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segunda-feira, 30 de agosto de 2010

1839, 7 de Janeiro - COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES

1839

7 de Janeiro

COMPTES RENDUS  DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES

T. VIII

Nº. 1

Janvier-Juin

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1839

7 de Janeiro

COMPTES RENDUS  DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES

T. VIII

Nº. 1

Janvier-Juin

Pags. 4,5,6,7.

 PHYSIQUE APPLIQUÉE. -  Fixation des images qui se forment au foyer d'une chambre obscure

M. Arago prend la parole pour donner verbablement à l'Académie une idée générale de la belle découverte que M. Daguerre a faite, et sur laquelle la majeure partie du public n'a eu jusqu'ici que des notions erronées.

Tout le monde, dit M. Arago, connaît l'appareil d'optique appelé chambre obscure ou chambre noire, et dont l'invention appartient à J.-B. Porta; tout le monde a remarqué avec quelle netteté, avec quelle vérité de formes, de couleur et de ton, les objects extérieurs vont se reproduire sur l'écran placé au foyer de la large lentille qui constitue la partie essentielle de cet instrument; tout le monde après avoir admiré ces images, s'est abandonné au regret qu'elles ne pussent pas être conservées.

Ce regret sera désormais sans objet: M. Daguerre a découvert des écrans particuliers sur lesquels l'image optique laisse une empreinte parfaite; des écrans où tout ce que l'image renfermait se trouve reproduit jusque dans les plus minutieux détails, avec une exactitude, avec une finesse incroyables. En vérité, il n'y aurait pas d'exagération à dire que l'inventeur a découvert les moyens de fixer les images, si sa méthode conservait les couleurs; mais, il faut s'empresser de le dire pour détromper une partie du public, il n'y a dans les tableux, dans les copise de M. Daguerre, comme dans un dessin au crayon noir, comme dans une gravure au burin, ou, mieux encore (l'assimilation sera plus exacte), comme dans une gravure à la manière noire ou à l'aquatinta, que du blanc, du noir et du gris, que de la lumière, de l'obscurité et des demi-teintes. En un mot, dans la chambre noire de M. Daguerre, la lumière reproduit elle-même les formes et les proportions des objets extérieurs, avec une précision presque mathématique; les rapports photométriques des diverses parties blanches, noires, grises, sont exactement conservés; mais des demi-teintes représentent le rouge, le jaune, le vert, etc., car la méthode crée des dessins et non des tableaux en couleur.

Les principaux produits de ses nouveaux procédés que M. Daguerre a mis sous les yeux de trois membres de l'Académie, MM. de Humboldt, Biot et Arago, sont une vue de la grande galerie qui joint le Louvre aux Tuileries; une vue de la Cité et des tours de Notre-Dame; des vues de la Seine et de plusieurs de ses ponts, des vues de quelques- -unes desbarrières de la capitale. Tous ces tableaux supportent l'examen à la loupe, sans rien perdre de leur pureté, du moins pour les objets qui étaient immobiles pendant que leurs images s'engendraient.

Le temps nécessaire à l'exécution d'une vue, quand on veut arriver à de grandes vigueurs de ton, varie avec l'intensité de la lumière et, dès-lors, avec l'heure du jour et avec la saison. En été et en plein midi, huit à dix minutes suffisent. Dans d'autres climats, en Egypte, par exemple, on pourrait probablement se borner à deux ou trois minutes.

Le procédé de M. Daguerre n'a pas seulement exigé la découverte d'une substance plus sensible à l'action de la lumière que toutes celles dont les physiciens et les chimistes se sont déjà occupés. Il a fallu trouver endore le moyen de lui enlever à volonté cette propriété; c'est ce que M. Daguerre a fait: ses dessins, quand il les a terminés, peuvent être exposés en plein soleil sans en recevoir aucune altération.

L'extrême sensibilité de la préparation dont M. Daguerre fait usage, ne constitue pas le seul caractère par lequel sa d´rcouverte diffère des essais imparfaits auxquels on s'était jadis livré pour dessiner des silhouettes sur une couche de chlorure d'argent. Ce sel est blanc, la lumière le noircit, la partie blanche des images passe donc au noir, tandis que les portions noires, au contraire, restent blanches. Sur les écrans de M. Daguerre, et l'objet sont tout pareils: le blanc correspond au blanc, les demi-teintes aux demi-teintes, le noir au noir.

M. Arago a essayé de faire ressortir tout ce que l'invention de M. Daguerre offrira de ressources aux voyageurs, tout ce qu'en pourront tirer aujourd'hui, surtout, les sociétés savantes et les simples particuliers qui s'occupent avec tant de zèle de la représentation graphique des monuments d'architecture répandus dans les divers parties du royaume. La facilité et l'exactitude qui résulteront des nouveaux procédés, loin de nuire à la classe si intéressante des dessinateurs, leur procurera un surcroît d'occupation. Ils travailleront certainement moins en plein air, mais beaucoup plus dans leurs ateliers.

Le nouveau réactif semble aussi devoir fournir aux physiciens et aux astronomes des moyens d'investigation très précieux. A la demande des Académiciens déjà cités, M. Daguerre a jeté l'image de la lune, formée au foyer d'une médiocre lentille, sur un de ses écrans, et elle a laissé une empreinte blanche évidente. En faisant jadis une semblable expérience avec le chlorure d'argent, une Commission de l'Académie composée de MM. Laplace, Malus et Arago, n'obtint aucun effet appréciable. Peut-être l'exposition à la lumière ne fut-elle pas assez prolongée. En tout cas, de M. Daguerre aura été le premier à produire une modification chimique sensible à l'aide des rayons lumineux de notre satellite.

L'invention de M. Daguerre est le fruit d'un travail assidu de plusieurs années, pendant lesquelles il a eu pour collaborateur son ami, feu M. Niece, de Châlons-sur-Saône. En cherchantcomment il pourrait être dédommagé de ses peines et de ses dépenses, ce peintre distingué n'a pas tardé à reconnaître qu'un brevet d'invention ne le conduirait pas au but: une fois dévoilés, ses procédés seraient à la disposition de tout le monde. Il semble donc indispensable que le Gouvernement dédommage directement de M. Daguerre et que la France, ensuite, dote noblement le monde entier d'une découverte qui peut tant contribuer aux progrès des arts et des sciences. M. Arago annonce qu'il adressera à ce sujet une demende au Ministère ou aux Chambres, dès que M. Daguerre, qui a proposé de l'initier à tous les d'étails de sa méthode, lui aura prouvé qu'aux admirables propriétés dont les résultats obtenus sont une manifestation si éclatante, cette méthode joint, comme l'annonce l'inventeur, le mérite d'être économique, d'être facile, de pouvoir être employée en tout lieu par les voyageurs.

 

« M. Biot déclare s'associer complétement à l'exposition que M.Arago vient de faire des étonnants résultats obtenus par M. Daguerre. Ayant eu plusieurs fois l'avantage de les voir, et d'entendre M. Daguerre raconter quelques-unes des nombreuses expériences qu'il a faites sur la sensibilité optique de la préparation qu'il est parvenu à composer, M. Biot pense avec M. Arago qu'elle fournira des moyens aussi nouveaux que désirables pour étudier les propriétés d'un des agents naturels qu'il nous importe le plus de connaître et que jusqu'ici nous avions si peu de moyens de soumettre à des épreuves indépendantes de nos sensations. Et il ne peut exprimer mieux sa pensée sur cette invention qu'en la comparant à une rétine artificielle mise par M. Daguerre à la disposition des physiciens. »

1839, 8 de Janeiro – JOURNAL des DÉBATS POLITIQUES et LITTÉRAIRES

1839

8 de Janeiro

JOURNAL DES débats politiques et littéraires

Pag. 1

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M. Arago a rendu compte à l’Académie des Sciences, dans la séance d’aujourd’hui, de la belle découverte de M. Daguerre dont le monde, les artistes et les savants eux-mêmes s’entretiennent avec intérêt depuis quelque temps ; cette découverte a été annoncée, dit M. Arago,  dans des termes inexacts et que l’auteur ne peut accepter ; il lui paraît donc convenable de donner à l’Académie des détails précis sur cette merveilleuse invention.

Tout le monde connaît les effets de la chambre noire et la netteté avec laquelle les objets extérieurs viennent se peindre en miniature sur le tableau au moyen d'une lentille. Eh bien! on ne peut pas donner une idée plus juste de la découverte de M. Daguerre, qu'en disant qu'il est parvenu à fixer sur le papier ce dessin si vrai, cette représentation si fidèle des objets de la nature ou des arts, avec toute la dégradation des teintes, la délicatesse des lignes et la rigoureuse exactitude des formes, de la perspective et des différens tons de la lumière.

Quelle que soit l'étendue du tableau, il ne lui faut pour le reproduire que dix minutes ou un quart d'heure suivant l'éclat du jour ; la lumière étant elle-même l'agent de cette merveilleuse gravure, elle agit plus ou moins vite suivant son intensité; c'est ainsi que M. Daguerre, placé sur le pont des Saints- Pères, a pu fixer avec tous ses détails l'immense galerie du Louvre, de même que du pont de l'Archevêché il a dessiné Notre-Dame; aucun objet, aucun aspect de la nature et des choses n'échappent à ce procédé; le matin se reproduit avec sa fraîcheur de même que l'éclatante lumière du jour et la teinte sombre du soir ou mélancolique d'un temps de pluie.

Dans cette gravure singulière, les couleurs sont indiquées par la nuance des ombres et par une dégradation insensible comme dans l'aquatinta.

Maintenant quel est donc l'ingénieux moyen employé par M. Daguerre pour réaliser cette espèce de miracle? Ce que nous venons de dire ne peut manquer d'exciter vivement la curiosité; nous ne connaissons pas ce procédé, et M. Arago n'a pas non plus voulu pénétrer le secret de l'auteur; mais on peut facilement en donner l'idée de manière à faire concevoir ce qui au premier abord paraît incompréhensible.

La chimie moderne possède certaines substances ayant la propriété de changer de couleur au contact de la lumière; et un composé d'argent que l'on nomme le chlorure d'argent est dans ce cas. Si donc un papier préparé avec cette matière offre quelques uns de ses points exposés à la lumière, les autres étant tenus à l'abri, il est clair que l'on produira un dessin quelconque au moyen des différentes teintes que prendront les parties éclairées et les parties soustraites à l'influence du jour; c'est le principe sur lequel M. Daguerre paraît avoir travaillé pendant de longues années, avec une persévérance et une intelligence qui l'ont enfin conduit au but qu'entouraient de nombreuses difficultés; et maintenant que le résultat est obtenu maintenant qu'il est parvenu à rendre inaltérables ces effets produits par la lumière, ce procédé de M. Daguerre se trouve être tellement simple tellement à la portée de tout le monde, qu'il risque de ne pas trouver dans l'exploitation de sa découverte le fruit de ses études et de ses efforts; un brevet d'invention serait impuissant à lui garantir la propriété d'une idée que chacun peut mettre à exécution de soi-même une fois qu'elle sera répandue.

M. Arago se propose donc de demander au ministre de faire l'acquisition du procédé de M. Daguerre et de lui en donner une juste récompense ; cet appel sera probablement entendu, si tous les détails de l'exécution répondent aux effets obtenus qui ont été soumis à l'examen de M. Arago.

M. Biot exprime la même admiration pour cette invention, dont il ne peut rendre le mérite qu'en la comparant à une sorte de rétine physique aussi sensible que la rétine de notre œil.

1839, 12 de Janeiro - THE LITERARY GAZETTE AND JOURNAL OF BELLES LETTRES, ARTS, SCIENCES

1839

12 de Janeiro

THE LITERARY GAZETTE AND JOURNAL OF BELLES LETTRES, ARTS, SCIENCES

 

No. 1147

 

London, Saturday, January, 12, 1839

pAG.28

FINE ARTS

THE DAGUEROTYPE.

Paris, 6th January, 1839

 

We have much pleasure in announcing an important discovery made by M. Daguerre, the celebrated painter of the Diorama. This discovery seems like a prodigy. It disconcerts all the theories of science in light and optics, and, if borne out, promises to make a revolution in the arts of design.

M. Daguerre has discovered a method to fix the images which are represented at the back of a camera obscura; so that these images are not the temporary reflection of object, but their fixed and durable impress, which may be removed from the presence of those objects like a picture or an engraving.

Let our readers fancy the fidelity of the image of nature figured by the camera obscura, and add to it an action of the solar rays which fixes this image, with all its gradations of lights, shadows, and middle tints, and they will have an idea of the beautiful designs, with a sight of which M. Daguerre has gratified our curiosity. M. Daguerre cannot act on paper; he requires a plate of polished metal. It was on copper that we saw several points of the Boulevards, Pont Marie, and the environs, and many others spots, given with a truth which Nature alone can give to her works. M. Daguerre shows you the plain plate of copper: he places it, in your presence, in his apparatus and, in three minutes, if there is a bright summer sun, and a few more, if autumn or winter weaken the power of its beams, he takes out the metal and shows it you, covered with a charming design representing the object towards which the apparatus was turned. Nothing remains but a short mechanical operation – of washing, I believe – and the design, which has been obtained in so few moments, remains unalterably fixed, so that the hottest sun cannot destroy it.

Messrs. Arago, Biot, and Von Humboldt, have ascertained the reality of this discovery, which excited their admiration; and M. Arago will, in a few days, make it known to the Academy of Sciences.

I add some further particulars. Nature in motion cannot be represented, or at least not without great difficulty, by the process in question. In one of the views of the Boulevards, of which I have spoken, all that was walking or moving does not appear in the design; of two horses in a backney coach on the stand, one unluckily moved its head during the short operation; the animal is without a head in the design. Trees are very well represented; but their colour, as it seems, hinders the solar rays from producing their image as quickly as that of houses, and other objects of a different colour. This causes a difficulty for landscape, because there is a certain fixed point of perfection for trees, and another for all objects the colours of which are not green. The consequence is, that when the houses are finished, the trees are not, and when the trees are finished, the houses are too much so.

Inanimate nature, architecture, are the triumph of the apparatus which M. Daguerre means to call after his own name – Daguerotype. A dead spider, seen in the solar microscope, is finished with such detail in the design, that you may study its anatomy, with or without a magnifying glass, as if it were nature itself; not a fibre, not a nerve, but you may trace and examine. For a few hundred francs travelers may, perhaps, be soon able to procure M. Daguerre’s apparatus, and bring back views of the finest monuments, and of the most delightful scenery of the whole world. They will see how far their pencils and brushes are from the truth of the Daguerotype. Let not the draughtsman and the painter, however, despair – the results obtained by M. Daguerre are very different from their works, and, in many cases, cannot be a substitute for them. The effects of this new process have some resemblance to line engraving and mezzotinto, but are much near to the latter: as for truth, they surpass every thing.

I have spoken of the discovery only as it regards art. If what I have heard is correct, M. Dagurre’s discovery tends to nothing less than a new theory on an important branch of science. M. D. generously owns that the first idea of his process was given him, fifteen years ago, by M. Nieps, of Chalons-sur-Saone; but in so imperfect a state, that it has cost him long and persevering labour to attain the object.

H. GAUCHERAUD.

 

[From the “ Gazette de France”, of January 6, 1839.]

Previously to receiving the above, we had written the following paragraph. – Ed. L.G.

 

Nature Painted by Herself. – A French journal contains a remarkable account of experiments with the Camera Lucida, the result of which is the exact and actual preservation of the impressions reflected by natural images upon copper plates. What the process is we are not told, but, as far as we understand it, by exposing the copper to these  reflections, and immediately rubbing it over with a certain material, the likeness of whatever is so impressed is retained with perfect accuracy. Some difficulties occur where there is motion in the objects, whether animals, or leaves of trees stirered by the wind, &c.; but, if really true, this is a very extraordinary discovery for the fine arts. Some of our readers may be aware that, some fourteen or fifteen years ago, Sir H. Davy and other scientific men amongst us, strenuously endeavoured to attain this desideratum; and by means of nitrate of silver, upon which light and shade produced certain effects, seemed to have all but accomplished their end. It was not however complete; for the changes in colour were too evanescent to admit of permanent fixture. We shall be glad to find the French experimenters more successful.

1839, 19 de Janeiro - THE LITERARY GAZETTE AND JOURNAL OF BELLES LETTRES, ARTS, SCIENCES

1839

19 de Janeiro

THE LITERARY GAZETTE AND JOURNAL OF BELLES LETTRES, ARTS, SCIENCES

 

No. 1148

 

London, Saturday, January, 19, 1839

pAG.43, 44

FINE ARTS

THE DAGUEROTYPE.

Paris, 9th January, 1839

 

M. Arago made, on the 7th of this month, a verbal communication to the Academy of Sciences, on the fine discovery of M. Daguerre, which confirms all the important points of the report which we gave last week. We extract some passages – “ In the camera obscura, the image is perfectly defined when the lens is achromatic; the same precision is seen in the images obtained by M. Daguerre, which represent all objects with a degree of perfection which no designer, however skilful, can equal, and finished, in all the details, in a manner that exceeds belief. It is the light which forms the image, on a plate covered with a particular coating. Now, how long a time does the the light require to execute this operation? In our climate, and in ordinary weather, eight or ten minutes; but, under a pure sky,  like that of Egypt, two, perhaps one minute, might suffic to execute the most complex design.”

Consideraring the great utility of the discovery to the public, and the extreme simplicity of the processus, which is such that any person may practise it, M. Arago is of opinion, that it would be impssible, by means of a patent or otherwuise, to secure to the inventor he advantages which he ought to derive from it; and thinks that the best way would be for the government to purchase the secret, and make it public. M. Arago mentions the attemps formerly made to obtain images in a simiar manner, by the action of the light on nitrate of silver:on this point he says, - “M. Daguerre has found a substance infinitely more sensible to the light than the chlorure of silver, wich is altered in a inverse manner, than is to say, which leaves on the several parts of the plate, corresponding to the several parts of the object, dark tints for the shadowy, half tints for the lighter parts, and no tint whatever for the parts that are quite luminous. When this action of the light on he differents parts of the plate has produced the desired effect, M. Daguerre stops it at once, and the design, which he withdraws from the camera-obscura, may be exposed to the full light of the day, without undergoing any alteration.

“ If we consider M. Daguerre’s discovery with respect to the utility which it may have in the sciences, it is evident that so sensible a reagent as that which he has found, may enable us to make photometrical experiments, which have hitherto been reputed imposible. Such, “said M. Arago, “are experiments on the light of the moon; which the Academy had deemed of sufficient importance for it to appoint a committee, composed of M. de Laplace, M. Malus, and myself, to make them. The light of the moon is known to be 300,000 time weaker than that of the sun: yet we did not despair of obtaining some sensible effects, by means of a lens of very large dimensions. We made use of a very large lens, brought from Austria; and, placing some chlorure of silver in the focus, that being the most sensible reagent known, not the slighest discoloration was perceptible. It occurred to me, that M. Daguerre might have more success with his new reagent; and, in fact, he obtained, in twenty minutes, on his dark ground, a white image of the moon, with a lens for less owerful than ours.”

M. Biot added some details to those given by M. Arago. “I have several times, “said he, “seen M. Daguerre, and I can say, that in the numerous trials which he hasmade to attain these astonisshing results, he has discovered several extremely interesting properties of light, some of which might have been foreseen by natural philosophers, as soon  as they inquired what must happen in certain given circumstances, but of wich others were completely unexpected.”

As for the principal discovery, I can speak of the perfection of the results obtained, not after my own judgement, but after that of a celebrated artist, M. Paul Delaroche, in whose company I have examined some of the designs taken by the new process. M. Delaroche thinks they may give, in the manner of expressing by light and shade, not only the relief of objects, but the local tint; the same basrelief in plaster and in marble, will be differently represented in the two designs, and you can tell, at the first glance, which is the image of the plaster.

In one of these designs,you may almost tell the hour of the day. Three views of the same monument are taken; one in the morning, one at noon, and the other in the evening; and nobody will mistake the effect of the morning for that of the evening, though the sun’s altitude, and, consequently, the relative lenghts of the shadows, are the same in both. – Le Temps

 

Paris, 12th January, 1839

 

The discovery of M. Daguerre has been for some time past the subject of marvelous statements. The ingenious contriver of the Diorama had devoted himself to the study of the properties of light, with the ardour and perseverance of which genius alone is capable. Yet the accounts, fabulous as they appeared, are conformable to the truth, except that M. daguerre’s pictures do not give the colour, but only the outlines – the lights and shadows of the model. It is not painting, it is drawing, but drawing carried to a degree of pefection which art can never attain. The facsimlle is fauldess.

Every picture that was shown us produced an excamation of admiration. What fineness in the strokes ! What knowledge of the chiaro-scuro! What delicacy! What exquisite finish! How soft isthat stuff! How salient those bas-reliefs! There is a Venus crouching down, seen in different points of view. How admirably are the foreshortenings given: it is nature itself. All this is wonderful. But who will say that it is not thework of some able draughtsman? Who will assure us that they are not drawings in bistre or sepia? M. Daguerre answers by putting an eyeglass into our hand. Then we perceive the smallest folds of a piece of drapery; the lines of a landscape invisible to the naked eye. With the aid of a spying-glass, we bring the distances near. In the mass of buildings, of acessories, of imperceptible traits, which compose a view of Paris taken from the Pont des Arts, we distinguish the smallest details; we count the paving-stones; we see the humidity caused by the rain; we read theinscription on a shop sign. The effect becomes more astonishing if you employ the microcospe. An insect of the size of a pea, the garden spider, enormously magnified by a solar microscope, is reflected in the same dimensions y the marvellous mirror, and with the most minute accuracy. It is manifest how useful m. daguerre’s discovery will be in the study of natural history.                                     

The artist has already enriched science with the solution of several problems. The experiments on the light of sirius have confirmed the testimony of natural philosophy, and abundantly proved that the stars are bodies of the same nature as the sun. At the request of  M. Biot, M. Daguerre has submitted his apparatus to the influence of the light of the moon, and has succeded in fixing the image of that light, something like the tail of a comet, and we ascribed it to the movement of the body during the operation, which is of much longer duration than that by the light of the sun.

We have seen that the impression of the image is made with more or less rapidity, according to the intensity of the light, which is more powerful a soon than the morning or evening, in summer than in winter, in a latitude near the equator than near the pole. M. Daguerre has hitherto made his experiments in paris ony; and, even under the most favourable circumstances, they have always proceeded with a slowness, which has not allowed him to obtain complete success, except with inanimate nature, or nature in repose. Motion escapes him, or leaves only indefinite and vague traces. It may be presumed that the sun of Africa would give him instantaneous autographs, - images of nature, in motion and life. – Le Commerce.

1839, 4 de Fevereiro - COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES

1839

4 de Fevereiro

COMPTES RENDUS  DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES

T. VIII

Nº. 5

Janvier-Juin 1839

Pags.170,171,172,173,

174.

PHYSIQUE APPLIQUÉE. - Procédé de M. DAGUERRE

 

M. Arago annonce que M. Talbot, physicien anglais de beaucoup de mérite, lui a écrit au sujet du procédé de M. Daguerre.

M. Arago s'est trouvé d'abord quelque peu embarassé sur la question de savoir si M. Talbot désirait que sa lettre fût communiquée à l'Académie; mais il n'a plus conservé de doute dés qu'il a vu qu'une seconde expédition de la même lettre avait été adressée à M. Biot. Voici textuellement ce que M. Talbot mande aux deux académiciens:

 

                                                                                                                                          « Londres, le 29 janvier 1839.

    «  Messieurs ,

 

«  Dans peu de jours j'aurai l'honneur d'adresser à l'Académie des Sciences, une réclamation "formelle de priorité, de l'invention annoncée par M. Daguerre dans ses deux points principaux:

« (I.) La fixation des images de la camera obscura;

« (2.) La conservation subséquente de ces images, de sorte qu'elles peuvent soutenir le plein "soleil.

« Très occupé, en ce moment, d'un Mémoire sur ce sujet, dont la lecture sera faite à la "Société royale après-demain, je me borne à vous prier d'agréer l'expression de toute ma "considération.

 

 «   H. F. Talbot ,

"Membre de la Société royale de Londres."

 

M. Talbot, dit M. Arago, est un esprit trop éminent, un trop bon logicien, pour vouloir, dans une question de priorité, tirer parti du Mémoire dont il était très occupé à la date du 29 janvier 1839, contre une communication académique de M. Daguerre qui remonte à plus d'un mois. M. Talbot doit incontestablement posséder d'autres titres. Voici quelques détails qu'il sera appelé à discuter:

La première idée de fixer les images de la chambre obscure ou du microscope solaire sur certaines substances chimiques, n'appartient ni  à M. Daguerre ni à M. Talbot. Nous aurons à rechercer plus tard, si M. Charles, de l'Académie des Sciences, qui faisait des silhouettes dans ses cours publics, a précédé ou suivi M. Wedgewood.

Les premiers essais de M. Niépce, de Châlons-sur-Saône, pour perfectionner le procédé de M. Charles ou de M. Wedgewood, sont de 1814.

Nous avons des preuves authentiques, des preuves légales, qu'en 1826, M. Niépce savait engendrer des images qui, après une certaine opération que nous ferons connaître en temps et lieu, résistaient à l'action ultérieure des rayons solaires.

Nous produirons des desseins, exécutés sur divers substances, par la méthode de M. Niépce, avec des perfectionnements de M. Daguerre, qui remontent à 1830.

Nous publierons l'acte d'association du 14 Décembre 1829, ENREGISTRÉ suivant les prescriptions de la loi, à la date du 13 mars 1830, et par lequel MM. Niépce et Daguerre s'étaient associés pour exploiter le procédé à l'invention duquel ils avaient concouru l'un et l'autre.

Nous prouverons enfin, par la correspondance de M. Niépce, mort le 5 juillet 1833, que M. Daguerre était déjà, du vivant de son ami, en pleine possession du procédé, entièrement neuf, dont il se sert aujourd'hui, et que plusieurs des dessins que le public a tant admirés, existaient à cette époque.

Depuis cinq à six ans la méthode de M. Daguerre n'a guère reçu que des légères améliorations dont un artiste éminent pouvait seul sentir la nécessité.

M. Talbot a dû être bien mal informé de l'état des choses, puisqu'il ne parle pas dans sa lettre que d'une invention annoncée. M. Daguerre a fait infiniment plus qu'annoncer sa découverte; il en a montré les produits à tout le monde: Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes, se trouvaient journellement réunis dans son cabinet, et confondaient franchement, sans réserve, les témoignages de leur admiration.

Complétement initié à tous les détails de la nouvelle méthode, M. Arago s'est assuré, en faisant une vue du boulrvard du Temple, qu'il n'est nullement nécessaire d'être peintre ou dessinateur pour réussir aussi bien que M. Daguerre lui-même. Examinée à la loupe, cette vue offrait des objets, tels que des tiges de paratonnerres très éloignés, reproduits avec une incroyable netteté, et dont l'oeil ne soupçonnait pas l'existence.

Le trait par lequel la méthode Daguerre se distingue principalement de la méthode Niépce, c'est la promptitude. Les objets sont dessinés avant que les ombres aient eu le temps de se déplacer. Les demi-teintes, toutes les circonstances de la perspective aérienne se trouvent reproduites avec un degré de vérité et de finesse dont l'art du  dessin  ne semblait pas susceptible. M. Arago ne doute pas qu'on ne parvienne à former une image exactement nuancée de la pleine lune, si l'on adapte la plaque imprégnée de la nouvelle substance à la lunette, conduite par une horloge, d'une machine parallactique.

 

« A la suite de la communication précédente de M. Arago, M. Biot dit qu'il a reçu de M. Talbot une lettre absolument pareille; qu'il a pensé que ce savant n'avait probablement pas une connaissance compléte des circonstances à la suite desquelles la découverte de M. Daguerre a reçu sa publicité actuelle; et qu'il a cru essentiel de les lui expliquer dans les termes suivants:

 

     « Monsieur,

 

» Je reçois, à l'instant, la lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire, pour me faire connaître l'intention où vous êtes d'adresser prochainement à l'Académie des Sciences, une réclamation formelle de priorité, relative à l'invention annoncée par M. Daguerre.

» Vous me rendrez, sans doute, la justice de croire que je ne voudrais pas hasarder d'avance, une opinion préconçue sur un sujet aussi délicat. Mais je dois, dans l'intérêt de la vérité, vous prévenir, au cas où vous l'ignoriez, que les amis de M. Daguerre savent qu'il s'est occupé constamment de cette recherche depuis plus de quatorze ans; et je puis attester qu'il m'en a parlé il y a plusieures années. Il a même conservé, et nous a montré, une foule de résultats plus ou moins heureux, qu'il avait obtenus par divers procédés, avant d'arriver à celui qu'il emploi maintenant, et dont les effets font l'admiration de tous nos artistes par leur perfection et leur délicatesse. Il a aussi eu la bonté de me confier une multitude de faits physiques extrêmêment intéressants pour la science, que ce procédé lui a fait découvrir; et il a bien voulu, à ma prière, réaliser, par le même  moyen, plusieures expériences de recherche qui me semblent avoir une grande importance théorique. Enfin, il a communiqué son secret tout entier à M. Arago, que vous savez, aussi bien que moi, avoir un esprit trop étendu et trop généreux, pour se laisser prévenir par des préjurés de nationalité. Je m'empresse, Monsieur, de vous adresser cette déclaration, pour que vous puissiez apprécier, par vous-même, les faits qu'elle referme. Je la devais autant à l'estime que m'ont inspirée vos précédents travaux sur l'optique, qu'à la confiance que vous voulez bien me témoigner.

 

« J'ai l'honneur d'être, etc.

 

                                                                                       « Paris, le 31 janvier 1839

 

 

« Au reste, ajout M. Biot, voici une autre preuve de publicité irrécusable, et qui date déjà de trois années. Le Journal des Artistes, tome II, page 203, parlant déjà des inventions et des recherches de M. Daguerre, contient le passage suivant, qui a été imprimé au mois de septembre de 1835.

«Ces découvertes l’ont mené à une découverte analogue, plus étonnante encore s'il est «possible: il a trouvé, dit-on, le moyen de recueillir, sur un plateau préparé par lui, l'image «produite par la chambre noire; de manière qu'un portrait, un paysage, une vue quelconque, «projetés sur ce plateau, par la chambre noire ordinaire, y laisse son empreinte en clair et en «ombre, et présente ainsi le plus parfait de tous les dessins. Une préparation mise par-dessus «cette image, la conserve pendant un temps indéfini.»

» Ce que l'article ci-dessus annonçait en 1835 de la découverte de M. Daguerre, est précis précisément ce qu'il vient de faire voir à tout Paris, à la fin de 1838.»

1839, 5 de Fevereiro - JOURNAL des DÉBATS POLITIQUES et LITTÉRAIRES

1839

5 de Fevereiro

JOURNAL DES dÉBATS politiques et littéraires

Pag.1

Feuilleton du Journal des Débats

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ACADÉMIE DES SCIENCES.

Séance du 4 février

 

La belle découverte M. Daguerre soulève des réclamations, et pous n'en sommes point étonnés. Quand, un fait important est annoncé, il se trouve à l'instant même une foule d'inventeurs qui jusque-là gardaient le silence, et qui tout-à-coup réclament pour eux l'invention; les uns là trouvent consignée tout au long dans quelque passage de leurs nombreux ouvrages ; lorsqu'elle ne s'y trouve pas explicitement, et, en toutes lettres, ils votus la montrent au moins sous forme do doute ou de prophétie; moyen commode et facile de s'attribuer le mérite de ce que le travail, la persévérance ou le génie feront réellement un jour sortir du néant; d'autres trouvent le moyen de donner instantanément du corps et de la vie à une idée vague qu'ils ont émise et qu'ils n'ont su poursuivre ni démontrer.

C'est là ce qui attend les inventeurs de la part des esprits médiocres, à moins qu'on ne trouve plus simple encore de nier leur découverte, sans même se donner la peine de l'étudier ou d'y aller voir.

Ce serait décourageant si tout homme qui découvre une vérité ne senttit pas on même temps dans sa conviction la force et la patiance nécessaires pour la faire triompher.

Nous n'appliquons pas ces réflexions à l'auteur de la réclamation relative l'invention de M. Daguerre. Le savant anglais qui l'adresse à l'Académie, M. Talbot, est un homme do mérite au-dessus d'une étroite jalousie; mais il est mal informé des faits ainsi que l’ont démontré MM. Arago et Biot, et il ne poussera sans doute pas plus loin ses prétentions à ce sujet ; le Mémoire de M. Talbot n'eit pas encore lu à la société royale de Londres, et on sait que M. Daguerre est occupé depuis plus ds dix ans da son travail, dont tout Paris a pu maintenant apprécier les étonnans résultats.

D'ailleurs le procédé de M. Daguerre est surtout remarquable par l'extrême sensibilité de la matière qu'il emploie et sur laquelle il fait agir la lumière ; c'est là sa véritable propriété, sa véritable découverte, qui lui a permis de porter à un si haut degré de perfection les merveilleux effets de son instrument. Il ne réclame pas même pour lui seut l'idée première de fixer les images de la chambre claire ; dès l'année 1814 M. Nieps s'occupait de réaliser cette pensée, et M. Daguerre s’est, en 1814, associé au fils de M. Nieps pour l'exécuter ; mais alors on n'avait encore obtenu qua des ébauches très imparfaites, la matière employée étant si peu sensible à l'action de la lumière, qu'elle devait y rester exposée pendant douze haures pour se décolorer ; cette lenteur de l'opération rendait le procédé impraticable attendu que pendant un aussi long espace de temps, les ombres, comme on le conçoit, se déplaçaient avec le mouvement du soleil, et que les demi-teintes se confondaient avec les ombres.

Après une série de recherches intelligentes et d’expériences bien calculées, M. Daguerre est au contraire parvenu à composer une substace d’une telle sensibilité sous l’influence de la lumière, que rien n’échappe à son action ; les plus petits objets, les parties les plus déliées dessinent l’ombre microscopique qu’ils projettent sur le tableau, avec une exactitude que l'œil même ne peut pas suivre et qu’il reconnaît qu’avec l’aide de la loupe ; on en jugera quand on saura que sur une maison réduite à la dimension d’un pouce, chaque tuile ou chaque ardoise est reproduite avec sa lumière, et qu'au dernier étage de cette maison il existe une petite fenêtre que l'œil aperçoit à peine ; et si l'on prend une loupe, on découvre dans cette fenêtre un carreau cassé raccommodé avec des bandes de papier !

M. Daguerre a communiqué son secret à M. Arago, qui s'est chargé, comme on sait, de solliciter, auprès du gouvernement la juste récompense que doit le pays à une découverte d'un si haut prix, qui fait honneur à la France et que les pays voisins semblent déjà nous envier. M. Arago a opéré lui-même avec l'appareil et la préparation de M. Daguerre; il a pris, par le temps sombre qu'il fait à cette époque, une vue du boulevard, dont aucun détail n'a échappé à l'exactitude du merveilleux artiste que M. Daguerre a soumis à sa loi ; à tel point qu'un  paratonnerre, situé sur un édifice éloigné qui, par la proportion geométrique, était réduit dans la chambre noire à des dimensions tout-à-fait inappréciables pour l'œil de M.Arago, n'en a pas moins dessiné son image avec une précision et une netteté que la loupe seule a permis de juger ; et tout cela en dix minutes, c'est-à-dire dans un espace da temps assez court pour que le déplacement des ombres soit tout-à-fait insensible.

Enfin M. Arago ne doute pas que la faible lumière de la une n'impressionne elle-même la substance de M. Daguerre, et que l'on n'obtienne par ce moyen une fidèle image de cet astre, avec toutes les variétés de lumières résultant des accidens de sa surface.

Beaucoup d'autres expériences intéressantes sur la lumière se sont sans doute réalisées de même en faveur de M. Biot, qui les réclame.

domingo, 29 de agosto de 2010

1839, 18 de Fevereiro - COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES

1839

18 de Fevereiro

COMPTES RENDUS  DES SÉANCES DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES

T. VIII

Nº.7

Pags. 246, 247, 248, 249

CORESPONDANCE

 

PHYSIQUE  CHIMIQUE. – Note de M. Biot sur un papier sensible préparé par M. Daguerre.

 

« M. Daguerre ayant appris par moi, le grand service qu’il pourrait rendre aux physiciens, en leur indiquant pour leurs expériences, une préparation qui fût plus promptement sensible à l’action de la lumière que ne le sont celles qui ont été jusqu’ici publiées, il a bien voulu m’en faire connaître une qu’il avait obtenue dès 1826, et qui a éminemment cet avantage. Comme, d’ailleurs, celle qu’il emploie aujourd’hui pour ses tableaux est encore bien plus prompte, qu’elle reproduit les clairs et les ombres avec leurs caractères propres, et qu’enfin elle est fondée sur des principes tout-à-fait différents de celle dont il m’a parlé, il m’a auctorisé à présenter celle-ci de sa part à l’Académie ; et je me suis chargé de cette mission d’autant plus volontiers, que j’ai plus récemment regretté de n’avoir pas á ma disposition un pareil instrument de recherche : peu importe en effet, pour de simples expériences de physique, que les clairs et les ombres des objets soient ou ne soient pas invertis, pourvu que l’effet de la radiation soit manifesté presque instantanément.

» Voici la recette indiquée par M. Daguerre, recette dont il a réalisé en quelques instants l’exécution devant moi, à la faible lumière diffuse que donnait hier l’atmosphère, à travers les vitres d’une fenêtre à quatre heures et demi du soir.

» Prenez du papier sans colle, ou collé légèrement, comme du papier d’impression ; trempez-le dans l’éther muriatique, faiblement acidifié par l’effet de la décomposition lente qu’il éprouve avec le temps ; ou bien encore, appliquez ce liquide avec un pinceau-brosse assez doux ; laissez sécher à l’air, ou faites sécher à une douce chaleur. Mais, de manière ou d’autre, attendez que la dessiccation soit tout-à-fait complète : cela est très essenciel.

» Prenez alors une dissolution de nitrate d’argent dans l’eau distillée, dissolution qu’ilconvient de tenir habituellement à l’abri de la lumière, dans un flacon parfaitement bouché à l’émeri ; et trempez-y le papier séché qui a été imprégné d’éther muriatique. Vous pourriez aussi étendre cette dissolution avec un pinceau très doux ; mais, comme on est alors obligé de l’étendre par raies sucessives et contiguës, M. Daguerre trouve que les par lesquels ces raies se touchent, étant, d’après la nécessité de leur sucession même, accolés l’un à l’autre dans des conditions physiques différentes, ils prennent des états électriques dissemblables, dans la ligne de contact ; ce qui fait qu’ensuite cette ligne est peu sensible à la lumière et se dessine en raie blanchâtre sur le fond. On évite cet inconvénient en trempant le papier dans le nitrate, ou en versant ce liquide sur une seule des ses faces avec égalité. Au reste, cette particularité, qui serait d’une grande conséquence pour des dessins, est sans inconvénient pour des expériences de physique, à moins que l’on n’eût à faire des comparaisons d’une complète rigueur.

» Faites alors sécher ce papier dans l’obscurité ; et, si vous voulez accélérer la dessiccation par la chaleur, ne l’employez qu’excessivement faible. Car, lorsque cette préparation est encore humide, la radiation calorifique, même émanée des corps non lumineux, agit sur elle, dans le même sens que la lumière, pour la colorer. Si vous ne devez pas opérer de suite, avec le papier ainsi préparé, il faut le serrer, et le presser, dans un livre ou dans un portefeuille, pour que, non-seulement la lumière, mais l’air, ne puisse pas circuler autour.

» Ce papier étant exposé à la lumière solaire, ou à la lumière diffuse, soit directe, soit transmise à travers un écran de verre diaphane, se colore avec une promptitude extrême, surtout s’il est encore humide ; et il marque déjà des teintes très sensibles avant que le nitrate montre les moindres traces d’altération. La différence de rapidité se soutient dans toutes les phases de coloration par lesquelles le papier passe ; et elle se manifeste à une époque quelconque par l’excès actuel de coloration de la proportion préalablement imprégnée  d’éther muriatique. On peut la fixer définitivement à tel degré voulu, et arrêter tout progrès ultérieur, en enlevant le nitrate qui n’est pas encore entré en combinaison. Pour cela il suffit de baigner le papier dans une quantité d’eau suffisante pour le bien laver ; alors quand il est bien séché, mais sans chaleur, il n’est plus impressionable à la lumière. Si l’on ne tient pas à conserver ce papier dans un état fixe et immuable de coloration, il suffit de le tenir enfermé à l’ombre dans un portefeuille, et de ne le regarder qu’à la lumière artificielle, surtout pendant les premiers jours qui suivent sa préparation. Car, à mesure que l’on s’éloigne de cette époque, sa sensibilité s’affaiblit, et il finit par n’être plus que très lentement excitable. M. Daguerre a remarqué que le lavage n’est pas  également efficace sur toutes les pâtes de papier ; mais n’ayant pas trouvé dans cette préparation les qualités qu’il y désirait sous le rapport de l’art, il n’a pas cru devoir s’en occuper plus long-temps.

» Les effets qu’on obtient par ce procédé, reproduisent nécessairement l’intensité de la lumière par une intensité de coloration ; conséquemment, si on l’employait comme préparation du tableau  de la chambre noire, les objets clairs, le ciel par exemple serait représenté en noir, et les objets noirs, comme les arbres, resteraient totalement blancs. Le procédé actuellement employé par M. Daguerre est exempt de cet inconvénient capital pour la reproduction de la nature en général ; et l’un de ses principaux avantages est au contraire de distinguer, par un ménagement d’une extrême délicatesse, la dégradation des tons donnés par la perspective aérienne, telle que l’état momentané, et actuel, de l’atmosphère l’exie au moment où le tableau est fait.

» Tout liquide quelconque étant appliqué sur le papier, au lieu de l’éther muriatique acidifié, et avant le nitrate, détermine une teinte d’un ton différent et plus ou moins facilement impressionnable. La qualité même de la pâte dont le papier est fait, qu’il soit collé ou non collé, détermine aussi des différences de nuances. Mais, dans tous les cas, on peut toujours arrêter la progression de la coloration, à une époque quelconque, en renfermant, et pressant le papier, dans un livre, où il soit à l’abri de la lumière et de l’air.

» M. Daguerre a remarqué que l’intensité de la coloration, ainsi que son progrès, varient avec la nature des écrans diaphanes, colorés ou incolores, que l’on interpose dans le trajet de la lumière solaire, soit directe, soit diffuse, qui agit sur le papier ainsi préparé. Mais il a surtout varié et suivi ces effets des écrans, dans leur application à la substance infiniment sensible dont il compose aujourd’hui ses tableaux, ou plutôt qui les dessine elle-même sous l’influence de la radiation qui la modifie. Et, non-seulement les conséquences pratiques qu’il en a tirées lui ont servi pour donner à sa découverte de nouveaux et importants usages qu’il n’a pas rendus publics encore, mais le seul énoncé des résultats qu’il a ainsi observés, et qu’il a su saisir avec une sagacité rare, suffisent déjà presque, à ce qu’il me semble, pour ainsi indiquer avec une probabilité très grande, sinon pour définir complétement les caractères physiques de la radiation qui produit de si étonnants effets. Car il ne faut plus que joindre, aux observations déjà faites par M. Daguerre, les résultats que l’on obtiendra par l’emploi des écrans diaphanes mixtes, comme on va voir que nous l’avons fait, M. Becquerel et moi, pour analyser la portion  de la radiation émanée de l’étincelle électrique qui produit la phosphorescence à distance (1)([i]) 1)(1). M. Daguerre a déà bien voulu faire pour moi, par ce procédé, diverses expériences sur ce que j’appellerais volontiers les sensations de la précieuse substance qu’il possède. Mais, en attendant qu’elle nous soit connue, rien n’empêchera d’analyser ainsi la manière dont la radiation solaire, soit directe, soit diffuse, affecte le papier sensible qu’il vient de nous donner ; et j’espère pouvoir communiquer très prochainement à l’Académie les résultats de cette recherche : car il ne faut que disposer commodément l’appareil à écrans mixtes, pour faire les expériences dans l’obscurité.

» A la suite de cette communication, M. Biot présente à l’Académie de nombreux échantillons de papiers ainsi préparés par M. Daguerre, en choisissant des liquides très divers pour précéder l’application du nitrate. Il en fait remarquer les caractères et les accidents, conformes à la description qui vient d’être donnée. Il ajoute que plusieurs de ces échantillons ont été préparés en sa présence, et qu’il a vu lui-même la promptitude des changements qu’ils ont éprouvés sous l’influence de la faible radiation que l’atmosphère transmettait à travers les vitres d’une fenêtre, à quatre heures et demi du soir, par un temps couvert. »



([i]) (1) Cette Note avait été lue avant la communication faite dans cette même séance au nom de MM. Bequerel et Biot.