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segunda-feira, 30 de agosto de 2010

1839, 8 de Janeiro – JOURNAL des DÉBATS POLITIQUES et LITTÉRAIRES

1839

8 de Janeiro

JOURNAL DES débats politiques et littéraires

Pag. 1

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M. Arago a rendu compte à l’Académie des Sciences, dans la séance d’aujourd’hui, de la belle découverte de M. Daguerre dont le monde, les artistes et les savants eux-mêmes s’entretiennent avec intérêt depuis quelque temps ; cette découverte a été annoncée, dit M. Arago,  dans des termes inexacts et que l’auteur ne peut accepter ; il lui paraît donc convenable de donner à l’Académie des détails précis sur cette merveilleuse invention.

Tout le monde connaît les effets de la chambre noire et la netteté avec laquelle les objets extérieurs viennent se peindre en miniature sur le tableau au moyen d'une lentille. Eh bien! on ne peut pas donner une idée plus juste de la découverte de M. Daguerre, qu'en disant qu'il est parvenu à fixer sur le papier ce dessin si vrai, cette représentation si fidèle des objets de la nature ou des arts, avec toute la dégradation des teintes, la délicatesse des lignes et la rigoureuse exactitude des formes, de la perspective et des différens tons de la lumière.

Quelle que soit l'étendue du tableau, il ne lui faut pour le reproduire que dix minutes ou un quart d'heure suivant l'éclat du jour ; la lumière étant elle-même l'agent de cette merveilleuse gravure, elle agit plus ou moins vite suivant son intensité; c'est ainsi que M. Daguerre, placé sur le pont des Saints- Pères, a pu fixer avec tous ses détails l'immense galerie du Louvre, de même que du pont de l'Archevêché il a dessiné Notre-Dame; aucun objet, aucun aspect de la nature et des choses n'échappent à ce procédé; le matin se reproduit avec sa fraîcheur de même que l'éclatante lumière du jour et la teinte sombre du soir ou mélancolique d'un temps de pluie.

Dans cette gravure singulière, les couleurs sont indiquées par la nuance des ombres et par une dégradation insensible comme dans l'aquatinta.

Maintenant quel est donc l'ingénieux moyen employé par M. Daguerre pour réaliser cette espèce de miracle? Ce que nous venons de dire ne peut manquer d'exciter vivement la curiosité; nous ne connaissons pas ce procédé, et M. Arago n'a pas non plus voulu pénétrer le secret de l'auteur; mais on peut facilement en donner l'idée de manière à faire concevoir ce qui au premier abord paraît incompréhensible.

La chimie moderne possède certaines substances ayant la propriété de changer de couleur au contact de la lumière; et un composé d'argent que l'on nomme le chlorure d'argent est dans ce cas. Si donc un papier préparé avec cette matière offre quelques uns de ses points exposés à la lumière, les autres étant tenus à l'abri, il est clair que l'on produira un dessin quelconque au moyen des différentes teintes que prendront les parties éclairées et les parties soustraites à l'influence du jour; c'est le principe sur lequel M. Daguerre paraît avoir travaillé pendant de longues années, avec une persévérance et une intelligence qui l'ont enfin conduit au but qu'entouraient de nombreuses difficultés; et maintenant que le résultat est obtenu maintenant qu'il est parvenu à rendre inaltérables ces effets produits par la lumière, ce procédé de M. Daguerre se trouve être tellement simple tellement à la portée de tout le monde, qu'il risque de ne pas trouver dans l'exploitation de sa découverte le fruit de ses études et de ses efforts; un brevet d'invention serait impuissant à lui garantir la propriété d'une idée que chacun peut mettre à exécution de soi-même une fois qu'elle sera répandue.

M. Arago se propose donc de demander au ministre de faire l'acquisition du procédé de M. Daguerre et de lui en donner une juste récompense ; cet appel sera probablement entendu, si tous les détails de l'exécution répondent aux effets obtenus qui ont été soumis à l'examen de M. Arago.

M. Biot exprime la même admiration pour cette invention, dont il ne peut rendre le mérite qu'en la comparant à une sorte de rétine physique aussi sensible que la rétine de notre œil.

1839, 28 de Janeiro - JOURNAL des DÉBATS POLITIQUES et LITTÉRAIRES

1839

28 de Janeiro

JOURNAL DES débats politiques et littéraires

Pag. 1, 2

Feuilleton du Journal des Débats.

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Nous empruntons à l'Artiste un journal très bien fait et très instruit en ces sortes de matières, l'article suivant :

 

LE DAGUEROTYPE.

 

A la fin, nous avons pu voir de nos yeux, toucher de nos mains cette incroyable et admirable invention de Daguerre. Il n'est pas besoin de s'occuper, comme nous faisons, des beaux-arts et de leurs moindres détails, pour connaître Daguerre. Son nom est populaire en Europe; il a été d'abord un peintre habile; mais son art même ne lui a pas suffi, et il a voulu trouver quelque chose un peu au-delà de la peinture. Ce quelque chose, c'était le Diorama. Par la toute-puissance de cet art qu'il agrandissait, Daguerre nous a fait entrer dans l'intérieur des tableaux, dont, avant lui, on ne voyait que la surface. Vous avez pénétré à sa suite dans les vieilles églises en ruines ; vous avez gravi la montagne, descendu le vallon ; vous avez parcouru les fleuves et les mers; l'enchanteur vous a promené sans fatigue dans les plus curieuses capitales ; cet homme habile s'il en fut se jouait de tous les effets les plus multipliés de la lumière et de la couleur, qu'il faisait agir à son gré, l'une et l'autre, comme s'il en était le maître souverain. A de pareils spectacles, si nouveaux pour lui, le public restait ébahi et confondu d'admiration. Les peintres disaient entre eux : Mais quel dommage que Daguerre, ce grand peintre, s'obstine ainsi à faire des tableaux plus beaux que la peinture ! A cette admiration et à ces reproches, Daguerre répondait en souriant ; car lui seul savait bien où il voulait aller.

A force donc d'étudier d'une façon si persévérante dans son sanctuaire du Diorama, où il produisait tant de chefs-d'œuvre, la nuance intime de la lumière et de la couleur; à force de commander au soleil et de le porter çà et là, esclave obéissant et volontaire sur tous les points où il était besoin de son rayon vigoureux ou pâle, l'inventeur du Diorama devait arriver à des résultats étranges. Ce qui n'était pour nous, frivoles, qu’un jeu frivole en apparence, était en résultat une étude sévère et complète de cette science qu'il devait pousser jusqu'aux dernières limites. Vous souvient-il de deux tableanx célèbres du Diorama la Voilée de Goldau et la Messe de Minuit à l'église Saint-Etienne-du-Mont? Dans l'un et l'autre tableau, la lumière agit ainsi : vous voyez d'abord la vallée calme et sereine, comme un beau paysage de la Suisse par un tranquille et frais soleil ; l'humble chalet est posé légèrement sur le versant de la montagne; la verdoyante prairie étend son fin tapis sur les bords du petit ruisseau qui serpente ; la vie est partout dans ce doux petit recoin du monde : l'arbre s'agite, la chèvre broute, l'oiseau chante, le paysan travaille. Tout à coup, mais quelle horrible révolution voici que le sommet de ces montagnes s'ébranle, voici que le gazon disparait pour faire place à la terre bouleversée…… Au secours! au secours ! Une avalanche de terre engloutit le petit chalet, le ruisseau débordé devient un torrent terrible, l'arbre déraciné jette au loin ses branches et sa ruine. Vous assistez ainsi au plus terrible bouleversement, et vous vous écriez : Quelle tempête ! quel affreux tremblement de terre ! Mais qui donc est l'auteur de tous ces ravages ? - L'auteur de tous ces ravages, c'est le même homme qui, tout à l'heure, semait autour as vous tant d'idées fraîches et riantes ; ce tableau terrible d'une dévastation sans bornes, c'est le même paysage si doux sur lequel vos yeux charmés se reposaient tout à l'heure. Par une certaine combinaison de l'ombre, de la lumière et de la couleur, il arrive que tout à coup le chalet est devenu un roc, la prairie une terre fraîchement remuée, le ruisseau un torrent, l'arbre une ruine, l'homme vivant un cadavre. Le vulgaire admirait toutes ces transformations incroyables sans nullement sans rendre compte. Celui seul qui s'en rendait compte complètement, c'était Daguerre.

Il en était de même de la Messe de minuit. Vous entriez dans la vieille église, elle était vide. Pas une seule vieille femme agenouillée au pied de l'autel, pas un prêtre dans le sanctuaire, pas un enfant de chœur, pas même le donneur d'eau bénite à la porte. La lumière seule remplissait le vide de ces arceaux gothiques ; elle allait se perdant au loin, éclairant toutes les profondeurs de l'édifice. Peu à peu, cependant, à la lumière décroissante, vous voyez entrer quelques fidèles, puis la foule arriver, puis l'église se remplir jusqu'aux combles. C'en est fait, les cierges s'allument, les prêtres sont dans leurs stalles, les femmes sont agenouillées sur leur prie-dieu, les hommes se tiennent debout dans l’attitude du respect. Dans la chaire gothique, le prédicateur est monté, et il jette à tous la sainte parole. Quand tout est dit, la foule proternée se relève l'église se vide peu à peu, les prêtres rentrent dans la sacristie, le prédicateur descend de sa chaire, le sacristain ferme la porte du temple, le crépuscule du jour naissant redescend sur ces dalles sonores. Cette fois encore l'église est vide, et cependant c'est toujours la même église, c'est toujours le même tableau, rien n'a changé. Vous allez voir maintenant à quel but mystérieux ces essais pérsévérans devaient conduire Daguerre.

A force d'études, ce peintre célèbre était parvenu à être un grand chimiste ; il avait observé, sans nul doute, que telle nuance vigoureuse au grand jour, s'effaçait à mesure que s'effaçait la lumière, et disparaissait complètement. Il savait, en outre, ce que nous savons tous, l'action du soleil et de la lumière sur la couleur. Il se proposa donc, avec cette persévérance acharnée qui est le génie, la solution du problème suivant : Trouver une couleur ainsi faite, que le soleil, bien plus, que la lumière seule enlève en partie, pendant que l'autre partie résiste et reste immobile à sa place; forcer le jour à agir sur cette ombre donnée, comme ferait le burin divin de quelque Morghen invisible, et ainsi jeter sur cette planche unie et sombre la forme et la vie ; forcer le soleil, cet œil du monde, à n'être plus qu'un ingénieux ouvrier sous les ordres d'un maître ! voilà sans contredit le plus étrange, le plus difficile, le plus incroyable problème qu'un homme se soit proposé de nos jours. Pour la difficulté, nous ne disons pas pour l'utilité de l'œuvre, l'inventeur de la vapeur ne vient que le second.

Par quelle suite incroyable d'essais, de tentatives, de recherches, de péripéties de tous genres, l'auteur du Daguerotype est arrivé au résultat que nous allons vous dire, c'est encore son secret. Plus tard, il l'expliquera lui-même à toute l'Europe, quand la France, libérale et désintéressée entre toutes les nations du monde, lai aura fait à l'Europe, ce noble présent. Toujours est-il qu'à force de persévérance et de génie, et par une suite infinie d'essais, M. Daguerre est arrivé au résultat que voici : II a composé un certain vernis noir; ce vernis s'étend sur une planche quelconque la planche est exposée au grand jour, et aussitôt, et quelle que soit l'ombre qui se projette sur cette planche, la terre ou le ciel, ou l'eau courante, la cathédrale qui se perd dans le nuage, ou bien la pierre, le pavé, le grain de sable imperceptible qui flotte à la surface toutes ces choses, grandes ou petites, qui sont égales devant le solail, se gravent à l’instant même dans cette espèce de chambre obscure qui conserve toutes les empreintes. Jamais le dessin des plus grands maîtres n'a produit de dessin pareil. Si la masse est admirable, les détails sont infinis. Songez donc que c'est le soleil lui-même, introduit cette fois comme l'agent tout puissant d'un art tout nouveau, qui produit ces travaux incroyables. Cette fois, ce n'est plus le regard incertain de 1’homme qui, découvre au loin l'ombre ou la lumière, ce n'est plus sa main tremblante qui reproduit sur un papier mobile la scène changeante de ce monde, que le vide emporte.

Cette fois; il n'est plus besoin de passer trois jours sous le même point du ciel ou de la terre pour en avoir à peine une ombre défigurée. Le prodige s'opère à l'instant même, aussi prompt que la pensée, aussi rapide que le rayon du soleil qui va frapper là-bas l'aride montagne ou la fleur è peine éclose. Il y a un beau passage dans la Bible : Dieu dit : Que la lumière soit, la lumière fut. A cette heure vous direz aux tours de Notre-Dame : « Placez-vous là », et les tours obéiront; et c'est ainsi qu'elles ont obéi à Dagaerre, qui, un beau jour, les a rapportées chez lui tout entières, depuis la pierre formidable sur laquelle elles sont fondées, jusqu'à la flèche mince et légère qu'elles portent dans les airs, et que personne n'avait vue encore, excepté Daguerre et le soleil.

Ce que nous vous disons là est bien étrange; mais rien n'est incroyable comme certaines vérités. Napoléon lui même, cet homme qui comprenait toute chose, n'a pas voulu croire qu'une légère vapeur enfermée dans un tube de fer pouvait soulever le monde et il appelait un jouet d'enfant ce bateau à vapeur qui fonctionnait sous ses yeux. Il faudra bien cependant qu'on croie au Daguerotype; car nulle main humaine ne pourrait dessiner comme dessine le soleil; nul regard humain ne pourrait plonger aussi avant dans ces flots de lumière, dans ces ténèbres profondes. Nous avons vu ainsi reproduits les plus grands monumens de Paris, qui, cette fois, va devenir véritablement la ville éternelle. Nous avons vu le Louvre, l'Institut, les Tuileries, le Pont-Neuf, Notre-Dame de Paris; nous avons vu le pavé de la Grève, l'eau de la Seine, le ciel qui couvre Sainte Geneviève, et dans chacun de ces chefs-d'œuvre c'était la même perfection divine.

L'art n'a plus rien à débattre avec ce nouveau rival ; il ne s' agit pas ici, notez-le bien, d'une grossière invention mécanique qui reproduit tout au plus des masses sans ombre, sans détail, sans autre résultat qu’un bénéfice de quelques heures d'un travail manuel. Non, il s'agit ici de la plus délicate, de la plus fine de la plus complète reproduction à laquelle puissent aspirer les œuvres de Dieu et les ouvrages des hommes. Et notez bien encore ceci, que cette reproduction est bien loin d'être une et uniforme, comme on pourrait le croire encore. Au contraire, pas un de ces tableaux, exécutés d'après le même procédé, ne ressemble au tableau précédent : l'heure du jour, la couleur du ciel, la limpidité de l'air, la douce chaleur du printemps, la rude austérité de l'hiver, les teintes chaudes de l'automne, le raflet de l'eau transparente, tous les accidens de l'atmosphère se reproduisent merveilleusement dans ces tableaux merveilleux qu'on dirait enfantés sous le souffle des génies aériens.

C'est ainsi que dans une suite de tableaux créés par le Daguerotype, nous avons vu Paris reproduit par un chaud rayon de soleil; le soleil avait déteint sur ces nobles murailles, qui ressortaient vigoureusement de cette ombre fantastique ; après quoi nous avons vu Paris reproduit sous son voile de nuages, quand l'eau descend tristement goutte à goutte, quand le ciel est couvert d'un crêpe mouillé, quand le froid resserre tristement les moindres pierres de la ville. Ainsi, eette manière de reproduire le monde extérieur ajoutera au grand mérite d'une fidélité de détail impossible à dire, le grand mérite d'une incroyable fidélité de la lumière. Il arrivera donc qu'au premier coup d'œil, vous reconnaîtrez le dessin reproduit par le pâle soleil parisien, et le dessin exécuté par l'ardent soleil d'Italie. Vous direz à coup sûr : voici un paysage rapporté des froids vallons de la Suisse ; voici un aspect emprunté aux déserts de Sahara; vous distinguerez le campanille de Florence des tours de Notre-Dame, par la seule inspection du ciel dans lequel elles s'élèvent l'une et l'autre, les deux tours élégantes ou terribles. Merveilleuse découverte en effet, qui conserve non seulement l'identité des lieux, mais encore l'identité du soleil.

Et notez bien encore que l'homme reste toujous le maître, même de la lumière qu'il fait agir. Une seconde de plus ou de moins, consacrée à cette œuvre, compte pour beaucoup. Tenez-vons aux détails plus qu'à la masse ? en deux minutes, vous avez un dessin comme les fait Martinn ; confusion poétique et tant soit peu voilée, dans laquelle l'œil devine plus de choses qu'il n'en voit en effet. Voulez-vous, au contraire, comme l'architecte, que le monument vienne en relief et se montre à vous tel qu'il a été construit et dégagé de tout entourage qui pourrait en diminuer l'effet ? Cette fois encore, le soleil obéira, il dévorera tous les accessoires, et votre monument restera isolé, comme la colonne au milieu de la place Vendôme. Vous obtiendrez par le même procédé tous les effets que vous voudrez obtenir, depuis l'aube naissante jusqu'aux derniers crépuscules du soir.

Ce qui n'est pas un de nos moindres sujets d'admiration,  c'est qu'une fois l'œuvre accomplie par le soleil ou la lumière, le soleil ou la lumière n'y peuvent plus rien. Ce frêle vernis, sur lequel le moindre rayon avait tant d'empire tout à l'heure, maintenant vous l'exposez en vain au grand jour; il est durable, impérissable somme une gravure sur acier. Il est impossible de commander d'une façon plus impérieuse; c'est dire vraiment à la lumière : Tu n'iras pas plus loin.

Vous avez vu l'effet de la chambre obscure. Dans la chambre obscure se reflètent les objets extérieurs avec une vérité sans égale; mais la chambre obscure ne produit rien par elle-même; ce n'est pas un tableau, c'est un miroir dans lequel rien ne reste. Figurez-vous, maintenant, que le miroir a gardé l'empreinte de tous les objets qui s'y sont reflétés vous aurez une idée à peu près complète du Daguerotype.

Mais bien plus, la lune elle-même, cette incertaine et mouvante clarté, ce pâle reflet du soleil, dont il est éloigné de quarante millions de lieues ; la lune mord aussi sur cette couleur, qu'on peut dire inspirés. Nous avons vu le portrait de l'astre changeant se refléter dans le miroir de Daguerre, au grand étonnement da cet illustre Arago, qui ne savait pas tant de puissance à son astre favori.

Soumettez au microscope solaire l'aile d'une mouche, et le Daguerotype, aussi puissant que le microspoce, va reproduire l'aile de cette mouche dans ces dimensions incommensurables, qu'on dirait emprutées aux contes des fées. Maintenant, est-il besoin de vous dire toutes les applications sans fin de cette immense découverte, qui sera peut-être l’honneur de ce siècle? Le Daguerotype est destiné à reproduire les beaux aspects de la nature et de l'art, à peu près comme l'imprimerie reproduit les chefs-d'œuvre de l'esprit humain. C'est une gravure à la portée de tous et de chacun; c'est un crayon obéissant comme la pensée; c'est un miroir qui garde toutes les empreintes; c'est la mémoire fidèle de tous les monumens, de tous les paysages de l'univers; c'est la reproduction incessante, spontanée, infatigable, des cent mille chefs-d'œuvre que le temps a renversés ou construits sur la surface du globe. Le Daguerotype sera le compagnon indispensable du voyageur qui ne sait pas dessiner, et de l'artiste qui n'a pas le temps de dessiner. Il est destiné à populariser chez nous, et à peu de frais, les plus belles œuvres des arts dont nous n'avons que des copies coûteuses et infidèles; avant peu, et quand on ne voudra pas être soi-même son propre graveur, on enverra son enfant au Musée, et on lui dira : II faut que dans trois heures tu me rapportes un tableau de Murillo ou de Raphaël. On écrira a Rome : Envoyez-moi par le prochain courrier la coupole de Saint-Pierre, et la coupole de Saint-Pierre vous arrivera courrier pour courrier. Vous passez, à Anvers, vous admirez la maison de Rubens, et vous envoyez à votre architecte cette maison sans rivale dans les caprices flamands Voilà, dites-vous, la maison que je veux bâtir; et, sur ce dessin fidèle, l'architecte retrouve un à un tous les ornemens de cette pierre devenue dentelle sous le ciseau du sculpteur. Désormais, le Daguerotype suffira à tous les besoins des arts, à tous les caprices de la vie. Vous emporterez avec vous, et sans qu'elle le sache, la blanche maison sous laquelle se cache votre maîtresse. Vous ferez vous-même la copie d'un beau portrait de M. Ingres, et vous direz : Que m'importe à présent que ce portrait n'ait point été livré à la gravure? j'ai beaucoup mieux qu'une gravure, j'ai aussi bien qu'un dessin de M. Ingres. Mon Dieu, pour se servir de cet ingénieux miroir, il ne sera pas besoin d'être un grand voyageur dans les pays déserts comme M. Combes, d'être un grand poëte comme M. de Lamartine, de marcher comme le comte Demidoff à travers les déserts de la Russie méridionale à la tête d'une armée de savans et d'artistes ; dans les plus simples et les plus douces passions de la vie, le Daguerotype aura son utilité et son charme; il reproduira à l'instant toute les choses aimées le fauteuil de l'aïeul, le berceau de l'enfant, la tombe du vieillard.

M. Daguerre espère bien qu'avant peu il parviendra aussi à obtenir le portrait, sans qu'il soit besoin du portrait préalable de M. Ingres. Il est déjà en train d'inventer une machine à l'aide de laquelle le sujet restera parfaitement immobile; car telle est la puissance de ce reproducteur acharné, le Daguerotype, qu'il reproduit à l'instant même le coup d'œil, le froncement du sourcil, la moindre ride du front, la moindre boucle de cheveux qui s'agite. Prenez la loupe ; voyez-vous, sur ce sable uni, ce quelque chose d'un peu plus obscur que le reste? c'est un oiseau qui aura passé dans le ciel.

Nous vivons dans une singulière époque; nous ne songeons plus de nos jours à rien produire par nous-mêmes ; mais, en revanche, nous recherchons avec une persévérance sans égale les moyens de faire reproduire pour nous et à notre place. La vapeur a quintuplé le nombre des travailleurs ; avant peu, les chemins de fer doubleront ce capital fugitif qu'on appelle la vie; le gaz a remplacé le soleil; on tente à cette heure des essais sans fin pour trouver un chemin dans les airs. Cette rage de moyens surnaturels a passé bientôt du monde des faits daas le moufle des idées, du commerce dans les arts. Il n'y a pas déjà si long-temps qu'a été inventé le Diagraphe-Gavard, au moyen duquel les plafonds obéissans du palais de Versailles viennent d'eux-mêmes se poser sur le papier, reproduits par la main d'un enfant sans expérience. L'autre jour encore, un autre homme de génie, le même qui a trouvé le moyen de reproduire en relief toutes les médailles antiques ou modernes, M. Colas, inventait une roue à l'aide de laquelle il a reproduit, avec une admirable et incroyable vérité, la Vénus de Milo. Voici maintenant qu'avec cet enduit étendu sur une planche de cuivre, M. Daguerre remplace le dessin et la gravure. Laisssez-les faire, avant peu vous aurez des machines qui vous dicteront des comédies de Molière et feront des vers comme le grand Corneille : ainsi soit-il.

Use proposition va être faite aux Chambres par M. Arago lui-même, pour donner à M. Daguerre, non pas un brevet d'invention, il est tout disposé à démontrer publiquement son procédé, mais une récompense nationale qui lui donne la moyen de se ruiner encore une fois pour une nouvelle découverte. Certes, malgré toute sa prudence de nation constitutionnelle, représentée par des bourgeois très peu disposés à estimer tout ce qui n'est pas une charrue, une forge, ou une truelle, la France ne saurait trop récompenser ce génie et cette persévérance, arrivés à un pareil résultat. Elle accordera, sans nul doute, à l'auteur de la gravure universelle, non pas la récompense qu'il mérite, mais seulement la récompense qu'il demande. Puis, quand elle aura fait de Daguerre un homme riche autant qu'il est cdlèbre; quand elle lui aura ouvert les portes de cet Institut qui le réclame la France dira à l'Europe : Je vous ai déjà donné la vapeur; maintenant baissez-vous et ramassez à mes pieds le nouveau présent que je vous fais.

J. J.

1839, 5 de Fevereiro - JOURNAL des DÉBATS POLITIQUES et LITTÉRAIRES

1839

5 de Fevereiro

JOURNAL DES dÉBATS politiques et littéraires

Pag.1

Feuilleton du Journal des Débats

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ACADÉMIE DES SCIENCES.

Séance du 4 février

 

La belle découverte M. Daguerre soulève des réclamations, et pous n'en sommes point étonnés. Quand, un fait important est annoncé, il se trouve à l'instant même une foule d'inventeurs qui jusque-là gardaient le silence, et qui tout-à-coup réclament pour eux l'invention; les uns là trouvent consignée tout au long dans quelque passage de leurs nombreux ouvrages ; lorsqu'elle ne s'y trouve pas explicitement, et, en toutes lettres, ils votus la montrent au moins sous forme do doute ou de prophétie; moyen commode et facile de s'attribuer le mérite de ce que le travail, la persévérance ou le génie feront réellement un jour sortir du néant; d'autres trouvent le moyen de donner instantanément du corps et de la vie à une idée vague qu'ils ont émise et qu'ils n'ont su poursuivre ni démontrer.

C'est là ce qui attend les inventeurs de la part des esprits médiocres, à moins qu'on ne trouve plus simple encore de nier leur découverte, sans même se donner la peine de l'étudier ou d'y aller voir.

Ce serait décourageant si tout homme qui découvre une vérité ne senttit pas on même temps dans sa conviction la force et la patiance nécessaires pour la faire triompher.

Nous n'appliquons pas ces réflexions à l'auteur de la réclamation relative l'invention de M. Daguerre. Le savant anglais qui l'adresse à l'Académie, M. Talbot, est un homme do mérite au-dessus d'une étroite jalousie; mais il est mal informé des faits ainsi que l’ont démontré MM. Arago et Biot, et il ne poussera sans doute pas plus loin ses prétentions à ce sujet ; le Mémoire de M. Talbot n'eit pas encore lu à la société royale de Londres, et on sait que M. Daguerre est occupé depuis plus ds dix ans da son travail, dont tout Paris a pu maintenant apprécier les étonnans résultats.

D'ailleurs le procédé de M. Daguerre est surtout remarquable par l'extrême sensibilité de la matière qu'il emploie et sur laquelle il fait agir la lumière ; c'est là sa véritable propriété, sa véritable découverte, qui lui a permis de porter à un si haut degré de perfection les merveilleux effets de son instrument. Il ne réclame pas même pour lui seut l'idée première de fixer les images de la chambre claire ; dès l'année 1814 M. Nieps s'occupait de réaliser cette pensée, et M. Daguerre s’est, en 1814, associé au fils de M. Nieps pour l'exécuter ; mais alors on n'avait encore obtenu qua des ébauches très imparfaites, la matière employée étant si peu sensible à l'action de la lumière, qu'elle devait y rester exposée pendant douze haures pour se décolorer ; cette lenteur de l'opération rendait le procédé impraticable attendu que pendant un aussi long espace de temps, les ombres, comme on le conçoit, se déplaçaient avec le mouvement du soleil, et que les demi-teintes se confondaient avec les ombres.

Après une série de recherches intelligentes et d’expériences bien calculées, M. Daguerre est au contraire parvenu à composer une substace d’une telle sensibilité sous l’influence de la lumière, que rien n’échappe à son action ; les plus petits objets, les parties les plus déliées dessinent l’ombre microscopique qu’ils projettent sur le tableau, avec une exactitude que l'œil même ne peut pas suivre et qu’il reconnaît qu’avec l’aide de la loupe ; on en jugera quand on saura que sur une maison réduite à la dimension d’un pouce, chaque tuile ou chaque ardoise est reproduite avec sa lumière, et qu'au dernier étage de cette maison il existe une petite fenêtre que l'œil aperçoit à peine ; et si l'on prend une loupe, on découvre dans cette fenêtre un carreau cassé raccommodé avec des bandes de papier !

M. Daguerre a communiqué son secret à M. Arago, qui s'est chargé, comme on sait, de solliciter, auprès du gouvernement la juste récompense que doit le pays à une découverte d'un si haut prix, qui fait honneur à la France et que les pays voisins semblent déjà nous envier. M. Arago a opéré lui-même avec l'appareil et la préparation de M. Daguerre; il a pris, par le temps sombre qu'il fait à cette époque, une vue du boulevard, dont aucun détail n'a échappé à l'exactitude du merveilleux artiste que M. Daguerre a soumis à sa loi ; à tel point qu'un  paratonnerre, situé sur un édifice éloigné qui, par la proportion geométrique, était réduit dans la chambre noire à des dimensions tout-à-fait inappréciables pour l'œil de M.Arago, n'en a pas moins dessiné son image avec une précision et une netteté que la loupe seule a permis de juger ; et tout cela en dix minutes, c'est-à-dire dans un espace da temps assez court pour que le déplacement des ombres soit tout-à-fait insensible.

Enfin M. Arago ne doute pas que la faible lumière de la une n'impressionne elle-même la substance de M. Daguerre, et que l'on n'obtienne par ce moyen une fidèle image de cet astre, avec toutes les variétés de lumières résultant des accidens de sa surface.

Beaucoup d'autres expériences intéressantes sur la lumière se sont sans doute réalisées de même en faveur de M. Biot, qui les réclame.

1839, 12 de Fevereiro - JOURNAL des DÉBATS POLITIQUES et Littéraires

1839

12 de Fevereiro

JOURNAL DES débats politiques et littéraires

Pag. 2

Feuilleton du Journal des Débats

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ACADÉMIE DES SCIENCES.

Séance du 11 février.

-          M. ARAGO done quelques nouveaux renseignements sur la réclamation de M. Talbot, concernant la découverte de M. Daguerre. M. Talbot adresse à l'Académie le Mémoire qu’il vient de lire à ce sujet devant la Société royale de Londres. Autant que l'on peut en juger par la description assez vague que donne l'auteur de son procédé, il offrirait de notables différences avec celui de l'artiste français : M. Talbot se sert d'un papier imprégné d'une, préparation dont il n'indique pas la composition, mais dont le nitrate d'argent fait partie; il affirme que la lumière produit son effet sur cette préparation en moins d'une seconde ; mais il suffit de savoir que le savant Anglais emploie le papier pour affirmer que ces résultats ne peuvent atteindre le degré de perfection auquel est arrivé M. Daguerre. En effet, il est impossible d'imaginer sur le papier des lignes aussi délicates que celles des dessins de M. Daguerre, et d'une telle netteté que la loupe ne peut y découvrir aucune irrégularité; le grain du papier est, en effet, trop gros pour se prêter à une si grande pureté microscopique de dessin.

En outre on ne peut s’assurer, d'après la description que M. Talbot donne de son procédé et des résultats qu'il obtient, si la lumière grave les objets en noir ou en en blanc, si elle agit en un mot en colorant de noir les parties qu'elle frappe, et en laissant en blanc les parties cachées par l'ombre dos objets, ou bien si, comme dans la procédé de M. Daguerre, la lumière décolore la matière préparée de manière à laisser en ombre l'image des objets, comme on le voit dans la chambre noire. M. Talbot ne s'explique pas non plus sur le moyen qu'il emploie pour préserver ses dessins da toute action ultérieure de la part do la lumière. Le savant anglais annonce qu'il s'occupait da cet objet dès le printemps da 1834; maison sait, ainsi que le rappelle M. Arago, que l'association de MM. Daguerre et Niepse remonte à 1829, comme le démontrent des pièces authentiques et des dessins communiqués dès cette époque à plusieurs personnes.

Mais, en vérité, nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire, dans cette discussion, d'invoquer l'appui du droit incontestable qu'a notre compatriote la priorité de cette découverte, d'autres preuves que celles résultant de sa publication même et de l'exhibition de ses résultats dont tout Paris a pu être témoin, avant même qu'il s'élevât au delà du détroit aucune prétention à cet égard ; en pareille  romatière, c'est la publication qui fait foi et qui établit le propriété.

Assurément nous ne voulons pas douter que M. Talbot ne se soit dès long- temps occupé de cet objet; et nous ne l'accusons nullement d'être en cette circonstance le plagiaire de M. Daguerre ; mais enfin il y a un fait incontestable contre lequel toutes les réclamations du monde sont impuissantes : c'est que M. Daguerre a mis le premier au jour découverte dont il s'agit; elle lui appartient donc en propre, et elle appartient à la France au seul titre capable d'établir une propriété dans les sciences et dans les arts.

 Que M. Talbot ou tout autre se soit livré en même temps à des recherches analogues, soit ; nous ne le contestons pas ; ce n’est pas un plagiat sans doute, mais c’est un malheur pour celui qui vient en second, dont nous n’avons pas à nous occuper ; car si jamais on admettait un semblable principe, les inventeurs les plus légitimes ne seraient jamais sûrs de recueillir la gloire qui leur est due ; il serait toujours possible de leur ravir après coup le mérite de leur invention.

 En outre, avant de discuter cette affaire, il faudrait au moins pouvoir comparer less résultats obtenus de part et d’autre ; car il est infiniment probable que toute prétention étrangère tomberait devant un semblable examen.

Dr AL. Donné.

domingo, 29 de agosto de 2010

1839, 20 de Fevereiro – JOURNAL des DÉBATS POLITIQUES et LITTÉRAIRES

1839

20 de Fevereiro

jOURNAL DES débats politiques et littéraires

 Pag. 1,2

Feuilleton du Journal des Débats

ACADÉMIE DES SCIENCES.

Séance du 18 février

 

Il a encore été beaucoup question de M. Daguerre dans cette séance ; nous voudrions donner une idée nette des nouveaux faits qui ont été rapportés ; mais il y a nécessairement dans tout ce que l’on nous communique sur ce sujet, un mélange de révélations et de réticences, qui donne à tout ceci un air de mystère d’où nous ne pourrons sortir que lorsque le mécanisme de cette invention sera décidément expliqué et mis au grand jour ; jusques-là, nous risquons de mal interpréter ce que nous n’entendons qu’à demi, et nous craindrions môme de chercher à l’approfondir, dans la crainte d’en dire plus qu’il n’est dans les intérêts de M. Daguerre que l’on en sache actuellement. Bornons-nous donc à raconter les faits très curieux, quoique incomplets, dont on entretient l’Académie, sans risquer une appréciation et un jugement que ne permet pas l’obscurité dont ils restent enveloppés ; les résultats des recherches de M. Daguerre n’arrivent pas directement à l’Académie, et apportés par lui-même comme cela se passe ordinairement ; c’est toujours, comme on sait, MM. Arago et Biot qui leur servent d’interprètes ; nous devons, donc accepter les faits que l’on nous rapporte, sans demander d’autres explications que celles que l’on se croit en droit de donner.

Peut-être cependant ce mode de communication n’est-il pas tout-à-fait sans inconvénient dans une Académie suivie par un nombreux auditoire, et nous hasarderons à cette occasion quelques timides réflexions.

Nous ne nous occuperons pas d’abord de savoir s’il est bien dans l’intérêt de l’auteur que sa découverte soit ainsi publiée par fragmens, qu’elle soit morcelée, éparpillée avant de pouvoir en donner le dernier mot ; ou bien s’il ne vaudrait pas mieux pour lui que son travail fût présenté entier, en un seul faisceau bien lié, sans aucune réserve ni réticence ? Ce point ne nous regarde pas, et l’auteur sait protablement mieux que nous ce qui lui convient à cet égard ; tout ce que nous pouvons dire, c’est qu’une fois sa propriété bien assurée par la publication de ses résultats, il serait peut-être plus dans la règle des travaux académiques d’attendre qu’il n’y eût plus de secret à garder pour appeler de nouveau l’attention sur des faits qu’il n’est pas permis de discuter ; la publicité est essentiellement faite pour les découvertes de l’esprit humain, pour tout ce qui peut étendre nos connaissances ou augmenter même la somma de nos jouissances ; aussi les Académies, ces foyers de lumière et de civilisation, répugnent-elles naturellement à tout ce qui est secret et mystère ; la réserve et la réticence sont tellement contraires à l’esprit des travaux scientifiques, qu’elles ne veulent en user que le moins possible et avec ménagement.

Mais en outre l’Académie des Sciences a un nombreux public, et elle ne peut plus faire abstraction des deux cents auditeurs qui l’écoutent ; or il ne nous France pas tout-à-fait sans inconvénient de publier du haut de la tribune académique des faits incomplets, dépouillés de tous les détails nécessaires à leur juste appréciation et environnés méme volontairement d’une sorte d’obscurité qui leur donne quelque chose de mystérieux st de merveilleux ; l’Académie des Sciences doit procéder dans la publication de la vérité autrement qu’on ne le fait dans le monde, et son but est précisément de donner la raison physique des phénomènes naturels extraordinaires aux yeux du vulgaire. Tel fait rapporté dans son état brut, pour ainsi dire, et privé des circonstances qui l’expliquent, aura un air de surnaturel et de miraculeux, dont la science est chargée de la dépouiller ; c’est là qu’est la différence entre un fait scientifique et un fait mondain, si l’on peut s’exprimer ainsi ; que l’on dise par exemple au monde qu’une substance qu’un métal s’enflamme au contact de l’eau, et que plus on la couvre d’eau, plus on excite sa combustion au lieu de l’éteindre, et on lui donnera l’idée d’un fait merveilleux, en dehors des lois naturelles ; qu’on lui apprenne au contraire que l’eau est composée de deux gaz dont l’un est inflammable et dont l’autre anime la combustion à un haut degré, que le métal en question a la propriété de décomposer l’eau et de s’approprier le gaz comburant qai l’échauffe au point d’enflammer le gaz combustible, et la monde ne verra plus là que ce qu’il doit y voir, un phénomène très curieux sans doute, mais très naturel et circonscrit dans les lois connues.

Appliquons maintenant ces principes au fait signalé par M. Arago dans la séance de ce jour, et résultant des expériences de M. Daguerre sur la phosphorescence, et l’on appréciera la valeur de nos observations.

Et d’abord il faut rappeter que la phosphorescence est la propriété qu’ont certaines substances de briller dans l’obscurité, et de conserver dans l’ombre un éclat lumineux, après avoir été exposées à l’action du soleil ; les écailles d’huîtres sont particulièrement dans ce cas ; cette matière réduite en poudre et calcinée au feu conserve pour ainsi dire, pendant un certain temps, la lumière qu’elle a absorbée au soleil, et la refléte quand on vient à la placer aussitôt après dans un lieu parfaitement sombre ; MM. Biot et Becquerel vont nous montrer tout à l’heure a quelle cause il faut probablement rapporter ce phénomène.

M. Daguerre paraît avoir fait d’ingénieuses recherches sur les mattères propres à produire la phosphorescence, et sur les circonstances capables de la déterminer a un haut degré ; le sulfate de baryte, vulgairement appelé phosphore de Bologne, lui a surtout fourni des résultats très singuliers ; en traitant cette pierre d’une certaine manière, en la chauffant daus un tube fait avec la substance des os etc., M. Daguerre obtient une matière éminemment phosphorescente ; un jour, France l’avoir exposée au soleil, il la place dans une assiette de porcelaine, puis en portant cette assiette posée sur sa main, dans un lieu obscur, il vit dit M. Arago, sa main à travers l’assiette, ou se dessiner sur le fond de l’assiette.

Est-ce la chaleur de la main qui produisit cet effet ? Non, car il ne se passa rien d’analogue en mettant l’assiette avec la substance sur un poële. C’est au rayonnement de la main agissant sur la matière phosphorescente qu’il taut attribuer cet effet ; mais quelle espèce de rayonnement ? Est-ce un rayonnement calorifique, électrique ou de quelque principe inconnu jusqu’ici dans sa nature et dans ses effets ? Nous ne pouvons rien dire, nous ne le savons pas, nous sommes absolument dans la position d’un homme ignorant la composition de l’eau et l’action de l’oxigène, auquel on raconterait le fait brut du potassium brûlant sur l’eau.

En attendant les explications ultérieures, les imaginations et les esprits ardens ne vont-ils pas avoir beau jeu pour se donner carrière sur les analogies entre cette expérience et les prétendus faits de visions à travers les corps opaques, jusqu’ici repoussés par la raison froide et sans passion ? N’y a-t-il pas le plus légitime rapprochement à établir entre la main de M. Daguerre se dessinant dans le fond d’une assiette sous laquelle elle est placée, et certains phénomènes magnétiques dont on a fait grand bruit ? N’est-ce pas enfin le magnétisme dévoillé, ou du moins de quel droit rejettera-t-on maintenant des faits attestés par un si grand nombre de personnes, sous prétexte qu’ils sont inexplicables, miraculeux, en dehors des lois connues, en présence de cette assiette devenant transparente, ou de cette main se dessinant a travers un corps opaque, et laissant une empreinte immatérielle par l’action d’un agent inconnu !

On voit combien cette expérience ainsi présentée prête au merveilleux, combien elle tend à jeter les esprits en dehors de la vérité, tandis qu’il ne s’agit bien certainement ici que d’un fait ni plus ni moins extraordinaire, ni plus ni moins explicable, qu’une multitude d’autres phénomènes physiques quand on aura fourni tous ses élémens ; c’est pour exprimer notre pensée d’un mot, l’inconvénient de donner une serrure, sans donner en même temps la clef ; c’est plus piquant, mais c’est moins selon l’esprit de 1a science.

La même matière phosphorescente a été, de la part de M. Daguerre l’objet d’autres observations non moins curieuses, mais d’un ordre moins éloigné des phénomènes physiques connus. Le sulfate da baryte préparé comme nous avons dit s’est montré plus brillant sous un verre bleu que sous un verre blanc ; il y aurait donc dans la lumière des rayons plus favorables les uns que les autres au phénomène de la phosphorescence ? Ce serait un fait nouveau et d’un grand intérêt.

M. BIOT a également rendu compte à l’Académie d’expériences faites sous ses yeux par M. Daguerre au moyen de ses préparations extrêmement sensibles à l’action de la lumière ; il ne s’agit pas ici, bien entendu, de celle qu’emploie M. Daguerre à la confection de ses admirables dessins ; celle-ci est noire, comme on sait, puisque la lumière l’enlève dans les points qu’elle frappe suivant son degré d’intensité, et qu’elle ménage les points protégés par l’ombre des objets dont l’image est projetée au foyer de la chambre noire ; c’est la même le grand mérite de la matière employée par M. Daguerre ; elle lui permet de retracer la nature comme elle est, avec ses teintes et ses demi-teintes en noir ; tandis que dans tous les essais tentés jusqu’ici, et à ce qu’il paraît dans ceux même de M. Talbot à Londres, la préparation employée étant blanche, et susceptible de noircir à la lumière, les parties éclairées se teignent en ombre, et les objets reflétés dans la chambre noire, sa dessinent en blanc sur ce fond noir ; c’est, comme on voit, la nature renversée. Mais la préparation dont se sert M. Daguerre pour obtenir les merveilleux effets qu’il a eu la complaisance d’exposer aux yeux detout Paris, est un secret qu’il doit garder précieusement jusqu’à ce que l’on décidé du sort de sa découverte.

Les expériences, qu’il a répétées avec M. Biot, ne concernent que des concernent que des comprsitions blanches, d’une extrême sensibilité à la lumière, et capables de se colorer rapidement au moindre jour. Ces préparations pouvant rendre de grands services dans plusieurs expériences de physique, M. Daguerre s’empresse d’en faire connaître la composition : Du papier non collé, trempé dans de l’éther muriatique, et bien séché à une douce chaleur, puis trempé, de nouveau dans une dissolution de nitrate d’argent, et mis à sécher dans un endroit obscur, se colore rapidement en noir ou en brun plus ou moins foncé sous l’influence d’une lumière même aussi faible que celle dont nous jouissons pendant ces jours sombres et pluvieux. Cette sorte de papier-réactif acquiert plus ou moins de sensibilité, il prend une teinte plus ou moins foncée diversement mélangée de brun rougeâtre, suivant qu’au lieu d’éther on emploie pour le tremper, diverses autres liqueurs. Lorsque la lumière a produit son effet sur quelques points de sa surface, il suffit de le bien laver pour le soustraire toute action ultérieure de la lumière.

On voit qu’avec un papier semblable on obtiendrait, ainsi que nous l’avons dit, au moyen de la chambre noire, des dessins en blanc sur un fond obscure ; les parties sur lesquelles porterait l’ombre des objets, étant préservées de l’action de la lumière, resteraient blanches, tandis que celles frappées par le jour se coloreraient en noir ou en brun.

1839, 15 de Março - JOURNAL DES DÉBATS POLITIQUES et LITTÉRAIRES

1839

15 de Março

JOURNAL DES débats politiques et littéraires

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- A propos de quelques articles publiés dans les journaux, et particulièrement  dans la Gazette de France, sur le procédé de M. Daguerre, M. Arago croit devoir donner de nouveaux enseignements à l’Académie, afin d’établir nettement les droits de MM. Niepse et Daguerre dans la belle invention dont la récompense doit être prochainement sollicitée des Chambres. Pour ce qui est des prétentions des physiciens anglais à cet égard, il est prouvé par une lettre de M. Bawer même et par le dépõt d’un Mémoire à la Société royale de Londres, que m Niepse s’occupait déjà de cet objet et qu’il avait obtenu des résultats dès 1827 ; la part de MM. Niepse et Daguerre est d’ailleurs parfaitement indiquée, dit M. Arago dans un acte notarié.

segunda-feira, 28 de junho de 2010

1839, 20 de Agosto - JOURNAL DES DÉBATS POLITIQUES ET LITTÉRAIRES

1839

20 de Agosto

JOURNAL DES DÉBATS  politiques et littéraires

1ª. pag. e segts.

Feuilleton du Journal des Débats

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ACADÉMIE DES SCIENCES

Exposition du daguerrotype

 

C´était, on le conçoit, jour de solennité à l’Institut ; l’Académie des Sciences et l’Académie des Beaux-Arts s’étaient réunies pour entendre l’exposition, faite para M. Arago  des procédés de M. Daguerre, dont on s’entretient avec tant d’intérêt dans le monde depuis huit ou dix mois ; les résultats que l’on avait vus de cette importante découverte, inpiraient une vive curiosité d’en connaître le secret, et cee secret touchant à la fois aux intérêts des arts et à ceux de la science, un nombreux public, composé d’artistes, de savants et d’amateurs, se pressait aux portes de l’Institut, trois heures avant l’ouverture de a séance ; dans cet empressement auquel l’Académie n‘est point accoutumée, on pouvait craindre qu’il n’y eût quelque désordre ; mais les mesures avaient été si bien prises, que tout le monde, au moins tout ce qui a pu entrer dans la salle, a pu voir et examiner à son aise les produits du Daguerrotype, et entendre les développemens dans lesquels est entré M. Arago.

Trois tabeaux exécutés par les procédés de M. Daguerre étaient exposés comme échantillons ; ces tableaux ont sans doutebété fort admirés ; mais ce n’était pas la l’objet important de la séance ; deux d’entre eux étaient connus, et personne ne doutait de la perfection des résultats obtenus par M. Daguerre lui-même ; on savait qu’entre ses mains son invention était arrivée au plus haut degré de perfection. Mais ce que l’on était avide d’entendre, c’était la révélation du secret si bien gardé jusqu’ici par les hommes auxqels il avait été confié, que pas un soupçon fondé n’avait transpiré a ce sujet dans le public, et de pus on éprouvait une curiosité quelque peu maligne de voir si l’invention répondait dans ses détails aux pompeux récits que l’on en avait faits, aux merveilles que l’on en racontait.

Quelque fût l’admiration générale pour les délicieux petits tableaux imprimés par la lumière elle-même sous la direction de M. Daguerre, et la modicité du prix accordé par la natio à une découvete que l’Europe nous envie et qu’elle a fait tant d’éfforts pour nos ravir, on se demandai déjà si les faits seraient au niveau des promesses et de l’attente générale, et s’il n’y avait pas dans la révélatin du secret quelque déception imprévue par cette foule d’amateurs quise flatient déjà de produire à volonté des chefs-d’œuvre et de rivaliser avec les plus grands peintres, de les surpasser même doans la reproduction des œuvres de la nature, avec un simple appareil acheté chez Giroux ou chez Charles Chevalier. Il serait si commode de se dispenser du travail et des laborieuses ´tudes qui font l’artiste, et de pouvoir acheter un peu de génie à prix d’argent !

Dieu merci ! les prétentions des contribuables qui croient avoir assez bien payé de leurs deniers l’inention de M. Daguerre, pour avoir le droit de faire aussi bien que lui sans se donner aucune peine, ne seont pas satisfaites, et pourtnt nous n’avons rien à rebattre de l’admiration générale pour cette découverte ; nous pouvons même affirmer dés à présent et sans crainte d’être démentis, qu’elle surpasse en merveilleux, par ses combinaisons singuluères et ses conditions  mystérieuses, tout ce que l’esprit le plus pénétrant avait pu imaginer jusqu’ici. Il a certainement fallu une étonnante sagacité, un instinct bien rare, un génie tout parsiculler de recherche et d’invention en même temps qu’une persévérance infatigable, pour arriver á rapprocher et à combiner tant de circonstances si éloignées les unes des autres. Nous sommes convaincus que tous les savants réunis de l’Europe, chimistes et physiciens les plus habilles, auxquels on eût donné un pareil problème à résoudre, n’y seraient pas parvenus en dix ans ; mais c’est qu’aussi il ne s’agit pas de sience en cette occasin, et tous les procédés scientifiques auraient plutôt écarté du but de ceux qui se seraient laissé guider par les seuls principes de la science, qu’ils ne les y auraient conduits.

M. Arago entre en matière par un exposé historique des principaux points de la science relativement à l’action chimique de la lumière sur diverses substances ; il rappelle que dès l’année 1566 l’influence des rayons lumineux sur l’argent corné (chlorure d’argent), est indiquée dans l’ouvrge de Fabricius ; lefameux chimiste suédois Schéele a fait ensuite des expériences avec la spectre solaire sur cette même composition, et il a démontré que le rayon rouge colorait à peine la matière, tandis que le maximum d’effet était produit par le rayon violet. Depuis on a découvert un fait encore plus curieux : on s’est assuré qu’audelà des rayons colorés du spectre solaire il existait des rayons invisibles capables de produire les actions chimiques relativement plus intenses, de telle sorte que l’on  est aujourd’hui conduit à admettre dans la lumière blanche un mélange de rayons lumineux et de rayons chimiques, doués au plus haut degré du pouvoir d’agir chimiquement sur les corps, quoique ces rayons soient par eux-mêmes invisibles.

Ces principes étaient nécessaires à rappeler avant d’arriver á la description particulière des procédés de M. Niepce et de M. Daguerre. Maintenant il faut savoir ce que c’est la chambre noire dont l’invention est due à l’italien Joperta ; cet instrument n’est autre chose que la première moitié d’une lunette ordinaire ; dans une lunette telle que celle dont on se sert au spectacle, l’image extérieure est transmise amplifiée au moyen d’un verre opposé à l’ œil (verre objectif), et vient pour ainsi dire se peindre en un certain poit du corps de la lunette ; l’ œil le voit au travers du verre auquel il s’applique (verre oculaire), comme il ferait avec une loupe qui augmenterait encore ses dimensions ; dans ce cas l’image n’est pas matérielle ; mais si on supprime le verre oculaire et que l’on reçoive l’image sur un écran placé précisément au point où elle se forme, en donne un corps à cette image et on la voit peinte avec tous ses détails et toutes ses couleurs sur l’écran ; telle est la disposition de ce que l’on appele la chambre obscure, et cet au moyen d’une pareille disposition que l’on nous montre le curieux spectacle des objets extérieurs venant se peindre avec toutes leurs nuances sur un écran placé au milieu de la chambre noire où ils sont transmis par une lentille ; l’invention de MM. Niepce et Daguerre consiste à fixer ces images sur le tableau qui les reçoit.

Cette invention, avant d’arriver au point où nous allons la voir, a subi bien des phases et bien des perfectionnements divers.

Dans les premiers essais, on a dû naturellement songer à placer au foyer de la chambre noire, sur l’écran lui même, une couche de chlorure d’argent ; cette préparation, si sensile à l’action de la lumière, était influencée et colorée au brun proportionnellement à la quantité de rayons lumineux tombant sueses différens points. En effet, les parties fortement éclairées, passaient bientôt au brun foncé, tandis que les parties ombrées se conservaient intactes, les demi-teintes subissant une actio intermédiaire ; mais de cette manière on voit que les effets étaient précisement opposés à ce qu’ils sont dans la nature ; en effet, le chlorure d’argent ayant la propriété de brunir sous l’influence des rayons lumineux, les parties étaient d’autant plus sombres qu’elles étaient plus fortement frappées par la lumière, tandis que les points sostraits au soleil par l’ombre des objets, demeuraient plus ou moins blancs ; en un mot, les clairs se peignaient par des noirs, et les ombres par des clairs d’intensité proportionnée au degré de ces ombres.

C’était là, comme on le conçoit, un grand défaut auquel il fallait nécessairement remédier, si l’on voulait produire des effets vraiment utiles et agréables.

De nombreuses tentatives ont été faites pour appliquer ce procédé à la reproduction des gravures; en plaçant une gravure sur une feuille de papier enduite de ta préparation, et l'exposant au soleil, la lumière ne tardait pas à réagir à travers la gravure, et son influence était variable suivant qu'elle frappait sur les parties ombrées, sur les parties claires et sur les demi-teintes; c'était donc toujours le même inconvénient. Wegwood et Davy ont fait différentes applications de cette méthode, et le physicien Charles faisait dans ses cours des silhouettes par ce procédé.

La premier perfectionnement auquel est parvenu M. Niepce, a été de rendre la nature telle qu'elle est sous le rapport des ombres et des clairs, et de remplacer les effets renversés dont nous venons de parler, par des effets en harmonie avec les phénomènes de la lumière ; c'était la un grand point, un fait fondamental dans l'application qu'il tentait de l’action chimique des rayons lumineux ; pour obtenir ce résultat il fallait évidemment employer un fond noir susceptible d’être décoloré par la lumière en raison de l’intensité avec laquelle elle vient frapper les différens points du tableau ; on devait procéder comme font les artistes dans le genre de gravure où ils produisent les clairs et les demi-teintes en enlevant plus ou moins de la couche noire préalablement étendue sur la planche.

C'est à l’aide d'une préparation obtenue avec le bitume de Judée sec et dissout dans l'huile de lavande que M. Niepce a fait ses premiers essais et obtenu ses premiers succès ; il parvint en outre à soustraire sa préparation à l'action ultérieure de la lumière, de manière à pouvoir conserver les empreintes qu'il avait produites; jusque-là ces  empreintes ne pouvaient pas même être vues, puisque du moment où on les exposait à la lumière pour les regarder tout s'effaçait en prenant une teinte uniforme.

Enfin, un troisième point, le plus curieux, le plus inattendu, qui a dû singulièrement exercer la sagacité de M. Niepce et qui joue encore le plus grand rôle dans les effets du Daguerrotype, est le suivant :

Lorsque la de cuivre plaquée d'argent sur laquelle était étendue la préparation du bitume, avait été exposée  à l'action de la lumière, l'empreinte des images était à peine sensible quoiqu'elle existât réellement comme on va la voir, et il a fallu un nouvel effort d'invention pour la faire apparaître aux yeux.

Pour faire bien comprendre le phénomène que nous allons décrire, nous le comparerons à ce qui se passe dans la fabrication du moiré métallique ; ces effets de moire tiennent, comme on sait, à la cristallisation de la couche d'étain que l'on étale à la surface du fer en l'étamant; cette cristallisation n'apparaît pas tant que l'on n'enlève pas, au moyen d'un acide, la première couche d'étain qui a cristallisé confusément en se refroidissant trop rapidement au contact de l'air. Eh bien ! l'image imprimée par les rayons lumineux sur la préparation de M. Niepce a besoin, pour se produire aux yeux, de subir l'action d'un nouvel agent, et cet agent  était l'huille de pétrole dans les essais de  l’auteur; l'huille de pétrole, à ce qu'il paraît, a la propriété d'attaquer et de dissoudre les points de la surface métallique qui ont été préservés par les ombres de l'action de la lumière, tandis qu'elle est sans influence sur les points frappés par las rayons du soleil ; on voit alors l'image sortir do la couche où elle était cachée, et il suffit de laver la plaque pour la soustraire à l'action ultérieure de la lumière.

C'est ainsi que la merveilleuse invention qui va bientôt nous apparaître dans tout son éclat marchait peu à peu vers son but ; mais la préparation de M. Niepce ne donnait encore que des résultats fort imparfaits, et de plus elle était si peu sensible, qu'il fallait quelquefois exposer l'objet pendant trois jours au foyer de la chambre noire pour l'imprimer d'une manière suffisamment distincte.

C'est à ce point que M. Daguerre a pris cette invention qui devait bientôt subir entre ses mains de si importantes modifications, qu'il devait pour ainsi dire se s'approprier et qui allait environner son nom d'une si grande renommée. Occupé lui-même d'essais du même genre, il préludait à sa belle découverte par des expériences de peu d'intérêt pour nos lecteurs et que nous omettrons pour arriver de suie au résultat définitif. Qu’il nous suffise de dire que ses essais sont devenus de plus en plus subtiles, et qu’entre ses mains habiles ils ont consisté à employer des matières non plus à l’état grossier et palpable, mais à l’état de vapeur, jusqu’à ce qu’enfin la matière devenant de plus en plus insaisissable, il est arrivé à un point où elle ne tombe plus pour ainsi dire sous nos sens, où elle échappe à l’appréciation de nos instruments les plus délicats ; c’est, en un mot, par l’action combinée de deux vapeurs dans des proportions d'une incalculable tenulté qu'il a réussi à produire les merveilleux résultats que nous connaissons.

 

Description du procédé actuel de M. Daguerre.

 

Une tablette de cuivre plaquée d'argent est d'abord soigneusement décapée à l'aide d'une solution d'acide nitrique qui enlève toutes les matières étrangères répandus à sa surface, et en particulier les dernières traces de cuivre que la feuille d'argent peut contenir, ainsi que l'a constaté M. Pelouze ; ce décapage demande des soins particuliers et minutieux, et le frottement que l'on exerce pour aider l’action de l'acide doit être pratiqué non pas toujours dans le même sens, mais dans une certaine direction M. Daguerre a observé que le cuivre plaqué d'argent produit de meilleurs résultats que l'argent pur, ce qui fait supposer, dit M. Arago, que l'action voltaïque n'est pas étrangère dans ce phénomène.

Après cette première préparation, la lame métallique est exposée dans une boîte fermée à la vapeur de l'iode, avec des précautions toutes spéciales; ainsi une petite quantité d'iode est déposée au fond de la boîte et séparée de la feuille de métal par une gaze légère, afin de tamiser pour ainsi dire la vapeur et de la répandre uniformément ; cela ne suffit pas encore; des essais multipliés ont appris à M. Daguerre ce que toute la science du monde n'eût pas fait deviner ; il est nécessaire d'encadrer la tablette de plaqué dans une petite bordure métallique, sans quoi la vapeur d'iode se condence en plus grande quantité sur les ords que dans son centre, et tout le succès de l’opération dépend de la parfaite uniformité de la couche d’iodure d'argent qui se produit ; la feuille de cuivre plaquée doit rester exposée à la vapeur d'iode un temps suffisant, ni trop ni trop peu, et ce moment est indiqué par la couleur jaune que prend la plaque. M. Dumas ayant cherché à apprécier l'épaisseur de cette couche d’iode, et assuré qu'on ne pouvait pas l'estimer à plus d’un millionième de millimètre ! C'est la un infiniment petit que notre esprit n'est pas plus apte à se figurer qu'il ne conçoit l'immensité des cieux, l’éternité du temps ou l'infini de l'espace. La feuille de plaqué, ainsi disposée, est portée dans la chambre noire en la préservant soigneusement du moindre contact de la lumière; elle est en effet tellement sensible à cette action, qu'un dixième de seconde est plus que sufisant pour l'impressionner.

Un mécanisme très simple permet de placer immédiatement la plaque au foyer de la chambre noire. Au fond de cette chambre, que M. Daguerre a réduite à de petites dimensions, est un verre dépoli qui peut avancer ou reculer jusqu’à ce que l'image extérieure vienne s'y peindre d'une manière parfaitement nette et distincte. La plaque métallique est alors substituée au verre dépoli et reçoit l’impression de l’image. En très peu de temps l'effet est pro- duit et la feuille de plaqué peut être retirée. Dans cet état, c’est à peine si l'image s'aperçoit à la surface; elle doit subir l'action d’une seconde vapeur pour apparaître et prendre véritablement naissance. C'est, chose singulière et inattendue, la vapeur da mercure qui va lui donner la vie. Et comme tout doit être mystérieux dans ce phénomène, la tablette métallique ne se prête convenablement à l’influense de l'atmosphère mercurielle que sous un certain angle. Elle est donc enfermée dans une troisième boite au fond de laquelle est placé une petite cuvette remplie de mercure. Si le tableau doit être vu dans la position verticale où se placent ordinairement les gravures, c'est sous un angle d’environ quarante-cinq degrés qu'il doit recevoir la vapeur du mercure ; si au contraire on voulait, par caprice, le considérer inclinée sous ce même angle, il devrait être disposée horizontalement. N'oublions pas de dire que l'émanation de mercure a besoin d'être excitée par une température de soixante degrés Reaumur.

Après ces trois opérations après ces trois sortes d'incubation presque aussi miraculeuses que l'incubation de l'œuf d'où le poulet doit sortir vivant, le mystère est accompli ; il ce reste plus qu'à faire subir une espèce de baptême à ce nouvel être de création humaine, en le plongeant dans une eau d'hypo-sulfite de soude; cette dissolution attaque, dit-on, plus fortement les parties sur lesquelles la lumière n'a pu agir, et respecte au contraire les parties claires ; c'est l'inverse pour la vapeur mercurielle qui s'est exclusivement fixée sur les points frappés par les rayons lumineux en sorte que l'on pourrait peut-être penser que les clairs sont formés par un amalgame de mercure et d'argent, et les ombres par une sulfure da ce dernier métal aux dépens de la solution d'hypo-sulfite. Nous risquons beaucoup de nous tromper en donnant cette explication ; mais nous sommes fort à l'aise sous ce rapport ; car le champ est ouvert à toutes les suppositions après la déclaration formelle de M. Arago, faite en son nom et au nom des plus savants chimistes qui ont examiné la question ; cette déclaration n'est rien moins qu'un aveu complet d'impuissance de la part de la science combinée de la physique; de la chimie et de l'optique, de donner une théorie tant soit peu rationnelle et satisfaisante de ces phénomènes si délicats et si compliqués.

L’image résultant de cette série d'opérations passablement diaboliques subit un dernier lavage à l'eau distillée pour acquérir cette stabilité qui permet de l'exposer à la lumière sans lui faire éprouver aucune altération.

Après cette lumineuse et intéressante exposition, que nous cherchons à reproduire de notre mieux, M. Arago se  demande quels perfectionnemens pourrait encore recevoir cette belle application de l'optique.

On a parlé de fixer non seulement les images, mais de  reproduire leurs couleurs naturelles. Ce résultat parait, sinon impossible, du moins bien difficile à réaliser, et M. Daguerre n’espère pas que l’on y parvienne à l’aide de ses préparations ; toutefois il est juste de dire, quelque merveilleux et incroyable que paraisse cet effet, que dans des essais faits au moyen du spectre solaire, on a vu la coloration bleue sortir du rayon bleu, la couleur orangée sortir du rayon orangé, et ainsi de suite. Sir John Herschel s'est assuré que le rayon rouge est seul sans action.

Maintenant serait-il possible de faire des portraits avec cette méthode ?

M. Arago ne craint pas d'avancer que cette question ne doive être résolue par l'affirmative, en dépit des deux difficultés en apparence insurmontables qui l'environnent. D'une part en effet l'immobilité est une condition indispensable du succès de cette opération, et de l'autre cette immobilité est impossible à obtenir sous l'influence de la vive  lumière à laquelle on est obligé d'exposer la figure et qui détermine nécessairement le clignotement des yeux ; mais M. Daguerre s'est assuré que l'interposition d'un verre bleu n'arrête en rien l'action de la lumière sur sa préparation, et ce verre préserve suffisamment la vue de l'influence des rayons lumineux ; quant à la tête, il est facile de la fixer pendant une seconde au moyen d'un appareil qui l'embrasse et la soutient.

Nous regrettons que la solution de cette question n'ait pas été donnée par le fait, toujours plus certain en pareil cas que le raisonnement.

Un autre perfectionnement plus important, à notre avis, qu'il serait bien désirable d'obtenir, consisterait à rendre l'image inaltérable au frottement ; la matière des tableaux exécutés par le Daguerrotype est en effet si peu solide, elle est si légèrement déposée à la surface de la lame métallique, que le moindre frottement l'enlève comme celle d'un dessin à l'estompe ou d'un pastel; ces tableaux ne peuvent donc être conservés que soigneusement recouverts d'une glace ; de là, comme on le conçoit, résultent des inconvéniens notables pour l'usage da Daguerrotype en voyage ; mais nous pensons que ce perfectionnement est un de ceux auxquels de nouveaux essais permettront d’arriver, soit à l'aide d'un vernis, soit par quelque autre moyen.

En faisant ses nombreuses expériences relatives à l'action exercée par la lumière sur les diverses substances. M. Daguerre s'est assuré que le soleil n'agit pas également bien à toutes les heures du jour, même en prenant les instans où sa hauteur est la même au-dessus de l'horizon ; ainsi son effet est plus satisfaisant à dix heures du matin qu'a deux heures de l'après-midi; on voit par là que le Daguerrotype devient an instrument d'une sensibilité exquise pour mesurer les intensités diverses de la lumière ; or, c'était là un point qui offrait jusqu'ici les plus grandes difficultés en physique. Il est assez facile de mesurer la différence d'intensité de deux lumières considérées simultanément; mais quand il s'agit de comparer une lumière du jour avec une lumière qui se produit pendant la nuit, celle du soleil et de la lune, par exemple, les résultats n'offrent aucune précision. La préparation de M. Daguerre est influencée même par la lumière de la lune, à laquelle tous les procédés tentés jusqu'ici restaient insensibles, même en la concentrant au moyen d'une forte lentille.

Ne pourrait-on pas trouver dans la singulière modification que la lumière solaire semble éprouver à certaines heures du jour de la part des émanations qui se répandent dans l’atmosphère, l'explication d'un phénomène particulier aux tableaux et que les peintres ont de tout temps remarqué; on sait que l'aspect de certaines peintures n'est pas le même le matin ou dans l'après-midi, et c'est 1a une des tribulations des artistes ; M. Daguerre attribue cet effet aux modifications apportés dans le vernis par la lumière, qui varient avec la marche du soleil, et que l'ombre de la nuit annule et fait disparaître.

Il serait impossible de prévoir toutes les applications qu'un nouvel instrument aussi sensible que le Daguerrotype peut recevoir dans les expériences de physique ; néanmoins on peut dès à présent indiquer quelques unes de ses applications les plus immédiates ; indépendamment de celles dont nous venons de parler pour la photométrie M Arago signale quelques uns des phénomènes les plus abstraits offerts par le spectre solaire ; on sait par exemple que les divers rayons colorés sont séparés par des lignes noires transversales indiquant une absence de ces rayons en certains points; eh bien ! y a-t-il de même des solutions de continuité dans, les rayons chimiques ? Il s’agira tout simplement pour résoudre cette question d’exposer une plaque de M. Daguerre à l’action d’un spectre ; on verra par cette expérience si l’acion de ces rayons est continue ou si elle est interrompue par des espaces libres.

Enfin, pour terminer cette longue exposition à laquelle le nombreux auditoire de   l'Académie a prêté une attention soutenue, nous dirons que M. Dumas, ayant  soumis les tableaux de M. Daguerre à l'inspection microscopique, a observé dans toutes les parties claires des sphérules blancs d’un huit-centème environ de millimètre.

La correspondance de l'Académie a présenté quelques  faits curieux dont nous devons rendra compte : M. Pambour a substitué dernièrement sur un chemin de fer en Angleterre, des roues d’un grand diamètre aux roues ordinaires d’un petit rayon ; la vitesse que la locomotive a acquise par cette modification a été de vingt-deux lieues un tiers par heure !

 

M. ARAGO présente, de la part de M. Levasseur, une étoffe remarquable, fabriquée par une espèce de chenille, en Moravie ; cette étoffe, d’une finesse extrême, sert à ces insectes à envelopper des arbres entiers qui n’ont pas quelquefois moins de quarante-cinq pieds de haut.

Il paraît résulter des observations de M. Quetelet, sur les étoiles filantes, que la nuit du 10 au 11 août offre, comme celle du 12 au 13 novembre, le retour périodique d’un grand nombre de ces météores lumineux.

Dr Al. Donné