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quarta-feira, 30 de setembro de 2009

1853
Junho
LE MUSEE DES FAMILLES
P. 257-265.

FRANCIS WEY


COMMENT LE SOLEIL EST DEVENU PEINTRE


Histoire du daguerréotype et de la photographie (1)
A M. Pitre-Chevalier :
"Avez-vous oublié, mon cher ami, certaine promenade mêlée de pluie et de philosophiques entretiens, où nous avons tant discuté contre mon ami le docteur X… ? C’était sous les ombrages de la forêt de Marly, et l’orage nous avait réduits à moraliser sous un chêne qui a vu passer les chasses de Louis XIV. Physiologiste consommé, physicien, chimiste, économiste, praticien habile, et très versé dans les sciences naturelles, le docteur X, à force d’observer les bêtes, est presque arrivé à les douer d’une âme ; mais il a tant étudié les hommes, qu’il prétend qu’ils n’en ont pas.
"Chrétien incomplet, au lieu de posséder, comme tant d’autres, la foi sans les œuvres, mon ami X… a les œuvres sans la foi. Austère dans ses mœurs, bon, charitable comme un apôtre, préférant une honnête médiocrité à des trésors qui coûteraient un scrupule à sa délicatesse, modèle de dévouement, d’abnégation, le docteur X… ne reconnaît que des appétits et des instincts ; il définit l’homme : un champignon perfectionné. Ce paradoxe est le thème favori des jours de pluie, qui le disposent à discuter.
"Vous vous rappelez sans doute le violent accès d’hilarité qui, de notre part, accueillit cette incohérente proposition : le soleil qui l’avait sans doute entendue malgré l’orage, partit d’un si grand éclat de rire, qu’il déchira la nuée et passa à travers. La gaieté de ses rayons nous escorta jusqu’au soir, et le docteur nous replongea dans les arcades de la science physiologiste.
"S’il m’en souvient, le résultat de ces utiles divagations fut de nous convaincre du danger des sciences naturelles pour les esprits impressionnables et naïfs. Nous abusâmes contre le pauvre X…, du mot champignon ; Il abusa contre nous bien davantage du mot vérité.
"— Mais, lui dîtes-vous, qu’est-ce donc, à vos yeux, que la vérité ? Tout ce qui tombe sous vos sens ? tout ce qui vous est apparent sous la seule garantie de votre crédulité ?
"— Sans doute, ai-je répliqué ; et dans le domaine idéal il reconnaît pour vérité tout ce qui est bien triste, bien prosaïque et bien laid : en un mot, la subordination de l’esprit à la matière.
"— Alors, interrompîtes-vous, suivant les idées de monsieur, le premier, le plus vrai des peintres, c’est cette machine que l’on nomme un daguerréotype ?
"— Le premier… répéta le docteur un peu interdit ; sinon le premier, du moins le plus vrai ; chacun en conviendra.
"— Non pas moi ! s’il vous plaît, m’écriai-je. Vous êtes tous plus ou moins, vous autres adeptes de la matière, dans le sentiment de Fourrier quand il donnait à la vérité le lis pour emblème, parce que les pétales de cette belle fleur jaunissent le nez qui en aspire le parfum. Vu de loin, le lis est beau ; approchez-vous, adieu le charme, adieu l’illusion ; Vous vous retirez avec le nez jaune : emblème de la vérité. Le daguerréotype est un peintre qui fait de très gros nez : comment douter de la sincérité d’un instrument qui dit avec si peu de scrupule la vérité sur les nez les plus augustes ? La vérité ! C’est depuis que la science et la philosophie ont découvert tant de vérités désagréables ou dégoûtantes, que ce mot est devenu un objet d’effroi. — Dire à quelqu’un ses vérités, c’est l’accabler d’injures ; — dire à un malade la vérité sur son état, c’est lui annoncer que la science humaine a prononcé sur lui sans appel, et comme elle se dit infaillible… Mais le malade échappe la moitié du temps. En ce cas, la guérison, c’était la vérité de Dieu. Le daguerréotype, la vérité ! parce qu’il rend laid ? Eh bien, selon moi, c’est par là qu’il pêche et qu’il est infidèle : il est faux comme une statistique ; Je ne crois, qu’à mon corps défendant à une chose laide, et quand une pensée, une doctrine, une œuvre d’art s’offrent avec l’attrait de la beauté, je pense tout d’abord que la vérité n’est pas loin.
"— Telles sont, dit en soupirant le docteur, les illusions du spiritualisme ; elles s’étendent aux moindres choses, et embellissent tout…
"Nous nous inclinâmes tous deux, flattés de cette réflexion."— Ne voyez-vous donc pas, reprit le docteur, que la perspective…
"— Oh ! docteur, dans votre intérêt, ne parlez pas de la perspective…
"Il en parla néanmoins, et par vous excité, si je ne m’abuse.
"— Songez-y bien, lui fut-il répondu, la perspective a été d’abord méconnue, puis fautive, puis exagérée, puis commentée, discutée, et enfin, non pas constituée, mais justifiée par la géométrie descriptive. Longtemps auparavant elle était née du sentiment des artistes, et pour ainsi dire d’une sage fantaisie de l’esprit appliquée à l’observation de la nature. Eh bien, ce même esprit nous la montre juste et rationnelle dans les portraits des peintres, et déraisonnable dans certains produits de l’art daguerrien. Où est la vérité ? dans le calcul, ou dans l’expérience mathématique de la photographie ? Evidemment, celle-ci nous trompe ; ses résultats sont faux, puisqu’ils choquent notre sens intime, et le daguerréotype nous en impose, chaque fois qu’il enlaidit à nos yeux la nature. Vous ne sortirez pas de là, à moins d’être le plus… dégénéré des champignons.
"Ces théories nous mènent loin, s’il vous en souvient, mon cher ami ; l’entretien s’acharna sur le daguerréotype, et comme à cette époque je rédigeais dans l’ombre, sous le titre assez ironique de la Lumière, un journal spécial de photographie, qui a fait moins de bruit que de besogne, comme, en outre, vous êtes sans cesse en quête de ce qui peut intéresser les lecteurs du charmant recueil que vous dirigez avec tant de soins, de zèle, de convenance et d’esprit, vous m’avez offert de mettre au jour dans le Musée le résultat de mes études spéciales et de mes recherches sur l’histoire de la plus curieuse découverte de notre temps.
"Je vous l’ai promis, et j’ai longtemps hésité. Vous aimez l’art, et je l’aime aussi. Le daguerréotype a été, est encore pour les peintres un sujet d’inquiétude ; cette invention semblait alors les menacer dans leur avenir ; et elle était à nos yeux si loin de l’idéal où aspirent les organisations éprises de fantaisie poétique, que, n’osant pas critiquer, nous étions assez froids à l’idée de célébrer la sublimité d’un art réduit à une condition mécanique.
"Je consentis pourtant à retracer la curieuse histoire de cette découverte, et j’attendis… Ce que j’attendais, c’était d’être à même de rassurer nos amis les peintres sur le pouvoir et les dangers futurs de ce terrible concurrent ; c’était, en outre, d’être à même de démontrer que le daguerréotype est moins fidèle copiste qu’on ne l’a supposé.
"Mais, comme mon but ne pouvait être de diminuer la portée d’une si merveilleuse invention, il me fallait établir, d’après des progrès ultérieurs, qu’elle était perfectible, et que par conséquent elle n’avait point réalisé, ce que peut-être elle ne réaliserait jamais la perfection mathématique, par rapport à la fidélité. Ce moment est venu ; j’ai vu les portraits affreux que nous connaissons tous, et j’ai admiré des portraits à peu près vrais, car ils semblent flatter la nature. Enfin, loin d’être le parangon de la vérité, l’exagération de la perspective a été corrigée par des perfectionnements d’optique et les petits nez que le docteur X… traitait de rêveries spiritualistes sont devenus une agréable vérité !
"J’essayerai donc d’exhumer les faits dispersés çà et là, qui se rattachent à l’historique de la découverte ; et, en évitant autant que possible de plonger dans le détail des essais chimiques ou des expériences de laboratoire, trop difficilement intelligibles, je me bornerai à considérer dans leurs résultats et à signaler tour à tour les progrès de l’héliographie, à partir de ses premiers pas. L’histoire des grandes découvertes est peu connue d’ordinaire ; on jouit des résultats sans se préoccuper des labeurs qui les ont préparés. Cependant, rien n’est plus digne d’attention que ces luttes silencieuses de l’esprit humain contre la matière, que ces efforts persévérants de certains hommes, qui se sont fait un génie d’une idée fixe, et qui ballottés, durant leur vie, entre l’espoir et les déceptions, se sont livrés héroïquement à ce dilemme : la démence ou le succès."
I. Temps fabuleux de l’héliographie. — J.-B. Porta fait une découverte à l’aide d’un volet troué. — Essais du physicien Charles sur le sel de lune. — Images éphémères de Wedgwood. — Rencontre fortuite de deux alchimistes. — Recherches de l’impossible.
C’est en 1838 que l’on commença à parler, dans le monde artiste, de l’invention que l’on devait, plus tard, cacophoniquement dénommer la daguerréotypie. Quelques peintres, amis intimes de Daguerre, annonçaient que l’auteur du Diorama avait trouvé le moyen de fixer les images de la chambre noire et de les conserver. Cette nouvelle trouva beaucoup d’incrédules et causa une certaine émotion parmi les dessinateurs, les graveurs, les lithographes, qui s’exagéraient les dangers de la concurrence que leur préparait le soleil.
Le 15 juin 1839, le ministre de l’intérieur apprit à la France et à l’Europe que M. Daguerre était "réellement parvenu à créer, en quatre ou cinq minutes, par la puissance de la lumière, des dessins où les objets conservent mathématiquement leurs formes jusque dans leurs plus petits détails, où les effets de la perspective linéaire et la dégradation des tons provenant de la perspective aérienne sont accusés avec une délicatesse inconnue jusqu’ici.
"L’admiration fut grande, et l’on eût crié au prodige, si la science n’eût depuis longtemps, à sa plus grande gloire, expliqué et remplacé les miracles humains par les phénomènes. Seulement, en lisant le beau rapport de M. Arago, on ne daigna pas voir, à côté du nom illustre de Daguerre un autre nom, plus obscur, signalé néanmoins à la reconnaissance publique. Cependant, l’histoire de Christophe Colomb et d’Amerigo Vespucci avait trouvé son pendant, et la postérité historique contractait une dette qu’il faut payer à la mémoire de Joseph Nicéphore Niépce.
Mais, avant de rendre à chacun des deux inventeurs ce qui lui est dû, nous prendrons les choses de plus haut, en retraçant les découvertes antérieures qui ont précédé et de loin préparé celle-ci.
Deux siècles se sont écoulés depuis Jean-Baptiste Porta, qui découvrit l’instrument destiné à donner lieu à l’héliographie, jusqu’à Daguerre qui l’a mise au jour.
Porta, ayant remarqué que si l’on perce un petit trou dans le volet d’une chambre bien close, les objets extérieurs, dont les rayons peuvent atteindre ce trou, vont se peindre sur le mur qui y fait face, reconnut bientôt que le trou peut être agrandi quand on le couvre d’un verre lenticulaire. Les images des lentilles ont des contours très nets quand elles sont reçues exactement au foyer ; ce que voyant Porta, il construisit des chambres noires portatives à l’usage de ceux qui ne savent pas dessiner, et ces machines devinrent plus tard fort précieuses, quand on eut fondu des lentilles achromatiques.
Près d’un siècle et demi après la mort de Porta, le physicien Charles, tirant un parti fort singulier de la chambre noire et d’une combinaison chimique due aux manipulations des chercheurs du grand œuvre au Moyen âge, fit le premier entrevoir la possibilité de l’héliographie. Ces alchimistes avaient décomposé l’argent par l’acide contenu dans le sel marin, et obtenu ainsi une matière blanche, qu’ils dénommèrent sel de lune ou argent corné. Ce sel de lune, ce chlorure d’argent noircit à la lumière, et d’autant plus rapidement qu’il est frappé par des rayons plus vifs.
Charles, qui professait la chimie, utilisa cette propriété dans ses cours, en traçant des silhouettes noires, à l’aide de la chambre obscure, sur des papiers enduits de chlorure d’argent.
Charles mourut sans laisser le secret de son procédé. Mais il avait démontré que la lumière peut dessiner toute seule ; les idées furent lancées sur ce problème ; l’utopie avait désormais sa raison d’être.
Elle exerça, vers le même temps, l’esprit ingénieux de Josias Wedgwood, ce savant industriel, le Palissy de l’Angleterre, qui perfectionna l’art de la poterie, et inventa le pyromètre. En 1802, on publia un mémoire posthume de Wedgwood, dans lequel il annonçait, avec pièces à l’appui, un moyen de copier sur des peaux blanches, ou sur des papiers préparés au chlorure ou au nitrate d’argent, des estampes ou des vitraux d’église. L’illustre Humfry Davy, appliquant cette méthode, parvint à copier, à l’aide du microscope solaire, de très petits objets, à une très courte distance de la lentille. Il consacra quelques pages à l’examen du procédé de Wedgwood, où il concluait en ces termes : "Il ne manque qu’un moyen d’empêcher que les parties claires du dessin ne soient colorées par la lumière du jour, pour que ce procédé devienne aussi utile que l’exécution en est simple et facile."
A partir de ce moment, les essais disparaissent, l’idée passe à l’état chimérique, et on la considère comme une rêverie digne de Wilkins ou de Cyrano de Bergerac.
Mais il est des esprits obstinés qui, quoique positifs, sont épris du merveilleux, ne l’admettent pas aisément, et s’attachent à le réaliser par les seules forces de la raison et de la science. Tel était Daguerre, qui, trente années plus tard, s’occupait patiemment à chercher le moyen de reproduire les images de la chambre obscure, dont il avait fait un fréquent usage pour ses travaux panoramiques. Daguerre était né peintre ; les recherches qui ont précédé la découverte des procédés du Diorama le firent physicien et chimiste ; il s’instruisait dans la pratique au fur et à mesure de ses besoins, et sa pensée allait volontiers sans obstacle au-delà des réalités constatées par les écoles.
C’est ainsi qu’il cherchait l’héliographie, à ses moments perdus, soutenu par un espoir lointain. Cette affaire était pour lui plutôt l’objet d’une préoccupation que d’un travail suivi. Il fallait, pour stimuler ce génie distrait, un mobile nouveau d’intérêt, et l’incident se présenta en 1826.
Ici intervient le nom d’un homme distingué qui a rendu d’éminents services à la photographie, en améliorant beaucoup les instruments qu’elle met en œuvre ; Je veux parler de M. Charles Chevalier, l’habile ingénieur-opticien, qui a perfectionné les jumelles, les télescopes, le baromètre et la machine pneumatique ; qui a construit les premiers microscopes achromatiques, et, depuis, les excellents objectifs doubles, si justement appréciés.
Pendant quinze ans M. Charles Chevalier fut le confident unique des chercheurs héliographiques, sur lesquels il eut l’occasion d’exercer une influence intime. Cet opticien, comme on le verra, est la principale des causes indirectes de la découverte, qu’il a plus tard aidée par des brochures très estimées. Nous avons dû rechercher près de lui des renseignements, qu’il possède seul, qu’il n’a pas publiés, et qui nous permettront d’entrer, à propos des temps primitifs de l’héliographie, dans des détails nouveaux, authentiques et curieux.
Lié d’amitié avec M. Charles Chevalier, Daguerre l’entretenait fréquemment de ses projets et de ses efforts pour réaliser le fameux problème. Un jour, en 1826, M. Charles Chevalier lui dit : — Votre rêve n’est pas loin de se réaliser, et vous n’êtes pas seul à vous livrer à ces recherches. Un homme, qui s’en occupe en province depuis douze ans, paraît avoir trouvé quelque chose. Si vous entriez en relations avec lui ?…
— A quoi bon ? s’écria Daguerre ; j’ai déjà donné dans les utopies d’une foule de songe-creux. Votre homme sera quelqu’un de ces maniaques pleins d’illusions et s’enflammant pour des chimères.
Sans se rebuter, M. Chevalier écrivit sur une carte le nom de son utopiste provincial, et le remit à Daguerre, qui le prit presque à contrecœur. Cette carte contenait ces mots : "M. Niépce, propriétaire, aux Gras, près de Châlons-sur-Saône."
Cependant la confidence ne fut point perdue ; elle inquiéta Daguerre, qui, préoccupé des essais de cet inconnu se décida à lui écrire une lettre, où l’on remarque ces mots : "Depuis longtemps aussi, je cherche l’impossible." Niépce répondit avec défiance craignant de laisser surprendre son secret.
"Il est permis de présumer que jusqu’à ce moment, et même un an plus tard, Daguerre n’avait rien trouvé. Cependant, à partir de ses relations suivies avec Niépce, il commença, dans le monde, à annoncer quelques modestes résultats : en 1826, il racontait chez M. Redouté, qu’il espérait fixer les rayons solaires, et qu’il était déjà parvenu à copier les pincettes de son foyer. On se demanda, m’a dit un des assistants, M. Robelin l’architecte, s’il avait le cerveau troublé.
Pendant près de trois ans Daguerre entretint avec Niépce une correspondance assez suivie, et il acquit la certitude que son rival avait réussi : Cependant ce dernier conserva longtemps une défiance dont il nous reste un témoignage d’autant plus curieux, qu’il en résulte la preuve de l’inanité des recherches de Daguerre à la date de février 1827. Ce document est le post-scriptum d’une lettre de Niépce à son confident M. Lemaître, graveur, à qui il envoyait des images sur plaques d’étain, et destinées à la gravure. "Connaissez-vous (demandait Niépce) un des inventeurs du Diorama, M. Daguerre ? Ce monsieur ayant été informé de l’objet de mes recherches, m’écrivit, l’an passé, pour me faire savoir que depuis fort longtemps il s’occupait du même objet, et pour me demander si j’avais été plus heureux que lui dans mes résultats. Cependant, à l’en croire, il en aurait obtenu déjà de très étonnants, et, malgré cela, il me priait de lui dire d’abord si je croyais la chose possible. Je ne vous dissimulerai pas, monsieur, qu’une pareille incohérence d’idées eut lieu de me surprendre, pour ne rien dire de plus, etc"
Ce qui n’est pas douteux, c’est qu’à partir de ce moment Daguerre se livra à une foule d’essais avec une grande activité, espérant sans doute réussir seul et sans secours. Il est probable qu’il ne put y parvenir, et que néanmoins ses travaux ne furent pas sans fruit, puisque, en 1829, ces deux messieurs jugèrent opportun de s’associer pour exploiter en commun la découverte.
Evidemment, les résultats obtenus pas Niépce durent frapper son émule ; car Niépce, qui dès 1822 formait des images, avait plus tard envoyé à M. Charles Chevalier la reproduction photographique, sur plaque, d’un Christ gravé, que l’opticien avait montré à ses amis. Ce Christ était, comme on le verra plus loin, destiné à jouer un rôle important dans la constatation de la priorité de l’invention.
Ainsi, il reste avéré que M. Niépce a le premier résolu le problème d’obtenir et de fixer sur métal ou sur papier les images de la chambre obscure.
Comment cet inconnu, isolé au fond d’une province, et médiocrement versé dans les sciences, était-il parvenu lui-même à accomplir l’une des plus merveilleuses découvertes de notre temps ? c’est ce que nous essayerons de raconter.
II. Ce qu’on trouve en collectionnant des pierres. — Joseph-Nicéphore Niépce ; sa vie, ses travaux, ses déceptions. — Il réussit. — Apparition d’un inventeur fantastique. — Louis-Mandé Daguerre. — Utilité de la collaboration d’une cuiller.
C’est la lithographie qui a produit l’avènement de l’art photographique, destiné à faire échec à la première de ces inventions.
Dès son apparition, la lithographie, on s’en souvient, fut l’objet d’un véritable engouement : on se disputait des planches incomplètes ; les appareils se débitaient par centaines, et, jusque dans châteaux, on trouvait des presses auxquelles les amateurs confiaient leurs croquis. Le dessin sur pierre obtint les honneurs du couplet. Une chanson, maintenant oubliée, courut par toute la France ; elle commençait ainsi :
Vive la lithographie !
C’est une rage partout…
Cette rage atteignit Joseph-Nicéphore Niépce, qui vivait à la campagne où il se mit à chercher des pierres d’un grain satisfaisant. Mécontent des grès de la localité, il essaya de substituer l’étain à la pierre et, pour faciliter l’opération, il s’avisa de composer plusieurs vernis, dont il enduisait la surface de ses plaques.
Or il se trouva que la lumière exerçait sur quelques-uns de ces vernis des influences bizarres qui conduisirent M. Niépce, dès la fin de 1813, à l’idée de fixer sur des plaques la représentation des objets par la seule action de la lumière. Cette idée l’absorba tellement, que les hordes austro-russes, qui accomplirent les deux invasions, passèrent sur lui sans le distraire.
Niépce avait trouvé dès le berceau, sinon la fortune, du moins l’aisance. Son père, Claude Niépce, écuyer, conseiller d’Etat, receveur des consignations au bailliage de Châlons-sur-Saône, éleva pour une vie paisible son fils Joseph-Nicéphore, qui naquit en 1761, et parvint à l’âge de vingt-sept ans, sans trop se presser de choisir une carrière. Son amour pour le repos et la tranquillité d’esprit le jeta dans la carrière des armes à une époque où les dissensions politiques, troublant la paix du foyer, faisaient chercher aux esprits méditatifs l’activité des camps, lieux d’asile et de paix durant les guerres civiles.
Admis en mai 1792, avec le grade de sous-lieutenant, au 42e d’infanterie (ci-devant Limousin), il partit, l’année suivante pour la Sardaigne et de là pour l’Italie, où il assista à deux batailles en qualité de lieutenant. Adjoint à l’adjudant général Frottier, le 18 ventôse an II, avec le grade de capitaine, il dut ensuite quitter l’armée par suite d’une maladie qui lui affaiblit la vue.
L’année suivante, il fut nommé administrateur du district de Nice, place qu’il conserva jusqu’en 1801. Il revint alors à Châlons-sur-Saône avec sa famille ; et il y fut rejoint par son frère, Claude Niépce, qui avait couru les mers et contracté pour les voyages une passion durable ; car, vingt-sept ans plus tard, il allait mourir aux environs de Londres, à Kiew, où il s’était fixé.
Pendant les années qu’ils passèrent ensemble, les frères Niépce imaginèrent diverses machines, et, entre autres, le pyréolophore, sorte de pompe à feu, où l’air chauffé devait remplacer la vapeur. Ils obtinrent un brevet pour cette invention, objet d’un rapport à l’Institut, rédigé par Berthollet et par Carnot, qui entra, à ce sujet, en correspondance avec MM. Niépce : c’était en 1806. Plus tard, ils construisirent une pompe hydrostatique, abandonnée bientôt pour d’autres projets. En 1811, ces messieurs, qui cultivaient le pastel, étaient parvenus à en extraire une fécule colorante, assez vive de ton pour rivaliser avec l’indigo ; ils reçurent, à ce sujet, des lettres flatteuses du ministre de l’intérieur, M. de Montalivet.
A partir de cette époque, Joseph-Nicéphore Niépce demeura seul, dans la retraite qu’il s’était choisie aux Gras, près de Châlons, et c’est peu de mois après que la découverte de la lithographie donna à cet esprit curieux et pénétrant une impulsion nouvelle et si forte, que ses jours et ses nuits en étaient absorbés, et qu’il compromettait à la fois sa santé et sa fortune.
Les premiers temps furent les plus pénibles : il opérait dans le vide, ne rencontrant aucun résultat, et subissant la compassion ironique qui s’attache aux gens affolés de l’impossible, s’efforçant à des chimères et s’enfermant dans une idée fixe : préoccupation analogue à la démence aux yeux du vulgaire. Ses manies, à cette époque, alarmaient ses amis, sa famille ; la reproduction des objets par la lumière leur semblait le rêve d’un monomane.
Cette période de luttes chimériques dura sept ans. En 1822, Niépce obtint à Châlons, sur le verre et sur l’acier poli, des copies fidèles de gravures à l’aide d’un vernis bitumineux. On sait comment il opérait ; ses procédés ont été décrits. Le bitume sec de Judée dissous dans l’huile de lavande, et appliqué sur une plaque d’étain ; la consolidation de l’image opérée au moyen de l’immersion de la plaque dans un mélange d’huile de lavande et de pétrole ; puis enfin, le lavage à l’eau tiède : tel est le fond de la découverte.
Deux ans après, en 1824, l’infatigable Niépce parvenait à retenir, sur des écrans préparés, les images de la chambre noire, et à renforcer les effets d’ombre en exposant la plaque aux vapeurs du sulfure de potasse ou de l’iode. L’emploi de cette dernière substance n’a sans doute pas été sans influence sur les recherches ultérieures et sur la découverte admirable de Daguerre. Bref, en 1827, M. Niépce, ainsi qu’il résulte d’une de ses lettres du 4 juin, se livrait exclusivement à la copie des points de vue d’après nature.
La même année, Niépce ayant fait, au mois d’août, un voyage à Kiew, où résidait son frère, visita M. Daguerre en traversant Paris, puis transmit à la Société royale de Londres, et communiqua à l’un de ses membres, Francis Bauer, des épreuves qui causèrent à ce dernier une surprise et une admiration dont il rendit témoignage douze ans après, dans une lettre insérée par la Gazette littéraire de Londres.
Notre inventeur avait trouvé de grands obstacles dans l’imperfection des chambres noires. C’est peu de mois avant son voyage à Kiew, qu’ayant eu connaissance de l’invention du prisme ménique par MM. Vincent et Charles-Chevalier, il avait prié un de ses parents, qui se rendait à Paris, d’acheter pour lui ce prisme. Ce parent développa devant M. Charles Chevalier, la découverte de J.-N. Niépce, et ce dernier, comme on l’a dit plus haut, en fit part à Daguerre, destiné à amener à son perfectionnement l’héliographie sur plaques, à la populariser et à mettre au jour l’invention de Niépce. C’est ainsi que la Providence conduit les affaires du monde par des voies imprévues.
Niépce était chimiste, mécanicien, et il était poète… A ces dons élevés, il joignait les qualités les plus aimables, rehaussées d’un caractère fort noble. Il mourut pauvre et ignoré, le 3 juillet 1833, six ans avant l’heure où son associé, M. Daguerre, a vu l’Institut couronner les travaux des deux fondateurs de l’héliographie.
"Ainsi, dit M. Figuier, auteur d’une remarquable notice sur diverses inventions modernes, l’auteur de la plus intéressante découverte de notre siècle s’éteignit sans gloire, oublié de ses concitoyens, avec la pensée désolante d’avoir perdu vingt années de sa laborieuse carrière, dissipé son patrimoine et compromis l’avenir de sa famille à la poursuite d’une chimère."
Demeuré seul, M. Daguerre fit un nouveau traité d’association avec le fils de J.-N. Niépce, et il travailla fructueusement pendant cinq ans, dans le plus profond secret. Possesseur des procédés de son devancier, il avait compris que l’héliographie, à cet état rudimentaire, telle que l’inventeur l’avait laissée, après lui avoir donné ce nom, ne s’élevait guère au-delà des curiosités scientifiques. Daguerre rêvait des succès plus pratiques, et il craignait d’être devancé.
Il eut, à cet égard, plus d’un sujet d’inquiétude ; car il semble que les idées ou les principes des découvertes planent, à certaines époques, sur l’atmosphère comme les éléments des épidémies. Une innovation arrive à son heure, portée par plusieurs esprits et quand elle vient à germer ça et là, on la voit souvent fleurir sur plusieurs tiges, presque simultanément.
C’est de la sorte que la photographie possède sa légende presque fantastique, et à côté de ses créateurs avérés et notoires, son héros mystérieux et inconnu.
Vers cette époque, à Paris, un personnage, dont nul ne saura jamais le nom, a montré son chef-d’œuvre et disparu soudain sans laisser aucune trace.
Le fait étrange que l’on mentionne ici n’a jamais été raconté ; Daguerre, qui en eut connaissance et n’en parla jamais, dut sans doute plus d’une insomnie à cet incident, qui probablement aussi donna un plus rapide élan à son activité.
Un jour que M. Charles Chevalier était seul dans la boutique d’opticien qu’il occupait avec son père, quai de l’Horloge, quelqu’un entra qui, sans s’annoncer tout d’abord comme un chaland, consulta l’ingénieur sur diverses questions relatives à la chambre obscure, à ses progrès possibles, au prix des lentilles et aux moyens à prendre pour parer, sans trop de dépenses, à certains défauts des objectifs. Cet inconnu marchanda quelques appareils, montrant une gêne que son interlocuteur attribua à la pauvreté. Un coup d’œil sur l’extérieur du personnage tendit à confirmer cette supposition.
Des vêtements qui se souvenaient de la propreté, mais qui n’avaient plus d’âge, un chapeau râpé, peu de linge apparent, en un mot, l’étroite livrée de la détresse, voilà ce qui s’offrait au rapide et distrait inventaire entrepris par M. Chevalier sur la personne de son visiteur. L’homme était jeune encore, mince, blême, usé, miné par le travail ou la faim : la lame s’assortissait au fourreau. Il avait la timidité du malheur, cette gaucherie que donnent l’habitude de l’isolement et des goussets vides, et toute l’apparence d’un pauvre diable qui escompte le terme de ses maux sur l’issue d’une maladie de poitrine.
En devinant le malheur sous ses deux formes les plus pénibles, l’indigence et la maladie, M. Chevalier s’efforça de se montrer plus bienveillant encore que de coutume, et de gagner la confiance du jeune homme, dans l’espoir de lui être utile. Après quelques instants d’hésitation, ce dernier ayant reculé, comme à regret, devant l’achat d’un objet de mince valeur, dont il avait paru apprécier l’usage, l’opticien comprit que son interlocuteur recherchait seulement ce qu’il pouvait payer, un bon conseil. En effet, il avoua bientôt qu’il s’était construit, avec une vieille caisse de sapin et une lentille ordinaire, un appareil économique susceptible d’être amélioré au profit de certaines expériences.
Enfin il dit qu’il travaillait à fixer, par l’action des rayons lumineux, les images de la chambre obscure, et qu’il serait à même d’obtenir des résultats dignes d’attention, s’il était favorisé par un instrument meilleur.
— Ah ! s’écria M. Chevalier, je connais des gens qui ont perdu à ce jeu-là beaucoup d’années…
Le malade sourit, et tirant de sa poche une enveloppe pliée, il en sortit une image sur papier, en disant :
— Voilà ce que j’ai obtenu en plaçant mon objectif devant la fenêtre de ma chambre.
M. Chevalier vit un amas de toits et de cheminées, et, au second plan, le dôme des Invalides, à une distance et dans une position qui lui firent penser que l’inconnu habitait dans les environs de la rue du Bac. L’horizon élevé d’où la vue était prise lui prouva aussi que ce pauvre inventeur avait son logis dans un grenier.
L’image était distincte, assez bien dégradée par rapport aux teintes ; mais les lignes, qui manquaient de netteté exprimaient trop fidèlement l’insuffisance du verre qui avait concentré les plans du tableau.
— J’opère avec cette liqueur, ajouta l’héliographe en montrant une petite fiole contenant une liqueur brune qu’il plaça sur le comptoir.
Après une courte conversation, il reprit son image et partit, en annonçant qu’il reviendrait prochainement.
Une demi-heure après son départ, M. Charles Chevalier retrouva la fiole qu’on avait oublié d’emporter.
Cet homme ne revint pas, M. Chevalier ne l’a point revu, et n’a jamais entendu parler de lui.
Quelque temps après, il raconta cette apparition à M. Daguerre, et lui remit la fiole de l’inconnu ; Deux mois se passèrent ; l’opticien ayant demandé à son ami s’il avait tiré parti de cette préparation, Daguerre lui répondit :
— J’en ai tiré une grande perte de temps, car tous les essais dont ce liquide a été l’occasion ont totalement échoué ; le secret de votre homme, s’il en a un, n’était pas dans sa bouteille…
Cette anecdote m’avait été transmise, il y a trois ans, par un ami, qui la tenait de M. Chevalier. Il y a quelques jours, j’ai moi-même remis l’opticien sur la trace de ce souvenir et il m’a répété exactement le même récit, presque mot pour mot. Le caractère de M. Chevalier, la netteté de son jugement, la fidélité de sa mémoire, ne laissent aucun doute sur l’authenticité du fait.
Ainsi, un homme totalement ignoré aura tout découvert inutilement, tout, jusqu’à la photographie sur papier, et sera mort dans un galetas laissant à ses côtés un trésor dont n’hérita personne. Ces mécomptes sont plus communs peut-être qu’on ne le souhaiterait, et l’imagination aurait lieu plus d’une fois d’évoquer, à côté du monument d’un inventeur célèbre, une figure sans nom et le visage voilé sous les plis d’un suaire.
S’il n’avait rencontré l’aide et l’appui du nom déjà fameux de M. Daguerre, Joseph-Nicéphore Niépce aurait eu probablement pareille destinée. Si Daguerre n’avait été stimulé et dirigé dans ses travaux par l’exemple et les conquêtes de Niépce, il n’aurait pu perfectionner un art dont il n’avait pas réussi à dégager le principe. M. Charles Chevalier, qui mit ces deux chercheurs en rapport, a joué un rôle providentiel.
En effet, la daguerréotypie est l’œuvre de Daguerre. Mais c’est Niépce qui, à son insu, le mit sur la voie du triomphe. Avant son association avec Daguerre, Niépce avait essayé de renforcer les ombres de ses épreuves à l’aide des vapeurs de l’iode ; tentative dont il fit part depuis lors à son associé.
"Or, dit M. Figuier dans sa notice, il arriva un jour qu’une cuiller, laissée par mégarde sur une plaque d’argent iodé, y marqua son empreinte sous l’influence de la lumière ambiante. Cet enseignement ne fut pas perdu : aux substances résineuses on substitua l’iode, qui donne aux plaques d’argent une sensibilité lumineuse exquise. Ce fut le premier pas vers l’entière solution d’un problème qui avait déjà coûté vingt années de recherches."
Ainsi, en dépit de tant d’efforts, c’est grâce à l’oubli d’une cuiller sur une plaque, que Daguerre fut amené à substituer l’iode aux substances bitumineuses, puis à faire apparaître l’image au moyen des vapeurs du mercure, et par suite à la fixer, en chassant l’iodure d’argent par l’immersion de la plaque dans une solution d’hyposulfite de soude. Ces inventions sont admirables ; elles ont abrégé l’opération et fourni des images d’une puissance et d’une précision parfaites, sauf certaines réserves que nous établirons plus loin, au point de vue de la perspective, de la valeur réelle des tons et des interprétations de l’art.
Admis, en la personne de son héritier, à partager la récompense nationale si justement conquise par Daguerre, Niépce a combattu plus longtemps ; son bonheur fut moindre, il mourut sans recueillir le fruit de ses peines, et son nom, éclipsé par son collaborateur, est mal assuré contre l’oubli. A ces titres, il provoque en nous un intérêt en quelque sorte plus tendre ; Si son heureux successeur n’avait pas voulu que l’héliographie s’appelât le Daguerréotype, sa renommée serait moindre peut-être ; mais sa gloire serait-elle moins pure ?
Non, car au moment même où Daguerre, en 1839, illustrait à la fois sa patrie et son propre nom, les travaux de Niépce le servaient encore et combattaient pour lui contre une rivalité étrangère. Un Anglais, M. Talbot, disputant de la priorité de l’invention, prouvait que, dès 1834, il avait obtenu des images photographiques. Comme nous l’avons dit plus haut, la découverte était dans l’air.
Ce fut alors que, retrouvant ce petit Christ que jadis lui avait envoyé M. Niépce, avec une lettre, heureusement datée, qui mentionnait le fait, M. Charles Chevalier déposa à l’Institut la preuve matérielle de l’antériorité de l’associé de Daguerre, et, du fond de son tombeau, Niépce assura la victoire à la France.
Quelle que soit notre admiration pour l’homme qui a découvert une voie si glorieusement parcourue, rendons à chacun ce qui lui est dû, en livrant, inséparables, ces deux noms à la reconnaissance publique. Entre la main qui ensemence le sillon et le terrain qui le fait germer, pourquoi élire une préférence ? Les intérêts humains s’effacent, les passions s’éteignent, les rivalités s’oublient ; mais les grandes découvertes restent, et l’unique devoir de ceux qui jouissent du bienfait est de léguer à la postérité le nom des bienfaiteurs.
FW
_______________

(1) Nous recommandons à toute l’attention de nos lecteurs cette monographie de la plus curieuse découverte de l’art moderne. Grâce au traité complet, précis, exact et intéressant de notre collaborateur, il n’est pas un homme, et même une femme du monde, qui ne puisse désormais non seulement comprendre et expliquer, mais encore pratiquer, avec un guide technique et de bons instruments, le daguerréotype et la photographie.

sábado, 18 de abril de 2009

1863, 26 de Janeiro - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1863
26 de Janeiro
Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. LVI
Nº. 4
Pag. 173, 174, 175, 176, 177
*
ASTRONOMIE. - Remarques sur les images photographiques de l’éclipse du 18 juillet 1860 prises à Rivabellosa et au Desierto; Lettre du P. Secchi, accompagnant l'envoi de nouvelles images.

« J'ai l'honneur d'adresser à l'Académie quatre épreuves photographiques qui représentent les phases de l'éclipse observée en Espagne le 18 juillet 1860 pendant la totalité. L'occasion de revenir sur ce sujet a été le séjour qu'a fait à Rome pendant quelque temps, M. Warren de la Rue, dont l'Académie connaît les surprenantes photographies faites à Rivabellosa. M. de La Rue ayant vu les premières éprcuves positives en papier tirées au Desierto même, avant qu'on eût renforcé les matrices, a été surpris d'y trouver une foule de détails tout à fait perdus dans les épreuves tirées après le renforcement, et qui ont seules circulé parmi les astronomes. Vivement préoccupé de ces détails et de l'importance d'une comparaison exacte entre ses épreuves et les miennes, il m'engagea à grandir celles-ci à l'aide de la photographie jusqu'à l'échelle des siennes. On ne pouvait pas, sans doute, espérer des positives sur papier ce qu'on aurait obtenu des positives sur verre, car le grain du papier reste aussi grossi, et rend les épreuves d'un aspect peu satisfaisant; car il faut grandir l'image d'un diamètre de 22mm,5 à celui de 102 millimètres, c'est-à-dire presque cinq fois. Mais ici on n'avait pas à se préoccuper de l'effet artistique, mais seulement de grossir les épreuves, de sorte qu'en les superposant à celles de M. de La Rue, on pût voir l'accord ou le désaccord. M. de La Rue donc voulut lui-même diriger cette opération et y assister en personne, tant était grand l’intérêt qu’il y attachait. La plus intéressante des photographies était celle faite immédiatement après le commencement de la totalité, et de celle-là il garda lui même une négative pour y prendre les mesures avec une machine de son invention.
» Je vais maintenant passer en revue les différentes figures, et, comme l'Académie possède une copie de mes photographies tirées au Desierto et de celles de M. de La Rue, j'invite les Membres qui pourraient y avoir intérêt à y comparer les photographies actuelles. Pour en faciliter la comparaison, j'y joins un calque transparent fait à la chambre obscure, pour pouvoir trouver plus facilement les points les plus faibles, qui sont même beaucoup plus faibles sur le papier que sur le verre négatif. J'y ajoute aussi les lettres par lesquelles M. de La Rue indique les protubérances dans son grand Mémoire, Pl. XV, Mémoire dont il a bien voulu me faire présent, quoiqu'il ne fût pas encore publié.
« En superposant le calque transparent à la première photographie de M. de La Rue, on est surpris de trouver une coïncidence parfaite dans la position et dans la forme de toutes les protubérances, sans autre exception que celle-ci: la protubérance A, qui est au bas de la photographie, est plus petite dans les nôtres que dans celles de M. de La RUE; en revanche, la protubérance K, qui est presque diamétralerment opposée à A, est plus grande dans la nôtre que dans celle de M. de La Rue. Cela s’explique facilement par la position de la lune, dont la parallaxe était un peu différente entre le Desierto et Rivabellosa. Et il est même étonnant que cette petite différence ait été si fidèlement enregistrée par la photographie. Ce petit déplacement de la lune produit encore un autre effet du même ordre, c'est-à-dire que nous n'avons pas découvert la protubérance B de M. de La Rue, pendant que, au contraire, nous avons en haut une autre proéminennce λ, entre K et I, qui ne se voit pas en M. de La Rue, mais où cependant on peut la soupçonner comme existant derrière la lune; car là la lumière de l’auréole est un peu plus vive. Finalement, dans notre photographie il n’y a pas la double impression du bord de la lune, dont M. de La Rue a donné la véritable explication; car notre épreuve n'a été exposée que six secondes pendant lesquelles le déplacement de la lune a été petit; mais même ce petit déplacement est sensiblement imprimé sur la photographie, car on voit le bord lunaire entamé aux protubérances A, G, I, qui sont les plus vives.
« Je vais maintenant passer en revue toutes les protubérances pour en faire mieux relever les formes, en commeçant par A: j'ai déjà dit à quoi tient la différence des dimensions entre les deux photographies. La protubérance B, quoique cachée, montre cependant un peu de clarté qui la trahit. Le nuage C est franchement et très-bien detaché du bord, et incliné avec son axe allongé d'environ 45º à la tangente du bord lunaire, et l'on peu voir que la pointe est formée par un point plus vif, séparé, du reste, par un trait obscur. J'avoue qu'il serait difficile de reconnaître ces détails sans les photographies de M. de La Rue; car on pourrait attribuer de telles nuances au grain du papier, mais je suis sûr que ces faibles traces auraient été nettement sensibles, si l'on eût grossi les négatives sur verre avant le renforcement qui les a gâtées.
« La plus intéressante de toutes les protubérances est la protubérance E, que l'on appela en Angleterre le boomerang, et que l'on peut nommer la faucille, d'après sa forme. Cette protubérance se voit trés-bien dans la positive sur papier; mais, comme elle est plus faible que les autres, elle ne s'est reproduite que plus faiblement encore; on peut cependant relever (à l'aide du calque transparent) qu'elle est formée de différentes agglomérations ou petits nuages, placés sur le prolongement l'un de l'autre en forme de faucille. Cette protubérance est remarquable en ce qu'on a soupçonné qu'elle était formée exclusivement de rayons actiniques; et, en effet, aucun observateur ne réussit à la voir à l'œil dans la lunette. Dans la région f, où correspond une ligne vive de lumière dans les photographies de M. de La Rue, nous n'avons qu'une faible lumiére, et la raison en est que l'épreuve de M. de La Rue a été faite immédiatement après la disparition du dernier rayon du soleil, pendant que la nôtre a été faite quelques secondes après, et lorsque la lune avait déjà couvert le fil continu de protubérances rouges imprimées dans celle de M. de La Rue. Les détails de la protubérance H sont aussi bien intéressants: on y voit un assemblage de petits nuages qui se soulèvent d'un amas encore plus compacte situé au-dessous, et les formes sont absolument identiques dans les deux photographies. Le grand amas de lumière de la protubérance S a la même forme aussi et le même contour ondulé. La protubérance I est composée d'une haute flamme avec une plus basse du côté droit. On les trouve identiques dans les deux photographies. La protubérance λ est visible seulement dans les nôtres pour la raison déjà indiquée ci-dessus. Enfin la protubérance K est formée de deux réunies, et la gauche a une prolongation en forme de corne très-faible, qui est aussi commune aux deux photographies.
« La photographie nº 2, qui correspond la troisiéme faite au Desierto au milieu de la totalité, reproduit toute l'atmosphère solaire de forme elliptique et plus élargie dans le sens de l'équateur que dans celui des pôles. Les deux traînées noires nn sont l'ombre d'un fil qui donne l'angle de position des protubérances. Le positif dans celle-ci étant plus faible que dans la précédente, nº 1, la copie est moins tranchée. Plus imparfaite encore est la photographie nº 3, dont l'original a trois reproductions instantanées de chaque point lumineux, a cause du tremblement de l'instrument, cc qui prouve la grande force chimique des protubérances. Les protubérances sont au nombre de neuf, réparties presque uniformément sur le périmètre de la lune, et il n'est pas difficile d'y rencontrer celles de la planche complexive (index map) de M. de La Rue.
« Enfin le nº 4 correspond à la dernière de M. de La Rue, et l’on voit parfaitement identique l'amas lumineux des protubérances R et q, q’, q’’ presque en arc continu; on voit aussi la protubérance L, et ce qui prouve que notre photographie a été prise un peu avant celle de M. de La Rue, c'est qu'elle est moins découverte chez nous que chez lui. De l’autre côté de la photographie, il y a les indices des protubérances E et C. L'arc qq’’ est, dans la nôtre, divisé en deux par l'ombre du fil de fer, qui servait de repère.
« Je regrette infiniment qu’on ait renforcé les matrices sur verre ; car les astronomes qui n'ont jugé que par les photographies qui ont circulé après ce renforcement ont, avec raison, montré du doute sur la bonté de l’instrument, et sur l'identité des objets photographiés. Cette opinion sera rectifiée, j'espère, comme elle a été rectifiée en M. de La Rue lui-même. Il est probable qu'on pourrait tirer encore un bon parti des négatives sur verre ; mais il faudrait fussent dans les mains de M. de La Rue. Nous espérons M. Aguilar n’épargnera aucun effort pour en tirer un bon parti ; il rendrait un grand service à la science en relevant les précieux détails qui sont maintenant disparus. Nous devons cependant nous féliciter en voyant que les premieres épreuves ont rétabli en partie l'état des choses. Les conclusions scientifiques qu'on doit tirer de ces comparaisons et de cette identité des photographies faites en onze minutes de temps et à 200 milles de distance, sont que les protubérances ne sont pas des jeux de lumière, mais des réalités, non des effets de réfraction ou diffraction, mais des nuages ou des flammes flottantes dans l'atmosphère solaire.
« Peu de temps après l'éclipse et sur les figures insérées dans l’Illustated London News, j'avais été déjà conduit à ces mêmes conlusions (voir Appendice alle osservazioni dell ecclisse fatte in Spagna), mais les photographies originales de M. de La Rue mettent cela en dehors de tout doute possible.
» P. S. Dans le nº 25 des Comptes rendus (22 décembre 1862), je trouve à la page 917 une Note par laquelle le lecteur pourrait soupçonner que j'ai défendu l'opinion « que le soleil n'attire a lui les planètes que parce que, dans son double mouvernent de rotation sur lui-mêmeet de translation dans l'espace, il met mécaniquernent l’éther en mouvement, et par suite les planètes; de sorte que celles-ci ne graviteraient pas vers le soleil sans cette influence....” Je déclare formellement que je n'ai jamais soutenu de pareilles absurdités.

1863, 26 de Fevereiro - VOZ DA MOCIDADE

1863
26 de Fevereiro
VOZ DA MOCIDADE
Nº. 1
Pag. 1, 2
*
A PHOTOGRAPHIA
Ninguem ignora as grandes vantagens, que podem resultar da cultura da photographia, como unico meio seguro de reproduzir as imagens de todos os objectos, pela maneira a mais simples, mas a mais rigorosa. Outr'ora erão necessarias grandes despezas e enorme perda de tempo, para conseguir o que hoje, por meio d'ella se obtem, com pouca despeza e em menos tempo que então gastava um desinhista a aparar um lapiz ou um gravador a afiar o buril.
Por aqui se pode calcular quanto é util a photographia; por isso entendemos, que não havendo em Portuguez obra alguma que trate d'este importante ramo de conhecimentos, nos tornavamos uteis publicando um breve esboço destes principios.
Esforçar-nos-hemos por appresentar aos nossos caros leitores não só todas as theorias em que ella se funda; mas todos os processos que se empregão na pratica, e as descobertas mais recentes e importantes.
Para a intelligencia perfeita do que escrevemos, serão necessarias algumas figuras que, no fim hão de ser lythographadas e distribuidas pelos snrs. assignantes.
Começaremos por acompanhal-a á luz da historia, desde o seu berço até ao ponto de desenvolvimento em que hoje se acha.
Foi em 1770 que se deu o primeiro passo em photographia: um nobre chimico sueco notou que o chlorureto de prata se conservava branco na obscuridade e enegrecia na presença da luz solar. Por meio d'esta propriedade conseguírão reproduzir gravuras; porque, cubrindo uma folha de papel com esta substancia e applicando-lhe uma gravura de maneira que, exposta á luz directa do sol, esta fosse interceptada pelas partes escuras d'aquella, o papel só ficava enegfecido nas partes correspondentes aos claros da gravura, e as outras partes conservão-se brancas. A copia obtida por este processo alem de ser negativa, isto é, em que as sombras estavão transpostas, tinha o inconveniente de só se poder conservar na obscuridade; porque apenas se expunha á luz, immediatamente enegrecia em todas as suas partes e desapparecia.
Faltava pois produzir imagens positivas, ou aquellas em que as sombras guardam o seu estado natural, e se tornão fixas ou insensiveis á acção da luz. Carlos, em França, Wedgwood e Davy, em Inglaterra, occuparão-se da solucção d'este problema; que foi resolvido por Niepce e Daguerre.
Niepce dissolveu betume de Judea secco, em oleo de alfazema. O resultado d'esta evaporação era um verniz espesso, que o phisico de Chalons applicou para cubrir uma lamina de cobre polida, ou cuberta por uma de chapa de prata. A lamina depois de ter sido submetida a uma temperatura pouco elevada, ficava coberta d'uma camada adherente e esbranquiçada, era o betume de Judea em pó, e a lamina, assim preparada, era collocada no foco da camara escura. Passado certo tempo divisava-se sobre o pó pequenos esboços da imagem. M. Niepce intendendo que este esboço pouco pronunciado se podia avivar mergulhou a lamina n'uma mistura de oleo d'alfazema e petroleo, e vio que as partes da camada que tinhão sido expostas á luz ficavão quasi intactas, posto que as outras se dissolviam rapidamente e deixavam o metal nu.
Depois de ter lavado a lamina com agoa, via-se via-se formada na camara escura uma imagem positiva. Os brancos erão formados pela luz diffusa proveniente da substancia esbranquiçada e despulida do betume; as sombras pelas partes pulidas e nuas do exemplar, mas estas partes só se viam em logares sombrios: estavão de tal maneira dispostas que não podiam refletir nenhuma luz. As meias tintas quando existião podião resultar das partes do verniz que uma penetração parcial da dissolução tornasse menos escuras que as porções intactas.
« Como o betume de Judea em pó fosse algum tanto pardo e a differença entre os brancos e as sombras pouco apreciavel, a imagem era pouco distincta. Afim de tornar as sombras mais escuras Niepce fez actuar o sulfureto de potassio ou o iode sobre as porções nuas da lamina metalica; porem empregando Niepce esta substancia com o fim unico de enegrecer a imagem depois da acção da dissolução parecia ignorar a alteração que soffre o iode expondo-se á luz solar; porque no caso contrario servir-se-hia d'elle como substancia sensivel.
O methodo de M. Niepce tinha o inconveniente de empregar uma dissolução muito forte, que em certos sitios levantava o verniz; usou depois d'uma dissolução que, demasiadamente fraca, não desenvolvia sufficientemente a imagem.
Daguerre inventou um methodo denominado o methodo aperfeiçoado de Niepce, preferio o residiuo da distillação do oleo d'alfazema pela sua alvura e sensibilidade. Pela dissolução em alcool e ether d'este residuo obteve um liquido que, disposto em uma camada extremamente subtil sobre uma lamina metalica horisontal, deixava evaporando-se, uma camada pulverulenta.
« Depois de expôr a chapa, assim preparada, ao foco da camara escura, M. Daguerre a collocou horisontalmente na parte superior de um vaso contendo um oleo essencial ligeiramente aquecido. Esta operaçã feita n'um local apropriado, permittio descobrir que o vapor proveniente do oleo deixava intactas as partesinhas da camada pulverulenta que tinhão recebido a acção d'uma luz mais intensa.

(Continua) H. S. MAGALHÃES

1863, 28 de Fevereiro - VOZ DA MOCIDADE

1863
28 de Fevereiro
VOZ DA MOCIDADE
Nº. 2
Pag. 2
*
A PHOTOGRAPHIA

Daguerre observou que a luz penetrava parcialmente e mais ou menos nas differentes partes da camada pulverulenta, que na camada escura correspondião ás meias tintas.
A imagem obtida por este meio na qual o metal em nenhuma parte do desenho apparecia nu; o brilho que possuia, o bom exito na manipulação, foram assaz importantes vantagens em que o seu novo methodo excedeu o de Niepce; mas infelizmente o residuo do oleo d'alfazema, ainda que mais sensivel pela acção da luz que o betume de Judea, fazia tardar muito a formação da imagem.
Com esta descoberta Daguerre obteve provas com tal perfeição que a comissão da Academia Franceza julgou impossivel maior primor na arte.
O seu processo denominado Daguerrotypo, divulgado no mez de agosto de 1739 produzio uma grande sensação no publico e inaugurou logo uma arte nova.
Depois de se haver pulido o melhor possivel uma folha de prata chapeada sobre cobre expõe-se ás emanações do iode, que combinando-se com a prata, cobre a sua superficie, d'um amarello do ouro, cuja camada extremamente tenue se expõe ao foco da camara escura; a luz produz o seu effeito, mas tão imperceptivel que a camada parece intacta. Submetendo a chapa impressionada ao vapor do mercurio, a imagem aparece como por feitiço. Lavando finalmente a chapa em uma dissolução de hypossulphite de soda, que dissolve a camada de iodureto não impressionada, fica um espelho de prata sobre o qual se dispõe a imagem de todos os objectos, cuja luz por elles emittida penetra na chapa metalica posta no foco da camara escura.

(Continua.)
H. S. MAGALHAES

1863, Fevereiro - LE MAGASIN PITTORESQUE

1863
Fevereiro
LE MAGASIN PITTORESQUE
XXXI Année
Nº. 6
Pag, 43, 44, 45, 46
*
LA PHOTOGRAPHIE.

Premier article.

La photographie est, pour l’homme de loisir, une intéressante distraction; pour le voyageur, un moyen de fixer ses souvenirs avec une vérité saisissante; pour l’adolescent, une occasion d’exercer les connaissances en physique et en chimie qu’il a acquises pendant le cours de ses études. Les femmes mêmes parfois bravent quelques taches à leurs mains pour le plaisir de se donner, a l’aide d’un rayon de soleil, les portraits fidéles de la famille.
L’installation couteuse et compliquée des ateliers publics de photographie ne doit pas inquiéter les amateurs. On peut aisément photographier à beaucoup moins de frais. Peut-étre même aurions-nous dû indiquer en commençant les moyens les plus simples et les moins dispendieux de se livrer à ce genre de divertissement utile. Nous avous vu de jolis portraits qu’on obtenait à l’aide d’un petit appareil grand comme une souriciére, et de produits qui étaient au large dans un des tiroirs d’une petite commode. Nous viendrons à ce genre d’operations. Mais il nous a paru qu’il y avait, en somme, avantage à donner, dés le début, une idée plus générale, et, en représentant un aménagement de quelque importance, à offrir tout d’abord un modèle à peu près complet, que l’on n’imitera, si l’on veut, que dans ses parties essentielles.
Commençons donc par quelques indications sur l’établissement d’un bon laboratoire.
1. - LE LABORATOIRE.
Il est peu de maisons, surtout en province, où l’on ne puisse disposer d’un cabinet: cela suffit, pourvu que ce cabinet ait une fenêtre, petite ou grande, qui ne soit pas placée trop haut; même sans cette condition, elle aurait son utilité petite ou grande, qui ne soit pas placée trop haut; même sans cette condition, elle aurait son utilité.
Photographie : Fig. 1. – Cabinet laboratoire pour la production des surfaces sensibles

Si la fenêtre regarde le nord, c’est tant mieux. Quelle que soit sa direction, il faut la couvrir entièrement, A l’exception d’un carreau de 30 à 40 centimétres de côté, avec du papier épais, collé, on avec une étoffe opaque choisie de manière à intercepter absolument la lumiére.
Le carreau libre sera fermé à l’aide d’une étoffe jaune-orange ou rouge, transparente; mieux encore, au moyen d’une ou deux feuilles de papier jaune-orange collées l’une sur l’autre si une seule est trop mince. Il est indispensable que le laboratoire soit éclairé seulement par cette lumière jaune, qui ne doit pas être assez intense pour empêcher de distinguer parfaitement les objets.
Dans ce cabinet, des tables ou des planches seront clouées aux murs en quantité suffisante pour qu’il soit facile d’y placer les cuvettes, flacons, entonnoirs nécessaires: plus on se ménagera ainsi d’espace, mieux cela vaudra pour le succés des opérations. On y transportera également une fontaine filtrante ou des vases pouvant contenir une certaine provision d’eau.
Si l’on s’occupé de paysage, il faudra bien, a cause de la nécessité de chercher des modéles au loin, simplifier, autant que possible, les éléments du laboratoire, quoique, même alors, une installation large et commode valût mieux. Pour le portrait ou les reproductions d’autres objets mobiles, ont devra se choisir, en dehors du laboratoire, un coin dans un jardin, un enclos, où l’on pourra poser son modèle sans être dérangé, une chambre même, pourvu qu’elle soit éclairée par une grande fenêtre qui, au moment de la pose, ne soit pas sous la lumiére du soleil.
Cette installation n’exige d’ailleurs aucun préparatif.
Si l’on a à sa disposition du verre jaune-orange, comme cette substance laisse passer beaucoup plus de lumière que le papier, on pourra réduire l’ouverture du carreau libre à un carré de de 1 à 2 décimétres au plus de côté.
La lumiére jaune étanf celle qui, dans le spectre solaire, a le moins d’action, une action presque nulle sur les substances sensibles, on peut, avec son aide, opérer sans crainte d’accident, absolument comme on le ferait dans l’obscurité: les rayons jaunes équivalent à l’obscurité pour la photographie. Le point principal est de se dispenser de l’usage des lumiéres artificielles, qui sont d’un maniement peu commode et souvent dangereux; car si l’on veut se servir de produits it base d’éther, il est essentiel d’être averti que l’éther, en se vaporisant dans l’air atmosphérique, forme un composé q’une lumiére peut enflammer en produisant une détonation dangereuse.
Pour éviter ces accidents, on installe dans les grands ateliers, lorsqu’ils doivent servir le soir à des préparations, une hotte de tirage que l’on voit au fond, à droite de la gravure (fig. 1). Cette hotte communique à une cheminée, et enléve, au fur et a mesure de leur formation, les vapeurs d’éther on d’autres corps qui se produisent dans le laboratoire.
Au fond, à gauche, on aperçoit: - le carreau jaune; - dans l’intervalle qui le sépare
Fig. 2. - Cabinet laboratoire pour le fixage.

de la hotte, une fontaine en gutta-percha qui contient de l’eau destinée au lavage des épreuves négatives, que l’on prépare en face du carreau et au-dessus de la grande cuvette dont on voit le côté; - enfin, le tube de décharge conduisant les eaux dans un baquet placé sous la table.
Evidemment tout celâ peut être simplifié: pour cuvette on peut prendre un grand plat en terre vernissée, comme on en trouve partout; pour fontaine, une cruche de grés;et pour baquet, un seau de bois.
A droite du cabinet obscur, on voit sur les tablettes et au-dessous des boîtes contenant des provisions de glaces neuves ou couvertes d’images, des flacons qui contiennent les préparations, et en haut des châssis dont nous expliquerons plus loin l’usage. Il y a même des tiroirs sous les planches pour serrer les petits objets qui pourraient être égarés et faire faute au moment du travail.
Ordre et propreté est une devise qu’il faudrait inscrire aux quatre coins du cabinet laboratoire. C’est le secret de la réussite en bien des choses, de l’aisance dans beaucoup de familles; mais ce secret, souvent on ne l’apprend que peu à peu et á ses dépens. En photographie, l’ordre et la propreté sont absolument nécessaires dès le début. On n’obtient pas le moindre résultat si l’on manque de ces deux grandes qualités.
La figure 2 représente un cabinet laboratoire qui sert spécialement au fixage des épreuves développées. Comme les agents de fixage sont délétéres pour les surfaces sensibles, il est tout naturel, quand on fait un grand nombre d’épreuves, de séparer ces deux classes de produits.
Pour nous, simples amateurs qui n’en faisons pas la même consommation et qui, la pluparl du temps, opérons nous-mêmes, nous nous contenterons de reléguer les cuvettes à fixage par terre, à un bout du cabinet; et, pour seul luxe, si nous le pouvons, si nous nous laissons entraîner à une installation luxueuse, nous les enfermerons dans une case a part, au moyen d’une cloison en bois ou même en papier goudronné tendu sur dos ficelles. La seule chose indispensable, c’est l’isolement des produits.
Dans la figure 2, on voit, à gauche de l’armoire fermée, des produits chimiques. Il est toujours bon d’avoir une cassette, une petite armoire, un tiroir fermant à clef pour y enfermer les produits qui ne doivent pas rester sous la main de tout le monde, car plusieurs sont ou peuvent devenir dangereux pour l’ignorant ou l’imprudent.
Il faudra se procurer une petite balance munie de ses poids, et une grande bouteille ou cruche pour conserver la provision d’eau distillée.
Ces préparatifs du laboratoire étant faits le plus simplement possible et sans grandes dépenses, il faut s’occuper de l’instrument utile, indispensable la chambre noire.
La suite à une prochine livraison.

sexta-feira, 17 de abril de 2009

1863, 3 de Março - VOZ DA MOCIDADE

1863
3 de Março
VOZ DA MOCIDADE
Nº. 3
Pag. 2
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A PHOTOGRAPHIA

Hoje que julgamos ter fornecido os breves conhecimentos d'historia a que nos proposemos tratar, vamos começar pela descripção d'alguns instrumentos que entendemos necessarios para o leitor mais facilmente poder comprehender a descripção d'aquelles que actualmente se usam.
Camara escura. Porta, phisico napolitano, observou em 1560 que um feixe luminoso penetrando por um orificio n'uma caixa rectangular perfeitamente tapada, a que se chamou camara escura, pintava com todas as cores naturaes a imagem do objecto, que enviára os raios luminosos. Pouco depois o mesmo phisico collocou no orificio da camara escura uma lente biconvexa, e no foco d'esta um vidro branco translucido, a imagem por este meio obtida era mais distincta. Estas imagens são tanto mais illuminadas quanto a lente é maior, e as suas dimensões augmentão com a distancia que ha da lente ao foco.
Para applicar a câmara escura ao desenho, teem-lhe dado diversas formas afim de a tornar portátil. A figura (1) ([i]) representa uma câmara escura portátil.
Consiste n’uma caixa de madeira rectangular, na qual os raios luminosos (R) penetram atravez uma lente (B) e vão pintar a imagem na parede oposta (O) que deve ter uma distancia da lente, egual ao espaço que d’esta vai ao seu foco. Mas, os raios encontrando um espelho de vidro (M) com a inclinação de 45 graus mudam de direcção, e a imagem vai formar-se sobre um vidro não polido N.
Pondo uma folha de papel sobre este vidro, pode-se obter com rectidão os contornos da imagem
O anteparo (A) serve para interceptar a luz, que esclarecia a imagem, e não se podia ver.
A caixa é formada de duas partes que se movem uma sobre a outra, de maneira que a parte anterior tirando-se mais ou menos, a imagem vai formar-se sobre o vidro translúcido (N) qualquer que seja a distancia do objecto, que se quer desenhar.

(Continua.)
H. S. MAGALHAES
([i]) Nos exemplares de A VOZ DA MOCIDADE a que tive acesso, na Biblioteca Publica Municipal do Porto, não foram encontradas quaisquer figuras.

1863, 12 de Março - A VOZ DA MOCIDADE

1863
12 de Março

A VOZ DA MOCIDADE
Nº. 7
Pag. 2
A PHOTOGRAPHIA

A acção das substancias acceleratrizes, exaltando a sensibilidade da camada de iodureto, permite produzir a imagem em alguns segundos. Entre alguma d’estas substancias tem sido preferido o brometo de iode, por se obter com elle o máximo de sensibilidade.Tendo em vista a importância d’este corpo no processo de Daguerre achamos convenient instruir o leitor da maneira porque se obtem. Deitam-se 100 grammas de iode e 50 de bromio n’um vidro com um litro de capacidade, tendo duas terças partes cheias d’agoa. Querendo abreviar esta operação, começa-se por agitar o liquido, pouco a pouco, á medida que a combinação se vai fazendo, ou no caso contrario, deixa-se operar a reacção por espaço de 24 horas tendo simplesmente o cuidado, de tempo em tempo, de operar a mistura.
Emquanto o bromio não está combinado, percebe-se na superfície do liquido um vapor, que vae sucessivamente adquirindo uma cor cada vez mais intensa.
Conhece-se que a operação está concluída, quando deixa de se ver este vapor, quer seja por effeito d’uma prolongada agitação, quer seja pelo d’uma reacção lenta; é então preciso transvasar o liquido vermelho, afim de não se apoderar do iode em excesso o que faria destruir a sensibilidade.
A lamina expõe-se aos vapores do brometo de iode por espaço d’um minuto pouco mais ou menos, até tomar uma cor cada vez mais intensa, sem comtudo passar para rouxo. A chapa assim preparada leva-se á caixa com iode, onde se demora exactamente metade do tempo, que da primeira vez gastara.
A lamina, que então fica muito sensível á acção da luz, introduz-se no caixilho da machina já descripta.

(Continua.)
H. S. MAGALHAES

1863, 14 de Março - A VOZ DA MOCIDADE

1863
14 de Março
A VOZ DA MOCIDADE
Nº. 8
Pag. 3, 4
*
A PHOTOGRAPHIA

Querendo-se obter um retracto, colloca-se o individuo que se quer retractar, 4 ou 5 metros distante do objectivo, tira-se a parte móvel (B) da machina photographica mais ou menos, até que a imagem, que se pinta invertida se produza com clareza, o que tem logar, apenas o vidro translúcido coincide com o foco do objectivo. Acaba-se de expor a imagem no foco por meio do botão (D) que faz afastar ou aproximar o objectivo. Como o foco seja a parte mais clara, occupando uma pequena extensão, que é a mais clara, e toda a circumferencia successivamente vae enegressendo, deve dispor-se o aparelho de maneira que os olhos da imagem estejam exactamente no foco, afim do rosto occupar a parte mais clara.
Evitando qualquer balanço na machina, substitue-se o vidro translúcido pelo caixilho com a lamina metálica e levanta-se o quadrado (E); elevando finalmente a corrediça de madeira, que tapa a superfície preparada da face prateada, a imagem que se formava sobre o vidro, passa a desenhar-se sobre a lamina. A luz produz então o seu misterioso effeito, sem que se veja um só traço da imagem.
O tempo que se deve demorar a lamina á acção da luz, varia com o objectivo, com a preparação da camada sensível e com a intensidade da luz; pode ser de 8 a 50 segundos. Se a exosição á luz, da lamina tem sido muito prolongada, a prova sahirá branca; sahirá pelo contrario negra, se a exposição for muito curta.
Logo que seja tempo de suspender a acção da luz, abaixa-se a corrediça de madeira, e tira-se o caixilho com a lamina em completa obscuridade, aliaz o que se consegue tendo todo o cuidado em tapar qualquer orifício no caixilho; porque no caso contrario destruir-se-hia o effeito anteriormente recebido.

(Continua.)
H. S. MAGALHAES

1863, 17 de Março - A VOZ DA MOCIDADE

1863
17 de Março
A VOZ DA MOCIDADE
Nº. 9
Pag. 3
*
A PHOTOGRAPHIA

A imagem, que então fica imperceptível, só se torna distincta depois de se expor aos vapores do mercúrio: este processo consiste em dispor a lamina metálica na parte superior d’uma caixa de madeira, preparada para este uso, formando um ângulo de 45 graus, que tem o fundo de ferro ou lata, com uma cavidade onde está o mercúrio.
Elevando o mercúrio a uma temperatura de 60 a 75 graus, por meio d’uma lampeda d’alcool, os vapores mercuriaes se vão depositar em grande quantidade nas partes mais esclarecidas, e depois d’algum, forma-se um corpo, que parecendo uma amalgama de prata e mercúrio, se reconhece o contrario pela pouca resistência, que offerece á mais ligeira fricção, a qual dá os brancos á prova, ficando as outras partes escuras por effeito do ............. da lamina. A imagem fica então visível e pode ser exposta á luz solar sem se alterar.
Muitas vezes a lamina fica coberta, principalmente nas sombras, d’uma camada de iodureto de prata, que da á prova uma cor vermelha e roxa. Faz-se desapparecer esta cor lavando a lamina com uma dissolução de hyposulphite de soda.
Resta ainda fixar a imagem, processo que se limita a lavar a lamina com uma dissolução fraca de chlorureto d’ouro e d’hyposulphite de soda. N’esta operação, a prata dissolve-se, e o ouro combina-se com o mercúrio e com a prata da lamina; a amalgama de mercúrio e da prata que forma o branco da prova, combinando-se com o ouro, fica mais brilhante, donde resulta um notável augmento d’intensidade nos claros da imagem.
A M. Fizeau se dve o emprego do chlurureto de ouro, que é o principal aperfeiçoamento a que se tem levado a descoberta de Daguerre.

(Continua.)
H. S. MAGALHAES

1863, 19 de Março - A VOZ DA MOCIDADE

1863
19 de Março
A VOZ DA MOCIDADE
Nº. 10
Pag. 2
*
A PHOTOGRAPHIA

A figura (6) ([i]) representa a secção d’um objectivo, isto é, o aparelho que serve para concentrar a luz sobre uma superfície na qual se desenha a imagem. N’outro tempo continha uma só lente biconvexa achromatica; mas não tardou muito em se adoptar os objectivos com duas lentes achromaticas, que se denominam objectivos com vidros combinados. Operam com muito mais ligeireza que os primeiros, têem menor distancia de foco, o qual se acha com mais promptidão, aproximando ou afastando a lente (B), que está voltada para objecto por meio d’uma charneira e d’um botão (D).
Photographia sobre papel. A arte e a sciencia tem tirado grande partido do processo de Daguerre; todavia, o preço dos seus numerosos preparativos, a carência d’um prolongado estudo difficultavam aos homens práticos a sua execução perfeita. A difficuldade com que se distingue a imagem, em consequência do seu brilho, que reflectindo a luz em grande quantidade, obsta á percepção do desenho, a sua corrupção lenta, e outros mais defeitos, tem feito cahir em desuso este processo, base das invenções modernas.
M. Bayard appoiando-se n’algumas noções de photographia sobre papel, que M. Falbet havia colhido, obteve excallentes provas; finalmente M. Blanquard Evrard desenvolveu as experiências de M. Talbot, com importantíssimas modificações.
No daguerreotypo obtem-se uma imagem por meio d’uma só operação, em quanto que para papel são precisas duas.
Começa-se por um effeito inverso; obtida a imagem negativa, assenta-se sobre uma folha de papel coberta de saes de prata, e expõe-se á luz directa do sol. Os raios atravessam as partes claras da prova negativa, que deve estar na parte superior, indo escurecer outro papel nas partes correspondentes; são retidos nas partes opacas da prova deixando no outro papel os claros da nova gravura, a qual fica positiva.
Por meio deste processo podem-se reproduzir com uma prova negativa o numero de positivas, que quizermos.

(Continua.)
H. S. MAGALHAES
([i]) idem.

1863, 23 de Março - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1863
23 de Março
Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
Janvier-Juin
T. LVI
Nº. 12
Pag. 523, 524, 525
*
MEMOIRES LUS.

OROGRAPHIE . - L ' Oberland du Valais et le mont Rose; Note de M. Civiale fils.

(Commissaires, MM. Regnault, Ch. Sainte-Claire Deville, Daubrée.)

« J'ai l'honneur de présenter à l'Académie, en la priant d'en agréer l'hommage, une nouvelle série de vues formant la quatrième partie de la description photographique des Alpes.
» J'ai dit (1) ([i]) que, pour fournir à la géographie physique et à la géologie les indications qu'on peut en attendre, les épreuves doivent être orientées et choisies de manière à reproduire le mieux possible la structure des roches, la disposition des couches du terrain, les formes et les pentes des glaciers. A l'aide d'une carte topographique détaillée, on déterminera, sur les épreuves obtenues d'une même station, les coordonnées d'un point quelconque par rapport an plan horizontal passant par cette station; pourvu toutefois que l'appareil ait été rendu rigoureusement horizontal.
« Le procédé photographique employé est le papier sec, ciré à l'aide d'un mélange de quatre parties de paraffine et d'une partie de cire vierge. Une modification, qui consiste à remplacer le verre antérieur de l'objectif de 83 millimètres de diamétre et d'un foyer de 5m,34 par un verre de même diamètre et d'un foyer de 1m,67, m'a permis de réduire de 18 à 14 le nombre des épreuves embrassant la circonférence entière, tout en conservant à ces épreuves une netteté satisfaisante. Le foyer de l'objectif double est réduit de 0m,72 à 0m,55.
« Le travail que je mets sous les yeux de l'Académie comprend trois grands panoramas, deux petits et un album de vues de détails.
« Le premier panorama, composé de dix feuilles, pris du sommet de l'Eggishhorn, à 2941 mètres au-dessus de la mer, embrasse un angle de 267º et représente la chaîne de l'Oberland bernois à partir du Galenstock; du nord-est au nord-ouest se développe dans toute son étendue le glacier d'Aletsch; à l'ouest et au sud les brouillards voilent les cimes de la chaîne du mont Rose; au sud-sud-est apparaissent le Monte-Leone et quelques-uns des sommets de la chaîne qui sépare le Valais de l'Italie.
» Deux petits panoramas complètent le panorama de l'Eggishhorn:
« L'un, composé de trois feuilles, pris de l'hôtel, à 2310 mètres au-dessus de la mer, embrasse un angle de 106ºet représente la chaîne qui domine le Binnenthal.
» L'autre, pris des environs u1 lac de Betten, à 2207 mètres au-dessus de la mer, embrasse un angle de 70º et représente les abords du Simplon, le Fletschhorn et quelques sommets des vallées de Saas et de Zermatt.
« Le deuxième panorama, composé de treize feuilles, pris du Monte-Moro, à 2720 mètres au-dessus de la mer, embrasse 347º et représente de l'est au sud-ouest les montagnes de l'Italie dominant la vallée de Macugnaga, le Pizzo-Bianco, le mont Rose, la Cima-di-Jazzi et le Faderhorn; du sud-ouest au nord, le Strahlhorn, l'Allelinhorn, les Mischäbelhörner, la vallée de Mattmark et quelques cimes de l'Oberland, le Bietschhorn, etc.; du nord à l'est, les montagnes qui séparent la vallée de Mattmark de l'Italie. Les brouillards venant du sud-est ont empêché de prendre une dernière épreuve pour compléter la circonférence.
» Le troisième panorama, composé de quatorze feuilles, est pris de la Pierre-à-Voir (environs de Martigny), à 2476 mètres au-dessus de la mer, et embrasse toute la circonférence. Ce panorama a été fait dans de mauvaises conditions de lumière; les vallées étaient voilées par la brume, quelques sommets trop éloignés manquaient de netteté; cependant la reproduction des chaînes de l'Oberland, du mont Blanc, du mont Rose et des grandes vallées qui les séparent m'ont paru offrir assez d'intérêt pour les mettre sous les yeux del'Académie.
« Les vues de détails comprennent le glacier de l'Oberaar, Viesch, la vallée du Rhône, Sion, les Diablerets, Martigny, le Bouveret, la vallée de Mattmark et ses glaciers, le Strahlhorn, la route du Monte-Moro et le grand bloc erratique de serpentine aux environs de l'hôtel dii lac Mattmark. Ce bloc, le plus considérable de ceux qui sont dispersés dans la vallée, est moutonné, strié et poli sur une partie de sa surface, mesure 7000 métres cubes environ et fait partie de l'ancienne moraine du glacier de Schwartzberg. Ce glacier aboutit par sa partie supérieure aux aiguilles de serpentine du Strahlhorn, et barrait autrefois la vallée, comme le fait aujourd'hui le glacier d'Allelin. Son ancienne moraine ne laisse aucun doute à cet égard. Toutes les montagnes d'où le bloc aurait pu se détacher ne renferment pas de serpentine. Le glacier de Schwartzberg l'a donc amené dn Strahlhorn à la place qu'il occupe maintenant dans la vallée. »
([i]) (1) Voir les Comptes rendus des 30 avril 1860, 22 avril 1861 et 17 mars 1862.

1863, 23 de Março - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1863
23 de Março
Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
Janvier-Juin
T. LVI
Nº. 12
Pag. 525, 526, 527, 528, 529
*
MEMOIRES LUS.

OROGRAPHIE. - Plans-reliefs topographiques des montagnes françaises; par M. Bardin. (Extrait.)

(Commissaires, MM. d'Archiac, Ch. Sainte-Claire Deville, Daubrée.)

« Transporter à Paris nos montagnes françaises, les Alpes, les Pyrénées, les Vosges, le Jura, l'Auvergne, réduites à une échelle commune et rapportées au niveau moyen de la mer, afin de les rendre comparables a première vue dans leurs formes et leurs hauteurs relatives, tel est le travail, le grand œuvre, que je me suis imposé en prenant ma retraite de professeur aux Écoles d'Artillerie et à l'École Polytechnique. Il ne s'agit point ici de l'exposition d'un simple projet; je ne m'adresserais pas si haut pour si peu. Après deux ans d'efforts combinés, je puis mettre sous les yeux de l'Académie des Sciences et livrer à son appréciation des spécimens dont l'étendue et l'exécution ne laissent aucun doute sur la réalisation possible de mon entreprise.
« L'échelle de réduction de ces plans-reliefs, assez petite pour permettre d'embrasser de grandes étendues dans des modèles d'un usage commode, est cependant assez grande pour que les principaux détails du relief ne soient pas amoindris jusqu'à disparaître. Cette échelle commune, le quarante-millième, est la même pour les distances horizontales et pour les hauteurs; de sorte qu'il en résulte des plans-reliefs naturels dont la réalité est complète. En présence de ces images vraies, où les rapports des hauteurs sont conservés, où les pentes du sol sont naturelles, l'observater le plus novice ne confondrait plus entre eux des phénomènes orographiques qui n'ont de commun que leur nom générique. L'aspect chaotique des Alpes, l'arête étroite et en baïonnette des Pyrénées, les formes balIonnées des Vosges, les combes jurassiques, les pustules volcaniques de l'Auvergne le frapperaient immédiatement, lui communiqueraient des impressions ineffaçables et lui donneraient la connaissance defaits qu'il eût saisis difficilement sans le secours de ces images.
« Qu'on se figure dans le musée d'une de nos anciennes provinces, dans le musée d’Épinal par exemple, le plan-relief topographique et le plan-relief géologique de la chaîne des Vosges placés l'un à côté de l'autre et en regard de leurs cartes respectives; n'est-il pas de toute évidence qu'il sortirait de ce simple rapprocherment une foule de notions utiles ou intéressantes pour la population vosgienne ? Qui ne connaît d'ailleurs l'amour des montagnards pour leurs montagnes ?
« On conçoit l'impossibilité et, par bonheur, l'inutilité d'exécuter le plan-relief de la France entière, à cause de l'immense étendue du sujet qui forcerait prendre une échelle de réduction si petite, qu'il n'y aurait plus de relief appréciable, même pour nos plus hautes montagnes. Il est vrai qu'on pourrait recourir à l'artifice du surhaussement; mais on sait ce que valent ces représentations contre nature. M. le Président m'a permis de déposer sur le bureau de l'Académie quelques exemplaires d'un imprimé où l'usage des plans-reliefs surhaussés est combattu à outrance. Nos régions montagneuses, et non les plaines et les plateaux qui constituent la plus grande partie du sol de la France, nos montagnes seules, considérées isolément, peuvent étre traitées par des plans-reliefs. Et encore ne peuvent-elles l'être, à cause de leur étendue dans le sens horizontal, que par des fragments choisis de manière à mettre en évidence les caractères distinctifs des chaînes auxquelles ils appartiennent.
« Le jour où j'ai appris que les minutes au quarante-millième des officiers d'état-major étaient terminées, j'ai formé le projet de construire à cette échelle les plans-reliefs des montagnes françaises. C'est avec l'agrément de M. le Maréchal Ministre de la Guerre, avec la bienveillante et large assistance de M. le général Blondel, directeur du Dépôt de la Guerre, et sous l'impulsion de M. Élie de Beaumont, que j'ai entrepris ce travail sur l'orographie française; travail énorme, dont les détails d'exécution, quoique indispensables pour justifier cette épithète, ne sauraient trouver place ici. En résumé, il est sorti des précieuses minutes du Dépôt de la Guerre une suite de plans-reliefs qui sont le complément naturel, on pourrait dire nécessaire, de l'œuvre monumentale de la Carte de France.
« Voici les objets qui sont exposés dans la salle d'attente de l'Académie :
« 1º Un Fragment des Alpes, le col du mont Cenis. Ce plan-relief et la carte dont il dérive ont été exécutés, par exception, avec les levers-nivelés de la brigade topographique du génie militaire. Je dois la communication de ces matériaux à la bienveillance de M. le Maréchal Vaillant, alors qu'il était général de division et président du Comité du génie. Le même sujet, on le verra, est traité comparativement par le dessin et suivant toutes les méthodes. Il n'y manque que la géologie, qui m'a été souvent promise et que j'attends encore, ne pouvant aller la chercher.
» Deux vues, l'une qui montre le couvent du mont Cenis et les montagnes neigeuses sur lesquelles il se projette, l'autre prise du lac Noir, et montrant le sommet du glacier de Bar, donnent sur la physionomie de cette haute région des renseignements qu'on ne peut que soupçonner sur la carte et même sur le plan-relief.
« 2º Fragment des monts Dômes de l'Auvergne, la chaine des Puys. Grâce à la carte géologique de M. Lecoq, ce plan-relief et sa carte seront traités topographiquement et géologiquement. J'ai été assez heureux pour rencontrer dans M. Édouard Vimont, jeune géologue de Clermont, non point un aide, mais un véritable collaborateur, de sorte que c'est en notre nom commun que je présente ce travail, moins avancé que les autres par suite de retards imprévus.
« Le paysage s'allie si bien à la topographie, en la complétant, que le Dépôt de la Guerre compte dans le personnel de ses employés deux habiles paysagistes qui, chaque année, enrichissent ses archives de vues empruntées aux diverses régions montagneuses de la France. L'année dernière, ils ont été envoyés dans l'Auvergne. Nous sera-t-il permis de tirer quelque chose de cette source au profit de notre description? Encore une région oubliée des photographes qu'attirent sans cesse la Suisse et ses glaciers! N'est-ce donc rien que cette imposante chaîne de cinquante volcans surgissant sur une étendue de quelques lieues, au centre de la France?
« 3º Un Fragment de la chaîne des Vosges, les hautes Vosges. Ce plan relief carré, de 1m,60 de côté, a été traité compléternent au point de vue topographique, c'est-à-dire qu'on a dessiné à quatre crayons sur sa surface les principaux détails topographiques qu'elle porte : les eaux en bleu, la végétation en vert, les lieux habités en rouge, les écritures et les courbes de niveau centésimales à la mine de plomb. Ce spécimen montre, à part l'exécution qui pourrait être encore plus soignée, ce qu'on peut faire de plus complet en ce genre de travail.
« La carte, élément indispensable de la construction du plan relief, ne manquera pas d'attirer, par son caractére purement orographique, l'attention des ingénieurs chargés des grands travaux publics.
» On a pu remarquer, à l'Exposition de 1855, les belles vues des Vosges, peintes par les paysagistes du Dépôt de la Guerre.
» Le plan-relief géologique des Vosges se fera avec les cartes géologiques de MM . Levallois (Meurthe), de Billy (Vosges), Daubrée (Bas-Rhin), Dufresnoy et Élie de Beaumont (Haut-Rhin, de la Description géologique de la France). En attendant, M. Édouard Collomb a bien voulu ébaucher la carte géologique de la chaîne entière, sur la réduction au trois-cent-vingtmillième de la carte de l'état-major, c'est-à-dire faire le travail ingrat d'assembler des cartes établies à des échelles différentes et teintées d'après des classifications de terrains différentes.
« Un plan-relief et sa carte, si exacts et bien exécutés qu'on les suppose, si explicites et si expressifs qu'ils soient, ne disent pas tout et ne peuvent pas tout dire. De là la nécessité de Mémoires descriptifs ou de légendes explicatives qui les accompagnent et les complètent. Pour les Vosges, je puiserai à pleines mains dans le premier volume de la Description géologique de la France.
« Une collection de roches, choisies parmi celles qui jouent un rôle important et bien constaté sur le relief du sol, a sa place maiquée à côté de chaque plan-relief. Ces collections sont commencées.
« 4º Un Fragment d'un pays de collines, les environs de Metz. Bien que ce sujet soit d'une étendue encore moindre que celle du mont Cenis, faible elle-même comparativement au plan-relief de l'Auvergne et à celui des Vosges surtout, j'ai cru devoir le comprendre dans cette exposition topographique. C'est un terme de comparaison de plus. Une vue prise de l'esplanade de Metz développe en hauteur les pentes douces et les contours de ces charmantes collines que le plan-relief et la carte accusent d’ailleurs assez bien.
« Il serait certainement d'un grand intérêt d'étendre le plan-relief du col du mont Cenis jusqu'au, mont Thabor, où l'on est en train de percer le fameux souterrain de 12 500 mètres, si improprement appelé tunnel du mont Cenis. En passant sous le col du mont Cenis, au lieu de percer l'arête relativement étroite du mont Thabor, le chemin de fer, entre Saint-Jean-de-Maurienne et Turin, aurait eu un tunnel de 20 000 mètres environ, Il conviendrait aussi d'étendre le plan-relief des hautes, Vosges à l'est, un peu au delà d'Épinal, pour y faire entrer les formesorographiques du grés bigarré et du muschelkalk, et au sud jusqu'à Béfort, pour atteindre les dernières pentes des Vosges méridionales et englober les collines tertiaires d'entre Mulhouse, Altkirclh et Béfort. Je le reconnais; toutefois je m'en tiendrai aux fragments que j'expose aujourd'hui, bien résolu à ne les étendre que si ces essais de stéréotomie topographique sont goûtés et encouragés. S'ils l'étaient, j'entreprendrais bientôt un fragment du Jura français, emprunté probablement a la feuille de Saint-Claude de la carte de l'état-major, puis une des magnifiques vallées des Pyrénées, dont le choix n'est pas encore fixé.
» J'ai l'espoir qu'arrivé là les minutes des officiers d'état-major chargés de la carte des départements de la Savoie seront terminées, et que je pourrai, avec ces matériaux et les belles photographies panoramiques de MM. A. Civiale, Bisson frères et autres artistes, reproduire dignement le mont Blanc, ce géant des montagnes de l'Europe, et clore par lui ma carriere de vulgarisateur. »

« Après la lecture du Mémoire de M. Bardin, M. Élie de Beaumont fait remarquer que le hasard seul a été cause que les photographies de M. A. Civiale et les plans-reliefs de M. Bardin ont été présentés à 1'Académie le même jour, mais que cette rencontre fortuite peut servir mettre en plus grande évidence les avantages signalés par M. Bardin dans la proportionnalité conservée par lui entre les hauteurs et les distances horizontales. En effet, cette proportionnalité existe nécessairement dans les photographies, et lorsqu'on regarde les plans-reliefs de M. Bardin horizontalement et dans la direction convenable, on voit reparaître les silhouettes données par la photographie; tandis qu'on n'en retrouverait plus que la caricature s'il avait exagéré l'échelle des hauteurs. »

terça-feira, 14 de abril de 2009

1863, 24 de Março - A VOZ DA MOCIDADE

1863
24 de Março
A VOZ DA MOCIDADE
Nº. 12
Pag. 2
*
A PHOTOGRAPHIA

A fim de tornar a questão mais clara começaremos por dar um breve resumo de todo o processo.
Eis o problema a resolver: sendo dada uma superfície impregnada de iodureto, de bromureto solúvel e tornada insolúvel, mas premiavel a todo o liquido próprio para dissolver o azotato de prata, penetrar esta superfície d’uma dissolução d’azotato de prata, para tornar insolúveis e sensíveis á luz, o iodureto, o bromureto transformando-os, em iodureto e brometo de prata. Depois de se ter obtido na câmara escura, pela acção dos raios luminosos sobre os saes de prata, uma imagem invisível, fazel-a sobresair completando o effeito da luz pelos agentes chimicos especiaes; fixar finalmente esta imagem inteiramente desenvolvida, dissolvendo e fazendo desapparecer os saes de prata sobre os quaes a luz não tem actuado, empregando banhos e lavagens que não affastem as outras partes da superfície assim tratada.
Emprega-se o papel secco e o papel húmido. No primeiro caso pode-se preparar com antecedência: no degundo deve-se empregar apenas cesse a preparação.
O primeiro cuidado do photographo deve ser a escolha do papel; deve ter uma massa fina e egual por toda a sua extenção, bem collado, sem a menor mancha, e um tecido sólido e transparente.
Depois de se ter escolhido o papel com as melhores condições torna-se compacto tapando-se-lhe os poros, transparente embrulhando-o em cera virgem fundida e estendida sobre uma chapa prateada aquecida a um banho-maria.
Applica-se o papel sobre a cera até que esteja egualmente penetrado.
Introduz-se então entre duas folhas de papel mata borrão, sobre as quaes se applica um ferro quente, para lhe fazer absorver o excesso da cera contida na camada photogenica. Não deve ter ponto nenhum lustroso na superfície, a transparência deve ser uniforme e perfeita. Um ferro tendo muito ou pouco calor estragaria o papel.

(Continua.)
H. S. MAGALHAES

1863, 28 de Março - A VOZ DA MOCIDADE

1863
28 de Março
A VOZ DA MOCIDADE
Nº. 13
Pag. 2
*
A PHOTOGRAPHIA

Para collar o papel extrae-se a parte glutinosa de 200 grammas de arroz cuzido em três litros d’agoa destillada, com 20 grammas de colla de peixe em folha. Depois de se ter partido com cuidado o arroz, faz-se passar toda a mistura atravez um panno muito fino; o liquido obtido serve para encorpar o papel e tornar mais perfeitos os escuros da prova.
Trata-se de fazer penetrar o papel nos saes que a reacção do aceto-azotato de prata deve sensibilizar. Mistura-se cyanureto de potássio para decompor a cera.
________________________GRAM.__________ CENTIG.
Assucar de leite......................................45................................0
Iodureto de potassio..............................15
Cyanureto de potassio.............................0..............................80
Fluorureto de potassio.............................0.............................50

Este mixto deve estar contido n’um litro de agoa d’arroz.
Filtra-se atravez um panno muito fino n’um frasco, onde esta composição se possa conservar sem prejuiso, e tendo o cuidado de empregar uma temperatura de 15 a 20 graus.
Este banho colloca-se n’uma bacia grande, com agoa; mergulha-se n’ella o papel coberto por folhas, debaixo das quaes não deve ficar nenhuma bolha d’ar. Podem-se d’uma só vez preparar muitas folhas, introdusindo uma por uma na bacia e demorando-as até que a cera seja totalmente decomposta. Esta decomposição opera-se no espaço de meia hora a uma hora pouco mais ou menos. Todas as folhas se demoram o mesmo tempo no banho, é por isso necessário tiral-as pela mesma ordem porque foram immergidas.
Fazem-se seccar suspendendo-as por um ângulo fixo, por meio d’uma penna fendida, com um cordel d’algodão horisontal. O liquido em excesso se escoa pelo ângulo inferior ao qual se adapta uma folha de papel mata-borrão, afim de acelerar a dessecação, pela successão que elle produz. Acabado o dessaccamento reserva-se n’um cartão o papel que deve, se a operação tem sido bem dirigida, offerecer uma cor rocha. Filtra-se o resto do banho n’um frasco que tem a boca hermeticamente, e serve este banho até a evaporação estar completa.

(Continua.)
H. S. MAGALHAES

1863, Março - LE MAGASIN PITTORESQUE

1863
Março
LE MAGASIN PITTORESQUE
XXXI Année
Nº. 10
Pag, 78, 79, 80
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LA PHOTOGRAPHIE
Suite. – Voy. P. 43.

II. – CHAMBRE NOIE. – LE PIED. – L’OBJECTIF

Sans qu’il soit nécessaire de faire emplette d’un instrument aussi complet que celui dont nous donnons le dessin, il est cependant utile de choisir un appareil assez bon pour qu’on ne soit pas arrêté dans les opérations au bout d’un très-court laps de temps. Du reste, la vogue toujours croissante de la photographie a fait créer des fabriques d’instruments, chambres noires, pieds, etc., établis à très-bon compte, avec une solidité moyenne et suffisante, et qui ne diffèrent guére les uns des autres: leur prix d’achat est, en généra1, modéré.
Autant que possible, on choisira sec et exempt de nœuds le bois qui composera la chambre noire; on tâchera qu’il soit débité depuis le plus de temps possible, afin qu’il n’obéisse pas aux influences atmosphériques de chaleur et d’humidité, et n’ait pas l’inconvénient de se fendre et de se tourmenter.
La chambre noire (fig. 3, 4 et 5) que nous avons dessinée comporte tous les perfectionnements utiles; elle est, en outre, de grande taille et se compose de deux ou trois tiroirs rentrant l’un dans l’autre. Cette combinaison, imaginée pour permettre sur une même chambre noire l’usage d’objectifs différents à long et court foyer, est inutile au modeste amateur. II n’a qu’un objectif ou deux de même foyer; nous les examinerons tout à l’heure: aussi sa chambre noire n’a-t-elle qu’un seul tiroir (c’est tout ce qu’il faut); elle n’a point par devant (fig. 4) des planchettes de rechange pour des objectifs divers: tous deux se montent sur le même pas de vis.
A la face opposée àcelle qui porte l’objectif, on voit (fig. 3) une glace dépolie marquée de raies au crayon, figurant des rectangles tracés sur le prolongement des mênes diagonales: ce sont les grandeurs diverses adoptées par l’usage pour la dimension des images photographiques. Ces dimensions correspondent au pouvoir optique des divers objectifs; on les désigne ainsi:

1/1 = Plaque entière ou normale ………18 c x 24 c
1/2 = Plaque demi ……………………......…13 x 18
1/3 = Plaque tiers ……………….............…12 x 16
1/4 = Plaque quart …………………....….…10 x 13
Etc., jusqu’au 1/2 et 1/16.

Au-dessus de la plaque entiére ounormale, on désigne les grandeurs par le nombre de centimètres des côtés du rectangle: 21 x 27, 25 x 30, 30 x 40, etc. Remarquons en passant que, dans une certaine limite de petitesse, un objectif donné, 1/2, par exemple, pourra produire 1/3, 1/4, 1/6, peut-être 1/9 certainement moins net, mais il ne pourra pas faire 1/1 plaque entiére.
La glace dépolie (fig. 3) est montée sur un châssis mobile, que l’on remplace à certain moment par un autre châssis semblable comme contour, mais creux, et contenant dans son intérieur la surface sensible destinée à recevoir l’impression lumineuse.
Un voile opaque (fig. 4) est attaché a la chambre noire et sert à couvrir la tête de l’opérateur pendant certaines opérations que nous décrirons plus loin, quand nous traiterons de la mise au point.
Le mouvement du tiroir dans la chambre est à frottement doux. Quand il s’agit d’une glace 1/4 ou 1/2 , comme celle qui suffit à notre rôle d’amateur, ce louvement s’exécute toujours avec facilité, surtout en frottant les angles avec du savon bien sec; mais lorsquïl s’agit de faire mouvoir une chambre volumineuse, comme celle des figures 3 et 4, on est obligé d’adopter un mécanisme plus compliqué.
On voit à l’arrière près de la glace dépolie, deux boutons de vis sur la planchette horizontale qui relie la chambre au pied: l’un de ces boutons porte un pignon denté, engrenant à une crémaillère fixée dans la tablette; le pignon tient au tiroir; il approche ou éloigne donc celui-ci quand on le fait mouvoir. A côté est un second bouton d’arrêt lorsqu’on a obtenu la position nécessaire.
Le pied que nous représentons (fig. 3) est ce qu’on nomme un pied d’atelier. Nous décrirons les pieds et les appareils de campagne. Un bon pied est assez difficile à faire: il doit unir beaucoup de fixité à unc mobilité complète e dans tous les sens.
Notre modèle répond à peu près à tous les besoins: le mouvement de translation générale est donné par les trois roulettes libres, une sous chaque pied; le mouuement vertical, par l’engrenage à manivelle, semblable à celui des instruments d’astronomie. L’axe de la manivelle porte un fragment de vis sans fin, commandant une roue dentée fixée a un second axe perpendiculaire au premier; celui-ci porte a chaque estremité un pignon engrenant dans deux crémaillères fixées aux deux grands montants verticaux. On arrête le mouvement par une vis de pression située entre les deux tablettes. Le mouvement d’inclinaison dans le plan vertical est donné par une vis sans fin, engrenant dans une crémaillére courbe fixée à l’un des deux demi cercles, tandis qu’une vis de pression sur l’autre arrête le mouvement ; enfin le mouvement azimuthal, ou dans le plan horizontal, est donné par une double tablette. Celle à laquelle tiennent les demi-cercles porte à l’avant un axe fixé dans la supérieure, et à l’arrière une fente circulaire où passe une vis de pression.
On fixe la tablette inférieure de la chambre à la tablette supérieure du pied par une petite presse à main.
Un pied de cette sorte est commode, mais n'est pas indispensable; on peut parfaitement opérer au moyen du pied à trois branches ployantes, dit pied de campagne, que nous verrons plus loin (fig. 19), et que les fabricants d'appareils photographiques vendent à trés-bon marché en même temps que la chambre noire (1) ([i]).
L'objectif, cet œil de la photographie, mérite aussi qu'on le choisisse avec le plus grand soin: on en construit de mille formes et de mille manières; les meilleurs sont jusqu'à présent les objectifs allemands: on peut l'avouer sans que notre amour-propre national en doive souffrir, car la supériorité de ces instruments tient surtout à celle des verres, et la nature ne nous a pas accordé de matières premières aussi pures que celles de la Bohême. On fait aussi de bons objectifs en France; mais, comme rapidité d'impression et comme pureté, on est encore obligé de préférer les allemands; seulement leur prix est exagéré. Pour commencer à faire de la photographie, ce serait une folie d'acheter tin objectif aussi cher que le sont les instruments étrangers; il vaut mieux choisir un bon objectif français, de grandeur assortie à la chambre noire (1/4 ou 1/2) que l'on achète, et d'une longueur de foyer plus petite, pour les objets à l'infini, que la longueur du tirage de la chambre noire.
Il ne faut pas chercher à faire d'économie dans le choix de cet instrument; quelques francs de plus ou de moins font une énorme diffèrence sur la fabrication, et, partant, sur la bonté des objectifs. Or on doit bien se pénétrer de cette vérité que si l'objectif est mauvais, le travail ne peut être bon.
On se munira d'un objectif double ou à verres combinés pour faire les portraits, et d'un objectif simple, conique, de même longueur de foyer, pour faire les paysages et les reproductions. Si l'on choisit one chambre noire 1/2 et un objectif double 1/2 pour faire des portraits (c'est déjà une grandeur raisonnable pour un amateur), on pourra prendre un objectif simple, seulement 1/4, mais de même foyer que le double; il coûtera moins cher et couvrira encore parfaitement la glace dépolie de grandeur 1/2.
Le but de 1'objectif est de recevoir les rayons lumineux réfléchis par les objcts extérieurs ou émanant d'eux, de les faire converger suivant certaines règles; et de les amener à un point ou foyer commun, où ils produisent une image très-nette, mais plus petite et renversée, de ces mêmes objets.
La glace dépolie (fig. 3), qui garnit l'arrière de la chambre noire, est la surface sur laquelle on rerçoit ces rayons convergents, et c'est à travers sa substance qu'on voit l'image obtenue.
III. - MISE AU POINT OU AU FOYER.

L’opération très-importante pour laquelle on fait avancer ou reculer cette glace par le bouton dont avons parlé plus haut, de maniére à trouver le maximum de neteté de l’ouvrage, se nomme la mise au point ou au foyer.
II serait impossible, sans entrer dans des démonstrations mathématiques, d’expliquer la marche exacte des rayons lumineux dans les objectifs. Il suffit de remarquer que si nous remplaçons après la mise au point, et sans rien changer à l'allongement de la chambre, la glace dépolie par une surface sensible, celle-ci recevra l’impression lumineuse des objets eux-mêmes et en gardera l'empreinte.
Ici se présente un phénomène trés-intéressant. Parmi les lumières de toutes couleurs qu'envoient les objets extérieurs à l'objectif, il existe une lumière obscure que nous ne voyons pas et qui a sur la surface sensible une bien plus grande action que la lumière visible.
Ces rayons, appelés rayons chimiques, traversant les verres comme les autres, mais ne se réunissent pas au même point que les rayons visibles. Il arriverait donc, si les opticiens n'étaient parvenus à corriger ce défaut, que, quoiqu'on eût parfaitement mis au point sur la glace dépolie avec les rayons visibles, on n'obtiendtait q’une image troublée ou flou sur la substance sensible mise à la même place, et l'on ne pourrait trouver que par tâtonnement le foyer invisible ou chimique, précisément le plus actif des deux.
II importe donc beaucoup, en choisissant un objectif, de s'assurer qu'il ne forme qu'un seul foyer, c'est-à-dire que les rayons chimiques se réunissent dans le même plan que les rayons visibles.
Les objectifs qui servent pour le portrait et les reproductions portent le nom d'objectifs doubles parce qu'ils sont composés d'un double, système de verres. Pour le paysage, on emploie des verres simples ou des objectifs orthoscopiques qui, quoique doubles, ont un systéme convergent et un divergent accouplés.
Dans tous les objectifs, simples ou doubles, on augmente la finesse de l'image obtenue en interposant des diaphragmes sur le trajet des rayons lumineux; ce sont des plaques opaques en métal, percées à leur centre d'ouvertures de plus ou moins grands diamètres. Ces plaques ont pour objet d'éliminer les rayons marginaux et de ne laisser passer que le pinceau central. En effet, l'homogénéité des verres n'est jamais absolue, et même en raison de leur courbure, abstraction faite de la matière, les rayons qui passent vers les bords tendent à se disperser inégalement et, par suite, déformer l'image. Mais plus on resserre l’ouverture, moins on reçoit de lumière, plus par conséquent on diminue l'action utile sur la couche sensible. Il est donc évident qu'à éclairage égal, pour obtenir la même intensité d'impression, le temps de pose devra augmenter en proportion de la petitesse de l'ouverture da diaphragme.
Dans la figure 6, on voit un diaphragme antérieur, tel qu'il est monté sur les objectifs allemands. Nous croyons que la manière la plus efficace est de le placer, en général; entre les deux systèmes de verres et très-prés de la surface postérieure du système antérieur. On peut facilement exécuter cette amélioration soi-même en découpant des rondelles de carton percées au centre, et en les entrant à frottement contre les parois intérieures du tube; elles y tiennent suffisamment. Nous verrons plus tard comment on place les diaphragmes des objectifs simples et des objectifs orthoscopiques.
Pour mettre au point facilement, on s'entoure la tete voile noir attaché à la
chambre (fig. 4); de cette maniére, on n’admet sur la glace dépolie d’autre lumière que celle qui vient de l’intérieur et traverse l’objectif; l’image apparaî alors dans tout son éclat, et la mise exacte au point est plus facile et plus précise.
La plaque à bouton qui sert à fermer la partie antérieure de l’objectif (fig. 6) porte le nom d’obturateur.
Lorsque nous avons dit que les objets extérieurs se peignaient très-nettement au foyer de l’objectif cela n'est vrai que dans une certaine limite et, surtout avec les objectifs doubles, pour des objets situés à peu prés dans un même plan parallèle à la glace dépolie. Or, quand nous faisons le portrait d'une personne assise, si nous mettons au point la figure, les genoux, qui sont en avant, ne produiront pas une image nette. II faudrait, pour que tout fût également au point, que la glace dépolie fût parallièle au plan oblique touchant le front et les genoux.
On arrive à ce résullat (fig. 5) au moyen de la combinaison indiquée en coupe à l'arrière de la chambre noire. On voit (fig. 6), sur le côté, les deux boutons de vis qui servent à opérer et maintenir ces mouvements. La glace dépolie est placée dans un châssis mobile autour d'un axe horizontal; sa marche en avant ou en arrière jusqu'aux tringles d'arrêt formant un K est commandée par une petite crémaillère dont le pignon porte le bouton supérieur. L'inférieur est une vis de pression qui arrête le rnouvement et fixe le cadre dans la position d'obliquité choisie. Le châssis portant la surface sensible et se mettant à la place de la glace dépolie garde donc l’obliquité convenable pour que toutes les parties du modéle soient nettes.

La suite à une autre livraison.
([i]) (1) Il faut avoir soin de prendre ce pied assez élevé pour que la chambre noire se trouve solidement placée à peu prés à hauteur de l'œil de l'opérateur debout.