domingo, 29 de agosto de 2010

1839, Abril - JOURNAL DES SAVANTS

1839

Abril

JOURNAL DES SAVANTS

Pag. 198 - 207

Sur les effets chimiques des radiations, et sur l’emploi qu’en a fait M. Daguerre, pour obtenir des images persistantes dans la chambre noire

 

deuxième et dernier article.

 

Nous allons aujourd'hui raconter les tentatives qui ont précédé ou accompagné l'invention actuelle de M. Daguerre. En leur appliquant les conditions générales exposées dans notre premier article, le lecteur appréciera aisément les chances de succès et de perfection qu'elles pouvaient offrir.

Cette histoire a aussi, en quelque sorte, ses temps heroïques; car on vient de nous annoncer l'existence d'un ouvrage imprimé depuis un siècle et demi, et relatif à cette même question. Il est intitulé : Descrizione d'un nuovo modo di transportare qua1 si sia figura, designata in carta, mediante le raggi solari di Antonio Cellio, Roma 1686, in-4º. Du reste, personne, jusqu'ici, n'a vu ce livre, ni ne sait ce qu'il contient. Dès que l'on connut les changements de teinte éprouvés par le nitrate et le chlorure d'argent, lorsqu'ils sont exposés aux rayons solaires. ou seulement à la clarté du jour, il était naturel que l’on cherchât si cette propriété ne pourrait pas servir pour obtenir des empreintes de gravures ou d'objets naturels, soit par l'application immédiate sur un papier imprégné de ces substances, soit par la concentration optique des rayons que les objets auraient émis ou transmis. L'idée en vint à Wedgwood et à Davy vers 1802. Mais des essais multipliés, qu'ils tentèrent ensemble, leur montrèrent que l'impressionnabilité de ces préparations n’étit pas  assez vite pour donner des empreintes nettes dans la chambre noire, même après beaucoup de temps, et avec une illumination très-intense. Le physicien Charles, qui, bien longtemps avant cette époque, donnait au Louvre des cours publics, renommés pour la beauté des instruments et des expériences, y effectuait, à ce qu'on assure, des silhouettes par le même procédé. Mais je ne saurais dire si c'était antérieurement ou postérieurement aux essais de Wedgwood et Davy.

M. Niepce, de Châlons sur Saône, commença à s'occuper du même problème vers 1814. C'était un homme d'un esprit spéculatif et inventif, plutôt qu'instruit des choses connues; et il paraît même qu'il était peu familier avec les procédés optiques. Toutefois, s'étant tourné et obstiné à cette recherche, il alla plus loin et visa plus juste qu'on ne l'avait fail auparavant; car il obtint, par la seule influence de la radiation, des empreintes exactes de gravures appliquées sur un tableau: impressionnable, et même quelques linéaments d'images dans la chambre noire, ce qui était d'une bien plus grande dificulté. Le procédé, ou la substance dont il faisait usage, reproduisait directement les ombres par des ombres et les lumières par des clairs; condition d'une importance capitale, qu'aucun des essais antérieurs n'avait pu remplir. Mais la lenteur avec laquelle les effets étaient produits entraînait des inconvénients considérables; car, même en procédant par application immédiate, ils ne s'opéraient qu’après quatre ou cinq heures; et, dans la chambre noire, ils ne devenaient distincts qu'après deux ou trois jours d'exposition à la plus vive lumière; ce qui en rendait l’usage impossible pour la représentation des paysages, et même des objets naturels de quelque étendue, à cause du déplacement inévitable des ombres pendant l'opération.

Le peu de connaissance qu'avait M. Niepce dans les arts du dessin l'empêchait de sentir combien il fallait attacher d'importance à ce que les contours des objets fussent reproduits avec netteté, et que les tons plus ou moins lumineux de leurs diverses parties suivissent les mêmes dégradations dans les empreintes formées. Mais, eût-il compris ces conditions, l’imperfection des appareils optiques qu'il employait lui aurait rendu impossible d'y satisfaire. C'est ce que prouvent les épreuves qu'il donna alors à quelques amis, et qui sont seulement des calques très-imparfaits de gravures. Toutefois, le premier germe d'une représentation fidèle des objets par l'action de la radiation, même diffuse, s'y trouvait déjà; et cette découverte lui aurait sans doute mérité beaucoup d'applaudissements s'il l’eût publiée. Malheureusement il jugea à propos de la tenir secrète, et elle l'est encore aujourd’hui.

Vers le même temps, et sans connaître les recherches de M. Niepce , M. Daguerre cherchait aussi à fixer les images de la chambre noire. Cet habile artiste, qui avait longtemps étudié les effets optiques, les avait employés de la manière la plus ingénieuse dans ses grands tabeaux du Diorama, pour imiter jusqu’à l'illusion toutes les dégradations d'ombre et de lumière, qui s’opèrent naturellement dans différents sites, aux différentes heures du jour, selon la direction actuelle des rayons solaires, et selon les objets par lesquels ces rayons sont reçus, absorbés, réfléchis, distribués. Les imperfections qu'il découvrait encore dans ces tableaux, qui semblaient si parfaits à tout autre qu'à lui-même, lui avaient inspiré un désir presque déséspéré de fixer les images, bien autrement fidèles encore, de la chambre noire. Car, quant à l’idée de reproduire ainsi de simpes gravures, ou de les faire reproduire à la lumière par un calque, il avait trop de connaissance des exigences de l’art pour s'y arrêter un moment. Il voulait fixer le tableau même de la chambre noire, avec la pureté de ses contours, la fidélité de ses tons, et la vérité de ses couleurs. C'était tout cet ensemble de perfections qui l'avait charmé. Depuis 1824, il travailla cinq ans à  réaliser ce miracle, au moyen des propriétés phosphoriques des corps. On sait en effet depuis longtemps, qu'une foule de substances, après avoir été exposées plus ou moins de temps au soleil, ou même seuleument au grand

jour, deviennent lumineuses dans l'obscurité, et d'autant plus que la radiation qui les a impressionnées a été plus vive. Par exemple, le sulfate de baryte et les écailles d'huîtres, qui sont composées de carbonate de chaux uni à des matières animales, acquièrent cette propriété à un très-haut degré lorsqu'on les calcine avec du soufre; ce qui les change en un sulfure de baryte et un sulfure de chaux. La poudre d'écailles ainsi préparées n’émtt par elle-même aucune lumière sensible; mais si on l'expose seulement au jour pendant un instant inappréciable, et qu'on la reporte aussitôt dans l'obscurité, elle y revicnt lumineuse et reste telle pendant quelques minutes. Le sulfate, ou plutôt le sulfure de baryte, s'impressionne de même, peut-être plus vivement encore; car il conserve son éclat plus longtemps. Il paraît que ce dégagement de lumière accompagne ou suit la décomposition réelle, mais insensible, du sulfure que l'influence de la radiation provoque, ou seulement, accélère, car, lorsque les poudres rentrent dans l'obscurité aprés avoir été impressionnées, et se trouvent lumineuses, elles exhalent une odeur de gaz hydrogène sulfuré très-sensible, qu'elles n'émettaient pas auparavant, ou du moins qui était à peine appréciable. Concevez donc qu’une pareille poudre ait été uniformément repandue ou fixée sur un plan, et exposée ainsi à l'influence de la radiation dans la chambre noire, à la distance focale convenable pour que les rayons spécialement propres à l'impressionner soient concentrés sur elle par l'objectif: elle s'impressionnera en chaque point du tableau avec une extrême vivacité, proportionnellement à l'énergie locale de leur action, c'est-à-dire, proportionnellement l’intensité de la radiation efficace, émanée de chaque point des objets dont l’objectif rassemble les images. Et si cette intensité s'accorde sufisamment avec celle de la lumière visible qu'elle accompagne, il se sera produit après quelques instants, sur le tableau, une image des objets extérieurs, invisible au jour, mais qui deviendra visible dans l'obscurité. Maintenant, supposez qu’au lieu de la contempler ainsi, vous soumettiez le tableau à quelque opérration physique ou chimique qui arrête la décomposition ultérieure de la poudre sensible, et qui manifeste, par une empreinte durable, les inégalités opérées dans sa décomposition: le résultat obtenu ainsi satisfera aux conditions d'une grande promptitude d'action, d'une fidèle distribution des clairs et des ombres, et d'une fixité ultérieure indéfinie. Mais, de ces trois conditions, la première seule, la vive impressionnabilité s'offre avec une entière évidence dans les poudres phosphoriques. Nous ignorons comment M. Daguerre remplissait les deux autres, ou espérait les remplir, lorsqu'il s'attachait avec une ardeur si persévérante à ce procédé.

Et il avait tenté plus encore: il avait fait une infinité d'expériences sur les poudres phosphoriques en général, et en particulier sur le sulfate de baryte, pour savoir si, par des modes variés de préparation, et en le joignant à diverses substances, il ne pourrait pas, avec sa vive impressionnabilité, lui donner la faculté d'émettre spécialement l'espèce particulière de rayons colorés qui l'aurait impressionné; ce qui aurait conduit à une représentation lumineuse des objets doués de leurs couleurs propres. Des expériences faites depuis longtemps par les physiciens ont appris qu’il n'y a pas une telle correspondance entre la couleur que les rayons impressionnants produisent dans notre œil, et la couleur de la lumière émise par la poudre impressionnée; seulement, il n'est pas sans probabilité qu'une même poudre s’impressionne le plus vivement dans les rayons dont la réfrangibilité est analogtic à celle de la lumière qu'elle peut émettre. M. Daguerre parvint en effet à trouver des exemples de cette affection spéciale du corps calciné, pour telle ou telle espèce de radiation, accompagnant une lumière colorée définie; mais il sentit que l'accord de couleurs, entre la lumière impressionnante et la lumière phosphoriquement émise, était impossible à obtenir en général; de sorte qu'il limita sa rechcrche à la reproduction fidèle des tons et des contours par des nuances d'intensité d'une teinte unique: problème déjà bien assez difficile, et qui est précisément celui qu'il à aujourd'hui résolu avec une si admirable perfection. A-t-il continué d’y faire servir en quelque chose l'incroyable impressionnabilité des substances phosphoriques, si non pour tracer, du moins pour définir l’empreinte? Nous l'ignorons absolument: aucun moyen ne serait assurement plus rapide, si ses effets pouvaient être fixés.

L'intermédiaire d'un opticien qui travaillait pour M. Niepce et pour M. Daguerre

JI. Daguerre leur avait appris qu'ils porsuivaient tous deux la même cherche; ils commencèrent alors une correspondance amicale, dans laquelle ils se communiquaient leurs espérances, non leurs procédés. En 1827, M. Niepce allant en Angleterre connut M. Daguerre en passant par Paris; mais la complète réserve de l'un et de l'autre, sur leurs procédés, est attestée par des lettres que M. Niepce écrivit à M. Daguerre pendant ce voyage, et que l'auteur du présent article a vues. M. Niepce y raconte les démarches infructueuses qu'il avait tentées près de la Société Royale de Londres, pour la déterminer à faire l'acquisition de son secret, dont il montrait seulement les résultats, très-imparfaits encore, comme objet d'art. Et l'on ne peut blâmer cette iliustre compagnie de n'avoir pas accepté ce marché, dont l'utilité pour la représentation des objets naturels, ou pour l'extension des connaissances physiques, devait paraître fort douteuse, d'après des indications si bornées. Nous en pouvons juger par le peu d'intérêt qu'excitait à Paris même, et nous ajouterons que méritait, une épreuve donnée depuis par M. Niepce à l'opticien dont j'ai parlé, et qu'on a vue pendant plusieurs années chez lui. C'était un calque très-imparfait d'une gravure, obtenu par application. Mais ce qui doit bien plus surprendre, c'est qu'un savant anglais, M. Bauer, auquel M. Niepce avait laissé alors quelques-unes de ces copies, ait cru pouvoir avancer qu'elles étaient toutes aussi parfaites que les dessins actuels de M. Daguerre, dont il n'avait aucune connaissance personnelle. M. Daguerre a conservé une de ces épreuves, que lui avait donnée alors M. Nipce, pendant ce voyage même. C'est aussi un simple calque de gravure, obtenu par application. Nous l’avons vue; et nous pouvons dire qu'il n'entrerait dans l'esprit de personne, de la mettre, sous aucun rapport, en comparaison avec les dessins, d'après nature, obtenus par la chambre noire, que nos plus grands artistes ont vus avec un étonnement mêlé d’admiration.

A l’époque dont nous parlons (1827) Daguerre n'avait encore employé que les compositions phosphoriques et les papiers impressionnables, preparés par un procédé chimique dont il nous a donné depuis communication. Comme le principe théorique de cette préparation est le même qui a servi pour obtenir les diverses espèces de papiers sensibles, proposés en Angleterre et en France, je la rappellerai ici, telle que M. Daguerre nous l'a communiquée, avant que ces dernières fussent connues.

Sur du papier salis colle on verse de l’éther chlorhydrique, qu'un séjour de quelque temps dans un flacon en partie rempli d'air a légèrement acidifié. Quand l'étherr est évaporé, et que le papier n'est plus humide, on y étend avec un pinceau-brosse, en couche aussi égale que possible, une solution aqueuse de nitrate d'argent, contenant une partie en poids de nitrate pour une ou deux d'eau. Cette opération doit se faire dans l'obscurité; et l'on y laisse aussi le papier jusqu'à ce qu'il soit sec. Alors il est blanc; mais, si on le sort au jour, en lui donnant l'aspect du ciel, et qu'on l'expose ainsi à la radiation atmosphérique , même sans soleil, il s'impressionnera en quelque secondes, et se colorera d'abord en violet, puis en noir, après plus ou moins de temps. Diverses préparations chimiques appliquées ensuite, fixent les modifications qu'il a subies, et le rendent ultérieurement non impressionnable.

La théorie de ce procédé est telle qu'il suit. D'abord l'éther nettoie le papier et ouvre ses pores: puis, la petite quantité d'acide chlorhydrique qu'il contient se combine avec la chaux renfermée dans la pâte. Alors, quand on y verse le nitrate, ce sel se décompose; et il se forme, ou du moins on suppose qu'il se forme aussitôt un chlorure d'argent, qui est impressionnable par la radiation. Mais, ce qui prouve qu'il y a en outre, dans cette réaction, quelque chose qu'on ignore, c'est que la preparation précédente est incomparablement plus impressionnable que ne l'est le chlorure seul immédiatement appliqué; et elle conserve cette supériorité même après plusieurs mois, lorsque le papier est ainsi devenu sec: seulement sa sensibilité s'affaiblit. Un habile physicien anglais, M. Talbot, qui, depuis l'année 1834, avait aussi cherché à fixer les images de la chambre noire, sans savoir que M. Daguerre s'occupât de cette recherche, avait trouvé de son côté un papier sensible qu'il préparait d'après un principe absolument pareil. Seulement, au lieu de le laver d'abord avec léther acide, il l'imprégnait d'une solution de chlorure de sodium (sel marin), le faisait sécher au feu, et y versait ensuite le nitrate d'argent dans l'obscurité. On peut remplacer le chlorure de sodium par le muriate de chaux avec un égal succès. Le principe de l'opération consiste toujours à donner au papier les éléments nécessaire, pour la formation d'un chlorure d'argent, qui s'opèrce par la décomposition du nitrate1([i]). Mais, puisque le chlorure formé noircit sous l'influence de la radiation, et d'autant plus vivement qu'elle est plus intense, des papiers ainsi préparés reproduisent inévitablement les clairs par des ombres et les ombres par des clairs: ce qui est un inconvénient capital pour la représentation des objets naturels, ou même pour la répétition des gravures. L'inversion peut se détrurire, en se servant de la première empreinte pour en former une seconde, qui offre alors les clairs et les ombres à leur vraie place; mais cette seconde opération affaiblit encore la netteté du dessin produit par la première. On l’évite, comme l'a fait M. Lassaigne, en faisant d’abord noircir complétement, par la radiation, le papier couvert d’une couche de chlorure d'argent; puis l'imprégnant, lorsqu'il est sec, d’une solution faible d'iodure de potassium qu'on y verse dans l'obscurité. Cet iodure décompose le chlorure; mais plus rapidement sous l'influence de la radiation que dans l’obscuscurité. Alors, quand le papier revêtu des deux substances est sec, on y applique la gravure que l'on veut copier, ou l'objet naturel dont on veut obtenir la projection. Le chlorure se décomposant beaucoup plus dans les parties traversées par la radiation que dans celles où elle est interceptée, celles-ci se tracent en noir, les autres en clairs, conformément à leur distribution naturelle; et, l'image obtenue, on la fixe, en rendant le papier insensible.

Mais, de quelque manière qu'on s'y prenne, en opérant ainsi avec des papiers impressionnables, soit par inversion, soit par double décomposition, l'empreinte définitive exige toujours beaucoup de temps pour se former, même par application immédiate. On ne l'obtient ainsi, suffisamment distincte, qu'avec l'action directe des rayons solaires; et elle est nulle, ou presque nulle, si l'on opère sous l'influence de la radiation diffuse, dans la chambre noire. Comme c'était là l'objet spécial que M. Dagurre s'était proposé, et qu'il lui semblait seul utile à atteindre sous. le rapport de l'art, il renonça tout à fait à l'emploi des papiers impressionnables; et cessa même de s'occuper de cette recherche jusqu'en 1829, qu'il s'associa avec M. Niepce.

Celui-ci lui ayant communiqué son procédé secret, M. Daguerre l'améliora, le rendit plus sensible, l'étendit à un grand nombre de substances auxquelles M. Niepce n'avait pas songé, et parvint à en obtenir des empreintes incomparablement plus parfaites. Mais, ainsi perfectionné, il était encore beaucoup trop lent pour éviter le déplacement des ombres portées. Par exemple, avec un objectif de six pouces de foyer, il ne fallait pas moins de douze heures pour obtenir une vue de paysage dans la chambre noire, dans les circonstances de radiation les plus favorables. Les empreintes s'opéraient sur des corps rigides, comme M. Niepce l'avait toujours pratiqué.

Enfin, du vivant de M. Niepce, M. Daguerre, occupé de ses tableaux du diorama, lui communiqua le principe du procédé actuel, comme devant offrir infiniment plus de rapidité. Il l'exhorta à l'étudier et à perfectionner ses applications, ce que M. Niepce consentit à faire, par déférence amicale plus que par l'espérance du succès. Après quelques mois de tentatives infructueuses il l'abandonna complétement, malgré les instances réitérées de M. Daguerre, et il finit par lui écrire que ce serait absolument s’égarer que de s’obstiner à poursuivre l'application d'un principe pareil. Ces lettres existent, et M. Arago les a vues.

M. Niepce mourut en 1833. M. Daguerre, découragé par ses avis, ne chercha pas d'abord à réaliser l'idée qu'il avait conçue. Il travailla par les anciens procédés pendant l'année 1834. Enfin, les recherches sans nombre qu'il avait faites pour les perfectionner, l'ayant convaincu qu’il était impossible de les rendre assez rapides pour les appliquer dans la chambre noire, seul but qui lui paraissait utile à atteindre, il revint encore à l’idée qu'il s'était faite et réussit à la réaliser en quelques points, de manière à en voir l'application assuré. Alors, quoique la mort de M. Niepce, et  sa renonciation à suive cette voie, pût paraître avoir mis fin aux engagements contractés pour un travail commun, M. Daguerre renouvela avec les enfants de M. Niepce le traité qu’il vait passé avec leur père et il consentit à les associer aux fruits de sa découverte, sous la condition seule qu'elle porterait son nom. Ayant repris ainsi les nouveaux liens qu'il croyait lui être imposés par son ancienne affection pour M. Niepce, il s'attacha obstinément à perfectionner, dans les plus minutieux détails, l'exécution du procédé dans lequel il avait si heureusement persisté; et c'est ainsi qu’à force de recherches, où l'art et la science se prêtaient constamment un mutuel secours, il est parvenu à produire en quelques minutes, par le seul secours de la réfraction optique, ces empreintes étonnantes que les savants et les artistes ont vues avec une inépuisable admiration.

La publicité européenne que reçu bientôt l'annonce de cette espècede prodige, détermina un savant Anglais très-distigué, M. Talbot, à déclarer que, sans être instruit des recherches suivies par M. Daguerre, il avait, de son côté, travaillé depuis 1834 à obtenir des empteintes de gravures, et même d'objets naturels, tant par application immédiate que par réfraction dans la chambre noire, en faisant agir la radiation sur des papiers impressionables dont il nous dévoila la préparation au moment même où M. Daguerre nous expliquait les siens, et avant qu’aucune communication de l’un  a l’autre eût été physiquement possible. D’ailleurs le cractère connu et honorable d M. Talbot aurait suffi pour donner toute coyance à ses assertions; comme aussi l’établissement possible des dates et  l’exhibition même des empreintes de M. Daguerre assuraient à la découverte de ce dernier une entière indépendance. De son côté l’illustre sir John Herschell, intéressé par l’annonce de ces résultats, comme par une sorte d’énigme scientifique, se mit aussi à inventer des papiers impressionnables, et en obtint des empreintes de gravures par application immédiate, sans savoir que son compatriote et son ami, M. Talbot, se fût depuis longtemps occupé du même sujet. Mais l'exposition que nous venons de faire des conditions générales d problème physique résolu par M. Daguerre, montre suffisamment que les procédés des deux savants Anglais, tout ingénieux et instructifs qu’ils sont eux-mêmes, ne sauraient rivaliser avec les siens pour la pureté des empreintes, non plus que pour l’étendue des applications. C’est aussi ce que sir John Herschell lui-même s’est plu à exprimer, lorsqu’il a pu dernièrement voir les dessins de M. Daguerre en passant par Paris ; et il l’afait evec une noblesse de sentiments qui ne nous a nullement étonnés de sa part. Nous sommes convaincus M. Talbot leur rendrait une aussi entière justice, s'il s’offrait une occasion semblable de les lui présenter.

Nous avons déjà fait remarquer, dans ce qui précède, combien la publication des procédés de M. Daguerre et des nombreuses expériences qu'il a dû faire pour les découvrir, étendra nos moyens de recherches sur les propriétéss spécifiques des radiations et sur leur pouvoir pour exciter les compositions, ainsi que les décompositions chimiques, d'un grand nombre de corps sensibles à leur influence. Déjà 1'attention de son succés a rappelée sur ce genre d'action, et les moyens nouveaux qu’ils nous a fournis pour l’étudier, ont servi à en faire constater plusieurs particularités importantes, tant par elles-mêmes que par les analogies qu’elles découvrent et par l’étendue des conséquences qu’elles´annoncent. Car ce n’est pas seulement aux corps inertes que s’appliquera ce mode d’expérimentation. Les éléments de la radiation générale que l’on peut ainsi distinguer et ainsi analyser, sont les agents qui excitent, peut-être même qui déterminent, une infinité d'opérations accomplies par les organes des êtres vivants, ou d'impressions qu'ils éprouvent; par exemple, les sensations de la vision, de la chaleur, les sécrétions et les absorptions superficielles, probablement bien d’autres encore que nous ignorons, parce que nous manquons de moyens physiques pour les étudier ou pourles rendre manifestes. Qui sait si les radiations de tous les corps ignés, célestes ou terrestres, sont de même nature, ou si elles n’ont pas des propriétés spécifiques qui les rendraient aptes à influer différemment sur les corps, soit inorganiques, soit organisés ? et si leur essence était diverse, la résultante de leurs influences, en chaque point de l’espace, n’y produirait-elle pas des phénomènes divers dont nous ressentirions nous mêmes les variations, soit quand de nouveaux astres pénètrent notre système planétaire, soit par le mouvement immense qui très-vraisemblablement transporte, à notre insu, ce système à travers diverses régions de l’univers ? ne dirait-on pas que la science donnerait ici quelque apparence de realité à ce préjuré antique, queles astres influent sur nos destinées !

BIOT



([i]) 1 M. Talbot a remplacé récemment le chlorure de sodium par du bromure de potassium, ce qui détermine la formation d’un bromure d’argent. On obtient ainsi des papiers encore plus impressionnbles.

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