de ce nouveau procédé photographique, qui touche par un point à l'une des plus anciennes recherches faites par Poitevin, mais j’ai dû me borner à vous montrer quelques spécimens (1) ([ii]).
Lorsque les clichés sont obtenus, nous avons dit qu'ils doivent doivent imprimés en épreuves positives, soit en répétant l'opération comme on le fait pour les épreuves destinées aux projections, soit en produisant les images papier; le pocédé généralement employé au dbbut, et maintenant encore, est l'impmssion sur papier albuminé préparé au chlorure d'argent et, devant les résultats obtenus, on put croire un instant que les recherches de gravure héliographique, d’impression par les encres grasses ne devaient plus avoir d'intérêt ; mais bientôt on s'aperçoit que les épreuves dites à l'argent, qui ont le défaut d’être couteuses et irregulières, en ont un bien plus grave encore : elles ne sont pas solides, elles s'altèrent, elles sont toutes destinèes à disparaître dans un temps très rapproché, quelle que soit leur valeur; et aux regrets que pouvait causer dans la famille la disparition d'un portrait cher, vint s'ajouter le cri d'alarme des savants et des artistes qui voyaient s'effacer entre leurs mains des documenta réunis le plus souvent à grand'- peine et à grands frais.
Alors un homme dont le nom est resté considérable dans les sciences et dans les arts, le duc Albert de Luynes, donna une énergique impulsion aux recherches commencées pour détourner ce mal. En 1856, il mit au concours deux prix de grande valeur, l'un de 2000fr pour l'obtention de l'image photographique avec me matière aussi inerte que le carbone; l'autre, de 8000fr, pour le meilleur procédé d'impression photographique au moyen des encres grasses.
Poitevin qui, à cette époque, avait continué d'étudier avec soin l'action, encore peu connue, de la lumière sur les mélanges de matièes organiqnes et de bichromates alcalins, résolut le double problème par l'omploi raisonné de ces substances, et il remporta en 1802, puis on 1867, les deux prix proposés, après élimination successive de ses nombreux concurrents, dont le plus important pour le prix de 8000fr fut Ch. Nègre, qui avait présenté au concours de grandes planches hé1iographiques sur acier, d'une exécution très remarqunble.
Aujourd'hui celui qui fut chargé du rapport sur le dernier concours est devant vous, et après quinze année, après avoir vu se fermer récemment les deux tombes de Nègre et de Poitevin, tous deux si dignes d’intérêt, il peut vous faire part de scrupules, maintenant disparus, mais qui n'ont pas été sans troubler quelquefois sa conscience.
Des deux concurrents l'un était un artiste habile, jaloux de son œuvre, s'isolant dans son travail, faisant à peine connaître quelques détails de son procédé, mais présentant de très beaux résultats.
L'autre, Poitevin, était un chimiste, cherchant et trouvant des réactions nouvelles, mais les utilisant avec moins de succès, basant sur ses recherches des séries de methodes d'une application juste, mais n'apportant à l'appui que des images dont toute la valeur résidait dans le contrôle exact de la réaction indiquée. J'étais alors hésitant devant la decision qui m'était tracéec par un grand savant, Regnault; mis il fait cesser mes doutes, en me rappelant que dans l'ordre scientifique comme dans l'ordre moral les principes priment le succès; ce dernier n'est souvent qu'éphémère, tandis que les principes justes poussent des racines fécondes et les bienfaits qu'ils produisent sont infinis.
Aujourd'hui, l'œuvre de Ch. Nègre est restée, mais isolée, prseque oubliée, tandis que les recherches et les études de Poitevin ont fructifié, elles ont donné naissance à une foule d'applications diverses dont il est le premier inventeur, d'autres en ont récolté les fruits.
Nous retrouvons les preuves de ses constantes études dans les nombreuses communications faites en son nom à l'Académie des Sciences par M. Balard, par M. Edm. Becquerel, et insérés dans les Comptes rendus; d'autre ont été adressées à la Société d'Encouragement et primées par elle; d'autres, à la Société Française de Photographie. Ces études portent d'abord, nous l'avons dit, sur des essais de gravure de l'image daguerrienne, sur l'obtention de clichés négatifs, sur des méthodes diverses pour employer la gélatine comme milieu favorable aux réactions photagraphiques; et en 1855 Poitevin présente tonte une série de procédés nouveaux, basés sur les modifications que la lumière fait éprouver à un mélange de bichromate alcalin et de substances organiques, telles que la gélatine, l'albumine, la gomme aradique ou autres matières analogues.
De ces modifications découlent: les impressions aux matières colorantes inertes, vulgairement appelées photographies au charbon, celles faites avec des papiers qui portent actuellement différents noms dans le commerce, des modes faciles de reports lithographiques, des procédés directs de lithophotographies, des méthodes de moulages dites hélioplastie, des applications céramiques avec couverte teinte dégradée; dans leaquelles se trouve le germe de la photoglyptic et les lithophanies photographiques.
Nous touchons également, avec Poitevin, à divers procédés de gravure ; il est aussi l’inventeur premier de toutes ces méthodes d’impression à l’encre sur surfaces plane, analogues à la lithographie, faites sur glace, sur cuivre, sur ainc, sur pierre et même sur papier, et qui, sorties de France entre les années 1867 et 1870, ne tardèrent pas à y rentrer, voilées sous des noms étrangers et sous des formules d'emprunt qu'il était facile de démasquer. Il suffisail, ou effet, de lire ces quelques lignes imprimées longtemps avant, en 1862, par Poitevin :
« La possibilité une fois reconnue de faire adhérer l'encre grasse et tous corps gras aux seules parties modifiées par la lumière d'une surface quelconque recouverte du mélange précité (bichromate et matières gommeuses et gélatineuses), j'étais arrivé à la possibilité de la photolithographie. «
Cette phrase, bien qu'elle ne fût publiée qu'en 1862 s'applique aux travaux faits en 1855.
Plein de confiance en ses découvertes, saisfait de ses premiers essais, Poitevin entrevoit dans leur exploitation un avenir et la liberté de se livrer à ses études favorites; il quitte les attaches qui absorbent son temps; il se fait apprenti, ouvrier, puis patron, et il crée un atelier de photolithographie; mais il avait oublié que, moins que tous autres, les inventeurs, les savants, ne peuvont s'attarder aux applications mercantiles; leur génie, comme celui de l'artiste, plane dans des régions plus alevées ; sans cesse poursuivis par la fièvre du mieux et l’idée nouvelle,ils leur sacrifient le temps, les soins, les calculs sévères que demande l'exploitation industrielle. A peine deux ans s'étaient-ils écoulés dans les soucis et les déboires, que Poitevin cédait, à un prix à peine compensateu des dépenses faites, ces brevets sur lesquels il avait fondé de si belles espérances.
Voyons ce que ces procédés sont devenus aujourd'hui, et posons d'abord le principe général des études de Poitevin.
Les matières gélatineuses, albumineuses, gommeuses et analogues, mélangées de bichromate aicalin, deviennent plus ou moins profondément insolubles ou imperméables, résistent plus ou moins à l'action de l'eau, lorsque la lumière les a frappées; cette action est proportionnelle à la somme, à l'intensité lumineuse.
Ce principe établi, il devient facile de comprendre les diverses applications qui en derivent.
Sur un papier, on a étendu une couche d'albumine mélangée d'une matièro colorante (encre de Chine ou toute autre couleur inerte) ; cette préparation devient sensible à la lumière si on couche le dos de la feuille sur un bain de bichromate de potasse ; le liquide pénètre à travers la feuille de papier et se mélange ainsi à l’albumine sans la dissoudre. Après dessiccation, ce papier est exposé au jour sous un cliché de traits, puis inmergé dans l'eau froide; l'aibumine non touchée par la lumière se dissout entraînant la matière colorante; mais, dans les parties qui ont reçu l'action lumineuse, l'albumine devenue insoluble reste sur le papier imprisonnant la substance colorée et formant le dessin, comme vous le voyez pour les épreuves que M. Roger nous a préparées à l'avance : ainsi peuvent s'obtenir avec grande facilité des reproductions de cartes, de plans, etc. Mais je puis aussi bien opérer avec l'albumine bichromatée non colorée et après exposition à la lumière, au moyen d'un rouleau d'imprimeur chargé d'encre grasse, je fais tableau noir en couvrant uniformément toute la surface albuminée; lorsque je mets ensuite cette feuille dans l'eau, l’encre grasse est entraînée partout ou l'albumine est dissoute, elle reste là ou la lumière a rendu 1'albumine insoluble; je puis donc faire ainsi rapidement une épreuve l'encre noire d'imprimerie; au lieu d'encre ordimaire, j'ai pu prendre l'encre dite de report, et l'épreuve qui en résulte, bien nettoyée, est mise soit sur pierre, soit sur zinc par les procédés connus du report, et l'on peut tirer, par les procédés industriels courants, un nombre indéfini d'exemplaires.
Au lieu d’albumine, si l'on prend une solution de gélatine que l'on mélange en quantité convenable avec une matière colorante inerte quelconque, on obtient en l'étendant sur papier une surface de couleur trés foncée. Ce papier est sensibilisé en le plongeant dans un bain de bichromatede potasse à 3 pour 100 d’eau; puis, après dessiccation, on l'expose sous un cliché. La lumière vient alors, suivant les transparences plus ou moins grandes de ce cliché, sculpter l'image dans 1'épaisseur de cette couche colorée, et cela avec une perfection, une délicatesse merveilleuses. Quand on retire 1'épreuve du châssis, l'image n'est pas visible, elle est empâtée d’ans l'excès de gélatine et de couleur; il faut, pour l'obtenir, enlever tout ce que la lumière n'a pas modifié, à peu près comme le praticien enlève d'un bloc de marbre tout ce qui n'est pas sa statue ; mais ici le praticien inconscient et sûr sera l'eau tiède, éliminant par dissolution de la gélatine toute la matière colorante inutile, et l'épreuve, comme vous le montre M. Chardon (1) ([iii]), sort compléte avec telle coloration que l'on a choisie. Un tour de main trés heureux, indiqué par M. l'abbé Laborde et aussi par M. Fargier, consiste à toujours développer 1'épreuve par le côté opposé à celui qui a reçu l'impression, ce qui permet d’obtenir les teintes les plus déicates insolubilisées par la lumière.
C'est par ce procédé modifié de différentes façons, que sont faites toutes les photographies dites au charbon. MN. Braun et Cie, très experts dans ce mode de tirage, exécutent ainsi toutes leurs épreuves d'après les grands maîtres, et ils ont bien voulu en envoyer ici un assez grand nombre pour que vous puissiez apprécier le côté réellement pratique de ce mode d'opérer.
Au lieu de reporter l’épreuve sur papier, je puis la mettre sur verre douci et produire ainsi de charmantes images transparentes semblables à celles qui m'ont été confiées par M. Carlos Relvas, très habile amateur photographe de Portugal.
En mettant une couche excessivement mince d'albumine bichromatée sur pierre lithographique et en exposant cet enduit au soleil sous un cliché, Poitevin obtint des dessins qu'il lui suffisait de traiter par les procédés ordinaires de la lithographie pour en faire le tirage; il reconnut en outre que si l'exposition à été convenable, la surface continue de gélatine bichromatée prend l'encre où la lumière la rendue suffisamment imperméable à l'eau, tandis qu'elle simbibe d'eau´etrepoussel'encre dans les parties préservées de l'action lumineuse, et il put dire qu'une impression analogue à la lithographie pouvait être obtenue sur une surface quelconque recouvertee du mélange précité. Actuellement, en effet, ce mode d'impression peut être exécuté sur glace, sur cuivre et sur beaucoup d'autres surfaces planes, pourvu que la couche gélatineuse soit suffisamment adhérente. Les tirages exécutes devant vous, et les glaces qui m'ont été confiées par M. Berthaud fils vous montrent avec quelle perfection s'exécute cette pseudo-lithographie. J'insiste sur cepoint que, dans ces expériences, c'est la gélatine adhérente et continue qui fait fonction de surface lithographique, quel que soit son support. Les résultats qui sont sous vos yeux ont été obtenus par MM. Chardon, Berthaud, Quinsac, Roche, Carlos Relas, etc.; en Allemagne, en Autriche, en Italie, en Angleterre, on fait un fréquent usage de ce procédé ainsi qu'en France et plus qu'en France sous les noms si variés d'Albertype, Collotypie, Licht-Druck, Phototypie, etc.; mais le principe roste le même, il appartient entièrement à Poitevin, et l'on est en droit de se demander, alors que l'on cherche de nouveaux gisements de pierres lithographiques, s'il n'a pas résolu la question de la manière la plus simple, en les supprimant.
Lorsque la gélatine bichromatée est mise dans l'eau froide après son insolation sous un cliehé, elle absorbe l'eau dans une proportion inverse de l'action lumineuse, nous le savons, mais alors elle se gonfle plus ou moins et produit une sorte de modelage dont les reliefs et les creux sont renversés suivant que l'on a employé un négatif ou un positif, ou plus simplement suivant que l'on a f ait moule et un contre-moule, avec cette remarque toutefois que ces reliefs reproduisent non pas des proportions sculpturales, mais des proportions lumineuses, ainsi que cela existe dans les plaques translucides de porcelaine que l'on nomme des lithophanies.
Poitevin a indiqué sous le nom général d'hélioplastie toute une série d'applications de cette réaction de la lumière sur la gélatine bichromatée; ces moulages, convenablement étudiés et reproduits, peuvent donner des planches en relief ou en creux, utilisables pour la typographie [fig. 3 (2)] ([iv]), ou la gravure en taille-douce, ou servir à la fabrication des lithophanies; lorsque l'épreuvo est obtenue en creux sur une matière céramique, on peut remplir les creux plus ou moins profonds avec un émail coloré et transparent. Après la cuisson, l'image se montre avec des teintes qui sont dégradées suivant l'épisseur plus ou moins grande de la couche d'émail, et si nous suivons dans ses consséquences le développement de ce principe, de cette idée première, nous voyous ce moulage en matière céramique se transformer et devenir la photoglyptie. Par des moyens un peu différents de ceux de Poitevin, M. Woodbury a
Fig.3

remplacé le moulage au plâtre par le moulage dans le métal sous une presse hydraulique puissante. Alors ce n'est plus le gonflement plus ou moins prononcé de la gélatine qui est utilise pour produire l'épreuve, ce sont les parties solides qui restent après élimination par l'eau chaude des parties solubles.
Lorsque la dessiccation a rendu cette image an gélatine complètement dure, on la place
Fig. 4


sur une plaque de plomb et on la comprime entre deux plans sous la presse hydpaulique
(fig. 4). Il est curieux de voir cette délicate épreuve formée par l'action des rayons lumineux avec leur infinie dégradation de teintes, subir une pression brutale pour laquelle le levier de la presse mue par la main de l’homme ne donnant pas une force suffisante, il faut emprunter l'aide d'une machine à vapeur. La plaque de métal sur

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laquelle repose la gélatine photographique s'écrase, celle-ci y pénètre en reproduisant en creux les rnoindres différences de ses reliefs et elle en sort intacte prête à subir une seconde pression et à donner un second moule.Les moules sont placés chacun, horizontalement, dans de petites presses (fig. 5) analogues à celles employées pour les copies de lettres, mais plus précises ; on les dispose sur une table tournante, de maniére que chacune vienne se présenter tour à tour sous la main de l'ouvrier (fig. 6). Il sulfit alors de verser dans le moule une encre chaude gélatineuse visqueuse que l'on recouvre d'un papier imperméable, et de fermer la presse; l'excès d'encre déborde; pendant que la table fait un tour, ce qui reste dans les Fig. 6

creux du moule se, fige par refroidissement, adhère au papier et quitte le moule, en donnant ainsi la facilité d'une multiplication indéfinie.
Ce procédé photoglyptique est une conquête réelle; c'est un mode nouveau d'impression, demandant son outillage et son installation spéciale; il faut compter maintenant par centaines de mille le nombre des épreuves ainsi obtenues et répandues dans la circulation, elles ressemblent, à s'y méprendre, aux plus belles images photographiques positives, avec cette différence qu'au lieu d'être produites par les réactions infiniment délicates de la lumière, elles sont le résultat des engins les plus puissants; elles ont, en outre, la solidité des matières colorantes choisies pour teinter la gélatine qui les forme. On peut reporter cette impression gélatineuse sur une feuille de verre au lieu qune feuille de papier, et faire des sujets d'ornementation, ou produire, à des prix réduits, ces épreuves transparentes pour projections, qui sont si utiles pour l’enseigement par les yeux.
En apportant à ce procédé quelques modifications nécessaires, M. Rousselon a reproduit ce moulage par la galvanoplastie ; il a obtenu ainsi un mode de gravure en taille-douce du cliché photographique donnant ces belles planches de photogravure éditées par la maison Goupil et dont vous voyez quelques spécimens.
Rattachons encore à cette initiative de Poitevin l’action des vapeurs hummides sur des surfaces hygroscopiques fournies pax un mélange d’albumine et de matières sucrées, telles que le sucre, le miel, la glycose, additionnées de bichromate d’ammoniaque. Les recherches sur ce sujet furent faites par MM. Salmon et Garnier Nous mentionnons seulement leur parenté avec celles de Poitevin; mais nous reconnaissons qu’il faut laisser aux auteurs qui les ont appliquées le mérite de leurs travaux.
Lorsque le mélange ci-dessus est étendu en couches minces et séchées sur une surface, il suffit d'y appliquer une épreuve photographique positive et de faire agir la lumière; celle-ci rend les parties qu’elle frappe moins hygroscopiques, les dessèche même tout à fait; aussi, la préparation, rentrée dans un milieu légérement humide, absorbe la vapeur d’eau ambiante en raison inverse de l’action lumineuse, les poudres que l’on promène à la surface y adhèrent plus ou moins en dessinant une image excessivement fine: c’est ainsi que se font actuellement presque tous les émaux photographiques; l’image obtenue avec une poudre vitrifiable est reportée par des tours de main très ingénieux sur un fond d’émail blanc, puis passée à la moufie d’émailleur, et donne une épreuve vitrifiée comme celles que vous voyez, qui m’ont été confiées par M. Mathieu Deroche.
Je suis loin d'avoir épuisé ce sujet si fécond des applications fondées sur les réactions des bichromates solubles, mélangés de matières organiques; j'ai mentionné seulement les principales, vous pouvez juger de leur importance.
Et pourtant Poitevin, déçu dans ses espérances, se voit forcer d'utiliser d'une manière plus positive pour l'existence ses connaissances scientifiques. Dans l'espace de dix années, il dirige successivement, à Lyon, l'usine de produits chimigues de M. Pereire; à Ahun les mines, puis à Folembay, des manufactures de verreries; dans ces diverses positions, il n'abandonnait pas ses études favorites sur l’action chimique de la lumière, et il fit connaître des recherches sur les mélanges d'alloxantine et de bichromate de potasse, des méthodes variées pour faire des épreuves positives, soit directement avec les sels d'argent, soît par les réactions des sels de fer et de l’acide gallique; il publia des formules pour obtenir sur papier la reproduction des couleurs. Ces méhodes, qui pourront être reprises dans la suite, n'ont pas encore été utilisées pratiquement; nous nous arrêterons seulement à une réaction étudiée par lui, celle que produit la lumière sur un mé1ange de perchlorure de fer et d'acide tartrique, qui, plus tard, eut d'heureuses applications.
Lorsqu'un semblable mélange est étendu en couche mince sur une glace doucie, puis séchée, et qu'il est ensuite exposé à la lumière, il se fait une réduction : le perchlorure est ramené à l’état de protochlorure; cette action est rapide. Nous avons donc là les éléments d'une image photographique; un peu d'humidité ambiante, une poudre quelconque promenée à la surface de la préparation, sufisent pour faire apparaître l’image, car le protochlorure de fer, plus hygrométrique que le perchlorure, retient la matière colorante. J’aurais voulu vous montrer cette expérience si simple, mois elle eût échoué; la vapeur humide nécasaaire est ici en trop grand excès. M. Gobert, ataché à la Banque de France, a bien voulu me prêter des spécimens qui prouvent la valeur du procédé; l'image que l'on produit sur la glace est transportée sur papier par des tours de main habiles. On peut faire apparaître l'épreuve par des poudres vitrifiables, la transporter sur plaque d'émail, la passer au feu de moufle, et l'on a une image indélébile.
La différence produite par la lumière dans l'état des deux sels de fer peut être accusée par de nombreuses réactions, qui sont autant de causes d'apparition de l'image photographique; en outre, les matières organiques, comme le papier ou substances analogues, prennent, par l'action lumineuse, un certain état d'imperméabilité que Poitevin a signalé dans son travail, et ces actions diverses, modifiées, étudiées au point de vue pratique, ont reçu leur consécration industrielle et rendu des services sur lesquels j'arrête un instant votre attention. On prépare actuellement des milliers de mètres courants de papier couvert d'un mélange de perchlorure de fer, additionné d'un acide organique et d'un mucilage. C'est le papier Pellet ou cyanofer. Soumis à la lumière sous de simples calques, puis passé dans un bain de cyanoferrure de potassium concentré, suivi de lavagesacidulés, ce papier donne la reproduction exacte du calque en traits bleu foncé sur fond blanc, ce qui permet l'addition des couleurs conventionnelles et les corrections nécessaires.
Je désire que vous vous rendiez compte do l’importance économique de ces procédés : dans une haute administration dont le réseau s'étend sur toute le France, il a eté établi une soixantaine de bureaux spécialement consacrés à la reproduction rapide des dessins par les procédés photogéniques. Chacun d'eux remplaçant plusieurs dessinateurs, et n'occupant qu'une partie du temps d'un seul employé, ils équivalent en fait à un véritable accroissement de personnel et réalisent pour l'ensemble des services une économie qu'on peut chiffrer à plusieurs centaines de milliers de francs.
Quant à Poitevin, qui est le promoteur ou l'inventeur de ces applications, il n'a plus voulu renouveler ses tentatives industrielles; il a quitté celles qu'on lui avait confiées; il a renoncé en 1869 à ces luttes sans profit et s'est retiré au pays natal où, avec des ressources modiques, il s'est consacré à sa famille et a continué pendant quelques années les recherches favorites qui lui ont du moins rapporté quelques éclairs de gloire; mais la famille s'est augmentée, les besoins sont devenus plus considérables, et bientôt, douleur profonde! il comprend que les réactifs qu'il achète, ses instruments de travail, sont pris sur le nécessaire de la maison ; il cesse donc de travailler, il cesse de vivre, car la torpeur envahit ce cerveau fatigué, et le lauréat du prix de Luynes, chevalier de la Légion d'honneur en 1862, le candidat adopté en 1878 par le jury de l'Exposition universelle, cormme collaborateur de tous les progrès photographiques de trois grandes nations, la France, l'Autriche, la Russie, proposé vainement pour une allocation rémunératrice exceptionnelle, le lauréat du grand prix du marquis d'Argenteuil, donné par la Société d'Encouragement, le père de tous les progrès photographiques récents, meurt le 4 mars dernier, laissant aux administrations les profits des larges économies que leur procurent ses découvertes; aux industriels, des éléments de richesse; à sa veuve et à ses quatre enfants, l'honneur de son nom.
La place d'inspecteur des manufacturess, qui servait à élever et à instruire ses enfants, disparaît avec lui, et ni l'ainé, qui a dix-neuf ans, a besoin d'être aidé et soutenu
pour arriver à conquérir le titre d'ingénieur que son père ambitionnait pour lui, la plus jeune, âgée de vingt mois, pèsera longtemps encore sur les bras de sa mère.
Ne sommes-nous pas là devant cette situation si vivement ressentie par l'illustre Thenard quand il fonda la grande Association des Amis des Sciences : quand, heureux de la voir augmenter en influence et en richesses, il pouvait dire aux savante :

Que vos préoccupations poignantes sur le sort de ceux qui doivent vous survivre s'adoucissent; notre Société, dans la mesure de ses moyens, veillera sur vos veuves, adoptera vos orphelins.

Aussi nous remettons les intérêts de la famille Poitevin entre les mains du grand et digne successeur de Thenard.
Les moyens dont dispose la Société, nous le savons, sont encore insuffisants en présence de toutes les souffrances à soulager. Récemment, son illustre président a fait un chaleureux appel en faveur de tant d'infortunes, permettez à un membre obscur de l’Association do le répéter tout bas, en disant: Venez à nous, donnez, donnez encore, donnez toujours pour ces martyrs de la Science; jamais vos largesees ne compenseront ni les maux qu’ils ont soufferts, ni le bien qu’ils vous ont fait.
A. Davanne

([i]) (1) M. Debnay, membre de l’Institut.
([i]) qu’avait découvert Niépce en 1814 escrito à mão no exemplar do livro consultado.
([ii]) (1) Nous adressons tous nos remerciements à M. Molteni pour le soin qu'il a apporté si toutes les projections faites pendant le cours de cette Conférence.
([iii]) (1) Je prie mon excellent ami M. Chardon de recevoir tous les remerciements dus à l’habilité et audésentéressement avec lesquels il m’a prété son concour pour toutes les préparations et les manipulations exécutées devant l’auditoire.
([iv]) (1) Ce spécimen est un des premiers essais faits par Poitevin