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segunda-feira, 20 de abril de 2009

1862, 15 de Junho - Le moniteur scientifique, REVUE PHOTOGRAPHIQUE

1862, 15 de Junho
Le moniteur scientifique
Journal des Sciences pures et appliquées spécialement consacre aux chimistes et aux manufacturiers
par le
dr . Quesneville
paris
chez
m. Quesneville, rédacteur-propriétaire
55, rue de la verrerie
T. IV
132º Livraison
Pags. 377, 378, 379, 380, 381
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REVUE PHOTOGRAPHIQUE

SOMMAIRE. – La photographie à l’Exposition de Londres. – Prix du duc de Luynes. – Prix fondé par l’Association photographique allemande. – Prix fondé par la Société de Marseille. – Procédé au tanin rendu rapide. – Dessins stéréoscopiques de Chimenti. – Épreuves stéréoscopiques du soleil. – Grandissements sans chambre spéciale. – Collodion sans éther, par M. Sutton. – L’amateur photographe, par Charles Bride.

Ce serait manquer à tous nos devoirs de chroniqueur que de ne pas dire au moins quelques mots de l'Exposition universelle ouverte à Londres en ce moment, et de laisser passer, sans nous arrêter un instant, ce troisième et brillant concours de tous les peuples. Non pas que notre intention soit de raconter les merveilles que renferme le palais de Kensington, nous n'avons pas mission pour parler de ces magnifiques porcelaines, de ces tissus splendides, de ces admirables pièces d'orfévrerie qui brillent de tous côtés au milieu des galeries; notre but est moins haut, et nous voulons seulement dire quelques mots de la partie qui incombe à notre spécialité, c'est-à-dire de la section photographique.
D'ailleurs ce que nous avons a dire ne peut avoir rien de blessant pour des oreilles françaises; et le résultat de l'exposition actuelle ne saurait être pour nos lecteurs qu'une occasion de satisfaction. II faut le reconnaître, en effet, la partie française de l'exposition (au point de vue photographique bien entendu) l'emporte de beaucoup sur la partie anglaise. Tout d'abord, la disposition est dans celle-là beaucoup plus avantageuse que dans celle-ci. Les épreuves anglaises sont exposées dans une pièce unique carrée, où elles se perdent et se nuisent les unes les autres; les épreuves françaises, au contraire, sont réparties dans une galerie longitudinale bien éclairée, coupée perpendiculairement par une vingtaine de cloisons ou panneaux sur lesquels sont suspendus les cadres des photographes; il en résulte une sorte de division de cette section en une série d'expositions séparées, plus petites, mais dont il est par suite plus aisé de reconnaître la valeur. L'effet est moins grandiose peut-être que pour l'exposition anglaise, mais l'ensemble est, en somme, beaucoup plus satisfaisant.
Si l'on fait abstraction de cette impression générale, et si l'on entre dans les détails, on voit la même supériorité se maintenir chez les Français, à l'exception cependant du genre paysage, qui, chez les Anglais, reste traite d'une façon tout à fait supérieure. Dans la section anglaise, en effet, on ne retrouve rien de saillant, rien de neuf; c'est une collection de bonnes épreuves, mais toutes obtenues par les procédés ordinaires, et toutes présentant ce caractère de finesse, de délicatesse exquise auquel nous sommes habitués. Il faut cependant signaler la vulgarisation, en Angleterre, des procédés à sec: dans les expositions précédentes, et nous avons déjà eu occasion de le dire à cette place, toutes les épreuves anglaises étaient obtenues sur collodion humide; les paysages même se trouvaient dans ce cas, et paraissaient dus a l'emploi de lentes et de laboratoires de voyage; à l'exposilion actuelle, les choses sont changées, le collodion humide est encore le procédé le plus généralement répandu, mais les procédés à sec, le collodion albuminé de Taupenot, le collodion gélatiné du docteur Hill Norris, et surtout le procédé au tannin, du major Russell, comptent des représentants nombreux et très-satisfaisants. Parmi toutes ces belles épreuves il en est quelques-unes qui fixent d'une manière toute particulière l'attention du public et surtout celles des photographes, ce sont les épreuves obtenues par M. Breese, exposées déjà par lui à Birmingham et qu'il déclare dues à l'éclairage lunaire seul. Nons avons parlé ici même de ces épreuves et indiqué ce qu'elles présentent de curieux, en déclarant qu'à notre avis M. Breese était entièrement de bonne foi, et que ces épreuves étaient réellement dues aux rayons de la lune. Les avis sont extrêmêment partagés; des paris nombreux ont été ouverts au sujet du procédé par lequel M. Breese a pu les obtenir, et l'on attend avec impatience les décisions du jury international à cet égard: nous aurons soin de les faire connaître.
Dans la section française, au contraire, on rencontre nouveauté sur nouveauté; ce sont d'abord les agrandissements, qui possèdent ici une importance inattendue; les Anglais en ont bien aussi exposé un certain nombre, mais ces épreuves sont réellement inférieures aux épreuves similaires françaises; elles sont moins nettes, les contours sont plus débordés, et l'on ne doit pas s'étonner de ce fait, lorsqu'on sait qu'en Angleterre tous les photographes qui grandissent les petits clichés tirent directement d'après ceux ci leurs positifs agrandis, au lieu de faire d'abord un cliché agrandi, ce qui, au lieu d'une pose de trois quarts d'heure au moins, pendant lesquels le soleil se déplace, n'exige qu'une exposition de quelques minutes. Les épreuves au charbon, les vitrifications, les émaux photographiques sont représentés par les spécimens les plus brillants; les portraits sont fort beaux, les monuments bien réussis, et l'on s'arrête avec admiration devant les grands panoramas de montagnes de MM. Bisson. Chez les Français, contrairement aux habitudes anglaises, presque tous les paysages sont dus aux procédés à sec; le collodion albuminé de Taupenot, est parmi ceux-ci, le plus employé ; cependant le procédé au tannin paraît devoir être employé concurremment avec le premier, si l'on en juge par quelques belles épreuves de M. Antony Thouret. Le maître de tous les paysagistes photographes se rencontre dans l'exposition française, mais ce maître est un Anglais: nous avons nommé M. Maxwell Lyte. II est impossible de voir quelque chose de plus doux, de plus harmonieux, de plus finement délicat que ses vues des Pyrénées; les meilleurs paysagistes français sont loin d'obtenir de semblables résultats.
On s'étonnera peut- être que nous n'ayons pas encore parlé des épreuves envoyées par les autres nations; la chose est excusable, car, dans le palais de Kensington, les photographes demeurent bien loin les uns des autres, et leurs œuvres se trouvent disséminées en plus de vingt-cinq localités différentes; ce serait cependant être injuste que de ne pas signaler, dès à présent, les beaux portraits envoyés par les Allemands et notamment ceux de M. Angerer, de Vienne.
Telles sont les premières impressions que laisse la vue de l'exposition photographique; nous ne les donnons pas comme définitives, et nous nous proposons de revenir en temps et lieu sur toutes les particularités intéressantes que pourra nous y faire reconnaître un examen approfondi. Du reste, plus d'un parmi nos lecteurs aura peut-être la curiosité d'aller juger par lui même, et nous le conseillons franchement. Le bâtiment (c'est à tort que nous avons dit le palais), le bâtiment qui renferme l'exposition est bien laid, mais ce qu'il contient est vraiment splendide, et il est si facile de se rendre aujourd'hui à Londres, grâce aux trains de plaisir que viennent d'organiser diverses compagnies, que peu de personnes voudront se refuser cette satisfaction.
La photographie figure à l'exposition non-seulement comme un art producteur, mais encore comme agent précieux et d'un usage journalier; un grand nombre d'industriels ont besoin d'obtenir l'image de leurs appareils, de leurs produits, etc ; les Revues leur demandent ces reproductions pour les faire graver, ou bien elles servent à des prospectus, etc. Il n'est pas permis à tout le monde d'exécuter ces reproductions photographiques dans l'enceinte de l'exposition; le droit en a été mis en adjudication et acquis par la Compagnie stéréoscopique de Londres, moyennant 1,500 guinées (environ 40,000 francs). Le cahier des charges portait des clauses extrêmêment dures, la compagnie a obtenu la résiliation d'un assez grand nombre d'entre elles, mais il lui reste encore, en dehors de son prix d'achat, à satisfaire à certaines conditions d'intérêts qui élèvent ce prix a près du double. Cependant, même dans ces conditions exorbitantes, l'affaire paraît encore bonne, car nous avons entendu assurer que MM. Day et Son, de Londres, s'ils avaient prévu que la Compagnie de l'Exposition adoucirait quelques unes de ses conditions, auraient élevé les enchères jusqu'à 5,000 guinées (125,000 fr. environ).
- Quittons maintenant l'exposition et disons quelques mots des prix photographiques décernés ou à décerner. Le prix de 2,000 francs fondé par M. le duc de Luynes pour un procédé permettant d'obtenir des épreuves au charbon a été donné par la Société photographique de Paris à M. Poitevin; mais, considérant la valeur du perfectionnement apporté à ce procédé par M. Fargier, la Société a cru devoir lui accorder un encouragement de 600 francs. Cette décision a provoqué, paraît-il, à la séance même de cette honorable Société, une scène sans précédent et regrettable à tous les titres M. Charavet qui n'est pas inventeur, mais qui a acquir (moyennant une grosse somme, dit-on) le procédé Fargier, s'est cru lésé dans ses droits pas ce fait que le prix ne lui était pas personnellement accordé. Comme il est membre de la Société, il a pu se lever, obtenir la parole et entreprendre un vigoureux plaidoyer en sa propre faveur. C'est en vain que M. Paul Perier d'abord, M. Regnault ensuite ont cherché à faire comprendre à M. Charavet combien sa manière d'agir était insolite et déplacée. M. Charavet n'a pas compris la portée des paroles qui lui étaient adressées; il a redoublé ses attaques contre la Société, l'accusant en propres termes d'injustice, et a dignement couronné son entreprise par une sortie furieuse. On assure même que, dès le lendemain, M. Charavet attaquait M. Poitevin en nullité de brevet, prévenant ainsi par cette démarche le procès que peut-être celui-ci lui aurait intenté quelque jour. Voilà donc encore un nouveau procés photographique sur l'eau; ce n'est pas le premier à coup sûr, mais nous gagerions bien que ce n'est pas le dernier.
On ne saurait s'empêcher de regretter de semblables dissentiments à propos de la distribution de prix fondés par des amateurs généreux. Aussi croyons-nous qu'il faut être très sobre et très-réservé en ces sortes de questions; en Angleterre, lorsqu'un prix de ce genre est fondé, on laisse en général au donateur le soin de le décerner lui-même. Il serait bien extraordinaire que, dans ces circonstances, il se trouvât un concurrent d'assez mauvais goût pour aller accuser le donateur lui-même. A l'exposition actuelle, les commissaires royaux semblent avoir eu peur d'être taxés d'injustice en répartissant entre les exposants des médailles de diverses valeurs; aussi (et en général les désapprouve-t-on), ont-ils décidé qu'il ne serait distribué que des médailles de bronze. On prétend même que la moitié des exposants se trouvera ainsi récompensée. Ce serait, avouons-le, enlever à la récompense toute sa valeur.
L'association des photographes allemands, à Iena, vient de fonder un prix de 65 thalers (250 fr. environ), pour l'auteur du meilleur procédé de tirage des positifs sans sels d'argent; le concours sera clos le 1er octobre 1862. C'est ici le cas d'appeler, plus que jamais, l'attention sur l'emploi des sels de fer.
La Société photographique de Marseille a fondé un prix de 500 francs pour l'auteur d'un procédé permettant d'obtenir sur plaque entière des clichés instantanés, comparables aux vues des rues de Paris, exécutées par MM. Ferrier père et fils. Cette question a déjà préoccupé un très-grand nombre de photographes; quelques-uns ont assez bien réussi, et en somme le procédé à trouver n'est pas si difficile qu'il le paraît au premier abord; l'expérience démontre, en effet, que, dans bien des cas, les composés les plus ordinaires peuvent fournir des instantanéités; tout dépend de l'état dans lequel se trouvent ces composés; ainsi, contrairement à l'opinion de M. Sutton, et nous basant sur les expériences récentes de M. England, nous croyons qu'il est possible de réussir en employant un collodion très-brômé, le sensibilisant au moyen d'un bain de nitrate parfaitement neutre et récemment préparé, dévelopant avec un révélateur au sulfate de fer concentré et d'une préparation très-récente et surtout en faisant usage d'un excellent objectif, à court foyer, et d'une lumière très-brillante. En dehors de ces conditions d'objectif et d'éclairage, aucun procédé ne peut fournir de bons résultats; nous engageons fortement les photographes qui veulent bien nous lire à chercher dans cetta voie.
- On s'occupa beaucoup en Amérique, sinon d'obtenir une instantanéité absolue, du moins de diminuer considérablement le temps de pose qu'exigent les procédés à sec; c'est surtout à propos du procédé au tannin qu'ont lieu ces expériences. M. Draper, qui a déjà rendu de grands sevices à la photographie, conseille de développer les glaces préparées au moyen de la solution de tannin en opérant à chaud. C'est l'application au tannin de la méthode de développement conseillée il y a quelques mois par plusieurs opérateurs et notamment par M. Roman, de Wesserling; nous ne l'avons pas encore expérimentée et nous ne saurions nous prononcer à ce sujet. Elle mérite cependant d'être décrite des à présent, car elle diffère en un point important des autres méthodes de développenment à chaud qui l'ont précédée. Dans celle-ci, en effet, l'opérateur fait chauffer a l'avance le révélateur et le verse ensuite sur les glaces; dans la méthode de M. Draper, au contraire, le révélateur reste froid et c'est la glace que l'on chauffe. Le développement est conduit de la manière suivante: La glace est préparée d'après les indications du major Russell; mais au lieu d'y maintenir la couche de collodion au moyen d'une couche préalable de gélatine, ce qui nécessite des manipulations trop longues, on se contente de passer sur les bords du collodion nitraté, lavé et tanné, un pinceau mouillé avec une solution d'albumine concentrée. Celle-ci en séchant forme une bande de vernis qui maintient le collodion très solidement et l'empêche de se détacher pendant le développement. Après l'exposition, on prend la glace et l'on place dans une cuvette en porcelaine de l'eau bouillante; on expose la glace quelques instants à la vapeur, de manière à en élever la température, puis on la plonge dans l'eau elle-même qui bouillante d'ahord, s'est refroidie environ à 90º ou 95º centigrades. Lorque la glace est bien échauffée à cette température, on l'enlève, on la place sur une ventouse ou mieux sur un pied à caler, puis on verse à sa surface le révélateur qui, lui, n'a pas besoin d'avoir été chauffé. Le développement marche très bien; si l'épreuve ne sort pas, et si la glace se refroidit, on la plonge de nouveau dans l'eau bouillante, puis on continue le développement. Cette modification du procédé ordinaire de développement fournit, assure-t-on, des résultats tels qu'avec un bon objectif on peut, en une seconde, obtenir sur glace sèche une épreuve parfaitement réussie.
M. England assure être arrivé aussi à des résultats très-rapides en mélangeant à la solution préservatrice de la couche sensibilisée une quantité de miel précisément égale à celle du tannin que l'on introduit dans la solution. On peut ainsi, d'après cet auteur, préparer des glaces qui se conservent six mois, et qui n'exigent pas plus de pose que des glaces préparées au collodion humide.
Du reste, ainsi que nous l'avons dit plus haut, le procédé au tannin fait chaque jour des progrès et se popularise de plus en plus. Nous en trouvons une preuve nouvelle dans une intéressante brochure que vient de nous adresser M. Mallet-Bachelier, éditeur, et dans laquelle M. Aimé Gérard a reproduit par une traduction exacte, et avec des notes inédites, le pamphlet publié, il y a quelques mois, par M. C. Russell, sous le titre si connu en Angleterre: The tannin process.
- II existe à Lille (France), dans le musée Wicar, deux dessins de Chimenti, peintre italien qui vivait en 1640, et qui, depuis tantôt trois ans, font grand bruit dans le monde photographique. Ce sont deux dessins qui, au premier abord, paraissent absolument semblables, et reproduisent tous deux un jeune enfant le compas à la main, un genou en terre, et prêt à exécuter quelque figure de géométrie. Par leurs dispositions, ces dessins semblent avoir été faits précisément pour entrer dans un stéréoscope. Cette dernière opinion a été émise par divers savants et notamment par M. Brewster, qui la défend avec énergie. Mais l'expérience semble s'être prononcée contre celle-ci. En effet, M. Wheastone, qui revendique, avec raison croyons-nous, l'honneur d'avoir decouvert le stéréoscope, s'est procuré des reproductions exactes de ces dessins, et, après les avoir introduites dans le stéréoscope, il a reconnu qu'elles ne possedaient aucune espèce de relief. M. Brewster ne s'est pas tenu pour battu; il soutient que ces deux dessins ont bien été exécutés par Chimenti pour être vus au stéréoscope, mais que l'artiste chargé de les rapetisser ayant exagéré les défauts qu'ils possédaient primitivement, il en est résulté une impossibilité de superposition des deux images; il est convaincu que Galen connaissait il y a quinze cents ans le principe de la vision binoculaire, et que Chimenti a très-probablement fait ses dessins en s'inspirant du traité publié sur ce sujet par Porta, en 1593. Si M. Brewster avait raison, ne serait-ce pas le cas de répéter plus que jamais: Nil sub sole novum?
- Puisque nous avons prononcé le nom du stéréoscope, ne négligeons pas d'annoncer les prodigieuses épreuves stéréoscopiques que vient d'obtenir M. Warren de la Rue. Déjà cet astronome photographe avait reproduit stéréoscopiquement, et en prenant épreuve à des moments un peu différents: la Lune, Mars, Saturne, etc. Cette fois il s'est adressé au Soleil; et le reproduisant sous deux angles différents, c'est-à-dire à deux instants différents de la rotation de la Terre, il a obtenu deux petits clichés stéréoscopiques qu'il a grandis ensuite au diamétre de 90 centimètres, sans que la capacité de produire le relief ait abandonné les épreuves. De telle sorte que, grâce à ces derniers travaux, on peut examiner dans un stéréoscope colossal un soleil en relief présentant près de 1 mètre de diamètre !
- M. Vernon Heath vient d'appeler l'attention des photographes sur le procédé bien simple qu'il emploie pour grandir les épreuves sans faire usage d'ancune chambre spéciale, de reflecteurs de grands prix, etc. Voici ce procédé; il est à la disposition de chacun: on prend deux chambres noires ordinaires, on tourne vers le ciel, ou simplement vers une fenêtre le côté du châssis de l'une, et l'on y place le cliché à reproduire; l'autre chambre est disposée en sens précisément inverse; elle porte un objectif et celui-ci pénètre dans la première chambre par le trou de la planchette où devrait se trouver son objectif. De telle sorte qu'en réalité l'appareil optique de la deuxiènie chambre regarde le cliché à reproduire comme il regarderait
une vue ordinaire, et que pourvu que celle-ci ait un tirage suffisant, l'image agrandie de ce cliché viendra se peindre sur la glace dépolie qui la termine. On peut très-bien ainsi, et nous en avons fait l'essai, comme bien d'autres photographes avant M. Vernon Heath, grandir dans la proportion de 1 à 4 une épreuve quelconque sur verre.
- M. Sutton, le chercheur infatigable qui semble vouloir succéder au regrettable M. Hardwich lequel a abandonné la photographie pour le ministère religieux, vient de faire paraître un nouveau travail qui a pour but la préparation d'un collodion sans éther et auquel il donne le nom d'alcolène. Pour préparer ce collodion, il suffit d'employer une pyroxiline spéciale; on obtient celle-ci en trempant du coton de l'espèce la plus fine dans un mélange de trois parties un quart d'acide azotique d'une densité égale à 1.400, et de quatre parties d'acide sulfurique d'une densité égale à 1.830. Le mélange doit être porté préalablement à la température de 80º, et on y maintient le coton pendant cinq minutes; cette pyroxiline se dissout aisément dans l'alcool absolu, sans éther. Le collodion qu'il fournit est épais, coule bien cependant sur les glaces, mais est assez long à sécher. Il serait intéressant de soumettre ce collodion à des expériences suivies; il est bien possible, en effet, que l'absence d'éther lui communique une stabilité supérieure à celle des collodions ordinaires.
- Terminons cette revue, que plus d'un lecteur trouvera trop longue sans doute, en disant quelques mots d'un excellent petit livre sous couverture saumon que vient de nous adresser M. Charles Bride. Ce livre a pour titre : l'Amateur Photographe; guide pratique de photographie, suivi d'un Vocabulaire de Chimie Photographique. Nous avons lu avec soin cet ouvrage, dont l'étendue ne dépasse pas 233 pages, et nous l'avons trouvé très-complet; il renferme un grand nombre de gravures, permettant à chacun de se bien rendre compte des opérations de la pratique, et nous semble en somme parfaitement répondre au but que l'auteur dit lui-même s'être proposé: décrire la photographie avec assez de soin, assez de détails minutieux pour que la personne la plus étrangère aux sciences puisse d'elle-même et sans maître disposer son atelier photographique et obtenir au bout de quelques temps d'essais des épreuves satisfaisantes.
Th. Bemfield.

domingo, 19 de abril de 2009

1862, 1 de Outubro - Le moniteur scientifique

1862, 1 de Outubro
Le moniteur scientifique
Journal des Sciences pures et appliquées spécialement consacre aux chimistes et aux manufacturiers
par le dr . quesneville
chez m. quesneville, rédacteur-propriétaire
55, rue de la verrerie - Paris
T. IV
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Pags. 628, 629, 630, 631, 632, 633, 634, 635, 636
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EXPOSITION DE LONDRES.
LISTE EXPLICATIVE DES RÉCOMPENSES DÉCERNÉES A LA CLASSE XIV.
(Photographie et appareils photographiques.)

Londres, le 25 juillet 1862 (1)([i])
Monsieur le Directeur,

Vous m'avez prié de vous adresser, aussitôt que possible, la liste des récompenses décernées aux exposants photographes: cette liste est parue depuis quinze jours et j'aurais dû, depuis cette époque, déjà vous l'envoyer; mais il est arrivé ceci de curieux, que quoique je crusse connaître à fond l'Exposition, j'ai rencontré sur la liste officielle des noms que je n'avais pas remarqués. Ce fait se produit souvent, vous le savez, dans les grandes Expositions, et dans l'entassement prodigieux de choses de toute espèce que cclles-ci renferment, le critique en néglige souvent, et sans le vouloir, des plus importantes. J'ai donc dû reprendre mon examen, la liste officielle à la main, et c'est ce travail explicatif que je vous envoie. Malgré tous mes soins, il n'est pas encore complet; sans doute, tous les noms récompensés y figurent, mais il est quelques photographes étrangers dont, malgré tous rnes soins, je n'ai pu découvrir les œuvres et sur lesquels par suite, je ne pourrai guère vous donner que les appréciations officielles.
C'est qu'aussi les dispositions matérielles adoptées à Londres ne sont guère faites pour rendre facile l'examen des épreuves exposées. J'ai déjà eu l'honneur d'entretenir vos lecteurs de ce sujet au moment même de l'Exposition. Toutes les épreuves sont disséminées, les unes à gauche, les autres à droite, et souvent l'on doit parcourir des milles entiers pour passer des unes aux autres. Cette absence d'ensemble est fâcheuse à tous les points de vue; je ne parle pas, bien entendu, des jambes des visiteurs, qui, cependant, elles aussi, méritent un certain intérêt; mais il en résulte une excessive difficulté d'appréciation, et le danger presque inévitable de faire des oublis graves. Sans aucun doute, il serait de beaucoup préférable d'exposer ensemble les œuvres similaires de toutes les nations; peut-être bien des gens combattront-ils cette proposition et diront-ils qu'il vaut mieux laisser chaque nation masser à sa guise ses divers produits. Je ne discuterai pas cette manière de voir lorsqu'il s'agira de machines, de soieries ou de porcelaines, car je suis incompétent, je l'avoue, mais pour ce qui est des photographies, je maintiens mon dire et je soutiens que l'examen en eût été plus agréable, plus facile et plus sûr, si toutes se fussent trouvées réunies les unes à côté des autres, ainsi que cela se pratique dans les Expositions photographiques ordinaires.
Il serait bon aussi que l'arrangement matériel fût confié à la même personne; on éviterait ainsi de voir, en telle contrée, un arrangement intelligent et soigné, et en telle autre des dispositions maladroites et absurdes. Pour n'en citer qu'un exemple, il est bien certain qu'une bonne part du succès éclatant qui a placé la photographie française au pinacle, est dû à la manière adroite et vraiment artistique adoptée par les commissaires français, tandis que la photographie anglaise produit un effet véritablement piteux, quoiqu'elle abonde en paysages adorables, et cela parce qu'elle est entassée dans une salle unique, carrée, traversée par un paravent par ci, par une vitrine par là, parce que pour l'atteindre le visiteur doit abandonner en réalité la grande Exposition, monter à des galeries véritablernent polaires, et cela à travers des escaliers en briques jaunes où la lumière ne pénètre pas et sur les murs desquels on a étalé d'affreuses pancartes d'histoire naturelle, etc.
Si l'on cherche à juger la valeur intrinsèque des épreuves, en faisant abstraction de ces différences d'arrangement si fàcheuses pour les exposants anglais, on arrive à reconnaître que néanmoins et malgré tout, la France a pris cette année et sans conteste la tête de la photographie. Son exposition est riche et variée ;il est facile de reconnaître que les choix ont été faits avec sobriété; tous les procédés nouveaux, tous les genres nouveaux y figurent. L'exposition anglaise est plutôt, disons-le franchement, une collection de paysages et de cartes de visite; on y trouve cependant aussi des reproductions, des essais deprocédés nouveaux, etc., mais en petit nombre. L'Allemagne, ou mieux le Zollverein, comme on est habitué à la désigner ici, compte quelques bons représentants, à la tête desquels brille d'un éclat incomparable M. Albert, de Munich; son exposition est, après les produits français, ce qu'il y a de mieux ici. Du reste, elle est en beau jour, bien exposée, et son mérite intrinsèque est encore augmenté par les dispositions intelligentes qui ont présidé à son arrangement. La Russie, comme nous le verrons, a de belles épreuves; la Belgique n'est pas représentée comme elle le mérite; si l'on en excepte les splendides reproductions de M. Fierlants, on ne retrouve parmi les produits belges rien de bien saillant. Les autres contrées, sauf quelques exceptions toutes personnelles, ne figurent guère à l'Exposition que comme mémoire, et l'on ne saurait dire qu'il existe une photographie espagnole, une photographie suisse, etc. C'est du reste ce que le lecteur pourra facilement apprécier en suivant pas à pas la liste suivante, renfermant tous les noms récompensés, à côté de chacun desquels nous avons placé quelques réflexions qui nous sont toutes personnelles et que nous ne forçons pas le lecteur à considérer comme des articles de foi.
Disons d'abord que parmi les jurés se trouvaient deux exposants anglais, MM. Claudet et Thompson, et que ceux-ci n'ont pu, par suite, prendre part au concours: sans cette particularité, nul doute que l'un et l'autre eussent obtenu une médaille. Cependant,il serait injuste de ne point faire ressortir l'infériorité des produits exposés par M. Claudet, vis-à-vis des produits français du même ordre. Ce sont principalement des portraits grandis à la chambre solaire de Woodward, et, je ne sais pourquoi tous ces agrandissemcnls sont revêtus d'une teinte grisâtre désolante dont sont bien exempts les produits de MM. Aguado, etc. Et cependant les pctits clichés qui ont servi au grandissement sont beaux et vigoureux et, nous savons ce que peut faire M. Claudet. C'est donc, sans nul doute, une question de procédé, et au nom de la photographie anglaise qu'il honore si fort aujourd'hui, nous engagerons M. Claudet à rechercher un moyen nouveau pour renforcer ses clichés grandis.
Quant à M. Thompson Thurston, nous ne pouvons qu'admirer franchement ct sans réserve ses magnifiques reproductions. Cela dit, occupons-nous des artistes récompensés.
Médailles.

ANGLETERRE.
Association d'amateurs photographes. - Cette association, qui, créée il y a quelques, années se propose l'échange des plus belles œuvres photographiques, possède une magnifique exposition d'œuvres sur lesquelles, malheureusement, nous n'avons pas trouvé le nom des auteurs; ce sont des reproductions de gravures, de ruines, des vues de monuments, etc., des vues de mer obtenues d'une manière instantanée; on y rencontre aussi quelques essais de composition, mais, comme toujours, c'est là un genre d'épreuves guindé et peu satisfaisant pour l'imagination.
Beckley. - Epreuves photographiques des taches du soleil, et application de la photographie aux études astronomiques.
Bedford - Cette exposition comprend des intérieurs et des paysages; ceux-ci, qui offrent avec ceux de M. Vernon Heath une grande analogie, sont d'une douceur, d'un velouté inexprimables. L'auteur excelle surtout dans la reproduction des lierres et des arbres touffus.
Breese. - C'est le lion de l'Exposition. Maintefois déjà nous avons parlé de ses instantanéités. Les trois plus remarquables sont une falaise vue de nuit avec la pleine lune à l'horizon; épreuve étourdissante et adorable de poésie; une grève sur laquelle vient se briser une vague dont chaque gouttelette est clairement visible et au-dessus de laquelle deux mouettes traversent l'air les ailes déployées; enfin une chute d'eau dont tous les détails sont aussi bien définis que s'ils étaient dessinés à la main. Il est impossible de concevoir une instantanéité plus vraie, plus absolue, et combien on doit regetter que le procédé de M. Breese ne soit pas entre les mains de tous! car, pour un procédé, il y en a un, et ce n'est pas au moyen de ce que les Français appellent des ficelles photographiques que ces épreuves ont été obtenues.
Colnaghi et Comp. - Grandes et belles épreuves de reproductions d'objets d'antiquité, de cartons de l'école italienne, tous produits d'une grande utilité pour l'étude des beaux-arts,
Dallmeyer. - Objectifs photographiques.
De La Rue. - On connaît les beaux travaux photo-astronomiques de M.de La Rue; la foule s'arrête émerveillée devant ses épreuves du soleil (éclipse du 18 juillet 1860 et surtout devant ses magnifiques épreuves de la lune, mesurant environ 25 centimètres de diamètre, et qui, obtenues à loisir, présentent des détails d'une finesse extraordinaire.
Fenton (Roger). - Les épreuves de paysage de M. Roger Fenton sont des plus belles; comme nouveauté, il présente cette année des groupes de fleurs et de fruits extrêment remarquables.
Frith. - Vues d'Egypte, ne présentant rien de bien saillant.
Heath (Vernon). - Un des maîtres de la photographie anglaise; expose un grand nombre de paysages d'une grande finesse, d'une grande douceur dans le caractère des gravures anglaises.
James (colonel Henry). - On sait quels sont les travaux de M. James, et comment prenant en main les procédés qui, imaginés par M. Poitevin, ne pouvaient, malgré tous les efforts de celui-ci, passer dans la pratique, il en a fait une industrie grande et sérieuse, qui rend à l'amée anglaise les services les plus considérables. Son exposition comprend des cartes, manuscrits, etc., d'une grande finesse, grandis, réduits et tirés par la photographie, photopapyrographie, etc.
London stereoscopic Company. - Cette société, qui a payé 40,000 fr. le droit exclusif de photographier dans le Palais de l'Exposition, nous montre une collection très-nombreuse de stéréoscopes de tout genre et de toute espèce, généralement bien réussis.
Mayall. - Un des premiers portraitistes anglais; ses portraits ordinaires sont très-bons, peut-être cependant un peu mous; il expose aussi une épreuve grandie et peinte.
Mudd. - Épreuves de paysage obtenues sur collodion albuminé, que l'auteur pratique avec un grand succès; malheureusement le tirage des positifs est très-défectueux, et il en est déjà bon nombre qui jaunissent.
Negretti et Zambra. - Grands opticiens de Londres, MM. Negretti et Zambra s'occupent avec succès d'épreuves photohraphiques; plus qu'aucun autre, ils ont réussi dans l'application de la photographie aux illustrations des livres.
Piper. - Expose de très-beaux paysages, bien feuillus, et remarquables par la réussite des parties vertes; ces paysages, sur collodion humide, sont de grandes dimensions.
Ponting. - Échantillons de collodion ioduré sensible.
Pretsch. - Épreuves de gravure photographique. - Nos lecteurs connaissent le procédé de M. Pretsch, et nous aurions été heureux de leur annoncer son succès; mais, malheureusement, il y a là deux sortes d'épreuves: les unes, fort belles, portent l'inscription touched, et par suite n'ont guère de signification; les autres, not touched, sont peu remarquables.
Robinson. - Parmi les photographes anglais, il en est peu qui fassent autant d'efforts pour créer la composition photographique; c'est pour lui un véritable culte; il en montre cette, année un exemple supérieur aux précédents: c'est une jeune fille, les cheveux épars, étendue sur une barque qui coule au fil de l'eau. Sans doute il y a là des qualités; mais le problème de la composition photographique n'est pas encore résolu, et il suffit de passer aux galeries de peinture et de comparer cette épreuve à la martyre chrétienne de Paul Delaroche, devant laquelle nos belles Anglaises se pressent à l’envi.
Ross. - Objectifs photographiques.
Rouch. - Délicieux petits paysages obtenus avec une chambre binoculaire dont il est l'inventeur.
Sidebotham. - Beaux paysages sur collodion albuminé, bien doux, d'une grande transparence, et offrant avec ceux de notrc célèbre transfuge, M. Maswel Lyte, la plus grande analogie.
Talbot (Fox).- On sait que M. Fox Talbot est le père de la gravure photographique; mais on ne peut s'empêcher de reconnaitre que les enfants ont marché plus vite que le père, et d'avouer que les petites planches sur cuivre de M. Talbot sont à mille coudées au-dessous des splendides, gravures exposées en France par M. Ch. Nègre.
White. - Paysages très-beaux, ana1ogues à ceux de MM. Lyte, Bedford, etc.
Williams. - Bons portraits photographiques, mais inférieurs à ceux de M. Mayall.
Wilson. - Partage avec M. Breese les honneurs de l'exposition anglaise au point de vue de la production des instantanéités, vues de mer, vaisseaux, etc. Le procédé n'est point connu.
Osborne (Australie). - Photolithograhie. - M. Osborne est, dit-on, l'inventeur d'un procédé particulier, mais ce procédé n'est en réalité qu'une variante de la méthode Poitevin.
Notmad (Canada). - Dr Simpson (Indes). - Mullius (Jersey). - Daintree (Victoria). - Haigh (Victoria). - Nettleton (Victoria). - Épreuves diverses, vues des colonies anglaises, portraits de types indigènes de l'Inde, de l'Australie, etc., d'une bonne réussite.
AUTRICHE.
Angerer. - iL est peu de portraits aussi beaux, aussi largement posés et magnifiquement exécutes que ceux de M. Angerer; le visage en est superbe, les demi-teintes d'une douceur infinie; nos lecteurs ont pu, d'ailleurs, en apprécier de beaux spécimens à l'Exposition photographique de Paris en 1861.
Dietzler. - Objectifs photographiques.
Ponti. - Invention d'un appareil qu'il nomme alétoscope, et dont le but est de communiquer a une grande épreuve unique une apparence de relief.
Voigtlander et fils. - Il est à peine besoin de rappeler que MM. Voigtlander et fils sont les premiers fabricants du monde pour les objectifs photographiques.
BADE.
Dr Lorent. - Le docteur Lorent est le premier qui soit, il y a quelques années, entré dans la voie de production des grandes épreuves directes; ses travaux que nos lecteurs ont pu apprécier aux expositions précédentes comprennent surtout de magnifiques vues de Venise, des détails de l'église Saint-Marc, etc. Parmi celles que compte l'Exposition de Londres, nous avons remarqué surtout un Pont des Soupirs d'une fort belle exécution.
BAVIÈRE.
Albert. - Ainsi que nous l'avons dit plus haut, l'exposition de M. Albert est une des plus belles et des plus riches de 1862; ce sont des raproductions de tableaux, au milieu desquels figure une magnifique collection des dessins de Kaulbach, représentant des sujets de divers ouvrages de Gœthe. Ces reproductions, qui n'ont pas moins de 60 à 70 centimètres de côté, sont d’une netteté, d'une finesse remarquables; les ombres sont fermes et accusées, et néanmoins les fonds sont d'une blancheur parfaite. C'est là, on le sait, une grande difficulté vaincue. Toutes les autres reproductions de M. Albert sont à la hauteur de celles-ci.
Belgique.
Fierlants. – La popularilé de M. Fierlants est aujourd'hui européenneh; c’est à lui que le gouvernement belge a confié le soin de reproduire les œuvres principales des musées de Liége, d'Anvers, etc. Sous sa main habile, les œuvres les plus celèbres de l'école flamande revivent et se vulgarisent; celles que renferme le palais de Cromwell-Road sont des plus belles et font à cet habile artiste le plus grand honneur; ses épreuves sont obtenues sur albumine.
FRANCE.
Aguado (le comte O.). - Ce photographe habile n'expose que des épreuves agrandies; mais il est juste de dire qu'elles sont incomparables, et que, pas plus en Angleterre qu'en France, personne n'approche de la sûreté, de la fermeté de tons que revêtent ces agrandissements. Les attelages de bœufs qu'expose M. le comte Aguado sont parfaits de tous points, et aucune épreuve directe ne saurait fournir des produits aussi artistiques. M. le comte Aguado emploie, du reste, le bon moyen: il fait d'abord un petit positif de la grandeur du cliché original, puis, avec ce petit positif, un grand cliché grandi, auquel il sait donner l'intensité voulue, et dont il se sert pour un tirage courant de positifs.
Aguado (le vicomte O.). - M. le vicomte Aguado marche sur les traces de son frère; comme lui, il n'expose que des épreuves grandies, presque aussi bien réussies, mais d'un genre différent, et représentant uniquemcnt des vues de mer.
Alophe. - Les portraits de M. Alophe sont fort beaux, et parmi les exposants français il est, sans aucun doute, celui qui entend le mieux l'arrangement et le choix artistique des modèlcs.
Baldus. - Un des plus anciens photographes français: expose de grandes vues de monuments pleines de détails et de finesse, mais auxquelles nous ne pouvons nous empêcher de reprocher un manque de modelé qui probablement vient du tirage des positifs auxquels M. Baldus communique un ton charbonneux peu agréable a l'œil.
Bayard et Bertall. - Belle collection de portraits dont quelques-uns surtout ont, pour l'amateur sérieux, des valeurs de finesse et de modelé tout exceptionnellcs.
Bertaud. - Objectifs photographiques.
Bertsch. - Chambre noire automatique, appareil de grandissement et épreuves obtenues par leur moyen. J'ai, ici même et plus d'une fois, insisté sur le mérite des appareils si ingénieux qu'a inventés M. Bertsch, et dont l'emploi me paraît être le nec plus ultà des facilités photographiques, je n'y reviendrai donc pas, me contentant de dire que l'Exposition universelle renferme de beaux et bons spécimens d'épreuves grandies obtenues par M. Bertsch, et montrant tout le parti qu'on peut tirer de ces appareils.
Bingham. - Le nom de M. Bingham est aussi célèbre en Angleterre qu'en France, et les amateurs se disputent ses belles reproductions de talbleaux modernes, si fines et si exactes.
Bisson frères. - Une des gloires photographiques que l'Angleterre envie le plus à la France; ardents et courageux, MM Bisson frères ne connaissent plus d'obstacles; apres avoir photograhié sur collodin humide les plus âpres sommets des Alpes, ils n'ont pas craint d'attaquer le Mont-Blanc, et deux fois, de leurs ascensions aujourd'hui célèbres, ils ont rapporté de magnifiques panoramas de montagnes, de pics, de glaciers, aussi utiles que bien exécutés. Outre ces vues, leur exposition comprend des paysages des portraits, des reproductions d'un excellent travail.
Braun. - Beaux panoramas représentant l'un 1a Yungfrau, l'autre la ville de Mulhouse; groupes de fleurs d'une beauté toute spéciale et d'une grande utilité pour les dessinateurs sur indiennes (calico-printing).
Cammas. - Voyageur audacieux et infatigable. M. Cammas est allé demander à 1'Egypte ses aspects les plus curieux, ses vues les plus célèbres De ses courses hardies il a rapporté une admirable collection d'épreuves de grande dimension. Celles-ci sont aussi belles que si l'auteur avait été développer son appareil â l'île de Wight ou à Versailles; leur finesse, leur douceur ne peuvent être comparées qu'a celles que possèdent les épreuves faites à loisir par nos meilleurs artistes; c'est un véritable tour de force fait sous une temperature de 45 degrés centigrades.
Darlo'. - Objectifs photographiques.
Davanne et Girard. - Les deux savants chimistes de la société de Paris ont exposé quatre cadres où, par des spécimens peu artistiques mais d'une grande utilité, ils nous montrent quelles conditions doit remplir un bon positif: la nature du papier, la dose du sel, celle de nitrate, l'influence du fixage, etc., et ou ils terminent en nous apprenant comment, au moyen du chlorure d'or, on peut arrêter les ravages du temps sur une épreuve photographique. M. Girard expose en outre une collection d'épreuves du soleil obtenues pendant l'éclipse du 18 juillet 1860, et qui, tout inférieures qu'elles sont à celles de M. de La Rue, ont cependant un grand intérêt. M. Davanne, de son côté, expose une collection de paysages très-beaux et très-bien réussis sur collodion albuminé.
Delessert (Édouard). - Un des photographes les plus ardents à l'étude des grandissements; les épreuves exposées cette fois par M. Delessert attestent d'ailleurs un progrès notable sur celles obtenues par cet artiste en 1861. Cette année, il a moins cherché l'exagération, et ses œuvres sont bien supérieures. Les grandissemcnts de l'Arc de triomphe de Paris, de la nouvelle Église russe, etc., sont de très-grande taille, et cependant présentent de la douceur et du modelé;on peut cependant leur reprocher encore ce ton grisâtre que M. le comte Aguado seul, jusqu'à présent, a su éviter, et qui donne aux grandissements de MM. Claudet et Mayall un aspect si peu agréable.
Derogy. - Objectifs photographiques.
Disderi. - M. Disderi est un des photographes les plus à la mode de Paris; cependant, j'avoue ne pas aimer beaucoup ses épreuves, elles me semblent rentrer trop franchement dans l'art bourgeois; elles n'ont ni la douceur et la finesse des portraits anglais, ni la vigueur que savent imprimer à leurs épreuves quelques photographes français, tels que MM. Nadar et Salomon. Cependant, le succès de M. Disderi nous donne probablement tort. A côté de ses cartes de visite et portraits ordinaires, M. Disderi expose des agrandissements qui, gris et monotones, pèchent par les mêmes défauts que ceux de scs concurrents.
Duboscq. - Appareils et objectifs photographiques; application de la lumière électrique à l'éclairage des modèles, etc.
Duvette et Romanet. - Les reproductions d'architecture (bas-reliefs, etc.) faites par ces photographes sont d'une très-grande dimension, et malgré cela elles présentent une finesse, une douceur et une fermeté extraordinaires.
Fargier. - Auteur du nouveau procédé au carbone, consistant à laver la couche de gélatine chromatée par-dessous, afin de conserver les demi-teintes. Il faut le dire franchement, M. Fargier est jusqu'ici le seul qui ait produit avec le charbon de véritablcs épreuves artistiques, capables de lutter avec celles obtenucs par les sels d'argent. Les spécimens qui figurent à Londres ne laissent rien à désirer.
Ferrier. - Fatigué sans doute des éloges que chacun prodigue à ses admirables instantanéités, sur lesquelles il saisit chevaux et piétons au milieu d'un mouvement, M. Ferrier a voulu exposer des épreuves positives transparentes sur albumine, de grandes dimensions. Pour ces grandes épreuves, comme pour les petites, les éloges sont les mêmes.
Garnier et Salmon. - On doit à ces inventcurs un procédé au charbon, différent de celui de M. Poitevin; au lieu de mélanger la poudre de charbon à la gélatine chromatée, ceux-ci saupoudrent la couche, au sortir du châssis, avec du noir en poudre qui adhère seulement aux parties non insolées; les spécimens de leur procédé sont très-satisfaisants.
Jeanrenaud. - Les photographes anglais ont toujours bien envie de compter M. Jeanrenaud comme étant des leurs; ses délicieuses épreuves (paysages, arbres, eaux, etc.) ont en effet toutes les qualités des épreuves de MM. Bedford, Heath, Lyte, etc; mais il faut se hâter de le dire, elles ont de plus que celles-ci une fermeté qui, réunie à leur transparence, constitue le véritable desideratum de la photographie.
Lafon de Camarsac. - Les épreuves sur papier auront toujours, quoi qu'on fasse, bion des chances de disparaître; pour obvier à ce terrible inconvénient, M. Lafon de Camarsac a, le premier, eu l'idée de vitrifier ses épreuves sur porcelaine, sur émail, etc. Son industrie, bien nouvelle encore, est cependant déjà arrivée à un grand point de perfection; aussi ses portraits sur porcelaine, montés en broches, médaillons, etc., ont-ils un très-grand succès.
Lyte (Maxwell). - Pourquoi M. Maxwell Lyte est-il au milieu de l'Exposition française? Anglais par la nationalité, il l'est aussi par son genre de talent. Peut-être s'est-il senti plus à l'aise au milieu des photographes français, dont le style diffère si complétement du sien, qu'au milieu des photographes anglais, dont plusieurs offrent avec lui une grande analogie. Quoi qu'il en soit, ses épreuves sont des plus helles; ses paysages, doux et vaporeux, sont pleins d'air et de lumière, et malgré les progrès de ses concurrents, M. Lyte reste encore au premier rang des paysagistes.
Marville. - L'exposition de M. Marville est belle, mais elle disparait tout entière devant une seulc de ses épreuves: un paysage représentant une petite île boisée, qui, de l'aveu de tous et sans conteste, est le plus heau de tous ceux que renferme 1'Exposition. Les autres épreuves sont des reproductions de tableaux, de cartons, etc.
Muzet. - Bonnes épreuves de rochers, montagnes, etc., fermeté dans les contours, transparence des fonds, beauté du visage, pittoresque des vues, rien n'y manque.
Nadar. - L'exposition de M. Nadar offre un intérêt sérieux; non-seulement on y trouve des spécimens montrant sa production ordinaire de portraits vifs, un peu heurtés peut-être, mais toujours riches d'effet, mais encore de nouveaux procédés; un des premiers il s'est adonné à la photographie (négative et positive) par l'éclairage électrique, et les épreuves exposées par lui prouvent le succès qu'il a obtenu en opérant ainsi.
Nègre (Charles). - M. Charles Nègre a résolu de la manière la plus brillante et la plus certaine le grand problème de la gravure héliographique: tous les gens compétents s'accordent à le reconnaître, aucune étude n'est plus à faire, il n'y a plus qu'à appliquer les procédés indiqués par cet habile graveur. Ses magnifiques planches, qui ne mesurent pas moins de 60 centimètres de côté, seraient inimitables par le burin le plus habile. On sait que M. Nègre obtient ces beaux résultats en ne laissant l'acide mordre la planche que peu à peu, et en réservant chaque fois les parties creusées au moyen d'un dorage galvanique partiel.
Niepce de Saint-Victor. - A côté des magnifiques résultats pratiques obtenus par M. Nègre, il est intéressant de considérer les travaux théoriques par lesquels M. Nicpce de Saint-Victor a fait faire de si grands progrès à la photographie. Ses gravures sur acier, ses épreuves sur albumine, ses gravures sur marbrc, etc., et enfin les épreuves coloriées obtenues par lui d'après les procédés de M. Becquerel, excitent au plus haut degré l'intérêt et l'admiration des savants et des photographes.
Poitevin. - Les inventions que représentent les produits exposés par M. Poitcvin sont nombreuses et importantes. Ce sont la lithophotographie, la confection des épreuves au charbon, des épreuves en couleur, des épreuves vitrifiées, etc. La photographie doit donc beaucoup à M. Poitevin; mais il ne faut pas s'y tromper, ce sont là plutôt des prémisses qu'autre chose, et, esprit ingénieux avant tout, M. Poitevin aime à faire les semailles et laisse aux autres la moisson.
Robert. - Très-belles épreuves photographiques représentant des paysages et des vases de Sèvres.
Warnod. - M.Warnod s'est créé une spécialité où il excelle, l'obtention de grandes épreuves instantanées. Ses vues du Havre, entrée du port, bateaux à la voile, steamers sous vapeur, réalisent à ce point de vue tout ce qu'on peut désirer.
GRÈCE.
Constantin. - Vues de la Grèce d'une bonne réussite.
VILLES HANSÉATIQUES.
Krüss. - Objectifs photographiques.
ITALIE.
Alinari frères. - Les reproductions de monuments, les paysages, et surtout les beaux Panoramas de Venise, etc., ont donné à MM.Alinari frères une grande célébrité.
Van Luit. - Épreuves photographiques de mérite.
PRUSSE.
Busch. - Appareils photographiques.
Oehme et Jamrath. - Beaux portraits. On ne peut que donner des éloges aux clichés, mais malheureusement il n'en est pas de même des positifs, qui sont tirés dans un ton gris bleuâtre dû certainement à l'emploi de sels d'or acides dont l'effet est fâcheux.
Schering. - Produits chimiques et objectifs photographiques.
Wothlt. - M. Wothly est l'inventeur du procédé de grandissement dont M. Disderi fait usage en France; il en montre des spécimens; un groupe surtout représentant un homme et une femme assis, est extrêmêment remarquable par sa netteté et l'absence de déformations, mais, comme toujours, les positifs sont tirés dans un ton gris peu agréable à l'œil.
ROME.
Cuccioni. - Les reproductions de monuments faites par M. Cuccioni sont d'une beauté extraordinaire. Son Colosseum, qui ne mesure pas moins de 1m.50 sur 0m.50,est un des plus beaux produits que l'art photographique ait fournis jusqu'ici.
Dovizielli. - L'exposition de M. Dovizielli renferme des reproductions de fresques exécutées dans de grandes dimensions et d'une magnifique réussite.
RUSSIE.
Denier. - Collection de très-beaux portraits exécutés dans le genre français; nous en avons remarqué quelques-uns d'une beauté exceptionnelle; un entre autres, représentant un soldat, la tête couverte de fourrures, attire l'attenlion générale. On compte aussi dans cette exposition quelques por'traits amplifiés.
SAXE.
Manecke. - Épreuves photographiques bien réussies.
SUÈDE.
Manerke. - Portraits photographiques d'une belle exécution.
Telles sont les principales remarques que m'a suggérées l'examen des épreuves médaillées à 1'Exposition universelle; sans doute il serait intéressant de poursuivre la même étude sur les épreuves récompensées par des mentions honorables, mais l'espace manque, et je dois me contenter d'en enregistrer ci-dessous la liste sans y ajouter aucune réflexion.
MENTIONS HONORABLES.
Angleterre. - Austen (appareils). - Barrable. - Beatty (gravures lithographiques). - Bland et Comp. (appareils). - Bourguin et Comp. (albums pour photographies). - Brothers (épreuves coloriées). - Bull (accessoires et fonds photographiques). - Burnett. - Comte de Caithness. - Cox. - Cramb frères (vues de Palestine). - Cundall, Downes et Comp. - Dancer (photographie microscopique). - Davis (chambre pour voyage). - Gordon. - Green (épreuves coloriées). - Hare (chambres noires). - Hemphill. - Hemah. -Hering. - Highley (appareils). - Hill. - Hockin et Wilson. - Hopkin et Williams (produits chimiques). - Horne et Thornethwaite. - Vicomtesse Jocelyn. - Kilburn (épreuves coloriées). - Lock et Whitfield (épreuves coloriées). - Maclean, Melluish et Comp. (appareils). - Mayland. - Meagher (appareils). - Moule (appareils pour prendre les portraits de nuil). - Murray et Heath (appareils, tentes de voyage). - Olley (photographie microscopique). - Ottewill (chambres noires). - Ramage (photolithographie). - Reeves (photographie microscopique). - Rejlander. - Ross et Thompson. - Russell. -Sedgefield. - Skaife (appareils pour vues instantanées). - Smyth Lindon. - Smyth et Blanchard. - Salomon (appareils). - Sutton. - Thompson. -Traer (photographie microscopique). - Wardley. - Warner (agrandissements). - Wortley-Stuart. -Wright (appareil portatif). - Claudet (Colombie). - Tucker (Guiane Anglaise). - Sellon (Indes). - X... (Jamaïque). - Cox et Lukin (Melbourne). - Bowren et Cox (New-Brunswick). - Crombie (New-Zealand). - Challingor (Queensland). - Wilder (id.) - Hall (Australie). - Allport (Tasmanie). - Bachleder et O'Neill (Victoria). - Charlier (id.) - Davis (id.) - Johnston (id.).
Autriche. - Leman. - Leth (épreuves au carbone). - Melingo. - OEstermann. -Rupp. - Widter. - Gypen et Frisch.
Belgique. - Ghemar frères. - Mascré. - Michiels. - Neyt (microscopie phot.).
Danemark. - Hausen. - Lange. - Striegler.
France. - Albitès. - Aleo. - Marquis de Berenger. - Berthier. - Blanc. - Bobin. -Breton (Mme). - Briois (produits chimiques). - Carjat. - Charnay. - Charavet. - Collard. - Cremière. - Dagron (bijoux photographiques). - De Clercq. - Delondre. - Delton. - De Champlouis. - Garin (produits chimiques). - Gaumé. - Hermagis (objectif). - Jouet. - Ken. - Koch (appareils). -Lackerbauer (microscopie). - Laffon (écrans en soie). - Lécu (appareils). - Lemercier (photo lithographie). - Mailand. - Marion (papier phot.) - Masson. - Mayer et Pierson. - Michelez. - Millet (objectifs). - Moulin. - Pesme. - Plessy (produits chimiques). - Potteau. - Puech (produits chimiques). - Quinet. - Richebourg. - Rolloy (produits chimiques). - Roman. - Silvy. - Tournachon. - Villette (agrandissements à la lumière électrique).
Francfort. - Hamaker.
Iitalie. - Roncalli (photographie microscopique).
Mecklenbourg-Schwerin. - Dethleff.
Hollande. - Van Eyck (copies de gravures).
Norwége. - Selmer (types d'indigènes).
Perse. - Luigi Pesce (vues de Téhéran).
Portugal. - Silveira.
Prusse. - Beyrich (papier phot.). - Kunzmann (papier phot.). - Minutoli. –
Schauer.
Russie. - Mieczkowski. - Gabriel de Ruimne.
Suède.-Unna et Höffert.
Suisse. -Georg. - Poncy. – Vuagnt.
États-Unis. - Dexter.
Wurtemberg. - Sprösser.
A cette liste, on doit ajouter une mention honorable accordée à un exposant anonyme du Zollverein, ce qui porte le nombre des médailles à 85 et celui des mentions honorables à 147.
Th. BEMFIELD.
([i]) (1) L'abondance des matières nous a empêché de publier plus tôt cet article, qui aurait dû paraître dans notre numero du 15 août dernier.

1862 - Exposition Universelle de Londres de 1862

Exposition Universelle de Londres de 1862
*
Rapport des membres de la section française
sur l’ensemble de l’exposition universelle
*
publiés sous la direction
de
M. Michel Chevalier
*
Tome 4
Paris 1862
Pag, 145, 146
*
Classe XIV
Photographie
Section I.
*
Photographie Française
Par M. le Baron Cros

L’examen des impressions photographiques, c’est-à-dire des images produites par la lumière sur une couche sensible et incolore que cette lumière noircit plus ou moins, en raison de son intensité: des appareils et des substances qui servent à obtenir ces impressions, à les conserver, à les multiplier, à les réduire ou à les agrandir, à les amener à se reproduire par la gravure ou par la lithographie, appppartient à la quatorzième classe des produits soumis, dans le palais de l’Exposition internationale de Londres, à l’examen du public et au jugement du jury chargé d’en apprécier le mérite et d’en récompenser la valeur.
Cette quatorzième classe comprend donc: 1º les épreuves photographiques proprement dites, c’est-à-dire les images dessinées par la lumière agissant sur une couche sensible, soit que cette couche ait été déposée sur du papier, sur du bois, sur de la pierre, sur une étoffe ou sur un métal;
2º Les appareils d’optique qui servent à faire arriver l’image lumineuse sur la couche sensible où elle doit se produire;
3º Les appareils d’ébénisterie destinés à mettre en regard les objectifs de cristal que l’image luminueuse traverse, et la surface impressionnable sur laquelle cette image se tracera;
4º Les substances chimiques qui servent à former la couche sensible sur laquelle limagc se dessinera, et à développer cette image, à la reproduire, à lui donner le ton convenable, et à la fixer quand elle aura acquis une vigueur salisfaisante;
5º Enfin les procédés employés pour convertir une plaque impressionnée par la lumière en un type sur métal ou sur pierre, qui servira à reproduire, par l’impression employée par les graveurs, un nombre plus ou moins considérable d’épreuves inaltérables.
Quant aux photographies retouchées, c’est-à-dire à celles qu’une main plus ou moins habile a peintcs en camaïeu ou avec des couleurs, sèches, à l’eau ou à l’huile procédé qu’il no faut pas condamner et qui donne souvent des résultats heureux et lucratifs, elles ne doivent en aucune manière, à mon avis du moins, faire partie de la quatorzième classe puisque cc n’est pas la lumière qui les a entièrement produites, et que, par consèquent, elles n’appartiennent pas à la photographie.
Les exposants français de la quatorzième classe, au nombre de cent dix-neuf, sont répartis ainsi qu’il suit entre les divers départements, d’après la récapitulation faite par le secrétaire de la Société française de photographie, M. Laulerie, qui a si heureusement organisé et dirigé l’installation de cette partie de l’Exposition, comme inspecteur chargé spécialement de ce service.
Le département de la Seine en compte cent deux : le Calvados, qutre ; les Bouches-du-Rhône, deux ; les Alpes-Maritimes, la Haute-Marne, les Hautes-Pyrénées, le Haut-Rhin, l’Isère, le Pas-de-Calais, le Rhône, Saône-et-Loire, la Sarthe, la Seine-Inférieure, Seine-et-Oise et la Somme, chacun un seulement. C’est donc Paris qui a, pour ainsi dire, le monopole, en France, de cette attrayante industrie, dont Nicéphore Niepce, Daguerre et Talbot ont été les initiateurs.

CHAPITRE PREMIER

IMPRESSIONS PHOTOGRAPHIQUES

§ 1er . – Procédé Talbot


L’ensemble dês impressions photographiques envoyées par la France à Londres en 1862, laisse peu de chose à désirer. Des progrès sensibles ont été faits depuis les dernières expositions ; et ce qui frappe en premier lieu, c’est que le procédé Talbot, popularisé en France par M. Blanquard-Évrard, est maintenant exclusivement employé en photographie pour copier la nature, reproduire les tableaux et les gravures, aussi bien que les monuments et les objets d’art. Le papier mince, cependant, sur lequel M. Talbot obtenait l’image renversée et transparente qui servait de cliché, a été remplacé avec avantage par une glace mince, recouverte d’une couche limpide d’albumine ou de collodion rendue sensible à la lumière. Le procédé Talbot consiste, comme on le sait, à obtenir directement une image transparente que la lumière dessine en la renversant de droite à gauche et de haut en bas, et en changeant aussi la manière dont le modèle est éclairé, c’est-à-dire en mettant dans l’ombre sur l’image impressionnée, et avec toutes leurs dégradations en sens inverse, les parties qui sont lumineuses dans le modèle. Ce type primitif, ainsi renversé, auquel on a donné le nom d’épreuve négative, devient ce qu’on appelle un cliché. La lumière le traverse pour aller frapper une feuille de papier sensibilisé que l’on a placé derrière, et l’on tire ainsi, avec ce cliché négatif, autant d’épreuves qu’on veut en avoir : on les nomme épreuves positives, parce que les ombres et les lumières s’y trouvent repeoduites avec toutes leurs nuances, telles qu’elles existaient naturellement sur le modèle.

§ 2er . – Procédés Legray, Niépce de Saint-Victor et Archer

La plaque métallique d’argent où la lumière imprimait directement l’image à laquelle Daguerre a donné son nom, est à peu près abandonnée. La cherté de la plaque, le miroitage qu’elle présentait, la nécessité de recommencer toutes les manipulations à chaque épreuve qu’il fallait faire sur une nouvelle plaque, etc., avaient fait prévoir que, malgré l’admirable finesse que présentait l’image reproduite, ce procédé serait un jour remplacé d’une manière avantageuse. L plaque a donc été à peu près abandonnée, et c’est maintenant le papier ciré de Legray, l’albumine de Niepce de Saint-Victor, et le collodion d’Archer, qui ont été substitués au papier mince de Talbot, et donnent les merveilleux résultats que l’on admire dans le palais de Londres.
Les progrès obtenus dans la photographie depuis quelques années sont considérables sans doute ; mais il en reste encore à faire.
Le papier, rendu transparent par la cire, n’est jamais d’une pâte assez fine et assez homogène pour offrir à la lumière qui doit le traverser une transparence parfaitement identique. Les différentes épaisseurs de son tissu atténuent plus ou moins l'intensité de la lumière qui le traverse; elles produisent, sur les épreuves positives, une multitude de petites taches qui donnent à ces épreuves un aspect grenu, quelquefois désagréable, et altèrent aussi la finesse du dessin.
L'albumine, difficile à étendre d'une manière égale sur la glace, et surtout à préserver de la poussière, dont le moindre atome produit dans l'intérieur de le couche des taches inévitables, est lente à recevoir l'impression par la lumière.
Le collodion exposé dans la chambre noire au rnoment où, sensibilisé par le bain de nitrate d'argent, il est encore humide, est la substance qui donne les meilleurs résultats pour la finesse de détails et pour la rapidité d’impression; mais il n’est réellement facile à employer que dans le laboratoire. Préparé d'avance et sec, il perd sa sensibilité, et ce serait attacher son nom à une heureuse découverte, que de trouver le moyen de couvrir de collodion des glaces qui, exposées dans la chambre noire plusieurs jours après avoir été préparées et séchées, y recevraient, en quelques secondes seulement, une image latente que l’on pourrait ne développer ensuite que quelques jours après l’avoir obtnue sur ce collodion.
Des progrès réels ont déjà été faits dans cette voie. Une couche de collodion sensibilisé et recouverte ensuite d’une couche d’albumine également rendue sensible, peut être séchée sur la glace, et conservée ainsi pendant plusieurs jours avant d’être exposée dans la chambre noire pour y recevoir l’impression lumineuse. Elle peut attendre ensuite pendant plusieurs jours encore avant que l’on développe, au moyen des réactifs connus, l’image invisible dont elle est déjà imprégnée. Ce procédé, connu sous le nom de son inventeur, M. Taupenot, enlevé trop tôt à la science, est l’un de ces jalons qui indiquent la marche progressive de la phtographie; mais il a quelques inconvénients auxquels il faut chercher à remédier. La préparation des deux couches à étendre sur la même glace et à sensibiliser, l'une après l'autre, dans des bains différents, est compliquée el difficile, et la sensibilité de ce collodion albuminé sec est bien loin d’égaler celle du collodion humide. Or, pour les photographes qui voyagent ou qui s’éloignent de leur atelier, et c’est le plus grand nombre, un collodion sec, conservant sa sensibilité pendant plusieurs jour après sa préparation, serait une ressource précieuse.
D'autres recherches, non moins importantes que celles dont il vient d'être question, doivent aussi étre failes. Je veux parler de la stabilité à donncr aux tons des épreuves photographiques: dont les premières, tirées depuis longtemps, ont presque entièrement disparu de la feuille de papier sur laquelle la lumière les avait imprimées. C'est la lumière, en effet, qui, en noircissant plus ou moins certaines parties du papier rendu sensible à son action, a produit un dessin. Quelques opérations chimiques détruisent ou arrêtent cette action de la lumière, et semblent fixer l’image à l’intensité de ton qu’on a voulu lui laisser acquérir ; mais des réactions ont encore lieu, et il n’est que trop prouvé que les substances employées pour empêcher la lumière ou l’atmosphère de continuer à agir sur la couche qui porte le dessin, attaquent souvent les ombres et les demi-teintes que cette même lumière a produites. Déjà d'heureuses améliorations ont été apportées à cet état de choses, grâce surtout aux études sérieuses et raisonnées de MM. Davanne et Girard, qui, en employantdes bains neufs d’hyposulfite de soude et des sels d'or, ont fait disparaître ces tons d'un jaune sale que présentaient souvent les épreuves positives, et que les agents atmosphériques faisaient même disparaître assez souvent: mais il reste encore beaucoup à faire à ce sujet.

§ 2 . – Procédé au charbon.

La généreuse initiative de M. le duc de Luynes, et l'impulsion donnée par la Société française de pholographie, out fait chercher et découvrir déjà un nouveau procédé, qui consiste à remplacer les teintes que la lumiére a formées par le noircissement plus au moins intense du nitrate d'argent, c'est-à-dire le dessin, par une poussière impalpable de charbon, qu'absorbe, s'assimile ou emprisonne, en quelque sorte, la couche sensible dont on a enduit le papier, et en raison de l'intensité dont cette couche a été frappée par la lumière à travers le cliché. Cette heureuse idée, que M. Poitevin a le premier mise en avant, et qui, depuis lors, a été améliorée parMM. Garnier et Salmon comme par M.Farguier et par M. Poitevin lui-même, donne déjà des résultats remarquables dans son application, et ouvre peut-être une ère nouvelle à la photographie, dont Ics impressions pourront devenir ainsi aussi inaltérables que le sont les caractères typographiques de nos livres ou les traits de nos gravures.

CHAPITRE II

APPAREILS PHOTOGRAPHIQUES ET HÉLIOGRAVURE.

§ 1er . – APPAREILS

Les objectifs français dans leur matière première comme dans leur courbures, établis par nos premiers opticiens, rivalisent avec les meilleurs objectifs fabriqués à Vienne ou à Londres, et sont livrés au public à des prix moins élevés que ces derniers.
Les appareils de toute espèce ont été simplifiés et améliorés d’une heureuse manière. Les soufflets en maroquin, inventés par M. Humbert Dumolard et par M. le baron Séguier, ont permis de construire des chambres noires élégantes, légères, et qui, pour le voyage, se réduisent en un mince volume. Enfin les produits chimiques employés pour la photographie sont obtenus maintenant avec une pureté sans laquelle on ne peut avoir de résultats satisfaisants.
Une heureuse application des phénomènes d’optique est celle qui permet d’agrandir jusqu’à l’exagération l’image d’un petit cliché toujours facile à obtenir, même en voyage. Cette application est appelée, je crois, à un grand avenir, et MM. Bertsch, Aguado, Ed. Delessert, Dubose, ont généralisé d´jà en France ce mode de procéder. Or, un appareil quart de plaque, avec ses acessoires, est toujours facile à transporter et à manipuler. On peut, en voyage, prendre aisément un certain nombre de vues sur de très-petites glaces, et, revenu dans l’atelier, produire, avec ces clichés, des épreuves d’une dimension convenable, qui conserveront dans leur agrandissement, s’il n’est pas outré, la finesse et la pureté du petit modèle. Que de facilités donnés ainsi au photographe voyageur, surtout si l’on parvient à rendre très-sensible le collodion sec préparé depuis plusieurs jours.

§ 2 . – Gravure héliographique.

La gravure photographique, c’est-à-dire le moyen de transporter sur pierre ou sur métal l’image produite par la lumière, et de faire de cette image ainsi transportée une planche gravée qui servira de type pour repeoduire un nombre considérable d’épreuves imprimées, a déjà fait de sensibles progrès. Les grandes planches de M. Nègre, celles de M. Niepce de Saint-Victor, de M. Dufresne, et de MM. Garnier et Salmon, ainsi que les essais lithophotographiques de M. Lemercier, faits d’après le procédé de Poitevin, présentent déjà des résultats satisfaisants qui doivent encourager les études à faire encore.
Quelques épreuves obtenues sur des plaques métalliques par M. Niepce de Saint-Victor, d’après les procédés employés il y a déjà quelque temps par M. E. Becquerel, reproduisent avec les couleurs dont elles sont enluminées quelques unes de ces petites images qui représentent, sur papier, des costumes de théàtre ou de fantaisie. Peut-être y a-t-il dans cette découverte un avenir important. Les couleurs du spectre solaire, reproduites par M. Becquerel, étaient détruites en peu de temps par cette même lumière qui les avait développées sur la plaque. Quelques modifications apportées au procédé par M. Niepce de Saint-Victor retardent pendant dix ou douze heures à peu près l’action destructive de la lumière sur elles. Il y a donc déjà un progrès sensible dans ce procédé, bien qu’il faille convenir que, sous le voile violacé qui recouvre uniformément la plaque, ces couleurs, produites par la lumière, ont un aspect bien peu satisfaisant encore. Il serait à désirer qu’un bouquet de fleurs naturelles ou un vase de porcelaine colorié de diverses nuances fussent reproduits ainsi sur la plaque : car, si je ne me trompe, les images colorées dont il s’agit ne sont pas produites dans la chambre noire posée devant l’image peinte qui sert de modèle, mais sont obtenues en plaçant l’image colorée sur la plaque métallique et en l’exposant au soleil dont la lumière la traverse, comme on emploie une glace négative pressant un papier blanc couvert d’une couche sensible pour tirer une épreuve positive.

CONCLUSION.

En résumé, la photographie, qui tend chaque jour à se rapprocher de l’art, puisque l’on reconnaît déjà l’auteur de certains dessins photographiques aux qualités ou aux défauts qu’ils présentent, a fait des progrès considérables depuis quelques années. Les photographes ne s’arrêterons pas en si bonne voie. Le temps, l’étude des théories, le hasard surtout, amèneront sans doute de nombreuses améliorations, d’importantes d’ecouvertes, dans une industrie artistique qui, à peine naissante, donne déjà des résultats si attrayants pour tout le monde et si lucratifs pour quelques personnes. Les épreuves remarquables exposées dans le palais de Londres par MM. Braun, Muzel, Alophe, Bisson, Maxwel Lyte, Poitevin, Davanne, Jeanrenaud, Micheletz, Baldus, Bayard, Aléo, Cammas, Ferrier, Aguado, et tant d’autres, sont là pour le prouver. Enfin, chercher à obtenir un collodion ou une autre substance transparente et homogène qui, préparée longtemps d’avance et parfaitement sèche, soit aussi sensible à l’impression lumineuse que l’est le collodion humide, et qui puisse attendre pendant quelques jours encore sans s’altérer avant qu’au moyen de réactifs on développe l’image que la lumière y a gravée ; perfectionner les impressions positives au charbon, qui ne me paraissent pas encore tout à fait satisfaisantes, et donner ainsi aux épreuves une durée indéfinie, en empèchant la lumière ou les agents atmosphériques d’attaquer et de détruire les nuances obtenues ; continuer les recherches faites sur la gravure photographique, et ne pas perdre de vue la découverte si intéressante de M. Becquerel, améliorée déjà par M. Niepce de Saint-Victor, tels sont les points sur lesquels je crois devoir appeler l’attention du grand nombre de personnes qui s’occupent de la photographie. Je puis le faire d’autant plus aisément que les idées que je viens d’émettre sont les leurs, j’en suis convaincu, et que je ne fais ici que constater l’opinion unanime de tous ceux qui, comme moi, se sont occupés avec un intérêt toujours croissant de l’une des plus curieuses et des plus attrayantes découvertes des temps modernes.


Section II.

Photographie ÉTRANGÈRE

Par M. Benjamin Delessert


CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

M. le baron Gros sétant chargé de rendre compte de l’exposition des photographes français, nous avons pensé qu’après lui il était convenable de passer en revue l’exposition des photographes étrangers, pour signaler la supériorité ou l’infériorité de nos produits, comparés aux produits similaires étrangers, en rechercer les causes, et, en cas d’infériorité, indiquer les moyens d’y remédier.
C’est un fait généralement reconnu à l’Exposition universelle, que dans tous les produits où le goût est nécessaire au succès, l’industrie française l’emporte sur ses rivales. Il n’est donc pas étonnant que dans la photographie, où le succès dépend à un si haut degré de l’art de faire poser ou de grouper des personnages, de choisir un site, un paysage, ou l’aspect d’un monument, l’exposition française ait, de prime abord, obtenu de l’opinion publique un témoignage incontestable de supériorité.
Il est vrai que l’Angleterre, l’Autriche, l’Italie, la Grèce, exposent quelques photographies extrêmêment remarquables, et peut-être, par certains côtés, supérieures aux produits analogues français ; mais l’effet général de l’exposition pour la France est incontestablement plus satisfaisant que pour tous les autres pays, en ce que nos artistes n’ont rien envoyé de mauvais et presque rien de médiocre. On peut le dire en toute vérité, c’est un choix de produits hors ligne, tandis que dans les expositions des autres nations, et particulièrement dans celle de l’Angleterre, avec la nôtre la plus considérable, les produits distingués qu’elles referment sont comme noyés dans un ilot de photographies mauvaises ou médiocres, dont un grand nombre, indignes de figurer dans une Exposition universelle, nuisent à l’effet des meilleurs ouvrages.
Par la comparaison des expositions françaises et étrangères de la quatorzième classe, nous pouvons donc nous féliciter de la réserve et de la sévérité des jurys d’admission en France. C’est une excellente expérience don il sera bon de se rappeler dans l’avenir.
Reconnaissons aussi le goût qui a présidé à l’arrangement de l’exposition française, au placement des cadres, à la distribution, a puissamment contribué, après le chix sévère des épreuves, à l’effet qu’elle produit. En général, les épreuves y sont bien encadrées, siffisament espacées, et classées par catégories et sujets, de manière à se faire valoir réciproquement, tandis que dans les autres expositions, les épreuves sont disséminées au milieu d’autres produits d’un genre tout différent, parmi lesquels on les cherche souvent en vain ; ou bien, comme dans l’exposition anglaise, elles sont si entassées les unes sur les autres qu’elles se nuisent réciproquement, et par leur position ou trop élevée ou trop près de terre, elles échappent à l’œil du visiteur.
Avec la France, c’est l’Agleterre qui comprend le plus grand nombre d’exposants de la quatorzième classe. Ces deux pays ont envoyé à eux seuls plus d’ouvrages que tous les autres réunis.

CHAPITRE PREMIER.

PHOTOGRAPHIES ANGLAISES.

L’exposition anglaise est la plus remarquable après celle de la France, tant par son importance numérique que par la qualité des produits. Malheureusement , l’arrangement défectueux, l’entassement des épreuves, le mauvais classement, d’où résulte que les ouvrages du même auteur sont souvent séparés à de grandes distances, et, pardessus tout, le nombre considérable d’œuvres médiocres, nuisent considérablement à l’effet des produits de cette classe. On y voit aussi avec peine beaucoup de photographies peintes à la gouache, à l’aquarelle, à l’huile même, ce qui prouve combien ce genre d’un goût douteux a pris d’extension dans le pays.

§ 1er . – Paysages et figures


Les œuvres anglaises les plus remarquables sont sans contredit les paysages. Rien ne dépasse la perfection des vues de MM. Piper Bedford, Mudd, Heath Vernon, comme finesse, perspective aérienne, rendu des détails, harmonie ; il semble véritablement qu’on pourrait errer dans ces baies, ces prairies, ces montagnes dont les plans fuient dans le lointain à travers les brumes du ciel d’Angleterre. On regrette parfois que ces vues soient d’aussi petit format, et que ces habiles praticiens anglais n’aient pas tenté d’imiter les Bisson, les Baldus, et quelques-uns des photographes italiens, en reproduisant la nature sur une plus grande échelle. Ont-ils craint de perdre de la finesse en grandissant davantage leurs sujets ? Sous le rapport des procédés, je n’ai rien trouvé de particulier à signaler. Presque tous ces beaux paysages anglais sont faits par la voie du collodion humide ; ceux de M. Mudd, à signaler en première ligne, ont seuls été obtenus avec le collodion sec. Le négatif sur papier paraît entièrement abandonné par les photographes anglais. La catégorie des portraits est assez médiocre, bien peu semblent sans retouche, et c’est surtout dans cette classe qu’il est à regretter que le jury d’admission n’ait pas été plus sévère. Quelques exposants ont envoyé des groupes de figures obtenus à l’aide de plusieurs clichés. L’effet n’en est pas généralement heureux ; les atitudes manquent ordinairement de naturel, et les poses sont prétentieuses et sans grâce.

§2. – Stéréoscopes


Parmi les stéréoscopes, dont plusieurs sont fort bien exécutés, le public admire avec curiosité les effets de mer au soleil couchant, de Breese. Les positifs sont en verre et se voient en transparence ; l’effet des nuages dorés par le soleil couchant a été obtenu par un double verre teinté en rose. Une autre image stéréoscopique représente une statue éclairée par la lune : la statue appartient à un cliché ; le ciel, avec la lune, à un autre ; mais le photographe a eu tort de mettre le côté lumineux de la statue de côté opposé à la lune, c’est-à-dire lá où, d’après la position de la lune, l’ombre devrait se trouver. Au reste, ces petits effets de charlatanisme me paraissent peu dignes de figurer à une exposition universelle,
Il faut signaler en première ligne les photographies, sur une grande échelle, d’après les cartons de Raphaël, à Hampton-Court. Deux habiles praticiens, M. Caldesi et M. Thurston-Thompson )ce dernier dont les remarquables reproductions de dessins avaient été déjà signalées à l’Exposition universelle de 1855), sont les auteurs de ces photographies d’une si grande utilité pour l’art. Il est regrettable seulement qu’à cause de leur dimension et des frais nécessités par la difficulté de la reproduction, des œuvres si utiles soient d’un prix très-élevé.
L’exposition anglaise a peu d’intérêt sous le rapport des inventions ou de ces tentatives nouvelles dont l’exposition française offre plusieurs remarquables exemples, et qui, pour n’être pas encore tombées dans le domaine pratique, doivent cependant être signalées comme des jalons certains pour un nouvel avenir. En fait d’épreuves au charbon, rien qui puisse rivaliser avec les belles épreuves de Poitevin, Fargier et Charavet ; seulement, quelques essais peu réussis d’après les procédés de Salmon et Garnier. Il est impossible, cependant, de passer sous silence les épreuves sur planches métalliques de M. Talbot (qui, du reste, ne sont que l’application de ses anciens procédés et n’offrent aucun intérêt nouveau) ; celles de M. Pretsch, bien médiocrement réussies, et les bonnes reproductions pa la photozincographie du colonel James. Les procédés du colonel James dérivent de ceux indiqués par M. Poitevin, mais ses produits sont dignes d’attention par leur belle exécution. Les œuvres de M. Pretsch, qui laissent beaucoup à désirer sous le rapport de la réussite, ont l’intérêt que donne l’originalité d’une invention.

§ 3 . – Appareils photographiques

L’Angleterre expose un grand nombre d’appareils et de chambres d’un fini remarquable : ce qui constitue l’atelier et le bagage du photographe paraît y être l’objet d’une industrie spéciale très-développée, où les Anglais apportent toute la précision et l’intelligence de leur esprit pratique. Mais il n’y a rien là qui doive être signalé comme très-nouveau. Peut-être pourrait-on reprocher à la plupart de ces produits un excès de poids inutile ; sous le rapport du prix, nos fabricants ont l’avantage du bon marché.
Quant à la classe des produits chimiques anglais, applicables à la photographie, elle n’offre rien de particulièrement digne d’être signal’e.
La fabrication des lentilles et leurs combinaisons diverses, soit pour les objectifs à portrait, soit pour les objrctifs à paysage, s’est améliorée en Angleterre depuis plusieurs années ; deux maisons, celles de Dallmeyer et T. Ross, fournissent d’excellents objectifs, qui ont été essayés par le jury, comparativement avec ceux de France et d’Allemagne. Il est, du reste, résulté de cet examen des verres des trois pays que les objectifs de la maison Voigtlander et fils, de Vienne, sont ceux qui ont peut-être le plus de champ et qui donnent la netteté désirable sur le plus grand espace, soit en étendue, soit en profondeur ; ils possèdent aussi une plus grande rapidité que les objectifs français et anglais. Leur prix est plus élevé que ceux de France, et moins que ceux d’Angleterre ; pour un objectif de 3 pouces ¼ environ, les prix respectifs sont à peu près ceux-ci : objectifs anglais pour portraits à verres combinés. 423 fr. 20 c. ;objectifs allemands, 396 fr. 75 c. ; objectifs français de Derogy à trois combinaisons, 343 fr. 83 c. Un grand progrès mérite d’être signalé dans la fabrication générale des objectifs à portraits ; c’est la suppression presque complète du foyer chimique. Du reste, aucun pays n’offre les verres à aussi bas prix que la France. Sous ce point de vue important, nous l’emportons sans contredit. Nulle part en Europe on ne donne, comme la maison Alexis Millet, de Paris, un appareil quart de plaque complet pour 100 francs.
Je ne puis terminer ce que j’ai á dire sur l’Angleterre sans citer des œuvres qui, bien que n’ayant pas été exposées dans la quatorzième classe, s’y rattachent directement ; ce sont les magnifiques épreuves des diverses phases de la lune, par M. de La Rue, et les cartes des taches du soleil, par M. Beckley. Ces images, admirablement modelées, sont d’une grande utilité au point de vue astronomique, et prouvent quels services la photographie peut rendre aux scences.

CHAPITRE II.

PHOTOGRAPHIES DES AUTRES PAYS

AUTRICHE.

L’Autriche présente sous le nom de M. Augerer, de Vienne, une série de portraits qui sont les plus intéressants de l’Exposition par la netteté co,plète de la figure tout entière, l’absence absolue de déformation sur toute l’étendue de l’image, et l’admirable rendu des étoffes. Des portraits en pied d’environ 20 centimètres, des groupes de plusieurs figures d’assez grande dimension, un portrait agrandi huit fois par la chambre solaire, des paysages, des reproductions de tableaux, des intérieurs d’appartements, tous ces genres variés sont également bien réussis par M. Augerer. Il est à remarquer, dans les portraits, bombien les étoffes blanches, qui généralement n’offrent aucun détail, sont rendues avec toutes leurs nuances. La plupart des portraits et groupes ont été obtenus avec des objectifs doubles de Voigtlander de 5 à 6 pouces de diamètre, munis de diaphragmes, par la voie du collodion humide, développé au sulfate de fer, et avec une pose variant entre dix et trente secondes. J’ai déjà parlé plus haut des objectifs de Voigtlander, célèbres par leur rapidité. Ces habiles fabricants, dont les produits forment une des parties les plus intéressantes de l’exposition autrichienne, sont parvenus à remédier à un défaut de leurs objectifs doubles, qui faisait que l’usage en éait assez délicat : ils ont rendu insensible la différence qui existait entre le foyer visuel et le foyer chimique.
Je crois q’une partie du succès des belles photographies de M. Augerer est due à la perfection des appareils dont il se sert et à la manière dont il sait en tirer parti, en usant de diaphragmes de diverses grandeurs plus souvent que ne le font nos praticiens.
Il y a encore à signaler, dand l’exposition autrichienne, les épreuves d’armures de M. Widter. Ce genre de reproductions offre des difficultés particulières, à cause de la couleur sombre de la matière et des reflets du métal. M. Widter a vaincu ces obstacles d’une manière remarquable, et ses épreuves sont peut-être même supérieures, par le rendu des détails, aux productions du même genre de M. Berthier, dans notre exposition.

PRUSSE.

Parmi les produits envoyés par la Prusse, il faut distinguer principalement les portraits grande nature de M. Wothly, d’Aix-la-Chapelle, semblables à ceux de M. disderi. L’effet en est peu agréable, et ce genre de portraits, plus curieux que satisfaisant au point de vue artistique, ne me paraît pas devoir être encouragé. M. Minutoli a exposé un album de dessins industriels, modèles de meubles, ornements. On ne saurait trop applaudir à l’idée d’offrir aux fabricants des modèles de goût ; malheureusement, l’exécution laisse à désirer sous le rapport photographique : les épreuves sont médiocres, les détails n’y sont pas assez nets ni faciles à étudier par le fabricant, et, par suite, le but de l’ouvrage est en partie manqué. Il faut aussi distiguer les reproductions, remarquables par leur dimension, des dessins au crayon de Kaulbach, pour le poëme de Faust. Le dessin est bien rendu et sans déformation sensible.

Belgique.

Dans la Belgique, je n’ai à signaler que les reproductions de tableaux anciens et modernes de M. Fierlant. Plusieurs de ces tableaux offraient de grandes difficultés, les tons des couleurs dans les anciennes peintures ayant souvent poussé au noir ; mais le résultat paraît satisfaisant pour un grand nombre de ces reproductions. Cependant, comparée à l’exposition du même genre de M. Bingham, celle de M. Fierlant me paraît moins remarquable, tout en reconnaissant qu’il est plus difficile de reproduire des tableaux anciens que des peintures modernes dont les couleurs sont fraiches et n’ont pas encore noirci. Les œuvres de M. frielant sont faites sur commande du gouvernement belge, qui cherche ainsi à mettre à la portée du public la reproduction des chefs-d’œuvre de l’art. Pourquoi, en France, les administrations des musées et collections publiques n’adopteraient-elles pas une idée si utile et si populaire ?

Grèce.

La Grèce expose de magnifiques vues des monuments antiques d’Athènes, dues au talent distingué de M. Margaritis. Il n’y a rien de plus beau dans toute l’exposition de photographie. Ici, il était fort important de conserver à l’architecture la parfaite perspective de ses lignes, et d’éviter le plus possible toute déformation dans l’élévation des monuments. L’habile artiste y est parvenue avec bonheur ; il a su rendre aussi tous les détails de la sculpture, et on peut dire qu’aucune publication n’a aussi bien reproduit ces admirables monuments, qui ont si souvent déjà servi de modèle à la photographie.

Italie.

L’Italie offre des spécimens de photographie tout à fait remarquables par leur grandeur : ce sont naturellement des vues de monuments et des reproductions de peintures à fresques. Les belles vues d’Alinari, de Florence, de Dovizielli et deCuccione, de Rome, nont de comparables dans toute l’exposition que les œuvres de Baldus, et peut-être même quelquefois les dépassent-elles en dimension. Ces belles épreuves ont été obtenues sur glaces collodionnées, et souvent en plusieurs morceaux, dont les positifs sont habilement juxtaposés. Quant à la reproduction des fresques de la Farnésine et du palais Farnèse, c’est un genre de photographies qui n’a pas son pareil dans le reste de l’Exposition ; la réussite en est très-satisfaisante, si l’on songe aux difficultés d’exécution provenant de la position même des fresques en plafonds ou en voussures, et à l’état de dégradation de la peinture, souvent détériorée ou restaurée. A côté d’un pareil succès, on ne sait ce dont il faut le plus s’étonner, ou de la hardiesse des photographes qui ont entrepris des œuvres aussi difficiles, ou de l’indifférence des gouvernements qui négligent ce noyen de répandre la reproduction des chefs-œuvre de l’art. Ils ont sous la main le moyen de conserver le souvenir d’ouvrages qui, malheureusement, tendent chaque jour à se dégrader, et dont quelques-uns disparaitrnt peut-être bientôt. Pourquoi ne s’en servent-ils pas ?

Conclusion.


Après cette revue rapide des expositions étrangères de photographie, je conclurai en toute conscience que la France, malgré les mérites de certaines expositions étrangères, reste à la tête de l’industrie, et comme perfectionnement des procédés et comme exécution.
Mais je ne veux terminer ce rapide examen sans indiquer deux moyens par lesquels le gouvernement pourrait encourager encore et stimuler le développement de cette industrie en France.
S’il faisait photographier et publier à bon marché les chefs-d’œuvre de sculpture, peinture, dessins, gravures, bronzes, curiosités de tous genres que renferment nos musées et nos collections publiques, le gouvernement, d’une part, donnerait un nouvel essor à l’industrie de la photographie : et, d’autre part, il accomplirait une œuvre d’une utilité générale ; car en popularisant ainsi les œuvres de goût, il mettrait à la portée des écoes de dessin, des industriels, des artistes, et de tout le public, les modèles irréprochables de l’art, dont la connaissance, plus facile et plus générale, développerait encore d’avantage en France la bon goût qui distingue particulièrement nos industries nationales, et leur donne la prééminence dans cette Exposition universelle comme dans les autres.
Les objections qu’on a faites à la réalisation de cette id´´e, qui aurait des résultats si f’econds et si utiles, me paraissent futiles et peu dignes des vues élevées qui doivent diriger le gouvernement.
À un point de vue tout différent, l’État peut rendre encore un grand sevice à la photographie : c’est en fixant une question légale encore indécise, celle de la propriété photographique. Aujourd’hui il est incertain si le premier venu n’a pas le droit d’acheter une épreuve photographique, de la reproduire dans la chambre noire, et de vendre les épreuves de ce nouveau cliché fait sur un modèle acheté. Des arrêts, en sens divers, ont été rendus sur ce point par les tribunaux.
La propriété d’une planche photographique est une propriété qui, comme toute autre, doit être protégée ar la legislation ; et s’il existe à cet égard une lacune dans nod lois, il est indispensable et juste qu’elle soit comblée au plus tôt.
On ne peut admettre équitablement qu’un photographe, après avoir fait de grandes dépenses pour aller relever dans des pays lointains des vues ou des monuments encore inconnus, puisse, lors de la publication de son voyage, se voir frustrer par le premier venu qui achèterait une suite d’épreuves, les photographierait tranquillement à nouveau, et publierai à son profit cette sorte de contrefaçon.
Comme ce genre de fraude ne paraît pas d’une manière certaine tomber sous l’application de la loi, il serait équitable qu’une nouvelle disposition législative y pourvût au plus tôt.
D’un autre côté, il semble juste de défendre la propriété artistique contre la contrefaçon photographique, qui, depuis quelque temps, a pris de grandes proportions, surtout à l’étranger. Ainsi, des éditeurs français, après avoir payé des sommes considérablespour des planches de gravures, ont vu ces gravures à peine éditées, copiées par la photographie. Faites à l’étranger et répandues en France á fort bon marché, puisqu’aucun traité n’en interdit l’entrée, ces copies photographiques ont fait le plus grand tort aux éditeurs mêmes de la gravure.
Il est manifestement opportun de prendre à ce sujet quelque disposition législative ou de négocier quelque traité international pour interdire cette contrefaçon, qui peut nuire considérablement, par une concurrence illégitime, à une branche si intéressante des beaux-arts.
Il m’a paru utile d’attirer l’attention du gouvernement sur ces questions, dont la solution peut avoir de l’influence sur l’avenir de la photographie en France. L’État, qui a, pour ainsi dire, crée cette industrie dans l’origine, en achetant, répandant et mettant dans lo domaine public le procédé de Daguerre, continuera sans doute sa protection à cette partie de plus en plus importante de l’industrie française.

SECTION III.

PRODUITS CHIMIQUES POUR LA PHOTOGRAPHIE,

Par M. Barreswil.


On ne peut pas dire qu'il y ait une fabrication spéciale de produits chimiques pour la photographie, attendu que les réactifs employés par la photographie sont appliqués à d'autres usages. Toutefois, comme ilest indispensable, pour obtenir de belles épreuves, d'employer des produits appropriés, il s'est créé des maisons qui,essayant les produits, les épurant et les éprouvant elles-mêmes, donnent toute garantie de surccès. On peut dire de ces maisons qu'elles ont accompli ou fait accomplir des progrès très-réels à certains détails de la fabrication des produits chimiques, et qu'elles ont aidé au développement et au sérieux perfectionnement de plusieurs branches des autres industries: 1'ébénisterie, l'optique, la reliure, le travail de la gutta-percha, la fabrication de plaques el celle du papier de qualité supérieure.
Les principaux produits chimiques employés par la photographie sont l'eau distillé, l'iodure de potassium, l’hyposulfite de soude, le cyanure de potassium, l’alcool, l’éther, le fulmicoton, l’acide pyrogallique, le nitrate d’argent, le chlorure d’or.
L'eau distillée est livrée à bas prix aux photographes: elle est recueillie dans plusieurs fabriques, où l'on a le soin de la tenir à l'abri de la poussière, et où l'on exclut toute possibilité d'introduction do matières étrangères dans les bouilleurs, par l'emploi de l'ingénieux appareil de M. Duméry (le déjecteur anticalcaire). Le large emploi que certaines industries font de l'eau distillée date de la vulgarisation des procédés Daguerre; on peut la remplacer par l'eau de fonte des glaces qui se forment lentement dans des cours d'eau tranquillcs. Cette observation, faite par les chimistes américains, s'est confirmée en France: elle est acquise à la pratique.
L'iodure de potassium est traité en grande manufacture; les fournisseurs spéciaux des photographes se bornent à l'épurer.
La photographie a considérablement augmenté la consommation do l'iodure de potassium; mais la médecine à elle seule en demandait des quantités très-considérables, et c'esl aux applications à l'art de guérir qu'il faut attribuer la conquète de ce beau produit et les nombreux perfectionnements apportés à sa abrication.
Il n'en est pas de même de l'hyposulfite de soude. Ce sel a été créé comme article de commerce par les besoins du daguerréotype. Il est aujourd'hui fabriqué sur une grande échelle et a reçu des applications nouvelles; on l'emploie notamment et a reçu des applications nouvelles ; on l’emploie notamment concurremment avec le sulfite de soude comme antichlore, c’est-à-dire comme réactif destiné à absorber le chlore que certains fabricants laissent dans la pâte de papier après le blanchiment gazeux. (Cette pratique, il faut bien le dire en passant, est contraire aux principes de l’économie ; l’hyposulfite de soude est en effet dépensé pour détruire le chlore, qui est un produit utile. Il est bien plus rationnel d’employer juste ce qu’il faut de chlore plutôt que d’avoir à détruire un excès, ainsi que l’a démontré M. Godin de Huy en Belgique.) L’hyposulfite de soude a été fabriqué en grand d’abord en France, puis en Allemagne et en Angleterre.
Le cyanure de potassium est trop souvent appliqué par les photographes, qui doivent le bannir: c'est un poison violent, et son emploi n’est pas indispensable : aussi la la vente pourrait-elle être surveillée sans inconvénient pour l’avancement de la photographie. Ce sel est obtenu d’après les indications de Licbig, et c’est en France qu’il a été pour la première fois préparé à l’état de pureté. Il convient de citer, à l’occasion de ce produit et du précédent, avant tous autres, MM. Fordos et Gélis, de Paris.
L'alcool est un article de grande fabrication, qui est livré directemcnt pur et à un degré très-élevé. Tout le monde sait que c'est à la France que sont dus les procédés de rectification et de concentration de l’alcool. Par occasion, il est peut-être bon de dire qu’il faut encore se résoudre à demander ce produit à la fermentation des sucres, malgré l’annonce hâtée de sa production au moyen du gaz de l’éclairage. Cette source d’alcool, acceptable à priori comme pint théorique, n’est nullement à recommander ni même á expérimenter, si l’on s’en tient aux termes du brevet qui a tant ému le monde industriel.
L'éther est devenu l'objet d'un commerce important depuis qu'il est appliqué à la photographie. C'est à la France qu'on doit sa fabrication industrielle, et nous l'avons payé assez cher: elle nous coûte un chimiste éminent, Polydore Boullay, collaborateur de M. Dumas, mort des suites de brûlures graves faites par l’éther. Le procédé de laboratoire décrit par Boullay, modifié par Soubeiran, a été appliqué tel quel à des opérations de manufactures. Nos fabriques françaises, notamment celle de M. Désesprigalle, de Lille, livrent aujourd’hui à l’industrie de léther pur à bon marché.
La fabrication des acides galliques et pyrogallique mérite d’être signalée ; elle a été crée pour les besoins de la photographie. M. Fontaine, de Paris, la pratique sur une grande échelle ; il suit le prcédé de Braconnot, en faisant fermenter la noix de galle. L’acide pyrogallique que ce fabricant prépare en grande quantité, est obtenu selon les prescriptions de Liebig; ces deux produits sont très-beaux.
Le fulmicoton, dont la préparation et l’application comme collodion appartient à la France, est d’une préparation délicate et dangereuse; les fabricants ne le préparent pas tous également bien. M. Mathieu Plessy en a exposé un spécimen remarquable par sa complète solubilité.
Quant au nitrate d’argent et au chlorure d’or, le photographe les obtient le plus souvent lui-même, surtout s’il utilise ses résidus. Un sel d’or pourtant est fabriqué spécialement pour la photographie: c’est l’hyposulfite d’or et de sodium, que MM. Fordos et Gélis ont obtenu de la liqueur de M. Fizeau (dissolution mélangée de chlorure d’or et d’hyposulfite de soude), en modifiant la nature du dissolvant. Ce beau produit a joué un rôle important dans l’avancement des procédés photographiques.
Tels sont les principaux réactifa employés par la photographie, qu’on peut appeler électro-chimique, et qui comprend le procédé Daguerre et le procédé Talbot. Quant à ceux qu’emploie la photographie à laquelle on peut, avec quelque raison, donner le nom de photographie plastique, laquelle comprend le procédé de Nicéphore Niepce, la lithophotographie, telle que je l’ai établi, et dont les spécimens remarquables ont été produits par MM. Davanne, Lemercier et Lerebours, les procédés de MM. Garnier et Salmon, Fagier, Poitevin, etc.: ces produits sont trop nombreux pour être énumérés, et ils sont d’un emploi trop peu général pour être des objets de commerce et rentrer dans le cadre de ce rapport.