sexta-feira, 18 de junho de 2010

1839, 11 de Setembro - JOURNAL des DÉBATS POLITIQUES et LITTÉRAIRES

1839

11 de Setembro

JOURNAL DES DÉBATS  politiques et littéraires

pag. 1, 2, 3

Feuilleton du Journal des Débats

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 ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 9 septembre

 Avant de parler de cette séance de l'Académie occupons-nous un peu de celle que M. Daguerre vient de nous donner au palais du quai d'Orssy, dans laquelle il a fait, sous nos yeux, un essai expérimental de ses appareils. On est loin d'avoir tout dit sur cette invention ; et ce que l'on a dit, ce que nous en avons raconté nous-mêmes, est bien au-dessous de la réalité.

On sait que je ne me suis pas contenté d'écouter de toutes mes oreilles les explications qu'a données M. Arago a l'Institut, l'exposition faite par M. Daguerre lui-même à la Société d'encouragement, pour tenir nos lecteurs au courant de cette nouvelle si impatiemment attendue, de ce secret dont ou voulait savoir le mot. Je me suis mis moi même à l'œuvre aussi promptement que possible, autant pour satisfaire ma curiosité et pour savoir à quoi m'en tenir sur l'utilité et les applications futures de cet instrument, que pour répondre au désir public. Mes succès, je les ai racontés je pourrais aujourd'hui parler de mes revers mais a quoi bon ? Ce que j'ai vu maintenant dépasse tellement tout ce que je savais, tout ce que m'avaient appris les récits que j'avais entendus et mes propres essais. qu'il me faut travailler sur de nouveaux frais pour vous faire comprendre tout ce qu'il y a de merveilleux, d'intéressant, d'admirable dans la découverte de M. Daguerre, quelle source elle renferma de jouissance et d'idées nouvelles, et pour vous transmettre enfin mes impressions.

Comme toutes les grandes inventions, celle de M. Daguerre grandit à mesure qu'on la considère de plus près, qu'on l'étudié à fond et qu'on la connaît mieux ; ma première admiration n'était pas sans réserve, si ce n'est sur les résultats obtenus par M. Daguerre lui-même, du moins sur les moyens de rendre son procédé utile, de le populariser, de le mettre entre toutes les mains ; mes craintes et mes préventions ont du céder devant les faits, mes éloges seront désormais sans restriction.

Il faut avoir passé soi-même par toutes les difficultés d'expériences entreprises avec des instructions incomplètes, à l'aide d'instrumens imparfaits, construits à la hâte, auxquels, dans l'ignorance où l'on est des conditions essentielles qu'ils doivent remplir, on ne sait si l'on peut avoir confiance ; il faut avoir éprouvé les émotions et les angoisses de l'attente pendant les trois temps de l'opération mystérieuse du Daguerréotype (j'aurais préféré Daguerrotype, mais il faut bien me résigner) d'où l'image doit sortir comme la poulet de l'œuf et par une sorte de création humaine, pour comprendre l'empressement que j'ai mis à aller prendre place à la séance expérimentale de M. Daguerre, et l'attention avec laquelle j'ai suivi tons les détails de son opération.

Comme il nous a nargué dans cette séance si pleine d'émotion pour nous, si calme et si indifférente pour lui; comme il s'est moqué de nos peines, de nos fatigues, de nos sueurs, avec cette aisance, cette sorte de nonchalance qu'il a mise à exécuter ton œuvre qui nous paraissait à nous entourée de tant da difficultés et de mystères ! Il semblait véritablement qu'il prît plaisir à se moquer de nos efforts impuissans, à rire des embarras et des soucis que nous avait causés le désir de l'imiter. A le voir manier ses instrumens avec tant de grâce et de laisser-aller, nous pensions qu'il ne voulait pas faire une expérience sérieuse, et cous l'accusions presque de négligence; nous avons même eu la bonhomie un instant de craindre pour lui qu'il n'échouât dans sa démonstration ! Aussi, quand après avoir braqué l'optique sur la vue des Tuileries, du Pont- Royal, du quai du Louvre, il a soumis sa planche a la vapeur mercurielle, quand cette image est sortie de l'appareil aussi pure, aussi vraie dans ses moindres détails que la nature elle-même, un cri d'étonnement est parti de l'auditoire, et des applaudissemens unanimes ont témoigné à l'ingénieux artiste l'admiration générale.

M. Daguerre avait, tout en causant ,tout en répondant aux questions qu'on lui adressait de chaque côté, exécuté les diverses opérations de son procédé; sans préoccupation et sans effort d'adresse, il jouait comme un chat avec les appareils dispersés devant lui; il se donnait mille fois moins de mouvement et de peine que nous n'en avions pris, il négligeait une foule de précautions minutieuses auxquelles nous nous étions astreints, et nos malheureux succès nos tableaux imparfaits auraient pâli devant le sien, comme le barbouillage d'un écolier devant le coup de pinceau du maître. Sans doute, il faut tenir compte de l'extrême habitude de M. Daguerre à manier un instrument qu'il étudie depuis vingt ans et qu'il a inventé, dont il connaît toutes les propriétés et tous les secrets; mais pour être juste envers tout le monde, nous devons dire que l'appareil de MM. Giroux, avec lequel il a opéré, est disposé de la manière la plus commode, et la plus ingénieuse : comme dans tout ce qui sort de cette maison, les moindres détails sont exécutés avec le plus grand soin et de la manière la plus parfaite. L'artiste a sous la main, disposées dans le meilleur ordre, les différentes pièces servant aux différens temps de l'opération ; et chacune de ces pièces a sans doute subi la critique de M. Daguerre, qui a dû les examiner avec le scrupule d'un auteur jaloux et intéressé et ne les admettre qu'à bon escient ; car indépendamment de l'habileté de l'opérateur, il y a, nous en sommes convaincus, dans l'exécution de l'appareil, des conditions indispensables au succès ; à voir le peu de précautions que M. Daguerre a prises, on doit penser que le secret de l'expérience est soit dans les proportions de l'instrument, soit dans la pureté des substances, et surtout des verres de la chambre obscure ; nous sommes enfin sortis de cette séance, convaincus qu'avec un appareil bien fait et bien conditionné, il serait plus difficile, au premier venu, d'échouer que d'approcher de la perfection même des tableaux de M. Daguerre.

Aussi, quand on nous demande après cela si le Daguerréotype est a la portée de tout le monde, des personnes les moins exercées aux expériences délicates, nous ne sommes plus embarrassés de répondre ; tout au plus faut-il du soin et de l'ordre dans l'exécution de l'opération ; car pour de l'adresse des mains elle n'en demande aucune, mille fois moins que l'usage de la chambre claire qui se répand chaque jour davantage, et surtout que le talent de broder que possèdent toutes les petites filles.

Voici, pour ceux qui ne les connaîtraient pas encore, le résumé des procédés du Daguerréotype :

La toile dont on se sert est, comme on sait, une feuille de cuivre plaquée d'argent. Le premier point est d'avoir une surface bien nette, bien polie, ou en terme technique bien brunie, bien nettoyée de toute matière étrangère que le contact aurait pu laisser sur l'argent ; et c'est au moyen d'una poudre très fine de pierre-ponce d'abord mêlée d'un peu d'huile, puis ensuite employée à sec avec le coton cardé; c'est à l'aide du chauffage de la plaque métallique et d'un léger lavage à l'eau forte étendue de16 parties d'eau que l'on obtient cette première préparation. La plaque de métatal ainsi bien décapée est exposée dans une boîfe à la vapeur de l'iode jusqu'à ce que l'argent ait pris une teinte jaune d'or; le temps dépend ici de la température extérieure et ne peut être bien limité ; il faut examiner la plaque à plusieurs reprises pour s'assurer qu'elle est parvenue à la nuance indiquée.

Cela fait on l'enferme dans une espèce de portefeuille et on la place au foyer de la chambre obscure de manière que l'image dont on veut prendre l'empreinte se peigne à sa surface ; c'est encore l'habitude qui doit décider du temps pendant lequel elle doit subir l'impression de la lumière; ce temps varie avec l'époque de l'année, le pays où l’on opére le moment de la journée, en un mot avec l'éclat da soleil ; mais ce qui est consolant c'est qu'un peu plus ou un peu moins de temps n'empêche pas l'effet de se produire, seulement il est plus ou moins parfait. Il a suffi à M. Daguerre de jeter un coup d'œil sur l'état du ciel, pour annoncer qu'il faudrait ce jour-là 14 minutes; une autre personne moins exercée serait arrivée au même résultat avec un peu de tâtonnement et en faisant d'abord une expérience d'essai.

Après ces 14 minutes la plaqua a été retirée et chacun a pu s'assurer que rien n'était encore visible à la surface ; mais à peine a-t-elle été mise dans la boîte à mercure et la température, élevée au moyen d'une lampe à esprit de vin jusqu'à 60 degrés, que l'on a vu le dessein se former, le pavillon de Flore apparaître, le pont Royal, la galerie du Louvre la Seine avec ses bateaux et ses mille accidens sortir du néant comme par enchantement; il ne restait plus alors qu'à laver la feuille métallique dans la solution d'hyposulfite préparée, pour la soustraire à l'action ultérieure de la lumière; mais avant de pratiquer cette dernière opération, chacun a voulu voir cette image et il a fallu la passer de main en main à toute l'assemblée.

Des appareils accessoires très commodes, sont disposés pour le lavage et pour le séchage du tableau.

Ce qu'il y a d'heureux, c'est que ces différent temps de l'opération n'ont pss rigoureusement besoin d'être exécutés immédiatement à la suite les uns des autres ; ainsi une fois la plaque préparée et passée à l'iode, on peut l'emporter à une certaine distance et ne l'exposer qu'au bout d'une heure dans l'appareil optique; de même, la vue étant prise, la plaque peut être rapportée et n'être soumise à la vapeur de mercure qu'au bout d'une heure également; quant au lavage, il peut s'exécuter un an après si cela convient. On conçoit toute la facilité que donne cette circonstance, en voyage surtout ; et encore une fois, quelque négligence apportée dans les détails de l'expérience pourrait bien rendre le tableau moins parfait, mais le résultat en beaucoup d’occasions, n’en serait pas moins utile et satisfaisant ; tout le monde n’arrivera peut-être pas comme M. Daguerre   immédiatement au maximum d'effet, mais on pourrait assurément se contenter à moins.

Et maintenant combien de questions intéressantes et curieuses ne soulève pas cette invention ?

Jusqu'ici nous n'avons l'habitude d'apprécier la représentation des œuvres de la nature que plus ou moins modifiées par le génie des peintres. Chaque chose est rendue en peinture avec l'impression qu'elle a faite à l'artiste, avec la sentation et les idées qu'elle a excitées en lui; et c'est même là ce qui constitue véritablement l'art; car, pour que l'art existe, il faut que la pensée de l'homme se fasse plus ou moins sentir ; il faut que son œuvre ait traversé son cerveau et ne soit pas seulement la représentation matérielle et vraie, le portrait géométrique de la nature. L'art, en peinture, comme en poésie, comme en musique, n'existe encore une fois qu'à la condition d'idéaliser l'objet qu'il peint et qu'il représente. Aussi les tableaux du daguerréotype ne sont-ils pas un objet d'art. Rien, au contraire, ne pose mieux la limite entre ce qui appartient à l'art et ce qui n'en dépend pas. Ces tableaux sont l'image exacte de la nature et non le produit de l'homme. Nous reviendrons sur cetta question à propos du grand et important ouvrage que M. Chevreul vient de publier sur les effets des couleurs.

Mais n'est-ce pas quelque chose de très nouveau que cette image, non pas approchant, mais rigoureusement exacte de la nature, matérialisée par un procédé aussi fidèle que le serait Dieu lui-même ? N'y a-t-il pas dans la contemplation et dans la possession de ce monde en miniature, reproduit avec ses détails sans nombre et ses nuances infinies, une jouissance toute nouvelle pour nous, bien différente et inférieure, si vous voulez, à celle que nous ressentons devant les productions de l'homme, devant les œuvres de sa pensée, empreintes de son imagination et de son génie, mais bien vive encore et bien neuve ? Le plaisir que nous trouvons dans le vrai matériel est incontestablement d'un ordre moins élevé que celui qui nous vient de l'âme et des conceptions qui touchent et ébranlent la partie spirituelle de notre nature; mais ce plaisir n'est pas à dédaigner, et il est encore presqu'inconnu dans le monde. Le procédé de M. Daguerre est destiné à le répandre, et peut- être n'est-il que trop en harmonie avec notre disposition actuelle et trop propre à favoriser les penchans et les goûts de notre époque.

Appliquez maintenant les procédés du Daguerréotype à la reproduction des traits du visage, aux portraits proprement dits et cherchez à vous rendre compte da l'effet que produira un semblable portrait, exact et rigoureusement fidèle dans tous sus points. Je pretends qu'il est impossible de prévoir aujourd'hui ce que cela sera, et que nous ne pouvons nous faire une idée juste de eu que nous ressentirons à la vue de nos personnes se gravant elles-mêmes sans flatterie et sans art ; car un portrait fidèle n'existe pas encore. Mais ce que l'on peut assurer, c'est que si l'instrument de M. Daguerre est capable d'exécuter un pareil prodige, il n'aura de succès qu'auprès d'un petit nombre de personnes ; ce sera un grand triomphe que de pouvoir se faire daguerréotyper sans y perdre.

Ce triomphe-là est du moins réservé à tant de beaux monumens antiques de l'Italie, de la Grèce, d'Espagne et même de France que nous ne connaissons encore dans les tableaux que si bien empreints da l'imagination et du style des peintres, que rien ne se ressemble souvent moins que le même sujet traité par deux artistes différens. Qui n'a pas éprouvé cette impression en voyant la méme vue, celle par exemple du palais Ducal ou de l'église Saint-Marc de Venise, exécutés par tant de peintres habiles depuis quelques années ? Et sans parler das architectes, qui n'aurait une véritable satisfaction à pouvoir placer entre ces deux manières de sentir la même chose, le même ciel, la même nature, la nature et la vérité peintes par elles-mêmes?

Aussi quels beaux châteaux en Espagne n'ai-je pas faits depuis que j’ai connu le daguerréotype et que j’ai su apprécier ses avantages ? Et si j’avais vingt-cinq ans et ma liberté, combien je m'empresserais de les réaliser ! Il  y a un beau voyage à faire et une agréable vie à mener en compagnie de ce précieux instrument. Partez muni d'un bon daguerréotype que vous sachiez bien manier, allez visiter les plus beaux sites de la terre et les plus pittoresques, les plus belles ruines et les plus magnifiques monumens ; parcourez ainsi la France et l'Italie, Rome, Naples, Florence Venise, l'Egypte et la Grèce, l'Espagne et 1’Afrique, et tout en jouissant du plaisir de fixer sur vos tablettes fidèles les objets de votre admiration, de donner un corps et la vie à vos souvenirs, vous amasserez dans vos cartons la plus riche et la plus curieuse collection de ce que la nature offre de plus varié dans ses divers climats, de ce que l'art a enfanté de plus grand et de plus beau dans les divers temps ; avec un peu du sentiment da l'artiste, sans en avoir le talent, vous vous initierez à quelques unes de ses jouissances et vous en éprouverez qu'il ne peut se donner.

A défaut de cette jeunesse et de cette liberté qui nous manquent, et ce ne sera pas la seule découverte de la science moderne qui sera perdue pour nous, nous aurons au moins une bien vive satisfaction à faire servir le Daguerréotype à la reproduction des objets qui nous entourent, soit par curiosité, soit pour nos études habituelles et favorites. Que de gens désœuvrés et blasés, je ne dis pas de ceux qu'une insurmontable paresse ou une molle indolence rendent incapables de toute espèce d'effort, même pour se distraire, mais de ceux qui connaissent et apprécient l'irrésistible charme du travail des mains, joint à l'occupation de l'esprit et de l'intelligence, rendront grâce à M. Daguerre dune invention qui met à la portée du plus malhabile, de la femme ignorante comme de l'homme instruit, le moyen de reproduire par une suite d'opérations ingénieuses et attrayantes tout ce qui plaît à leurs yeux !

Nous engageonsles admirateurs du Daguerréotype et encore plus les incrédules, s'il en existe, à assister aux séances expérimentales que M. Daguerre consacre à l'instruction et au plaisir des amateurs curieux de connaître les procédés de cette merveilleuse invention, la plus belle assurément qui soit sortie depuis long-temps du cerveau de l'homme ; ils verront avec intérêt que s'il a fallu être véritablement artiste, et un grand artiste, pour arriver à un tel résultat, pour réaliser une si grande perfection, saus se laisser décourager par les difficultés qui eussent arrêté en chemin un esprit médiocre moins persévérant et moins convaincu, la voie leur est maintenant rendue si facile et si simple, qu'ils peuvent y entrer quand ils voudront et atteindra sans peine le but qu'on leur montre avec tant d'intelligence et de soin.

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Dr At. Donné

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