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quinta-feira, 12 de março de 2009

1900 - Almanak Commercial e Industrial do Paiz

ALMANAK COMMERCIAL E INDUSTRIAL DO PAIZ
PORTO
*
Photographias

“Alliança” – Julio Braga – rua do Almada, 140 a 144
“Alvão” – Domingos Alvão – rua de Santa Catharina, 100
“Americana” – Manoel José de Sousa Ferreira, 125
“Elegante” – Antonio Augusto Pinto – rua de Santo Ildefonso, 187
“Emilio Biel” – Emilio Biel& Cª.. – rua Formosa, 342. Teleph. 508
“Guedes” – Guedes d’Oliveira – rua de Santa Catharina, 262
“Luzo-Brazileira” – Alberto Alexandre Monteiro – rua Sá da Bandeira, 181-1º
“Lusitana” – Arthur José Francisco dos Santos – rua do Bomfim, 89
“Moderna” – Monteiro & Barbosa = rua da Picaria 1
“Nacional” – Antonio Pinto Ferreira de Mello – rua dos Martyres da Liberdade, 220
Peixoto & Irmão – rua do Almada, 296
“Perez” – José Perez – praça de Santa Thereza, 47
Paschoal Medina – travessa do Bomjardim, 36
“União” (Photographia da Casa Real) – praça da Trindade, 32 (Antigo Palacete da Assembleia geral)
“Universal” = Magalhães & Cª. = rua de Cedofeita, 95

Fornecedores de artigos para photographia

“Bazar Photographico” = Manoel Rangel & Commandita = rua de Santo Antonio, 65
“Centro Photographico” – João de Vasconcelos Junior – rua de Sá da Bandeira, 139
“Photo-Iris” = Cruz Borges & Cª. – rua de Sá da Bandeira, 232 e 234

1900, 8 de Janeiro - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. CXXX
Nº. 2
Pag. 82, 83, 84
*
PHOTOGRAPHIE. - Appareil de photographie instantanée à rendement maximum. Note de M.Guido Sigriste, présentée par M. Lippmann.

« La valeur des images que fournit la photographie instantanée dépend, pour une très grande part, du mode d'obturation adopté. S'il est, comme dans le nouvel appareil, choisi de telle sorte que l'action des rayons lumineux sur la surface sensible soit utilisée aussi complètement que possible, ou arrive à réunir, dans les images d'objets en mouvement, à la netteté qui exige des poses extrêmêment réduites, les qualités que semble pouvoir seule donner une exposition relativement longue. Et le but est ici atteint par la combinaison d'organes simples et peu encombrants, de manière que l'appareil est d'un emploi facile et ne diffère ni par ses dimensions, ni par son poids, des chambres à main destinées d'ordinaire aux plaques de même taille.
« L'obturateur idéal devrait livrer passage d'un seul coup à la totalité des rayons lumineux réfractés, les laisser agir pendant un certain temps; puis, toujours d'un seul coup, les arrêter. En fait, le système de ces rayons forme un tronc de cône qui ne peut être ainsi sectionné de façon instantanée. Mais ce tronc de cône est un assemblage de fuseaux coniques carrespondant aux divers points de l'image : ils vont s'épanouissant à partir d'une base commune, qui est l'image donnée du diaphragme par la combinaison postérieure de l'objectif, et ils ont leurs sommets sur le plan focal: les positions transverses des pinceaux dont ces fuseaux coniques sont les portions émergentes ont comme section commune l'ouverture du diaphragme.
« On peut concevoir comme positions logiques d'un obturateur: 1º le plan du diaphragme où tous les pinceaux seront sectionnés d'un seul coup, mais de facon progressive; 2º le plan focal, où les divers pinceaux seront coupés successivement, mais de façon instantanée.
» La première disposition caractérise les obturateurs d'objectif; ce n'est pas une bonne solution; l'action de la lumière sur la surface sensible se fait en trois périodes: une d'ouverture, une de pleine admission et une de fermeture; dans les deux périodes extrêmes, qui prennent forcément, dès qu'il s'agit de poses très courtes, un rôle prépondérant, l'illumination de la surface focale est générale, mais inégale et défectueuse; la lumière ne contribue pas utilement à la formation de l'image et n'y a qu'une influence pernicieuse: le rendement est médiocre et devient tout à fait mauvais lorsqu'on réduit la pose à une très petite portion de seconde. Il semble certain d'ailleurs que les obturateurs de ce genre donnent, par leur bord mobile, naissance à des phénomènes de diffraction, auxquels pourrait être attribué, pour une grande part, ce qu'on appelle le voile de sous-exposition. Il y a lieu d'ajouter enfin que de tels obturateurs exigent, lorsque l'on veut arriver à de très grandes vitesses, des dispositions coûteuses et encombrantes qui, susceptibles de rendre de grands services dans les laboratoires de physiologie, ne pourraient évidemment être adaptées à des appareils portatifs.
» La seconde solution correspond aux obturateurs de plaque, essentiellement constitués par un écran fendu qui se déplace dans le plan focal. Théoriquement, ce second mode d'obturation, qui déjà permet d'obtenir simplement des poses beaucoup plus courtes, supprime les périodes d'ouverture et de fermeture, pour ne laisser subsister que celle de pleine admission; toute la lumière qui arrive à la surface sensible agit sur elle dans les mêmes conditions, et celles-ci sont les meilleures. On obtient donc le rendement maximum.
» L'obturateur de plaque réaliserait l'obturation idéale s'il n'entraînait une déformation des images, déformation dont on a d'ailleurs beaucoup exagéré l'importance, car elle est tout à fait insensible si la vitesse de translation de la fente est grande par rapport à la vitesse de déplacementde l'image, condition nécessaire aussi pour que les contours soient nets.
» Mais, si l'on veut que le rendement soit réellement maximum, il faut satisfaire à certaines règles dont il n'était pas suffisamment tenu compte dans les appareils construits jusqu'ici: 1º La fente obturatrice doit se mouvoir à une distance extrêmêment faible de la surface focale; pour peu que l'écart devienne sensible, on aura de nouveau des périodes d'admission croissante et décroissante, l'interception des fuseaux coniques élémentaires n'ayant plus lieu à leur sommet et, par conséquent, ne pouvant plus être instantanée; 2º les bords de la fente, qui ont besoin d'être rigides et nettement déterminés, ne doivent pouvoir, à aucun moment, donner lieu à des phénomènes de réflexion ou de diffusion; quant aux phénomènes de diffraction, il ne sont plus à craindre si la fente reste une distance négligeable de la surface sensible.

« Dans le nouvel appareil, la fente se meut à 0mm,l en avant de la surface focale: ses bords sont constitués par des couteaux taillés en biseau très ouvert et à bord très tranchant; ils sont reliés à une enveloppe plissée mobile qui, fixée d'autre part à la paroi qui porte l'objectif, prélève à chaque instant, dans le système des rayons réfractés, un faisceau partiel et variable comprenant un certain nombre de fuseaux coniques élémentaires; ceux-ci s'y trouvent complètement enfermés et ne peuvent, à aucun moment, amener sur la surface sensible autre chose que la totalité de la lumière qu'ils transportent.
» Le mouvement de translation de la fente est commandé par la détente d'un barillet dont le ressort peut recevoir une tension variable: des ressorts compensateurs assurent l'uniformité du mouvement, et leur eflicacité est attestée par l'uniformité de l'impression sur la surface sensible. La vitesse de translation, qu'une disposition additionnelle très simple permet, au moment du réglage des appareils, de contrôler à l'aide d'un chronographe du Dr d'Arsonval, peut atteindre 2m,50 à la seconde.
« La largeur de la fente est également variable sous l'action d'une vis de réglage dont le pas est de 0mm,5; elle peut être réduite à 0mm,l sans que les bords cessent d'être parallèles.
« On peut ainsi, au moyen de manoeuvres très simples, dont les commandes sont placées extérieurement à l'appareil, faire varier le temps de pose de à de seconde, - on peut même aller plus loin au besoin; - et la valeur exacte en est automatiquement indiquée, à chaque instant. sur un tableau circulaire que porte la paroi inférieure de la chambre.

» Deux faits intéressants méritent surtout d'être signalés: les images paraissent tout àfait exemptes du halo par réflexion, et elles reproduisent de façon remarquablement juste les diverses valeurs des objets. »

1900, 22 de Janeiro - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. CXXX
Nº. 4
Pag. 170, 171, 172
*
PHOTOGRAPHIE. - Transformation de I'image photographique d'un cliché en un état lamellaire, et phénomènes de colorations qui en dérivent. Note de M. A. Trillat, présentée par M. Lippmann.

« On sait que l'image photographique d'un cliché est formée d'un précipité amorphe disséminé dans l'intérieur de la pellicule qui constitue le support. Les variations du grain en forment les intensités. Je me suis posé le problème suivant : est-il possible de transformer l'état amorphe de l'argent qui constitue l'image, en état lamellaire? Si cette transformation est possible, le remplacement de l'état amorphe par l'état lamellaire donne-t-il lieu à des phénomènes de colorations interférentielles?
» Pour résoudre ces questions, il fallait d'abord chercher un procédé permettant de dissoudre l'image, c'est-à-dire le précipité d'argent amorphe, dans la pellicule même, et, en dernier lieu, trouver un réactif capable de reprécipiter l'argent, non plus à l'état amorphe, mais à l'état de lames.
» Il m'a paru difficile d'obtenir la solubilisation de l'image dans un bain liquide: le dissolvant, dans de pareilles conditions, déforme l'image et enlève une partie du précipité argentique. Tel n'est pas le cas si l'on expose la plaque photographique à des vapeurs qui, tout en solubilisant l'argent, ne détériorent pas le support de l'image. Ce résultat est obtenu en exposant la plaque à l'action des vapeurs d'acide azotique. A cet effet, la plaque, préalablement soumise à un traitement de nettoyage, de polissage et de durcissement, est placée dans un récipient contenant de l'acide azotique du commerce. On voit l'image, après quelques instants d'exposition, s'atténuer peu à peu et disparaître presque totalement. Le cliché devient entièrement transparent, et le précipité argentique reste dissous à un état qui parait être colloïdal, à l'intérieur même du support (') ([i]).
« Il s'agit maintenant de faire réapparaître l'image en précipitant, à l'état de lames métalliques continues, l'argent solubilisé par la méthode précédente. Dans ce but, je me suis adressé à l'hydrogène sulfuré ou à un corps susceptible de le régénérer (2) ([ii]). Pour la même raison que celle que je viens d'exposer ci-dessus, il est préférable de se servir de vapeurs. La plaque étant placée dans un deuxième récipient, on y fait arriver un courant d'hydrogène sulfuré humide. A peine le courant s'est-il produit que l'on voit l'image apparaître avec un aspect métallique argenté et uniforme. En continuant le traitement, le contour des objets ne tarde pas à se dessiner, puis, finalement, des colorations vives et d'aspect métallique viennent se localiser sur les diverses parties de l'image: ces colorations s'atténuent, deviennent diffuses si l'action est trop prolongée.
» L'opération est arrêtée avant cette limite, la plaque est ensuite séchée.
» Si l'on examine par réflexion un cliché ainsi traité soit face verre, soit face gélatine, on aperçoit une image polychrome vivement colorée; les couleurs sur les deux faces sont souvent complémentaires l'une de l'autre: il semble donc dans ce cas qu'il y ait dissymétrie dans la disposition des surfaces réfléchissantes.
» Ces couleurs ne sont pas altérables, mais l'humidification a pour effet de les faire varier momentanément.
« Par suite de l'indice de réfraction de la nature des lames formées, les colorations sont visibles sous un angle plus grand que dans le cas des colorations interférentiellesobtenues par le procédé de M. Lippmann: la pellicule peut être détachée et transportée sur un support quelconque sans perdre ses propriétés.
» D'une manière générale, si l'on ne prend pas de précautions, on n'observe aucune relation entre la réalité et les nuances obtenues. On peutcependant provoquer la localisation de certaines colorations voulues. D'après mes observations, leur nature et leur intensité varient avec les épaisseurs des grains; elles semblent progresser du blanc au noir en passant par les nuances de l'arc-en-ciel, suivant une périodicité non encore déterminée.
» Il sera donc possible que, dans le cas d'une image dont les parties superficielles présentent des différences notables dans les épaisseurs, l'on puisse, pour ainsi dire, provoquer la localisation de certaines couleurs correspondant plus ou moins à la réalité. A l'appui de ces faits, je présente à l'Académie des Sciences plusieurs clichés positifs d'un même sujet et dans lesquels des colorations vertes, rouges et blanches se sont localisées de préférence sur les parties correspondantes et qui, dans ce cas particulier, sont de la verdure, des toits et des murs.
« Ces observations permettent donc d'acquérir la notion du rôle important que peut jouer, dans l'application du procédé, le degré d'orthochromatisme des plaques.
« En résumé, mes expériences démontrent:
» 1º Que l'on peut obtenir la solubilisation de l'image photographique dans la pellicule par divers réactifs;
» 2º Que cette image peut être reprécipitée à un état lamellaire susceptible de fournir des colorations variables suivant l'épaisseur de l'argent;
« 3º Que s'il n'existe aucune relation entre la réalité et les colorations obtenues, on peut provoquer la localisation de certaines nuances.
» L'ensemble de ces phénoménes inexpliqués jusqu'ici fait l'objet d'une étude actuelle. »
([i]) (1) Si le cliché est insuffisamment poli et durci, il se produit un phénomène inverse : l'image ne s'atténue pas mais apparaît en positif (dans le cas d'un cliché négatif) et en relief. Dans ce cas, le traitement ultérieur donne plutôt des irisations et non des localisations de couleurs.
([ii]) (2) Beaucoup d'autres réactifs sont susceptibles de précipiter de nouveau l'argent à l'état de lames: l’hydrogène sulfuré nous a donné les meilleurs résultats.

Exposition universelle internationale de 1900 à Paris. Le bilan d'un siècle (1801-1900)

1900

Exposition universelle internationale

de

1900

à Paris.

Le bilan d'un siècle

(1801-1900)

par M. Alfred Picard

Tome premier. Education et enseignement. - Lettres. - Sciences. - Arts

pags. 458 - 474

Publicado em 1907

2. Photographie. - Nicéphore Niepce aborda en 1813 le probléme de la photographie et le résolut en 1823 Sur une plaque d'argent bruni, il étendait du bitume de Judée dissous dans l’huile de lavande. La plaque ainsi préparée était, soit placée dans une chambre noire en face de l’objet à photographier, soit recouverte, par exemple, d'une gravure à reproduire et exposée au soleil. Sous l'action plus ou moins enérgique des rayons lumineux qui la frappaient directement ou qui traversaient le papier de la gravure, le bitume devenait plus ou moins insoluble dans les essences. Un lavage à l'huile de lavande additionnée d'huile de pétrole blanche enlevait le bitume suivant sa plus ou moins grande solubilité et donnait une image positive ou une réserve susceptible d'être gravée. Ainsi Niepce avait trouvé la chambre noire, la production de l'image latente, le développemenL de cette image et l'héliogravure.

Daguerre, inventeur du diorama, s'associa à Niepce en 1829. L'usage de la chambre obscure lui avait inspiré le désir de fixer les images fugitives qui se forment dans cet appareil. Malheureusement, Niepce mourut en 1833. Six ans plus tard, le daguerreotype était rendu public par un remarquable rapport de Francois Arago à l'Académie des sciences. Le procédé consistait à soumettre une lame d'argent ou de plaqué d'argent aux vapeurs d'iode dans l'obscurité, à y provoquer ainsi le dépôt d'une mince couche d'iodure d'argent, à la placer pendant quelques minutes dans la chambre noire ou elle s'impressionnait, à l'exposer ensuite hors de l'action du jour aux vapeurs mercurielles qui se portaient et se condensaient sur les parties infiuencées par la lumiere, à y développer ainsi une image se dessinant en clair, enfin à dissoudre l'excès d'iode par l'hyposulfite de soude. Ce procédé donnait une épreuve positive extremement fine. Le Gouvernement français s'en rendit propriétaire; des rentes viagères furent allouées, l'une de 6,000 francs à Daguerre, l'autre de 4,000 francs aux héritiers de Nicéphore Niepce.

L'image daguerrienne présentait cependant des défauts: lenteur de l'impression, altérabilité du cliché au moindre frottement, renversement comme dans toutes les images de la chambre noire, unité de l'épreuve, miroitement, enfin noircissement par les gaz sulfurés de l'atmosphère. Divers savants s'efforcèrent d'y remédier. Claudet, en Angleterre, et Foucault, en France, associèrent le brome à l’iode, accrurent de la sorte la sensibilité, réduisirent la pose á quelques secondes et arrivèrent même à l'instantanéité. D'autre part, Foucault et Fizeau consolidèrent l’image en couvrant la plaque d'une faible solution d'hyposulfite double d'or et de sodium, puis en la chauffant par-dessous; les parties noires prenaient en même temps de la vigueur et l’épreuve était virée. L'image fut redressée à l'aide d'un prisme ou d'une glace placée devant l'objectif; mais alors la durée de la pose subissait une augmentation.

Dès avant la publication du procédé de Daguerre, Bayard avait obtenu directement à la chambre noire des épreuves positives sur papier. Il préparait ce papier au chlorure et à l'azotate d'argent, le mettait en pleine lumière jusqu'à complet noircissement, le lavait et le recouvrait d'une solulion d'iodure de potassium, qui renversait la sensibilité. La feuille, impressionnée dans la chambre noire, laissait apparaître l'image grace à la décomposition de l'iodure de potassium par les rayons lumineux et à la formation d'un iodure jaune clair d'argent. Plus tard, sans changer le principe de sa méthode, Bayard passa de la production d'une image directe au développement d'une image latente.

Un chimiste anglais, Talbot , poursuivant des recherches parallèles à celles de Niepce, Daguerre et Bayard, créa les images négatives sur papier. Sa méthode, dite calotype, était assez compliquée. La feuille de papier recevait d'abord une solution d'iodure d'argent dans l'iodure de potassium; puis elle subissait un séchage et un lavage, et, Se trouvait ainsi recouverte d'un précipité très fin d'iodure d'argent, insensible. Après dessiccation, Talbot sensibilisait la surface par une solution de nitrate d'argent additionné d'acide acétique et d'acide gallique, l’impressionnait et développait avec le même mélange. Une fois l’épreuve négative obtenue, il tirait des épreuves positives en plaçant sous la première feuille calotype des feuilles analogues et en soumettant le tout à la lumière. Baldus, Blanquart-Evrard, Legray perfectionnèrent le procédé de Talbot; Legray, notamment, imagina le papier ciré pour négatifs, ce qui permit d'avoir des papiers sensibles secs se conservant deux jours et davantage.

Malgré les améliorations réalisées, le grain du papier empêchait les finesses désirables pour les portraits et surtout pour les positifs da petites dimensions. En 1848, Niepce de Saint-Victor, neveu de Nicéphore Niepce, remplaca le papier du cliché négatif par le verre, qui offrait l'avantage d'une transparence parfaite. II préparait la couche sensible en répandant sur la plaque de l'albumine iodurée, puis en la plongeant dans un bain de nitrate d'argent additionné d'acide acétique. L’agent revelateur etait l'acide gallique ou le protosulfate de fer.

La lenteur de l'impression lumineuse et la dificulté d'avoir une couche d'albumine de pureté sufisante conduisirent les anglais Archer et Fry à recourir au collodion, idée déjà émise par Legray. Il y eut le procédé au collodion humide et le procédé au collodion sec.

Dans le procédé humide, on commençait par étendre sur le support du collodion additionné d'un iodure et d'un bromure alcalins; après évaporation de l'alcool et de l'éther, la couche encore spongieuse couvrant le verre était sensibilisée par une solution de nitrate d'argent, qui donnait naissance à de l'iodure et à du bromure d'argent; employée avant séchage, la plaque recevait l'impression lumineuse, qu'on développait aussitôt avec du sulfate de protoxyde de fer ou de l'acide pyrogallique mélangés d'acide acétique; enfin on fixait l’image négative, au moyen d'une solution d'hyposulfite de soude ou de cyanure de potassium, on lavait le cliché, on le séchait et on le vernissait afin de le protéger contre le frottement.

Au procédé du collodion humide, dificile à employer hors de l’atelier, se joignit le procédé du collodion sec. Coinme le collodion tendait, en séchant, à perdre sa porosité et aà devenir impénétrable aux réactifs de développement, différents moyens furent imaginés pour y pourvoir, spécialement par Taupenot (collodion albuminé) et par le major Russel (procédé au tanin).

Une variante du procédé au collodion humide, creée par Ad. Martin, donnait des épreuves positives directes, dites ferrotypes.

Poitevin inventa la photographie au charbon. Au cours de ses recherches pour l'amélioration de l'héliogravure, il avait constaté qu'un mélange de bichromate de potasse et de corps organiques gommeux ou mucilagineux, exposé à la lumière, devenait plus ou moins insoluble, par suite de la réduction partielle de l'acide chromique.

Partant de là, il opérait de deux façons pour produire des images positives au charbon. Dans l'une de ces méthodes, le papier était recouvert d'un mélange de bichromate de potasse et de gélatine ou d'albumine; après l'avoir soumis à la lumière sous un cliché négatif, on y appliquait au tampon de l'encre grasse et on procédait à un lavage. Dans la seconde méthode, la couche sensible était formée du même mélange avec addition de charbon, ce qui évitait l'opération de l'encrage. Le charbon pouvait du reste être remplacé par une autre substance colorante.

Ultérieurement, Poitevin, qui a rendu tant de services à la photographie et qui fut lauréat d'un grand concours ouvert par le duc Albert de Luynes, découvrit une troisième méthode, ayant pour origine la propriété des mélanges de perchlorure de fer et d'acide tartrique de devenir hydroscopiques sous l'influence des rayons lumineux. Il soumettait à la lumière sous le cliché négatif une glace recouverte d'un mélange de cette nature, puis y passait un blaireau contenant de la poudre de charbon, qui adhérait aux parties impressionnées et devenues hydroscopiques; enfin il la recouvrait d'une couche de collodion, qu'il reportait sur une feuille de papier et qui entraînait avec elle le charbon, reproduisant ainsi le dessin en positif sur le papier.

Tel était l'état de la science et de la pratique un peu avant 1870. Quels ont été les progreès accomplis depuis cette date? Quelle est la situation actuelle?

Parmi les divers procédés négatifs, c'est-à-dire parmi les procédés fournissant des phototypes à valeurs inverses, d'où on passe soit au tirage de multiples épreuves positives, soit à la confection de planches pour les impressions mécaniques, le procédé au collodion reste en faveur dans les ateliers de photogravure; il garde la suprématie au point de vue de la délicatesse et de la finesse des détails.

Le procédé au gelatino-bromure d'argent domine les autres applications de la photographie. Ses initiateurs, à des titres différents, ont, été fort nombreux; la chaîne va de Poitevin (1850) à Bennett, qui, le premier, publia en 1878 une excellente formule de préparation, en se fondant sur la sensibilité extrême prise par le gélatine-bromure, quand il à été soumis pendant quelques jours à une température de 30 degrés ou pendant quelques heures à une température de 100 degrés. Cette sensibilité est telle qu'on doit l’évaluer couramment par centièmes de seconde et qu'on descend meme aux millièmes de seconde. Déposé sur verre, le gélatine-bromure d'argent se conserve sans altération durant des années, et l'impression reçue offre une longue persistance.

C'est de l'invention des plaques à la gélatine sèche que date la diffusion des appareils portatifs.

Les plaques sensibles ordinaires sont plus rapidement impressionnées par les rayons bleus et violets que par les rayons rouges, oranges, jaunes ou verts. Elles faussent dès lors la gamme des tons lumineux dans les reproductions d'objets polychromes. L’emploi savemment réglé de certaines substances, en particulier de matières colorantes extraites du goudron de houille, a permis d'exalter la seirsibilité pour telle ou telle catégorie de rayons, de modérer l'activité d'autres rayons, de faire ainsi des plaques orthochromatiques, dont l'usage se combine avec celui d'écrans colorés. Ensuite sont venues les plaques panchromatiques, également sensibles à toutes les couleurs et respectant d’une manière complète les tonalités relatives. Plus tard, on a trouvé le moyen d'établir des plaques orthochromatiques, portant elles-mêmes leur écran. Il est regrettable que les plaques orthochromatiques et surtout les plaques panchromatiques ne se soient pas répandues davantage: l'objection tirée du ralentissement de l'impression ne saurait être considerée comme plausible, car le délai de pose, quoique allongé, reste très faible.

Une défectuosité des images, connue sous le nom de halo, est engendrée par la réflexion, sur la face postérieure du verre, des radiations qui ont traversé la couche sensible. Plusieurs expédients peuvent être mis en œuvre pour y obvier. II existe des plaques anti-halo, malheureusement un peu coûteuses.

En vue de rendre plus portatifs les appareils photographiques, on remplace souvent les plaques à support de verre par le papier ou lespellicules de celluloïd au gélatino-bromure d'argent, enroulés en bande continue dans des châssis spéciaux et susceptibles de recevoir une succession de négatifs. Cette substitution s'imposait d'ailleurs pour certaines chambres panoramiques et pour les appareils cinématographiques.

Il y a lieu de mentionner encore: les plaques spéciales propres à la photogravure ainsi qu'à la copie des sujets blancs et noirs, plaques dont la sensibilité est moindre, mais qui assurent une grande finesse; les plaques à pellicules réversibles, appropriées aux besoins de la photogravure et d la photocollographie.

Les révélateurs usuels se sont longtemps bornés au sulfate de fer, à l'acide gallique et à l'acide pyrogallique.

Actuellement, la photographie dispose d'un assez grand nombre d’autres réducteurs, préparés dans des conditions commodes pour le tansport et l'emploi.

Des renforcateurs et cles affaiblisseurs de négatifs sont respectivement fabriqués avec du bi-iodure de mercure et du sulfate d’ammoniaque.

Au premier rang des procédés photochimiques par lesquels on tire d’une epreuve négative un nombre plus ou moins considérable d'épreuves positives se placent les procédés aux sels d'argent, chlorure, bromure, citrate, lactate. Le commerce vend aujourd'hui des surfaces scnsibles toutes prêtes, notamment sur papier; des plaques spéciales sont aussi fabriquées pour les épreuves positives devant être vues par transparence, dites diapositives et employées aux projections ou utilisées soit dans le stéréoscope, soit dans le vitrail.

Dans le procédé au platine, le papier est recouvert d’un enduit d’oxalate ferrique et de chlorure de platine; la lumière fait passer l’oxalate ferrique à l’état d'oxalate ferreux; ce dernier composé, au sein d’une solution d’oxalate de potasse, précipite instantanément le platine et provoque la formation d'une image très stable.

Le procédé au charbon ou à la gomme bichromatée n'est autre que celui de Poitevin, dont j'ai déjà rappelé le principe. On emploie du papier enduit d'une mixture de charbon en poudre, de gélatine et d'eau, sensibilisé par une immersion de quelques minutes dans une solution de bichromate de potasse ou d'ammoniaque, puis séché dans l'obscurité. L'exposition de ce papier à la lumière sous un négatif détermine par insolubilisation partielle une image latente, qui est ensuite developpée au moyen de l'eau chaude. Ce développement exige presque toujours un ou plutôt deux transferts de la couche insolée, le premier transfert donnant une image renversée et le second une image redressée. Des méthodes évitant une telle complication ont été indiquées et appliquées pour le trait et la demi-teinte continue. Le charbon peut, d'ailleurs, être remplacé par d'autres matières colorantes inertes.

Un procédé de la même famille, dit procédé aux poudres, que je me contente de mentionner, fournit des images accusées par de la poudre d'émail. Après diverses manipulations, l'épreuve est vitrifiée au moufle.

Les dessins linéaires se reproduisent, soit au ferro-prussiate qui donne d'abord un negatif (image blanche sur fond bleu), d'où se déduisent les positifs (bleu sur blanc), soit au cyano-fer ou au gallate de fer, qui aboutissent immédiatement à des positifs.

Des l'origine, les créateurs de la photographie ont cherché à produire des planches, qui permissent le tirage d'épreuves positives sans le secours de la lumière et par des moyens purement mécaniques.En 1824 Nicéphore Niepce obtenait les premières planches graveées sur étain. Quelques années plus tard, des plaques daguerriennes étaient , à leur tour, transformées en planches gravees. Vers 1852, Talbot réussissait des éssais de gravure sur acier ou sur zinc; puis il améliorait progressivement ses méthodes et concevait notamment l'idée des trames ou réseaux, qui devait être reprise par ses successeurs.

Cependant; en 1854, l'illustration du livre au moyen de la photographiedébuta par des épreuves photochimiques ordinaires. Le tirage des épreuves était lent et coûteux; il y avait défaut d'harmonie entre le texte et les planches.

Les recherches furent poursuivies avec ardeur. Sans énumérer tous les savants ni tous les spécialistes qui s'y consacrèrent, il est juste de citer au moins deux noms, ceux de Poitevin et de Woodbury. On doit à Poitevin la photolithographie ainsi que l'impression á l'encre grasse sur gélatine bichromatée et l'aquatinte photographique. Woodbury prit un brevet pour la photoglyptie, dont l'élément essentiel était le moulage au plomb, sous la presse hydraulique, d'une épreuve en gélatine bichromatée.

Actuellement, les procédés d'impression photomécanique sont les suivants :

1º Photolithographie et ses dérivés. - Ce procédé consiste à dessiner photographiquement l'image sur la pierre lithographique, enduite de bitume de Judée ou de gélatine bichromatée, puis à aciduler, encrer et imprimer comme dans la lithographie ordinaire. La pierre, trop volumineuse et trop lourde, a fait place au zinc (photozincographie) ou à l'aluminium (algraphie).

Photocollographie. - De la gélatine bichromatée est étendue sur une dalle en verre et impressionnée à travers un cliché négatif. Les parties frappées par la lumière prennent l'encre et repoussent l’eau; au contraire, les autres parties absorbent l’eau et repoussent l'encre. On a ainsi une surface lithographique excellente pour un tirage restreint d'épreuves au trait ou à modelé continu.

3º Phototypographie; similigravure. - La phototypographie donne des planches en relief; elle a le très grand avantage de Se prêter à l'impression simultanée du texte et des figures qui s'y intercalent. Pour la reproduction de sujets au trait, l'opération offre une extrême simplicité: on recouvre la planche métallique de bitume ou d'un mucilage bichromaté, on l'impressionne à travers un négatif et on crée de la sorte des réserves entre lesquelles sont pratiquées des morsures successives. Quant à la phototypographie en demi-teinte ou similigravure, elle présente plus de complication: afin d'imiter la gravure au burin ou au pointillé, on interpose sur le parcours des rayons lumineux en avant de la plaque sensible un réseau de lignes simples ou croisées et très rapprochées; effets de diffraction atténuent plus ou moins les effets de la trame suivant l'intensité des radiations; les traits ou les points constituent le modelé.

4º. Photogravure en taille-douce. - C'est l'inverse de la phototypographie. La gravure au trait se réalise facilement par la même méthode que la phototypographie linéaire, sauf emploi d'un positif au lieu d'un négatif; elle ne nécessite qu'une ou plusieurs morsures peu pofondes, mais ne permet pas l'intercalation dans le texte et reste, dès lors, limitée aux œuvres où la pureté et la précision sont indispensables. Pour la gravure a demi-teinte, ie procédé le plus usuel est celui de l'aquatinte : il consiste à répandre sur la plaque de cuivre un grain de résine très régulier, à assurer l'adhérence de ce grain par la chaleur, à déposer ensuite la couche sensible, à l'impressionner au travers d'un positif et à pratiquer la morsure au moyen du perchlorure de fer qui traverse plus ou moins rapidement les zones d e gélatine selon leur épaisseur, c'est-a-dire selon l'impressiom lumineuse qu'elles ont reçue; cette gravure ne convient qu'aux ouvrages de luxe.

La gravure en relief ou en creux s'adapte aux impressions polychromes. Mais un problème autrement intéressant était celui de la reproduction directe des couleurs.

Reprenant des observations de Siebeck, J. Herschel1 et Hunt, au sujet de l'action d'un spectre très lumineux sur du papier sensibilisé par le chlorure d'argent, Edmond Becquerel parvint, le premier, à obtenir, vers 1848, des images en couleurs. Il employait, dans ce but, des plaques daguerriennes et formait à leur surface du sous-chlorure d'argent violet, au moyen de courants électriques et dans l'obscurité.Malheureusement, les images s'altéraient bientôt à la lumière blanche.

Niepce de Saint-Victor et Poitevin tentèrent, sans succès, d'accroître la stabilité des épreuves. Leurs recherches avaient, d'ailleurs, un caractère purement empirique.

En 1889, M. Lippmann éclaira la question d'un jour éclatant par sa découverte de la photographie interférentielle. Quand une couche sensible transparente est mise en contact avec un miroir réfléchissant, par exemple avec une couche de mercure, la rencontre des rayons incidents et des rayons rfleéchis produit des interferences au sein de cette couche sensible, y détermine des zones d'obscurité et des zones de clarté, y forme une sorte de réseau lamellaire composé alternativement d'espaces translucides et de lames obscures d'argent réduit. Les intervalles des lamelles correspondent aux longueurs d'onde des diverses couleurs du spectre (4 à 7 dix-milliémes de millimétre); elles donnent une couleur correlative à ces longueurs. Il sufit d'une seule plaque; d'une seule pose et d'un seul développement. Les couleurs demeurent fixées après un passage à l'hyposulfite. En fait, il n'y à pas de couleur sur la plaque; mais les lamelles décomposent la lumière blanche, font apparaître à l'œil les couleurs simples et même les nuances infinies des couleurs composées, rendent la coloration de l'objet reproduit. M. Lippmann a obtenu des résultats admirables. Néanmoins et malgré les progrès accomplis dans la préparation des plaques, la découverte n'est pas encore sortie du domaine scientifique.

Il y a peu de temps, M. Lippmann apportait une nouvelle contribution à la photographie des couleurs. Lorsque la couche sensible employée pour l'application de sa méthode est une pellicule bichromatée, on la fixe par un simple lavage à l'eau: les couleurs apparaissent en même temps, visibles tant que la couche reste humide; elles disparaissent par dessiccation et reparaissent chaque fois que l'on rend de l'humidité à la plaque. En substituant è l'eau pure une dissolution aqueuse d'iodure de potassium pour l'imbibition de la plaque, M. Lippmann a rendu les couleurs persistantes, quoique faiblement visibles, après séchage. Versant ensuite sur les couches ainsi chargées d'iodure de potassium à l'état sec une dissolution de nitrate d'argent , a 20 p. 100, il est parvenu à obtenir des couleurs extrêmement brillantes, qui subsistent avec tout leur éclat quand la plaque a été lavée et sechée. Les couleurs vues par transparence sont d'ailleurs changées en leurs complémentaires. Si on arrivait au même résultat en partant, non plus de couches bichromatées, peu sensibles et peu isochromatiques, mais de pellicules au gélatinobromure, il deviendrait possible de multiplier les épreuves en couleurs par tirage au châssis-presse, comme dans le cas de la photographie ordinaire.

Un jour, la pratique s'emparera de la photographie interférentielle. En attendant, elle recourt au procédé trichrome dont les précurseurs ont été H. Collen (1865), Ransonnet, Cros et L. Ducos du Hauron, et qui a pour base la proprieté des trois couleurs primaires rouge orange, vert jaunâtre et bleu violet, de pouvoir reproduire par leurs combinaisons toutes les autres couleurs spectrales. On fait trois négatifs correspondant à ces trois couleurs au moyen de plaques d'une sensibilité appropriée ou de plaques panchromatiques et d'écrans de la même couleur interposés sur le trajet des rayons lumineux. Ces négatifs permettent de passer aux positifs des couleurs complémentaires. Si la photographie doit être vue en projection, il sufit de colorer les positifs par des pigments placés dans la couche sensible, puis de projeter les trois images sur un écran blanc en les repérant avec soin; le même mode de coloration convient aux vues stéréoscopiques. Pour la photocollographie, on procède par voie de teinture. La phototypographie exige l'emploi de trames auxquelles on imprime une rotation de 30º, entre la première et la deuxième épreuve, puis entre la deuxième et la troisième. Quelquefois, l'addition d'une ou de deux impressions supplémentaires devient indispensable au rendu de toutes les nuances, ce qui complique encore les opérations. Les poses successives et identiques étant presque impossibles pour le portrait, l’industrie livre maintenant des chambres trichromes qui donnent á la fois les trois négatifs. Je dois enfin mentionner, sans y insister, les chromoscopes, appareils de contrôle de la trichromie photographique.

Récemment, MM. Lumière ont imaginé une nouvelle méthode d'obtention de photographies en couleurs, dont voici les traits essentiels d'après une communication du 30 mai 1904 à l'Académie des sciences. Des grains de fécule, divisés en trois lots, puis teints respectivement en rouge orange, en vert et en violet, sont, après dessiccation, mélangés dans des proportions convenables et étalés sur une lame de verre, qui a été préalablement recouverte d'un enduit poisseux. La surface ainsi preparée reçoit une couche d'un vernis mince, imperméable et possédant un indice de réfraction voisin de celui des grains de fécule. Sur ce vernis est coulée une émulsion sensible panchromatique au gélatino-bromure d'argent. On expose la plaque par le dos, de telle sorte que les faisceaux lumineux venant de l'objectif traversent les particules colorées avant d'atteindre la couche sensible. Le développement s'effectue à la manière ordinaire; mais, si l'on se contente de fixer la plaque à l'hyposulfite de soude, on a un négatif donnant, par transparence, les couleurs complémentaires de celles de l'objet photographié. Pour rétablir l'ordre des couleurs, il sufit, après développement, d'inverser l'image en dissolvant l'argent réduit par cette opération, et ensuite, sans fixer, de développer le bromure d'argent non influencé par la lumière lors de l'exposition dans la chambre noire.

Des perfectionnements continus ont été apportés aux appareils, et on est loin de l'outillage rudimentaire de Nicéphore Niepce ou de Daguerre.

Le premier objectif de Niepce fut une lentille détachée de son microscope. Parmi les savants à qui cet élément essentiel de l'outillage doit ses progrès les plus marqués, on peut citer Petzwal, physicien de Vienne, dont les calculs permirent de remplacer l'objectif simple à petit diaphragme, trop lent pour le portrait, par des objectifs doubles à grands diaphragmes beaucoup plus lumineux et plus rapides. Bertsch étudia de très près la question des objectifs; il combattit l'exagération du diamètre qui, suivant lui, ne devait pas depasser 0 m. 07, sous peine d'embrasser un angle plus ouvert que ne le font nos yeux et de produire, par suite, une déformation apparente des objets; il lutta aussi contre l'augmentation excessive de la distance focale, qui détruisait la netteté des premiers plans. À une époque récente, la maison Zeiss, d'Iena, réalisa d'importantes améliorations, grâce aux qualités réfringentes de ses verres; ses premiers anastigmats datent de 1891. Sous l'impulsion de MM. A. Martin et Wallon, nos opticiens, aidés par Mantois qui fabriqua les verres spéciaux nécessaires, sont parvenus à rivaliser avec leurs concurrents d'Allemagne.

Peu à peu, les appareils se sont sériés et appropriés à leur destination particulière. On sait l'immense essor pris par les appareils portatifs, jumelles, detectives, kodaks, vérascopes, etc.: il y a eu là un vaste champ pour l'ingéniosité des constructeurs. Des chambres accouplées ont été faites en vue des épreuves stéréoscopiques. Aux volumineux appareils panoramiques s'est ajoutée une categorie d'appareils très légers, remplissant le même office et fonctionnant à l'aide de bobines pelliculaires. Mentionnons aussi les appareils adaptes à l'emploi des trames de la similigravure ou à la trichromie.

Depuis la multiplication des chambres à main et la préparation de plaques d'une extrême sensibilité, on s'est preoccupé sans cesse de la structure et du fonctionnement des obturateurs. L'obturation dans la chambre noire près du chassis porte-plaque paraît la meilleure.

La cinématographie est une conquête relativement récente. Son origine remonte pourtant à 1873. En effet, au cours de cette année, M. Janssen imaginait son revolver astronomique pour enregistrer sur plaque daguerrienne les phases successives du passage de Venus devant le soleil: au foyer de la lunette braquée vers le soleil était une chambre photographique dont la plaque sensible tournait par saccades.

Cinq ans plus tard, Muybridge, de San-Francisco , saisissait les allures d'un cheval au moyen d'une série d'appareils photographiques: les obturateurs de ces appareils étaient successivement déclenchés par des fils que le cheval rompait en parcourant la piste.

En 1882, Marey créait la chronophotographie sur plaque fixe devant un champ obscur: un disque opaque percé de petites ouvertures et placé à l'avant de l'objectif était animé d'un mouvement de rotation continue; le passage des ouvertures déterminait les images successives des diverses attitudes d'un animal circulant ou volant entre le champ obscur et l'appareil, pourvu que cet animal fût vivement éclairé. Au lieu de se contenter d'un seul champ obscur avec son appareil, Marey ne tarda pas à en établir trois perpendiculaires entre eux, pour enregistrer les attitudes par rapport aux trois dimensions de l'espace et modeler ensuite les figures. L'obligation d'opérer devant un champ obscur restreignant beaucoup les expériences possibles, il analysa le vol libre des oiseaux à l'aide d'un fusil photographique, qui rappelait le revolver de M. Janssen, mais donnait des images 800 fois plus freéquentes.

M. Londe revint, en 1883, à la méthode de Muybridge et la perfectionna. Un dispositif analogue permit à M. le général Sébert d'analyser les phases du lancement des torpilles.

Afin de multiplier les images sans les superposer et les confondre partiellement, Marey recourut, en 1887- 1888, à divers expédients: limitation de l'éclairement et de la photographie à une ligne du sujet; mise en mouvement de l'appareil; réception du faisceau lumineux par un miroir mobile qui le renvovait à l'objectif. Puis vinrent trois modèles d'appareils pour la chronophotographie sur bande pelliculaire: un dispositif mécanique assurait la translation de la bande et son arret à chaque passage d'une fenêtre éclairante. À ces difiérents appareils s'en ajouta un autre combiné de telle sorte que l'opérateur pût, à volonté, travailler sur plaque fixe ou sur bande pelliculaire.

Comme Muybridge, Anschutz et Demeny, Marey chercha à réaliser, par la méthode de Plateau, la synthése des mouvements analysés. Lors de l'Exposition universelle de 1889, un zootrope montrait ainsi des hommes et des animaux en mouvement; mais il contenait trop peu d'images. En 1 893, Marey fit établir un projecteur chronophotographique à bande sans fin: l'instrument comprenait un jeu de lentilles et de miroirs pour l'éclairement, un mécanisme pour la mise en mouvement de la bande chargée d'images, un disque obturateur à fenêtres arrêtant ou laissant passer le faisceau lumineux, un objectif de grossissement; la pellicule s'arretait à chaque passage d'une fenêtre de l'obturateur. Si ingénieux qu'il fût, ce projecteur laissait subsister un sautillement fâcheux des images sur l'écran.

Pareille défectuosité n'existait plus dans le kinétoscope de M. Edison (1894), où la pellicule sensible était perforée à intervalles réguliers et entraînée par un cylindre à chevilles; ici la bande ne subissait pas d’arrêt, et la brièveté des périodes d’éclairement ( 1/7,000 de seconde) assurait la netteté des images.

MM. Lumière résolurent complètement, en 1895, le problème des projections de scènes animées, par leur admirable cinématographe. Les vues étaient recueillies sur une pellicule perforée comme celle d'Edison, entraînée par des grifles et passant d'une manière intermittente au foyer de l'objectif. Pour les projections, la bande recevait son mouvement d'un excentrique triangulaire, graduant les vitesses d'arrêt et de départ; une lampe électrique puissante l’éclairait vivement; les périodes d'arrêt représentaient les 2/3 du temps total. Les visiteurs de 1'Exposition de 1900 ont vu dans la salle des Fêtes un cinématographe géant, qui fournissait un grossissement linéaire de 800 et un grossissement superficiel de 640,000.

Parmi les variantes de cinématographes, on peut citer l'appareil du capitaine Gossart, à objectif oscillant (1867).

De son côté, Marey poursuivait la recherche d'une parfaite équidistance des images. Il réussit, par une modification du premier laminoir d'entraînement, sans perforer les pellicules. D'autre part, il corrigea, au moyen d'un frénage sur la bobine magasin servant aux projections, le retrait que les développements successifs déterminent toujours dans la pellicule positive.

Enfin, pendant l'année 1899, ce savant adapta la chronophotographie aux études microscopiques, en limitant les périodes d'éclairement a 1/500 de seconde pour soustraire les animaux à l'action de la chaleur et imagina le fusil chronophotographique à bande pelliculaire.

Point n'est besoin d'insister ici sur le, rôle immense et sans cesse grandissant de la photographie.

Elle domine dans l'illustration du livre et y a déterminé une véritable révolution par l'abaissement du prix des planches et des figures, aussi bien que par la fidélité des reproductions. On peut maintenant illustrer les ouvrages sans compter les gravures avec la même parcimonie; l'illustration est devenue abordable pour de nombreuses publications qui naguére en restaient dépourvues; les descriptions sèches et arides vivent, s'animent, se clarifient et prennent plus de simplicité.

Les arts, qui d'abord firent grise mine à la photographie, lui demandent fréquemment son concours et trouvent en elle un merveilleux instrument de vulgarisation. Son emploi permet de répandre dans les couches profondes de la population la connaissance des œuvres artistiques, tableaux, sculptures, monuments.

C'est peut-être à la science que la photographie rend les plus éclatants services. La « rétine scientifique » possède un pouvoir de vision incomparablement supérieur à celui de l’œil, aidé des meilleurs instruments; elle découvre des astres inconnus, révèle les etoiles de 17e et de 18e grandeurs, décompose les nébuleuses: on peut dire que le gelatinobromure d'argent voit l'invisible. Des clichés d'une sincérité irrécusable enregistrent les phénomènes célestes. La carte photographique du ciel, dont j'ai parlé dans un précédent chapitre, restera comme le legs precieux du XIX siècle.

À côté de l'invisible par la distance, il y a l'invisible par les dimensions. La photographie reussit á montrer l'infiniment petit avec des grossissements qui atteignent 11,000 diamètres.

Née d'hier, la radiographie, dont le regard traverse les corps opaques, a déjà étendu et étendra davantage encore le champ des explorations photographiques.

La chronophotographie est un puissant auxiliaire des études physiologiques: locomotion terrestre, locomotion dans l'eau, locomotion dans l'air, mouvements fonctionnels, phénomènes nerveux, etc., s'analysent et se synthétisent avec une impeccable rigueur. En géométrie, les appareils chronophotographiques fournissent l'image des surfaces, sphéres, hyperboloïdes de révolution, etc., qu'engendre une tige blanche et éclairée, dans ses déplacements entre l'objectif et le champ obscur; en mécanique, ils se prêtent à des constatations du plus haut intérêt sur la chute des corps, sur les faits si complexes de l'hydrodynamique, sur les mouvements de l'atmosphère, sur la résistance de l'air aux appareils volateurs, sur les vibrations des cordes.

II n'existe pour ainsi dire pas de laboratoire qui n'ait dans ses dépendances nécessaires un atelier photographique.

M. le colonel Laussedat a été l’initiateur de la métrophotographie, art de restituer les plans et élévations des monuments ou les plans de terrains avec courbes de niveau, d'après des vues photographiées.

La photographie est l'auxiliaire incessant de l’industrie dans toutes ses branches.

Elle sert á l'Administration sous les formes les plus diverses. Pour ne citer qu'un exemple, on a vu, pendant le siège de Paris, un seul pigeon voyageur emporter jusqu'a 40,400 dépêches réduites à une échelle infinitésimale et tirées sur pellicule.

Non contente de son domaine terrestre, la photographie a conquis les airs avec le ballon et le cerf-volant. Elle est en tout et partout.

1900, 29 de Janeiro - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. CXXX
Nº. 5
Pag. 278
*
M. Lippmann présente à l'Académie, au nom de M. Antoine Cros, trois épreuves photographiques en couleurs, exécutées d'après des tableaux. Le procédé employé est celui de Charles Cros. M. Antoine Cros affirme que la finesse et la justesse de ces épreuves sont dues à ce qu'elles ont été faites sans aucune retouche, et par l'application pure et simple de la méthode inventée par son frère.

1900, 19 de Fevereiro - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. CXXX
Nº. 8
Pag. 495, 496
*
OPTIQUE - Sur une méthode pour la mise au point d'une lunette photographique. Note de M. Georges Meslin, présentée par M. A. Cornu.

« M. Lippmann a indiqué récemment (1) ([i]) pour la mise au point d'un collimateur une méthode très simple, qui consiste à insérer un bilame qui dédouble l'image tant qu'on ne se trouve pas dans les conditions requises. Je me suis proposé de chercher si l'on ne pourrait pas employer un caractère analogue pour la mise au point d'une lunette ou d'une plaque photographique, et substituer ainsi à l'appréciation d'une netteté plus ou moins grande, observée d'ailleurs à des instants différents, un phénomène de duplication d'image qui cesserait lorsque le verre dépoli serait exactement dans le plan voulu. On peut y parvenir de la facon suivante :
» Il suffit de viser, dans le plan dont on veut obtenir l'image, soit une fente fine vivement éclairée, soit le filament d'une lampe à incandescence, soit même une ligne brillante, puis d'interposer sur l'objectif de la lunette un écran formé par une lame opaque dont les côtés sont approximativement parallèles à la ligne visée; dans ces conditions, si le verre dépoli n'est pas au point conjugué, l'image de la fente se trouvera dédoublée en deux autres séparées par une bande noire, facile à expliquer et dont la largeur dépendra de l'écran interposé, de l'objectif et de l'écart par rapport à la mise au point correcte.
« J'ai essayé cette méthode avec une lunette photographique et un collimateur et j'ai constaté que l'incertitude sur le tirage était moindre lorsqu'on utilisait ce caractère du dédoublement que lorsqu'on se bornait à considérer la netteté ou l'élargissement des images.
» Cette méthode s'applique aussi bien lorsque l'objet est à distance finie que lorsqu'il est à l’infini; mais, dans ce dernier cas, par exemple pour la photographie sidérale, on peut utiliser, au lieu d'un écran opaque, un bilame qu'on mettra en avant de l'objectif, la pointe tournée vers celui-ci; il rejettera les faisceaux de part et d'autre et supprimera l'action de la partie centrale de la lentille. Au contraire, si l'objet était à distance finie on obtiendrait toujours une duplication par l'emploi d'un bilame et il est alors nécessaire de recourir à une bande opaque qu'on élargit au fur et à mesure qu'on approche de la position cherchée, en conservant cependant assez de largeur aux faisceaux pour éviter de rendre prédominants les phénomènes de diffraction. »
([i]) (1) Journal de Physique, p.594 ; 1899.

1900, 23 de Abril - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. CXXX
Nº. 17
Pag. 109
*
M. A. Graby adresse une Note sur une « Nouvelle méthode de photographie des couleurs ».

(Commissaires: MM. Lippmann, H. Becquerel.)

1900, 7 de Maio - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. CXXX
Nº. 19
Pag. 1232
*
MÉMOIRES PRÉSENTÉS.

M. Giacomo Giordano adresse une Note relative à une substance employée en Photographie « la Viscosine ».

(Renvoi à la Section de Physique.)

1900 - Exposition Universelle de 1900: les plaisirs et les curiosités de l'exposition (Guide Chaix)

Exposition Universelle de 1900:
les plaisirs et les curiosités de l'exposition


Guide Chaix
Paris
1900
Pag. 219
*
Premier étage des Palais du Champ de Mars.
…/…
Classe 12. - La classe de la photographie occupe les galeries de l'angle de droite du palais. Elle est de nature à intéresser vivement les visiteurs en raison des progrès accomplis depuis 1889. Cette exposition comprend plusieurs divisions:
1º l'exposition scientifique formée soit de spécimens de travaux scientifiques accomplis en vue des progrès de la photographie, soit d'applications intéressantes de la photographie à la science, par exemple à l'astronomie (carte du ciel), à la micrographie, à la photographie des couleurs, etc.; - 2º l'exposition d’art photographique, représentée par les travaux des membres du Photo-Club de Paris et de quelques amateurs; - 3º l'exposition de la photographie professionnelle: portraits, reproductions d'œuvres d'art, applications industrielles, tels que les portraitts, agrandissements, émaux vitrifiés de la maison Nadar et d'un grand nombre d'autres; - 4º l'exposition des œuvres de la photogravure: applications à l'art du livre; productions monochromes et polychrornes; - 5º l'exposition des appareils et des produits photographiques.
Cette classe, qui comprend environ quatre cent cinquante exposants, est des plus brillantes. Elle sera d'autant plus visitée que les personnes qui s'occupent de photographie en amateurs deviennent de plus on plus nombreuses.
Exposition rétrospective de la classe 12. – Spécimens fort curieux des procédés et appareils depuis l'invention de la photographie jusqu'en 1889.

1900 - le Guide de l'Exposition de 1900

Le guide de l'Exposition de 1900
par
H. Lapauze, Max de Nansouty, A. da Cunha, H. Jarzuel, G. Vitoux, L. Guillet,...

E. Flammarion, Paris
1900
Pag. 105, 106, 107
*
CL. 42. - Photographie. - Matériel. -Procédés et Produits.
Comité d’admission et d’instalation. -Pr. : Le Dr Marey. V.-Pr. : A. Davanne. Rap. :L. Vidal. S. : N. Berthaud. T.: Poulenc.

1889. - La photographie se trouvait dans une époque de transition, les plaques au gélatino-bromure avaient été inventées et se présentaient déjà dans un état de perfection qui n'a guère été dépassé depuis, mais l'instantanéité n'était pas encore répandue; les appareils à pied encombrants et pesants étaient fort en honneur et si quelques chambres à main se trouvaient déjà en circulation, elles n'obtenaient pas encore le succès qu'elles ont eu depuis. La photographie d'amateur n'était pas encore à son apogée. Nous pouvons dire que 1889 fut la plus belle époque de professionnalisme. Le charbon fort en usage il y a dix ans, était employé avec tous les soins et tout le succès possibles.
1900. - Aujourd'hui, les choses sont complètement changées, car la photographie s'est universellernent répandue dans le public par les applications nombreuses de l'instantané; las appareils se sont modifiés pour prendre la forme de jumelles, les objectifs peuvent, grâce aux formules anastigmatiques, travailler à pleine ouverture, malgré une distance focale réduite, enfin les obturateurs et les magasins sont près d'atteindre la perfection. La photographie aujourd'hui est du domaine commun, elle est entrée dans toutes les classes.
Deux grandes inventions ont marqué une date dans la photographie: le cinématographe et la photographie descouleurs. Si la première s'est présentée dès le premier jour avec toute la perfection désirable, on ne peut en dire autant de la seconde, les merveilleuses découvertes de M. Lippmann permettant d'obtenir des images de laboratoire, mais non d'atelier, il reste encore à faire entrer la photographie des couleurs dans la pratique.
La photographie d'art inconnue il y a dix ans, possède maintenant une vitalité incontestable; des maîtres se sont formés, ils donnent à leurs œuvres un cachet d'art indéniable qui permet d'attribuer aux tableaux une valeur morale indépendante de toutes les autres. Le Photo-Club de Paris a puissamment contribué au développement da cette branche nouvelle de l'art. Parmi les membres qui produisent les plus belles œuvres nous pouvons citer MM. Puyo, Demachy, Bucquet, comte Tyskiewiez, Naudot, etc.
Rétrospective.- Celle-ci est peu importante, la photographie étant un art moderne. M. Vidal nous montre une collection intéressante de clichés dus à Daguerre; c'est le commencement de l'histoire de la photographie qui se trouve terminée dans la production des clichés en couleurs qu’expose M. Lippmann. Nous voyons aussi les appareils réunis par M. Marey et rappelant toutes les étapes du cinématographe. Le Photo-Club montre les images dues à Bayard, contemporain de Niepce; ce sont les premiéres obtenues sur papier albuminé. Une collection fort intéressante de caricatures et d'images se rapportant a la photographie nous donne les impressions produites depuis cinquante années sur le public par cet art nouveau; la caricature n'est-elle pas la meilleure expression des états d’âme?

Exposition Universelle Internationale de 1900 à Paris. Rapports du Jury International. Cap. I, II

Exposition universelle internationale

de

1900

à Paris.

RAPPORTS DU JURY INTERNATIONAL

 

Groupe III. – instruments et procédés généraux des lettres, des sciences et des arts

CLASSES 11 À 18

 

CLASSE 12

PHOTOGRAPHIE

Rapport du Jury international

Par M. Léon Vidal

 

PARIS

IMPRIMERIE NATIONALE

MCMII

Cap. I, II        

 

COMPOSITION DU JURY.

 

BUREAU.

 

MM.           DAVANNE (A.), président du Comité d'administration de la Société française de photographie (jury, Paris 1878, 1889; vice-président des comités Paris 1900, président           France

                     

           EDER (le docteur J.-M.), conseiller aulique, à Vienne, vice-président           Autriche

                     

           VIDAL (Léon), presse photographique (médaille d'or, Paris 1878; jury, Paris 1889 ; rapporteur des comités, Paris 1900), président honoraire de la Chambre syndicale des photographes, rapporteur           France

                     

           PRICAM (A. E.), photographe (jury, Paris 1889), président de la Société des photographes suisses, à Genève, secrétaire           Suisse

                     

JURÉS TITULAIRES FRANÇAIS

                     

MM.           BRAUN (Gaston), photographe des Musées nationaux (jury, Paris 1889 ; comités, Paris 1900)   France

                     

           BUCQUET (Maurice), président du Photo-Club (comités, Paris 1900)   France

                     

           DEMARIA (Jules), appareils photographiques [maison Demaria frères], président de la Chambre syndicale des fabricants et négociants de la photographie           France

                     

           FLEURY-HERMAGIS (Jules), instruments d'optique (comités, médaille d'or, Paris 1889; comités Paris, 1900), président d'honneur de la Chambre syndicale de la photographie [constructeurs]            France

                     

           MAREY (le docteur Jules), membre de l'Institut et de l'Académie de médecine, chronophotographie scientifique (président des comités, Paris 1900), membre d'honneur de la Société française de photographie et du Photo-Club de Paris           France

                     

           NADAR fils (Paul), photographe, portraitiste [médaille d'or, Paris 1878; grand prix 1889; comités, Paris 1889; comités, Paris 1900]   France

                     

           PROVOST (Antoine), photographe [médaille d'or, Paris 1889]           France

                     

           WALLON (Étienne), professeur de physique au lycée Jeanson-deSailly [comite d'admission, Paris 1900]           France

                     

JURÉS TITULAIRES ÉTRANGERS

                     

MM.           MIETHE (le docteur), professeur de science photographique à 1'École supérieure technique, á Chardottenbourg            Allemagne

                     

           CAMERON (Edgar), critique d'art à la Chicago Tribune.            États-Unis

                     

           HERTSLET (E. Cecil), consul général de S. M. Britannique, au Havre.           Gde-Bretagne

                     

           LEONINO (le baron David) Italie

                     

JURÉS SUPPLÉANTS FRANÇAIS

                     

MM.           Bourgeois (Paul), photographe amateur, secrétaire général du Photo-Club de Paris [comité d'installation, Paris 1900]           France

                     

           Boyer (Paul), photographe portraitiste et paysagiste [médaille d'or, Paris 1889 ; comité d'admission, Paris1900]           France

                     

           GEISLER (Louis), papiers, photogravure, impressions diverses [comités, Paris1900].            France

                     

JURÉS SUPPLÉANTS ÉTRANGERS

                     

MM.   Lanier van Monckhoven (A. de), fournitures pour la photographie           Belgique

                     

           Dubouloz (José), juge suppléant au tribunal de Commerce de la Seine           Équateur

                     

           Engelsted (C.), vice-consul de Danemark           Danemark

                     

           poulat (julio), inspecteur des potes du Mexique, publiciste           Mexique

                     

           Desmazières (le comte) Grèce

                     

EXPERTS

                     

MM.           Berthaud (Michel), phototypie, président de la Chambre syndicale de la photographie           France

                     

           Carpentier (Jules), membre du Bureau des longitudes, ancien ingénieur des manufactures de l’État, petite mécanique et appareils à l’usage des sciences           France

                     

           Gilles (Émile), ébéniste           France

                     

EXPOSANTS HORS CONCOURS

                     

MM.   Braun (Gaston), France ; Demaria frères, France ; Fleury-Hermagis (Jules), France ; Nadar (Paul), France ; Provost (Antonin), France ; Chambre syndicale des fabricants et négiciants de la photographie, France ; Boyer (Paul), France ; Dubouloz (José), Équateur ; Geisler (Louis), France ; Desmazières (Comte), Grèce; Pricam (E.) et fils, Suisse , membres du jury ; Berthaud  frères, France ; Carpentier (Jules), France ; Gilles (Émile), France, membres experts du jury ; Fumouze (Dr. Armand), Suisse ; Institut Polygraphique, Suisse ; Buexenstein (Georges), Allemagne ; Boys (C. Vernon), Grande-Bretagne ; Société des lunetiers, France ; Nachet (Carle de Mazibourg), France ; Gachet, Guyane française ; Compagnie française de l’afrique occidentale, Sénegal ; Ottolini, Chevaillier, Mallet et Cie à Paris, France ; Van Monekhoven à Gand, Belgique.

                         

CHAPITRE I.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

 

Entre l’état de la photographie à l’époque de l’Exposition universelle de 1889 et celui dont nous avons la délicate mission de dresser le bilan, à la suite de l'Exposition de 1900, il existe des différences considérables, au profit des progrès réalisés non seulement du côté des perfectionnements apportés aux procédés et appareils appliqués, mais encore dans le sens de la généralisation toujours plus grande de l'emploi de la photographie.

Certaines méthodes, nouvelles en 1889, et qui constituaient alors des nouveautés d'un bien grand intérêt, n'ont cessé de s’affirmer quant à leur valeur pratique et à leur uti1ité; elles ont pris depuis, une expansion vraiment extraordinaire.

Nous voulons parler des plaques sèches à la gélatine qui, alors, succédaient dans leurs applications courantes, aux plaques collodionnées employées à l'état humide ou sec.

La fabrication des plaques à la gélatine était alors presque à son début, tandis qu'elle a pris, depuis ces onze dernières années, un essor considérable.

Il en est de même de la Phototypogravure à demi-teinte.

Ce mode de transformation des images à modelés continus dont quelques rares spécimens figuraient dans l'Exposition de 1889 s'est répandu à ce point qu'on ne peut plus guère s'en passer pour l'illustration du livre; presque tous les phototypograveurs le pratiquent, et, fait bien curieux et non moins important à signaler, il est devenu le procédé le plus répandu de tirage photo-mécanique rapide aussi bien pour les sujets monochromes que pour les impressions polychromes.

C'est l’à un des progrès les plus marqués qui se soit accompli durant la période écoulée entre 1889 et 1900.

Déjà, dans notre rapport de 1889, nous avions à parler des plaques orthochromatiques, soit douées d'une sensibilité spéciale à de certaines couleurs: de beaux travaux accomplis avec l'aide de ces plaques, avaient particulièrement attiré l'attention des photographes. Ce n'était qu'un début dans une voie plus féconde; depuis on a cherché à rendre les plaques non pas seulement sensibles à telle ou telle couleur mais à toutes; c'est de cette recherche que sont nées les plaques panchromatiques Lumière, les plaques spectrum Cadett.

L'intérêt de ces nouvelles couches sensibles ne saurait échapper quand on sait qu'elles se prêtent merveilleusement à la reproduction photographique des objets colorés, par voie d'analyse d'abord, puis par une reconstitution synthétique, dont l'analyse à l'état de clichés négatifs est la base.

A ce point de vue, le parallélisme entre les deux expositions qui nous occupent est fort à l'avantage de la plus récente où l'on a pu remarquer d'admirables résultats de cette belle application.

Il est d'autres nouveautés dignes d'être signalées sauf à y revenir, ainsi que sur celles qui précèdent, d'une façon plus détaillée.

Citons, par exemple, l'application d'une sorte de procédé au charbon à la création d’œuvres d'un intérêt plus artistique, d'un caractère plus personnel, il s'agit du procédé Artigue et d'un procédé analogue très répandu, parmi les amateurs surtout, désigné sous le nom de procédé à la gomme bichromatée; il se distingue du procédé au charbon courant par ce fait que le développement s'exécute directement, sans transfert, sur la surface de la mixtion impressionnée.

Dans la voie des impressions chimiques il est également une nouveauté vraiment intéressante à un point de vue industriel, c'est celle qui est relative à la photographie dite rotative (1) ([i]).

Les papiers gélatinés, sensibilisés au bromure d'argent, existaient déjà et étaient d'un emploi fréquent en 1889, mais on a perfectionné ce moyen d'impression à l'aide de machines spéciales permettant des tirages rapides et d'un coût relativement peu élevé.

L’œuvre n’est pas complètement mécanique puisqu'un développement chimique intervient après l'action lumineuse obtenue artificiellement, mais elle s'accomplit dans des conditions tellement pratiques, et par suite industrielles, qu'on peut arriver, par ce moyen, à des tirages réguliers autant que rapides, et, point important à constater, ces sortes d'images, bien que formées par un dépôt d'argent, semblent être douées, comme celles obtenues par développement, d'une stabilité bien autrement assurée que celle des épreuves à tirage visible sur divers composés argentiques.

De très grands progrès ont également été accomplis dans l’optique et dans les appareils photographiques.

Les objectifs ont été perfectionnés aussi bien quant à leurs conditions essentielles qu'à la composition de leurs matières.

Les appareils, surtout ceux qui ont la qualité principale d'être portatifs, se sont multipliés à l'infini, affectant les combinaisons et les formes les plus diverses et dénotant, de la part de leurs constructeurs, la plus grande ingéniosité.

C'est grãce aux facilités ainsi données à l'emploi, partout et par tous, de la reproduction photographique instantanée, bien souvent, que les applications de l'art de copie par la lumière ont pu se répandre et que des industries considérables ont pu se créer et prospérer pour la fabrication des accessoires, produits et plaques sensibles, compléments indispensables de l’emploi de la chambre noire.

Évidemment, entre l'Exposition de 1889 et celle de 1900, ce mouvement s'est produit et développé avec une surprenante rapidité, il est loin encore d'être arrivé au terme de sa progression.

Une autre nouveauté à signaler est celle de la cinématographie qui, en 1889, n'était guère représentée que par des spécimens de chronophotographie d'un caractère plus spécialement scientifique.

Après les magnifiques séances organisées par la Maison Lumière, le cinématographe s'est vulgarisÉ et a donnÉ lieu À la crÉation d'instruments de projections très variés conduisant tous au même but: la reproduction des objets en mouvement, des vues animées.

C'était l'action ajoutée à la copie du dessin et à la reproduction de la couleur. On voit tout l'intérêt que présente cette superbe application et de quelle utilité elle est pour la science.

Pour clore ce rapide coup d’œil jeté sur l'ensemble des principaux progrès réalisés depuis l'avant-dernière Exposition universelle, il nous reste à mentionner la découverte, en 1894, des rayons Rœntgen.

Ce fait ne semble pas, de prime abord, être du ressort immédiat de la photographie mais, en y réfléchissant, on arrive à trouver qu'il fait bien partie de son domaine, par la radiographie, puisqu'il consiste dans l’action exercée sur des plaques sensibles photographiques par des radiations qui, bien qu'invisibles, ne semblent pas moins appartenir á une zone spectrale située quelque part au delà des rayons ultra-violets; leur propriété a cela de spécial qu'elles peuvent agir à travers des corps opaques, impénétrables aux radiations antérieurement connues.

Ce fait, si intéressant qu'il soit, n'est encore qu'un point de départ vers des horizons bien autrement étendus.

Nous arrêterons l’à cet aperçu, ayant a entrer encore dans quelques considérations générales avant d'aborder les questions plus immédiatement tributaires de ce rapport.

Nous tenons pourtant à dire, dès maintenant, que l'exposé technique de chaque nature de procédé se trouvera reporté en tête de chacun des chapitres relatifs aux procédés, appareils, produits et accessoires, de même que l’importance et la variété des grandes applications artistiques, scientifiques et industrielles de la photographie se trouveront indiquées plus loin au chapitre spécial à ces applications.

 

CHAPITRE II.

GÉNÉRALITÉS SUR LA CLASSE 12.

 

La photographie occupe, dans la classification générale , la Classe 12 (1) ([ii]) ainsi que cela était lors de la précédente exposition. Elle comprend également tout l'ensemble des résultats ou procédés, du matériel et des produits.

La Classe 12 est décomposée en deux sections distinctes:

 

I. Matières premières, instruments et appareils de la photographie. Matériel des ateliers de photographie.

II(2) ([iii]). Photographie négative et positive sur verre, sur papier, sur bois, sur étoffe, sur émail. La Photogravure en creux et en relief; photocollographie; photolithographie. Épreuves stéréoscopiques. Agrandissements et micrographie photographiques. Photochronographie. Photochromie directe ou indirecte. Applications scientifiques et autres de la Photographie.

 

Ce programme ne diffère pas sensiblement de celui de 1889; on y a pourtant ajouté la Photochronographie et la Photochromie directe; il n'était question dans la classification de 1889 que de la Photochromie en général, la Radiographie n'y a pas été mentionnée.

Il y a lieu de remarquer que pour 1889 on n'avait prévu aucune catégorie distincte à établir pour le jugement et l'attribution des récompenses, tandis qu'en 1900, ainsi que l'indique la note ci-dessous, les exposants devaient être répartis en deux catégories, celle des savants et amateurs et celle des photographes ou photograveurs professionnels.

Le Rapporteur a ajouté au nom de chaque exposant un indice relatif à la catégorie dans laquelle il pouvait être classé.

Seulement, pour éviter l'abus des désignations trop diverses, il s'est borné aux

quatre indices suivants :

(P) pour les professionnels;

(M) pour le Matériel (produits , appareils, etc.) ;

(S) pour les Savants ;

(A)  pour les Amateurs.

Malheureusement ces qualités n'ayant été indiquées ni dans les procès-verbaux des séances du Jury ni dans le Catalogue officiel, d'ailleurs fort incomplet, - vu que bon nombre d'exposants n’y figurent pas, - il se peut qu'un certain nombre d'erreurs aient été commises surtout en ce qui concerne les amateurs et les photographes professionnels.

Il est à désirer que, lors d'une nouvelle exposition, la caractéristique de chaque exposant soit bien nettement indiquée dans les demandes d'admission, dans le Catalogue et le Palmarès.

Il convient de remarquer, - et c'est une sorte d'atténuation aux indications erronées qui ont pu se produire, - que le nombre des amateurs exposants s'est trouvé fort restreint en dehors des deux collectivités celle du Photo-Club (1) ([iv]) de Paris et celle des Amateurs du Royaume-Uni (2) ([v]).

Nous croyons nécessaire de rappeler que la Photographie était bien à sa place parmi les arts libéraux comprenant :

               

Classe 11.                La Typographie et autres impressions.

Classe 13.                La Libraire, la Reliure et les Journaux.

Classe 14.                Les Cartes et Appareils de Géographie et de Cosmographie. - Topographie.

Classe 15.                Instruments de précision, Monnaies, Médailles.

Classe 16.                Médicine et Chirurgie.

Classe 17.                Instruments de musique.

Classe 18.                Matériel de l’art théâtral.

               

Nous nous livrons à dessein à cette énumération pour que le moindre doute ne puisse résister a la comparaison, ou pour mieux dire, a l'assimilation possible, entre ces divers arts et sciences et la Photographie qui est bien un art graphique, un art de copie a l'aide duquel se trouve perfectionné et simplifié l'art spécial de la lithographie et de la Gravure, qui a remplacé l'art du miniaturiste pour portrait sur papier et sur émail; un art d'illustration du livre permettant l’introduction , au sein des textes divers, et á l'aide de reproductions purement automatiques, de vignettes rappelant les objets eux-mêmes et constituant, pour l'avenir, les souvenirs les plus exacts de la réalité et, par suite, les plus authentiques.

Cet ensemble de faits permet d'expliquer en même temps qu'en dépit du rôle si important joué par la photographie, comme auxiliaire des beaux-arts, elle ne saurait leur appartenir à un autre titre.

Non pas, qu'elle ne puisse conduire à faire œuvre personnelle, mais elle n'y arrive qu’à l'aide de moyens et de procédés exclusifs de toute création immédiate. Il lui faut toujours passer par une composition matérielle préalable à l’œuvre de copie automatique; une grande part peut donc être faite à l'art pur quant au choix des modèles, à leur arrangement, à leur éclairage, mais le résultat graphique n'est plus ensuite qu'un travail, a peu près mécanique, dont la conception artistique de l'opérateur n'est pourtant pas absolument exclue, puisqu'il peut, à son gré, régler, dans une certaine mesure, l’intensides valeurs, exagérer ou atténuer les contrastes.

Aussi, tout en faisant la part la plus large à la somme d'art pur que peut comporter l'emploi de la photographie á l'exécution graphiques douées d'un caractère personnel, doit-on se montrer très sobre dans les appréciations tendant á l'assimilation de cette si merveilleuse méthode de copie aux arts d'interprétation et de création proprement dits.

Il ne résulte pas de cette réserve que la Photographie ne puisse être, au point de vue légal, considérée comme donnant droit à la propriété des œuvres qu'elle produit et par suite á une protection légale de ces œuvres.

Bien qu'il y ait eu des doutes à cet égard et que certaines législations en soient encore à attendre l'affirmation pratique de cette vérité, il semble maintenant admis, d'une façon très générale, que l'on peut compter sur la propriété de l’œuvre photographique. L'usage de la jurisprudence, à défaut d'une loi formelle, l'admet ainsi en France, et l'on est à se demander pourquoi ce qui est une vérité reconnue par tout le monde, tarde autant à faire l'objet d'une loi spéciale.

Il est vrai qu'en l'attendant on jouit du bénéfice de l'assimilation légale de la Photographie aux œuvres d'art pur. Il est peu que le jour où une loi spéciale sera votée, la propriété de l’œuvre photographique soit d'aussi longue durée et s'étende à cinquante ans après le décès de l'auteur. II est à craindre que cette loi soit plutôt analogue à celle qui est relative à la propriété industrielle dont la durée est bien moindre.

Quoi qu'il en soit l'opinion générale est de plus en plus favorable á la protection des œuvres photographiques et ce n'est plus qu'une question de degré quant à la durée de cette protection.

Lors de l'Exposition universelle de 1889, photograveurs avaient cru préférable à leurs intérêts d'exposer plutôt dans la Classe 11 (Imprimerie). La question fut posée à l'Administration, qui répondit qu'à son avis la photogravure devait faire partie de la Classe 12. Le même cas s'est présenté en 1900. L'Administration consultée s'est montrée moins explicite et la difficulté n'a pas été tranchée dans un sens nettement unilatéral.

Si nous consultons la classification générale, nous trouvons á la Classe 11, Titre II: « Spécimens, en noir et en couleur, de typographie, de lithographie, de taille-douce et d'impressions diverses », et encore « Épreuves de gravures et de dessins obtenus, reproduits, agrandis ou réduits par procédés mécaniques ou photographiques ».

D'autre part nous lisons à la Classe 12, II…… »Photogravure en creux et en relief; photocollographie, photolithographie, etc. »

Il est bien évident que ces deux classes admettent des similaires; seulement il est permis de distinguer entre la nature des produits exposés suivant qu'ils représentent soit les procédés employés pour réaliser la photogravure proprement dite, soit l'impression des clichés ou planches de photogravure.

Dans le premier cas, celui qui est relatif aux procédés employés, c'était dans la Classe 12 qu'on devait exposer et pour le deuxième, soit celui concernant l'impression proprement dite des planches ou clichés, la Classe 11 se trouvait naturellement indiquée.

Il est impossible d'admettre qu'on ait songé à faire juger par le Jury des imprimeurs les procédés photographiques propres a l'obtention des clichés ou planches de photogravure.

Toutefois la confusion s'est établie et l’on a vu des photograveurs récompensés dans les deux classes pour le même objet.

Il serait à désirer que l'on prît à l'avenir une décision dans un sens ou dans l'autre, et que les attributions des deux Classes 11 et 12 se trouvassent plus nettement définies en ce qui concerne la Photogravure et ses applications.

La plupart des photograveurs ne sont pas imprimeurs, il est donc surprenant que, récompensés dans la Classe 12 ils le soient encore dans la Classe 11 pour les impressions, qui ne sont pas de leur fait.

On peut concevoir qu'ils y aient montré les résultats de leurs planches gravées; mais il semble, d'autre part, que le Jury de la Classe 11 n'avait qu'à s'en rapporter à ce que déciderait celui de la Classe 12 quant à la valeur intrinsèque des photogravures.

Il y a donc là une confusion sur laquelle il est opportun d'appeler l'attention des personnes qui auraient ultérieurement à établir une classification en vue d'une nouvelle Exposition.

Nous proposerions de compléter les indications de la Classe 11 par les mots: Spécimens et épreuves de gravures considérés seulement au point de vue de la qualité de leur impression; et a la Classe 12, la suite des mots Photogravure en creux et en relief, etc., on ajouterait: Considéré au point de vue de la qualité des procédés employés.

De cette façon on laisserait aux imprimeurs le soin de juger les résultats obtenus des clichés ou planches et aux photographes la mission d'apprécier la valeur des procédés de photogravure d'après les résultats obtenus.

Avant d'en finir avec ces considérations d'un ordre tout général, nous croyons devoir rappeler ce qui a été dit précédemment au sujet de la différence existant entre des produits également récompensés bien que ne présentant pas á beaucoup prés la même valeur.

En admettant, par exemple, qu'on pût indiquer par 25 le coefficient de telle maison, celui de tel autre grand prix ne serait plus que de 10 ou 12.

Il y a une disproportion, dans l'octroi des récompenses identiques, qui demanderait à être corrigée ne fut-ce que par l'attribution de degrés divers à cette même récompense. On aurait, en pareil cas, décerné à telle maison un diplôme de grand prix de 1re classe et à telle autre celui de 3e ce qui permettrait au moins d'établir des degrés dans les récompenses et une proportionnalité mieux en rapport avec la réalité.

C'est là une question délicate qui se représente à chaque nouvelle exposition; aussi y aurait-il lieu de rechercher s'il n'y aurait pas autre chose à faire à l'avenir.

Nous répéterons donc ce que nous disions déjà en 1880: « L'écart entre les œuvres et la similitude entre les récompenses, tel, est le point de vue à examiner pour y porter remède, si possible.»

Pour faciliter la comparaison entre le nombre et les nationalités des exposants

par rapport à ceux de 1889, nous avons établi sur les mêmes bases le tableau ci-après.

 

RÉSUMÉ GÉNÉRAL DES RÉCOMPENSES PAR NATIONALITÉ.

NATIONALIÉS                        HORS CONCOURS  GRANDS

PRIX                           MÉDAILLES                           MENTIONS HONORABLES                                         TOTAUX                           COLLABORATEURS

                                                                           D’OR                     D’ARGENT                                         DE BRONZE                                                                        

France et colonies                                             17                                             12                                             45                                             92                                             99                                             37                                             285                                             126

Allemagne                                             1                                             2                                             12                                             18                                             14                                             7                                             53                                             3

Autriche                                             #                                             3                                             6                                             4                                             #                                             #                                             13                                             17

Belgique                                             1                                             #                                             1                                             1                                             1                                             4                                             7                                             2

Bosnie-Herzégovine                                             #                                             #                                             #                                             2                                             1                                             2                                             5                                             #

Bulgarie                                             #                                             #                                             #                                             1                                             2                                             2                                             5                                             #

Chine                                             #                                             #                                             #                                             1                                             #                                             2                                             3                                             #

Danemark                                             #                                             #                                             1                                             6                                             2                                             1                                             10                                             7

Équateur                                             #                                             #                                             #                                             2                                             1                                             2                                             5                                             #

Espagne                                             #                                             #                                             2                                             1                                             4                                             2                                             9                                             #

États-Unis                                             #                                             1                                             7                                             15                                             7                                             5                                             35                                             2

Grande-Bretagne                                             1                                             2                                             15                                             20                                             25                                             2                                             64                                             8

Grèce                                             1                                             #                                             1                                             1                                             1                                             #                                             3                                             #

Guatémala                                             #                                             #                                             #                                             1                                             #                                             #                                             1                                             #

Hongrie                                             #                                             1                                             3                                             2                                             3                                             1                                             10                                             9

Italie                                             #                                             1                                             4                                             2                                             4                                             3                                             14                                             3

Japon                                             #                                             #                                             2                                             3                                             5                                             #                                             10                                             #

Luxembourg                                             #                                             #                                             1                                             1                                             #                                             #                                             2                                             #

Maroc                                             #                                             #                                             #                                             1                                             #                                             #                                             1                                             #

Mexique                                             #                                             #                                             3                                             9                                             10                                             9                                             31                                             #

Monaco                                             #                                             #                                             #                                             1                                             #                                             #                                             1                                             #

Norvège                                             #                                             #                                             #                                             2                                             1                                             #                                             3                                             #

Pays-bas                                             #                                             #                                             #                                             2                                             #                                             #                                             2                                             #

Pérou                                             #                                             #                                             1                                             1                                             2                                             #                                             4                                             1

Perse                                             #                                             #                                             #                                             #                                             1                                             #                                             1                                             #

Portugal                                             #                                             #                                             1                                             4                                             2                                             3                                             10                                             #

Roumanie                                             #                                             #                                             #                                             1                                             3                                             2                                             6                                             #

Russie                                             #                                             1                                             3                                             11                                             4                                             3                                             22                                             8

Saint-Marin                                             #                                             #                                             #                                             #                                             1                                             #                                             1                                             #

Serbie                                             #                                             #                                             #                                             #                                             1                                             #                                             1                                             #

Suède                                             #                                             #                                             2                                             1                                             1                                             #                                             4                                             2

Suisse                                             2                                             1                                             4                                             3                                             4                                             2                                             14                                             4

Turquie                                             #                                             #                                             #                                             #                                             #                                             1                                             1                                             #

Totaux                                             23                                             24                                             114                                             209                                             199                                             90                                             636                                             192

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

Les exposants peuvent être divisés en cinq catégories:

  1. Photographes professionnels.

  2. Savants et amateurs.

  3. produits et accessoires.

  4. Opticiens et constructeurs

  5. Photographie mécanique, impressions.

 

RÉCOMPENSES DÉCERNÉES À CHACUNE DES CINQ CATÉGORIES

 

PHOTOGRAPHES PROFESSIONNELS.

                      

Grands prix ………………………………………………………...                              7

Médailles d'or ………………………………………………………                              60

Médailles d'argent …………………………………………………                              85

Médailles de bronze ……………………………………………….                              85

Mentions …………………………………………………………                              58

                             

Total ……………………………………………………………………………….                              295

                             

SAVANTS ET AMATEURS.

Grands prix …………………………………………………………                              6

Médailles d'or ………………………………………………………                              13

Médailles d'argent …………………………………………………                              46

Médailles de bronze ………………………………………………                              46

Mentions ……………………………………………………………                              14

                             

Total ……………………………………………………………………………….                              125

                             

PRODUITS ET ACCESSOIRES.

Grands prix …………………………………………………………                              3

Médailles d'or ………………………………………………………                              10

Médailles d'argent …………………………………………………                              44

Médailles de bronze ………………………………………………                              22

Mentions …………………………………………………………                              5

                             

Total ……………………………………………………………………………….                              84

                             

OPTICIENS ET CONSTRUCTEURS .

Grands prix …………………………………………………………                              3

Médailles d'or …………………………………………………………                              19

Médailles d'argent …………………………………………………                              23

Médailles de bronze …………………………………………………                              33

Mentions ………………………………………………………………                              10

                             

Total ……………………………………………………………………………….                              88

                             

PHOTO MÉCANIQUE.

Grands prix …………………………………………………………                              5

Médailles d'or …………………………………………………………                              12

Médailles d'argent ………………………………………………                              11

Médailles de bronze ………………………………………………                              13

Mentions ………………………………………………………………                              3

                             

Total ……………………………………………………………………………….                              44

                             

De prime abord, nous constatons que le nombre total des exposants est de 953, soit supérieur de 427 à celui de 1889 qui n’était que de 526. Celui de 1878 n’était que de 480.

Ainsi il y a progression sans cesse croissante dans le nombre des exposants dans la période afférente aux trois dernières expositions universelles consécutives.

En 1900, 39 nations diverses ont participé à l'Exposition en y comprenant, comme envois distincts, ceux des colonies françaises et pays de protectorat.

Il est utile de rappeler à ce propos que l'exiguïté relative des surfaces accordées aux exposants a été la cause du refus d'exposer de la part d'un assez grand nombre d'auteurs de demandes d'admission.

Ainsi, pour la section française seulement, les demandes d'admission pour les surfaces murales s'élevaient d'abord à prés de 4,000 mètres carrés, et elles se sont trouvées, faute d'une surface disponible suffisante, réduite à 600  mètres carrés environ.

Pour les surfaces sur sol, la réduction a subi les mêmes proportions. Assurément, si l’on eût pu disposer d'une surface totale plus considérable, l’ensemble de l'exposition photographique eût été bien autrement complet et intéressant.

Il semble nécessaire, avant d'en finir avec ces considérations, de faire remarquer 1es difficultés qu'avait le Jury à tenir compte de toutes les données multiples afférentes à la fois aux progrès dus à l’invention, à ceux réalisés dans l'application et à une foule d'autres éléments divers, au sujet desquels l'appréciation aurait pouvoir s'appuyer sur des expériences, impossibles au moment des réunions du Jury.

Comment, en effet, apprécier la valeur de plaques de diverses provenances, d'objectifs divers, de produits de toute sorte?

Ce n'est guère que par la notoriété de certaines maisons de production, ayant fait leurs preuves, qu'on a pu arriver à les classer dans leur ordre de mérite.

En pareil cas, les exposants eux-mêmes savent que c'est la marque de fabrique, la boîte avec son étiquette, et non son contenu, souvent absent ou quelconque, qui peuvent guider le Jury dans ses appréciations.

Il n'y a guère que pour des produits absolument nouveaux, et dont l'essai, fait au moment même des réunions du Jury, pouvait servir à baser les appréciations sur des observations spéciales échappant à la notoriété proprement dite.

Ce qui vient d'être dit répond à certaines observations, plus ou moins fondées, à l'encontre de jugements portés par le Jury sans essais préalables.

C'est pourquoi le Jury a dû, dans bien des cas, fonder ses appréciations sur les efforts connus, sur les tendances notoires de telles maisons vers l'amélioration des instruments d'optique, vers l'emploi de formules susceptibles de donner les meilleurs résultats.

Il y a, d'ailleurs, à tenir compte des difficultés qu'avait à vaincre le Jury pour apprécier à leur valeur la multiplicité des épreuves et des appareils, produits et applications soumis à son examen.

Il a certainement voulu s'acquitter de sa mission de la façon la plus équitable et s'il n'a pu réussir à donner à chacun des exposants la satisfaction espérée, il n'est pas moins vrai qu'il a tenté, dans toute la mesure du possible, d'y arriver.

Il nous reste, après ces préliminaires utiles, à passer en revue les diverses catégories d’œuvres et d'objets exposés.

Nous croyons nécessaire de faire précéder chaque sorte de procédé d'une indication sommaire de ses bases essentielles.

L'Administration de 1' Exposition a exprimé le désir que, dans ce rapport, la science et les applications qui en font l'objet fussent arrêtées à leur état au terme du XIXe siècle, de façon que l'on pût avoir ce point de départ vers l'avenir.

C'est pourquoi l'examen rapide des méthodes appliquées actuellement s'impose, bien que résumé, dans les descriptions de chacun des principaux procédés.

Il a été exprimé des regrets sur l'impossibilité où s'est trouvé le Comité d'installation de la Classe 12 de mettre en œuvre  l'emploi des procédés en présence du public; on aurait désiré voir pratiquer certaines méthodes de photogravure, de reproductions de couleurs; assister à des copies et à des synthèses cinématographiques, à des impressions collographiques, à des tirages de photographie rotative, etc.

Malheureusement la place nécessaire à de pareilles installations faisait défaut.

Ainsi qu'il a été dit plus haut, il a fallu réduire considérablement les surfaces demandées et c'eût été se mettre dans l'obligation de les réduire encore davantage que d'entrer dans la voie des applications immédiates de procédés exécutés sous les yeux des visiteurs.

Le Comité d'installation a dû reculer même devant l'organisation d'une salle spéciale aux projections de vues simples et animées; évidemment on aurait pu y donner des séances d'un grand intérêt pour le public , mais à la condition de priver les exposants d'environ 50 à 60 mètres carrés; c'était trop, après les premières réductions imposées déjà par l'insuffisance des surfaces accordées à la Classe 12.

On a dû y renoncer, de même qu'on s'est abstenu de créer un atelier modèle où auraient pu être essayés, en présence des intéressés, les appareils et produits photographiques.

Tout cela pourrait faire partie de l’ensemble d'une exposition spéciale de photographie, mais il n'y faut pas songer au sein d'une Exposition universelle où les surfaces font défaut même pour les exposants, toute mise en œuvre de procédés et d'applications pratiques étant absolument écartée.

 

 



([i]) (1)  voir plus loin page 161.

([ii]) (1) Dans le 3e groupe: Instruments et procédés généraux des Lettres, des Sciences et des Arts.

([iii]) (2) Pour le jugement et l’attribution des récompenses, les exposants seront répartis en deux catégories, comprenant l’une les Savants et Amateurs; l’autre les Professionnels

([iv]) (1) Comprenant 94 exposants.

([v]) (2) Comprenant 44 exposants.