Mostrar mensagens com a etiqueta 1882. Mostrar todas as mensagens
Mostrar mensagens com a etiqueta 1882. Mostrar todas as mensagens

terça-feira, 24 de março de 2009

1882, 13 de Março - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1882
13 de Março

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. XCIV
Nº. 11
Pag. 683, 684, 685
*
PHYSIOLOGIE. - Sur la reproduction, par la photographie, des diverses phases du vol des oiseaux. Lettre de M. Marey à M. le Secrétaire perpétuel.

« Naples, 9 mars 1882.
« J'ai l'honneur d'annoncer à l'Académie que je viens d'obtenir, au moyen de la photographie instantanée, l'analyse complète des différentes formes de la locomotion, y compris le vol des oiseaux.
» Il y a deux ans environ que M. Muybridge, de San-Francisco, a publié d'admirables épreuves de chevaux lancés aux allures les plus rapides et surpris par la photographie en 1/500 de seconde; le célèbre Américain a même, sur mes instances, braqué son objectif sur un groupe de pigeons au vol: on voit sur le cliché certaines images assez nettes pour que la position des ailes y soit facile à déterminer.
« Mais, dans les expériences de M. Muybridge sur le vol, il n'était recueilli qu'une seule image de l'oiseau, tandis que l'analyse des mouvements du vol exige une série d'attitudes avec la connaisence de l’instant précis où chacune d'elles s'est produite.
« Une méthode que notre confrère M. Janssen a imaginée lors du passage de Vénus sur le Soleil, pour suivre les phases du mouvement relatif des deux astres, m'a semblé remplir, en principe, les conditions voulues. Mais j'ai trouvé bien des difficultés d'exécution, à cause de la rapidité extrême avec laquelle doivent se mouvoir les pièces du revolver photographique dont j'avais besoin.
« J'ai réussi enfin à construire, dans le format d'un fusil de chasse, un instrument qui donne aisément douze images successives par seconde, chaque image n'employant pour se produire que de seconde.
» Avec des plaques au gélatinobromure d'argent, cette durée est suffisante même pour un temps couvert. On peut, par un beau soleil, réduire la pose à de seconde (ces durées ont été contrôlées au chronographe).
« En disposant une série de ces images dans un phénakistiscope de Plateau, on reproduit l'aspect de l'oiseau qui vole, dans des conditions qui rendent facile l'analyse du mouvement.
« Mes expériences nouvelles confirment les résultats que m'avaient donnés, il y a quelques années, l'analyse graphique du mouvement de l'oiseau, mais elles y ajoutent beaucoup de notions importants.
» Dans quinze jours, j'aurai l'honneur de présenter a l'Académie mon appareil et mes épreuves photographiques. »

M. J. Janssen fait, au sujet de cette Communication, les remarques suivantes :

« Je dois dire combien je suis heureux que, notre éminent confrère, M. Marey, ait réussi à saisir par la photographie les attitudes du vol dans les oiseaux.
» La question de l’enregistrement photographique des attitudes des animaux dans le vol, la marche, et en général dans la locomotion, m'a plus particulièrement intéressé depuis que je me suis occupé de la construction d'un appareil propre à saisir les diverses phases du contact de la planète, Vénus dans ses passages sur le Soleil.
» Dans une Communication, déjà ancienne, à la Société française de Photographie, j'ai montré que l'intérêt du nouvel appareil consistait surtout dans ces applications biologiques.
» Dernièrement notre confrère a bien voulu m'écrire pour me demander des détails sur les dispositions du revolver photographique, et je me suis empressé de lui répondre.
» Je ne sais pas encore dans quelle mesure ces dispositions du revolver ont pu être utilisées par M. Marey, mais il n'est pas douteux que le principe de cet instrument, qui permet de reproduire avec tant de facilité et de simplicité des phases extrêmêment rapprochées de tout phénomène variable, ne puisse donner de bonnes solutions de ces questions. »

1882, 13 de Março - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1882
13 de Março

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. XCIV
Nº. 11
Pag. 683, 684, 685
*
PHYSIOLOGIE. - Sur la reproduction, par la photographie, des diverses phases du vol des oiseaux. Lettre de M. Marey à M. le Secrétaire perpétuel.

« Naples, 9 mars 1882.
« J'ai l'honneur d'annoncer à l'Académie que je viens d'obtenir, au moyen de la photographie instantanée, l'analyse complète des différentes formes de la locomotion, y compris le vol des oiseaux.
» Il y a deux ans environ que M. Muybridge, de San-Francisco, a publié d'admirables épreuves de chevaux lancés aux allures les plus rapides et surpris par la photographie en de seconde; le célèbre Américain a même, sur mes instances, braqué son objectif sur un groupe de pigeons au vol: on voit sur le cliché certaines images assez nettes pour que la position des ailes y soit facile à déterminer.
« Mais, dans les expériences de M. Muybridge sur le vol, il n'était recueilli qu'une seule image de l'oiseau, tandis que l'analyse des mouvements du vol exige une série d'attitudes avec la connaisence de l’instant précis où chacune d'elles s'est produite.
« Une méthode que notre confrère M. Janssen a imaginée lors du passage de Vénus sur le Soleil, pour suivre les phases du mouvement relatif des deux astres, m'a semblé remplir, en principe, les conditions voulues. Mais j'ai trouvé bien des difficultés d'exécution, à cause de la rapidité extrême avec laquelle doivent se mouvoir les pièces du revolver photographique dont j'avais besoin.
« J'ai réussi enfin à construire, dans le format d'un fusil de chasse, un instrument qui donne aisément douze images successives par seconde, chaque image n'employant pour se produire que de seconde.
» Avec des plaques au gélatinobromure d'argent, cette durée est suffisante même pour un temps couvert. On peut, par un beau soleil, réduire la pose à de seconde (ces durées ont été contrôlées au chronographe).
« En disposant une série de ces images dans un phénakistiscope de Plateau, on reproduit l'aspect de l'oiseau qui vole, dans des conditions qui rendent facile l'analyse du mouvement.
« Mes expériences nouvelles confirment les résultats que m'avaient donnés, il y a quelques années, l'analyse graphique du mouvement de l'oiseau, mais elles y ajoutent beaucoup de notions importants.
» Dans quinze jours, j'aurai l'honneur de présenter a l'Académie mon appareil et mes épreuves photographiques. »

M. J. Janssen fait, au sujet de cette Communication, les remarques suivantes :

« Je dois dire combien je suis heureux que, notre éminent confrère, M. Marey, ait réussi à saisir par la photographie les attitudes du vol dans les oiseaux.
» La question de l’enregistrement photographique des attitudes des animaux dans le vol, la marche, et en général dans la locomotion, m'a plus particulièrement intéressé depuis que je me suis occupé de la construction d'un appareil propre à saisir les diverses phases du contact de la planète, Vénus dans ses passages sur le Soleil.
» Dans une Communication, déjà ancienne, à la Société française de Photographie, j'ai montré que l'intérêt du nouvel appareil consistait surtout dans ces applications biologiques.
» Dernièrement notre confrère a bien voulu m'écrire pour me demander des détails sur les dispositions du revolver photographique, et je me suis empressé de lui répondre.
» Je ne sais pas encore dans quelle mesure ces dispositions du revolver ont pu être utilisées par M. Marey, mais il n'est pas douteux que le principe de cet instrument, qui permet de reproduire avec tant de facilité et de simplicité des phases extrêmêment rapprochées de tout phénomène variable, ne puisse donner de bonnes solutions de ces questions. »

1882, 27 de Março - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1882
27 de Março
Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
Janvier-Juin
T. XCIV, Nº. 13
Pag. 823
*
PHYSIOLOGIE. - Photographies instantanées d'oiseaux au vol.
Note de M. MAREY.

« J’ai l'honneur de présenter à l'Académie les clichés négatifs obtenus en photographiant, pendant leur vol, des oiseaux et des chauves-souris. J’ai fait faire, d'après ces épreuves agrandies au mégascope, des figures ayant la dimension de l’oisean et sur lesquelles on peut suivre la succession des mouvements qui constituent une révolution de l’aile.
» Comme un Comité secret doit avoir lieu aujourd'hui, je demande a l’Académie d'ajourner à une prochaine séance l'analyse de ces figures et leur comparaison. Ces délais me permettront, en outre, de faire reproduire par l'héliogravure quelques figures indispensables à la clarté des Comptes rendus. »

1882, 3 de Abril - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1882
3 de Abril
Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. XCIV
Nº. 14
Pag. 909, 910, 911
*
PHOTOGRAPHIE. - Note sur le principe d'un nouvenu revolver photographique; par M. J . Janssen.

« Les applications que vient de recevoir le revolver photographique entre les mains de notre éminent confrère, M. Marey, sont un motif pour faire connaître le principe d'un nouveau revolver qui permettra de saisir les phases successives d'un phénomène s'accomplissant avec une rapidité considérable, comme, par exemple, le mouvement des ailes dans l'acte du vol chez les insectes.
» On sait que le principe du revolver photographique consiste dans le mouvement rotatif d'une plaque sensible sur laquelle viennent se produire successivement, et par l'effet d'un mécanisme, les images des phases diverses d'un phénomène variable.
» Mais, dans cet insirument, la plaque sensible est arrêtée chaque fois qu'une image va être prise, et elle ne se meut que pour permettre a la région voisine, non impressionnée, de recevoir une image nouvelle. Telle était la disposition du premier revolver qui a été conçu et exécuté à l'occasion du passage de Vénus en 1874.
» En satisfaisant à cette condition de l'arrèt de la plaque photographique pendant la prise de l'image, on peut encore obtenir un certain nombre de photographies par seconde, et c'est le cas qui a été réalisé par M. Marey dans l'étude qu'il vient de présenter sur le vol des oiseaux; mais il est aisé de comprendre que cette condition impose une limite bientôt atteinte dès qu'on veut dépasser une dizaine d'images par seconde. C'est qu'il est extrêmêment difficile d'arrêter subitement, et pour un temps très court, un corps animé d'un mouvement rapide.
« Par exemple, l'étude du vol chez les insectes exige qu'on prenne des images se succédant à des intervalles d'une petitesse extrême, probablement fort au-dessous de de seconde. Or, il serait impraticable d'imprimer à une plaque des mouvements et des arrêts se succédant avec une telle rapidité.
» Les applicalions du revolver qui sont peut-être les plus intéressantes et les plus riches en faits nouveaux seraient demeurées inabordables si cette condition des arrêts successifs était absolument inéluctable.
» Mais, depuis longtemps déjà que je songe à utiliser cet instrument pour l'étude de la mécanique animale (1) ([i]), j'ai pensé qu'il serait possible de prendre des images photographiques sur une plaque en mouvement.
« Si l'on analyse la question, on trouve qu'il existe un rapport, suivant la délicatesse des éléments de l'image, entre le mouvement qu'on peut donner à la plaque et le temps de l'action lumineuse.
» La Communication de notre confrère M. Marey ayant appelé de nouveau mon attention sur ces études, je me suis proposé de donner une démonstration expérimentale du principe dont nous parlons, et j'ai choisi pour sujet les images solaires.
« On sait que la granulation de la surface solaire est un des objets les plus difficiles à voir dans les lunettes, et que sa reproduction par la photographie n'a été obtenue que tout récemment. Or, pour donner du principe en question une démonstration tout à fait probante, je me suis proposé d'obtenir cette granulation sur une plaque animée d'un mouvement de 0m,15 à 0m,20 par seconde.
» Le résultat a pleinement répondu à ma prévision. J'ai l'honneur de mettre sous les yeux des Membres de l'Académie une plaque sur laquelle on voit reproduites deux portions identiques de la surface solaire.
» L'une de ces portions a été prise sur la plaque pendant qu'elle était au repos, et l'autre pendant que la plaque était animée d'un mouvement d'environ 0m,15 par seconde. La comparaison de ces deux images montre que le mouvement n'a empêché en rien la manifestation de la granulation, c'est-à-dire d'un des phénomènes les plus délicats de la photographie astronomique.
» Je n'insiste pas davantage aujourd'hui, voulant seulement démontrer le principe.
» On comprend que, la constatation de ce fait nous affranchissant de l'obligation des arrêts successifs, rien en quelque sorte ne limite le nombre des images que le revolver pourra fournir dans un temps donné. Il y a seulement à établir un juste rapport entre la délicatesse des détails de l'image, la vitesse de la plaque sensible et le temps de l'action lumineuse.
» Dans la nouvelle disposition, le plateau portant la plaque sensible, l'obturateur portant les fentes sont chacun animés d'un mouvement rotatoire continu, et c'est la grandeur de ces mouvements et leur rapport qui déterminent la rapidité dans la succession des images et les conditions de leur formation.
» D'après quelques supputations très simples, je me suis convaincu, depuis longtemps déjà, qu'il sera facile d'obtenir, d'un phénomène, des images se succédant à des intervalles de 1/100 de seconde, et d'aller beaucoup au delà. »
([i]) (1) Extrait du Bulletin de la Société française de Photographie, avril 1876.
« La propriété du revolver, de pouvoir donner automatiquement une série d'images nombreuses, et aussi rapprochées qu'on veut, d'un phénomène à variations rapides, permettra d'aborder des questions intéressantes de Mécanique physiologique se rapportant à la marche, au vol, aux divers mouvements des animaux. Une série de photographies qui embrasserait un cycle entier des mouvements relatifs à une fonction déterminée fournirait de précieuses données pour en éclairer le mécanisme.
« On comprend, par exemple, tout l'intérêt qu'il y aurait, pour la question encore si obscure du mécanisme du vol, à obtenir une série de photographies reproduisant les divers aspects de l'aile durant cette action. La principale difficulté viendrait actuellement de l'inertie de nos substances sensibles, eu égard aux durées si courtes d'impression que ces images exigent; mais la Science lèvera certainement ces difficultés.
« A un autre point de vue, on peut dire aussi que le revolver résout le problème inverse du phénakisticope. Le phénakisticope de M. Plateau est destiné à produire l'illusion d'un mouvement ou d'une action au moyen de la série des aspects dont ce mouvement ou cette action se compose. Le revolver photographique donne au contraire l'analyse d'un phénomène en reproduisant la série de ses aspects élémentaires.
1882
10 de Abril

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
Janvier-Juin
T. XCIV
Nº. 15
Pag. 1013, 1014, 1015, 1016, 1017, 1018, 1019, 1020
*
PHYSIOLOGIE ANIMALE. - Emploi de la photographie instantanée pour l'analyse des mouvements chez les animaux; par M. Marey.

«Les expériences que j'ai l'honneur d'exposer devant l'Académie se rattachent anx études que j'ai faites il y a une douzaine d'annêes sur la locomotion animale, études que j'ai dû suspendre, mais que je compte reprendre aujourd'hui en les développant davantage.
» Mes premières expériences sur la locomotion étaient faites au moyen de la chronographie; elles traduisaient fidèlement les rythmes des allures de l'homme et des animaux, c'est-à-dire l'instant et la durée des appuis de chaque membre sur le sol. Plus tard, par une méthode déjà plus délicate, j'inscrivais les phases d'élévation et d'abaissement des ailes d'un oiseau qui vole, la trajectoire décrite dans l'espace par la pointe de l'aile, les changements du plan alaire, les oscillations du corps dans leurs rapports avec les mouvements du vol (1) ([i]).
» Les renseignements donnés par la méthode graphique étaient d'une grande précision; ils corrigeaient bien des erreurs d'observation et résolvaient certaines questions litigieuses de mécanique animale; mais les notions fournies par cette méthode étaient encore incomplètes. Ainsi, en ce qui concerne les allures du cheval, j'ai essayé de faire représenter les attitudes de cet animal à différents instants du pas de chaque allure ; or, les figures faites d'après les données de la chronographie, parfaitement correctes pour la position des membres l'appui, présentaient parfois des incorrections pour celle des membres au levé. J'en eus la preuve lorsque parurent les belles photographies instantanées de M. Muybridge, de San-Francisco, l'image d'un cheval saisie en de seconde donnant, même aux allures les plus rapides, l'attitude réelle presque aussi nettement que si l'animal eût été immobile.
» Le Journal la Nature venait de publier quelques-unes des figures de M. Muybridge; je m'empressai d'écrire au rédacteur en chef, mon ami G. Tissandier, pour lui exprimer mon admiration pour ces belles expériences et pour le prier d'engager leur auteur à appliquer la photographie instantanée à l'étude du vol des oiseaux. J'émettais alors l'idée d'un fusil photographique à répétition analogue au revolver astronomique imaginé par notre confrère M. Janssen pour observer le dernier passage de vénus. Ce fusil donnerait une série d'images successives prises à différents instants de la révolution de l'aile. Enfin, ces images, disposées sur un phénakisticope de Plateau, devraient reproduire l'apparence du mouvement des animaux ainsi représentés.
« Cette lettre me valut, de la part de M. Muybridge, l'envoi d'une collection de ses belles photographies et l'assurance qu'il appliquerait ses appareils à l’étude du mécanisme du vol; en outre, différents auteurs adaptèrent à des zootropes, soit des figures construites d'après mes notations chronographiques, soit les images obtenues par le célébre photographe américain, et obtinrent ainsi une représentation saisissante d'animaux en mouvement (1) ([ii]).
« Au mois de septembre dernier, M. Muybridge vint à Paris, apportant une riche collection de photographies instantanées qui représentaient, non seulement le cheval à diverses allures, mais l'homme se livrant à différents exercices: la course, le saut, l'escrime, la lutte, etc. Dans la collection de M. Muybridge il y avait aussi quelques photographies d’oiseaux au vol, mais ce n'était plus, comme pour l'homme ou le cheval, la représentation d'attitudes successives: c'étaient des images analogues à celles que M. Caillet avait obtenues quelques années auparavant et montrant les ailes de l'oiseau dans une position unique, tantôt en élévation, tantôt en abaissement ou dans quelque phase intermédiaire. Ces photographies étaient cependant fort intéressantes: elles vérifiaient ce que la méthode graphique m'avait fait saisir relativement au mécanisme du vol, mais surtout promettaient des renseignements précieux, si l'on pouvait obtenir des images en série, comme M. Muybridge l'avait fait pour l'hornme et pour les quadrupèdes.
« Je résolus de consacrer cet hiver à réaliser mon ancien projet de fusil photographique. Le procédé au gélatinobromure d'argent me faisait espérer des images assez nettes avec un temps de pose très court, mais la vitesse avec laquelle devaient se repéter les mouvements qni présenteraient au foyer de l'objectif des points différents de la plaque sensible entraînait certaines difficultés dans la construction de l'instrument. Il fallait, en effet, recueillir au moins dix ou douze images par secunde, afin d'avoir plusieurs attitudes de l'oiseau a chaque révolution de son aile. En outre, cette vitesse m'était imposée par le projet que j'avais formé de disposer la série d'images obtenues dans un phénakisticope, afin de reproduire l'apparence des mouvements du vol de l'oiseau; car on sait que la faible durée de la persistance des images sur la rétine nécessite une répétition fréquente des apparitions lumineuses pour donner à notre œil une sensation continue.
« Je réussis à construire, dans les dimensions d'un fusil de chasse, un appareil qui photographie douze fais par seconde l'objet que l'on vise; chaque image n'exige, comme temps de pose, que de seconde.
« Le canon de ce fusil est un tube qui contient un objectif photographique. En arrière, et solidement montée sur la crosse, est une large culasse cylindrique dans laquelle est contenu un rouage d'horlogerie. Quand on presse la détente du fusil, le rouage se met en marche et imprime aux différentes pièces de l'instrument le mouvement nécessaire. Un axe central, qui fait douze tours par secande, commande toutes les piéces de l'appareil. C'est d'abord un disque opaque et percé d'une étroite fenêtre. Ce disque forme obturateur et ne laisse pénétrer la lumière émanant de l'objectif que douze fois par secande, et chaque fois pendant de seconde. Derrière ce premier disque, et tournant librement sur le même arbre, s'en trouve un autre qui parte douze fenêtres et en arrière duquel vient s'appliquer une glace sensible, de forme circulaire ou octogonale. Ce disque fenêtré doit tourner d'une manière intermittente, de façon à s'arrêter douze fois par seconde en face du faisceau de lumière qui pénètre dans l'instrument. Un excentrique placé sur l'arbre produit cette rotation saccadée, en imprimant un va-et-vient régulier à une tige à cliquet qui saisit à chaque oscillatian une des dents qui forment une couronne au disque fenêtré.
« Un obturateur spécial arrête définitivement la pénétration de la lumière dans l’instrument aussitôt que les douze images ont été obtenues. D'autres dispositions ont pour but d'empêcher la plaque sensible de dépasser par sa vitesse acquise la place où le cliquet l'amène, et où elle doit être parfaitement immobile pendant la durée de l'impression lumineuse.
» On fait la mise au point en allongeant ou en raccourcissant le canon, ce qui déplace l'objectif en avant ou en arrière; enfin, on vérifie cette mise au point en observant, par une ouverture faite à la culasse du fusil, la netteté de l'image reçue sur un verre dépoli.
» Une boîte à escamoter, de forme circulaire, analogue à celles qui existent déjà dans le commerce, me sert à loger vingt-cinq plaques sensibles et à les faire passer dans le fusil sans qu'elles soient exposées à la lumière.
« Avant d’appliquer cet instrument à l'étude du vol, je le soumis à certaines épreuves expérimentales, et les résultats que j’obtins furent satisfaisants.
» On dispose, par exemple, une fléche noire sur un axe central autour duquel elle tourne en se détachant sur un fond blanc bien éclairé par le soleil. La vitesse de rotation de la flèche est telle que ses extrémités parcourent environ 5m par seconde, ce qui représente six tours. Le tireur, placé à 10m, vise le centre de la cible sur lequel on n'aperçoit rien qu’une légére teinte grise générale, à cause de la vitesse de rotation. La plaque sensible, une fois développée, montre douze images disposées circulairement. Sur chacune d'elles la flèche se voit, avec son ombre portée, à peu près aussi nettement que si elle eût été inimobile.
»Une autre fois je photographiai un pendule noir oscillant au devant d'une règle blanche portant des divisions. Le pendule battait les secondes, et j'obtins, en effet, douze images representant les positions successives occupées, par le pendule aux différentes phases d'une oscillation complète.
» Pour plus de sûreté dans la mesure des durées, j'adaptai au fusil un appareil chronographique formé d’une capsule à air qui reçoit un choc à chacun des déplacements de la plaque sensible; un tube de caoutchouc relie cette capsule à un appareil inscripteur qui trace sur un cylindre tournant, en même temps qu’un chronographe ou qu’un diapason d’un nombre de vibrations connu. De cette manière, la durée de l’impression lumineuse et l’intervalle de temps qui sépare les images sont mesurés avec une précision satisfaisante.
« Après cas expériencés d'essai, j'abordai la photographie d'animaux en mouvement. On voit sur les épreuves une mouette qui vole. Sur d'autres; j'ai obtenu l'image de mouettes volant en plein travers; comme l'oiseau donnait exactement trois coups d'aile par seconde, on trouve dans les douze figures quatre attitudes successives qui se reproduisent périodiquement.
« Les ailes sont d'abord élevées au maximum, puis elles commencent à s'abaisser; dans l'image suivante, elles sont au plus bas de leur course, et dans la quatrième elles se relèvent. Une nouvelle série pareille de mouvements revient alors, et ainsi de suite.
« En agrandissant ces figures, on obtient des images visibles à distance, mais dont la netteté laisse encore à désirer; car mes clichés négatifs sont légerement grenus, ce que j'attribue à mon peu d'expérience des procédés photographiques. La reproduction de ces images par l'héliogravure ne donne qu'une silhouette noire (fig. 1 et 2). Il ne faudrait pas croire, toutefois, qu'on ne puisse jamais obtenir un certain modelé dans les images. J'ai placé sous un microseope à faible grossissement des négatifs obtenus avec une mise au point bien exacte: sur ces clichés, qui représentent l'oiseau vu d'en haut, on peut aisément compter les rémiges et saisir l'imbrication de ses plumes.« Si l'on dispose des photographies d'oiseaux sur un phénakisticope, on reproduit bien l'apparence des mouvements du vol, mais les images correspondant à chaque révolution de l'aile sont encore trop peu nombreuses pour se bien prêter à l'analyse des mouvements du vol: il faudra donc en augmenter le nombre. On y peut arriver, par exemple, en doublant la vitesse du mouvement de la plaque et des obturateurs, ce


que j'ai pu faire avec ce même fusil, tout en ayant encore assez de lumière pour la production des images: la durée de l'éclairage de la plaque n'était alors que de de seconde; encore l'objectif employé n'était-il pas des plus rapides.
» En photographiant l'oiseau dans d'autres conditions, par exemple lorsqu'il s'éloigne de l'observateur ou qu'il s'en rapproche, lorsqu'il est vu par en dessous ou par en dessus, on obtient d'autres renseignements sur le mécanisme du vol; ainsi, on observe aisément les changements d'inclinaison du plan de l'aile, l'inflexion des rémiges sur la résistance de l'air, les mouvements par lesquels le corps se porte en avant pendant l'abaissement de l'aile, en arriére pendant l'élévation.
» J'ai déjà comparé, à cet égard, les renseignements donnés par la photographie à ceux que m'avait autrefois donnés la méthode graphique, et j'ai obtenu ainsi la confirmation des points principaux que je croyais avoir établis par la première de ces méthodes. Il ne parait pas douteux que les images photographiques n'ajoutent beaucoup de connaissances nouvelles à celles que nous avons sur le mécanisme du vol. J'attends, pour émettre à cet égard une opinion fondée, d'avoir recueilli les éléments nécessaires, c'est-à-dire un grand nombre d'images d'oiseaux d’espèces différentes, exécutant le vol ramé ou le planement, soit en temps calme, soit avec du vent soufflant dans des directions variées.
» La chauve-souris est difficile à photographier, à cause de son vol capricieux, de sa petite taille et de l'heure tardive à laquelle elle se montre. Mes meilleures plaques ne m'ont donné que cinq ou six images sur les douze changements de position de la plaque photographique; encore ces images étaient-elles parfois sur la limite du champ de l'instrument. Les rares expériences que j'ai pu faire sur cet animal


m'ont toutefois montré certains faits intéressants. On voit, sur les photographies (fig. 3), que l'angle d'oscillation des ailes de la chauve-souris est très étendu, surtout par en bas où, à la limite de leur abaissement, les deux ailes forment deux plans verticaux sensiblement parallèles. On constate en outre que la chauve-souris peut voler malgré l'ablation d'une notable étendue de la membrane de ses ailes, pourvu que la partie restante corresponde aux espaces interdigitaux. Ainsi, parmi les images que j'ai recueillies, il en est une qui se retrouve plusieurs fois: il s'agissait d'une chauve-souris dont l'humérus et l'avantbras apparaissent entièrement dépourvus de membranes; à l'extrémité de l'aile on voit seulement une sorte de petit éventail formé des membranes interdigitales. L'aile ainsi mutilée exécute des mouvements beaucoup plus étendus que celle qui est intacte.» Le fusil photographique se prête également à l'étude du mouvement de différentes espèces d'animaux : j'ai photographié des chevaux, des ânes, des chiens, des hommes à pied ou sur des vélocipèdes; mais je n'ai pas donné suite à ces expériences: elles rentrent dans le programme que M. Muiybridge remplit avec tant de succès. Je me propoae surtout d'étudier au moyen de la photographie le mécanisme du vol chez les diverses espéces animales. On entrevoit déjà qu'aux différentes formes des oiseaux et, des insectes correspondent des différences dans la manière de voler; or rien ne paraît plus propre à éclairer le mécanisme du vol que cette comparaison de la fonction avec la conformation des organes chez les différentes espèces. »
([i]) (1) La machine animale, 1er édition; 1873.
([ii]) (1) Parmi les autenrs qui ont réalisé des zootropes avec les photographies instantanées, on doit citer M. Muybridge lui-rnême; en France, M. Mathias Duval, professeur d'anatomie à 1'Ecole des Beaux-Arts, et le colonel Duhousset; en Hongrie, M. Ziekly, professeur àl'Ecole des Beaux-Arts de Buda-Pest; enfin, en Angleterre, plusieurs industriels vendaient, l'an dernier, des zootropes formés avec les figures que M. Muybridge a publiées.

segunda-feira, 23 de março de 2009

1882, 20 de Abril - NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX de A. POITEVIN

1882
20 de Abril

NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX de A. POITEVIN
par M. A. DAVANNE
Gauthier-Villars
Paris
1882
*
NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX A. POITEVIN PAR M. A. DAVANNE
Vice-Président de la Société Française de Photographie


Après l'éloge de ces savants illustres, Bussy, Dubrunfaut, H. Saint-Claire Deville, fait par celui qui fut le digne collaborateur des grands travaux de Sainte-Claire Deville (1) ([i]) et dont le nom a sa place si haut marquée dans la Science, je vous demande d'accorder encore quelques moments à un simple membre de notre Association, qui vient vous entretenir de la vie et des travaux d'un savant dont les œuvres,moins éclatantes, sont certainement ignorées d'un grand nombre des personnes qui veulent bien me prêter leur attention.
Ces travaux, cependant, ont eu une importance capitale sur le développement de l'une de nos grandes découvertes modernes, qu'ils ont pour ainsi dire transformée. Tout le monde connaît la Photographie; chacun apprécie les réultats qu'elle produit; partout, dans le cabinet du savant, dans l'atelier de l'artiste, dans celui de l'industriel, dans nos salons comme dans les plus modestes logis, et mêmee dans les lointains pays qui ne sont qu’à l'aurore de la civilisation, partout, maintenant, on retrouve ces épreuves photographiques auxquelles les uns demandent la constatation de la vérité et le plus grand nombre les doux souvenirs de l'amitié et de la famille.Mais qu'ils sont peu nombreux ceux qui connaissent le nom des hommes qui leur ont procuré cette douce jouissance, qui ont mis à la portée de l'artiste les belles lignes tracées par les maîtres, et qui ont permis aux pauvres ce grand luxe des riches: la galerie des êtres aimés!
Le nom de DAGUERRE a survécu, alors même que se sont évanouies las oeuvres que ses procédés ont pu produire; celui de NICÉPHORE NIÉPCE son prédécesseur et son associé, celui de Fox Talbot sont peu connus du public, et ceiui d’ALPHONSE POITEVIN, dont les travaux ont permis de transformer par de nombreux procédés une image éphémère en une épreuve durable et de multiplier à l’infini les tirageg trop restreints que donnaient les premières méthodes, le nom de Poitevin est resté dans l'ombre de la Science, dépassant à peine le milieu special qui seul appréciait ses utiles travaux, alors que tous en recevaient ou en recevront les bienfaits.
POITEVIN, pourtant, a consacré sa vie entière aux recherches qui ont amené ces résultats; dès son adolescence, qui s'est passée dans son pays natal, à Contlans, dana la Sarthe,il montrait un goût particulier pour l’étude des sciences, et en 1840, à l'âge de vingt et un ans, il entrait brillamment à l'École Centrale, d’où trois ans plus tard, il sortirait, troisième de sa promotion, avec le diplôme d'ingénieur chimiste.
Dès lors sa vocation était tracée. Frappé par les remarquables résultats obtenus par la récente découvette de Daguerre, il en avait cependant vite aperçu les points faibles: le procédé sur plaque d'argent ne donnait qu'une seule image d'un prix relativementélevé, il fallait la multiplier économiquement.
Déjà les rares loisirs que lui laissaient ses études à L’École Centrale avaient été consacrés à des recherches pour reproduire l'image de la plaque daguerrienne par la galvanoplastie, recherches qu'il espérait alors pouvoir continuer; mais, dès sa sortie de l'École, nous voyons commencer l'antagonisme entre la vocation et la lutte pour la vie : chimiste attaché aux salines de l'Est, apportant successivement dans les salines de Dieuze, de Montmorot, d 'Arc, de Gouhenans les améliorations suggérées par les connaissances acquises, il dut abandonner pendant plusieurs années, pour les travaux industriels, les recherches qui le charmaient.
Cependant, de 1847 à 1855, sans quitter la position conquise par son travail, il reprend son idée première, et s'efforce, par l'emploi des procéd6és galvanoplastiques, d'obtenir la gravure de l'image daguerrienne ou d'en faire une contre-épreuve qui, enlevée au moyen d'une couche de gélatine, donnait une sorte de négatif que l'on pouvait imprimer en image positive sur papier au chlorure d'argent.
Vers cette époque, il se fit en photographie une première transformation; la plaque de Daguerre fut abandonnée pour faire place à ces procédés dérivés de l'invention de Talbot, qui produisaient à la chambre noire une image négative, servant ensuite à imprimer un nombre quelconque d'images positives.
Mais voici que je me sers de mots inconnus pour beaucoup de personnes; je parle d'épreuves négatives, d'épreuves positives; ces expressions reviennent continuellement, dès que l'on dit qualques mots sur la Photographie; et, avant d'aller plus loin, il me semble indispensable de vous les expliquer.
Dans les conditions les plus générales, l'image photographique résulte de l'action de la lumière sur les sels d'argent; parmi ces sels, ceux que nous employons sont blancs ou peu colorés, tels que le chlorure, le bromure, l'iodure d'argent; la lumière, en agissant sur eux, les rend noirs ou aptes à noircir; de là cette conséquence que le résultat de

Fig. 1

l'action lumineuse est juste l'inverse de ce que nous cherchons. Un portrait de femme blanche avec une robe noire nous donnera donc une femme noire avec une robe blanche. Le ciel lumineux d'un paysage et les arbres sombres sont représentés par un ciel noir et des arbres blancs. C'est l'épreuve renversée (fig. 1), c'est 1'épreuve négative. Mais, recommençons l'opération, en prenant comme modèle cette épreuve négative; les effets sont de nouveau renversés, nous obtenons l'image conforme à la nature (fig. 2), et le modèle négatif n´étant nullement altéré, nous pouvons en tirer un nombre indéfini d'épreuves positives.Voici donc les opérations photographiques divisées en deux grandes classes: la production des négatifs et l'impression des positifs; c'est surtout de ces derniers que s'est préoccupé Poitevin.Fig.2

Le type négatif peut être obtenu trés rapidement, grâce à la découverte faite par Daguerre de l'image latente, qu’avait découvert Niépce en 1814 ([i]).
Cette image latente résulte d'une action invisible et encore inexpliquée que la lumière fait subir à certains sels d'argent; elle frappe le composé sensible, et celui-ci peut être instantanément modifié dans sa nature sans que l'on aperçoive trace de la modification; les parties touchées par la lumière ne different on rien des autres lorsqu'on les examine, mais elles noirciront sous l'influence do certains réactifs réducteurs; la réduction sera proportionnelle à l'intensité lumineuse qui a agi, et l'image se développera graduellement.
L'expérience est exécutée devant vous en projection: une glace a été impressionnée dans la journée, on la plonge ici dans une petito cuve contenant le réactif approprié (acide pyrogallique et carbonate d'ammoniaque), le tout est agencé dans la lanterne à projections en séparant la cuve de la trop vive lumière au moyen d'un verre jaune, qui arrête les rayons chimiques, et l’épreuve se dessine peu à peu sur l'écran. Toutefois, en raison de la vive lumière transmise même à travers le verre jaune orangé, l'expérience ne peut durer que quelques secondes, et le tous se fond dans une teinte grise uniforme.
Je vous parlais de la rapidité de l'impression; de récents progrès l'ont tellement augmentée, que c’est à peine si j'oserai vous dire comment elle est calculée actuellement. Nicéphore Nièpce demandait des heures pour avoir me image à peine accusée; avec le procédé primitif de Daguerre, trois ou quatre minutes suffisaient; bientôt l'emploi du bromure d'argent, puis du collodion, réduisit ces minutes en secondes; mais voici que, dans ces dernières années, au lieu d'albumine, de collodion, on reprend la gélatine, que, dès 1850, Poitevin avait indiquée comme un millieu éminemment apte à favoriser les réactions photographiques; M. Balard fit à ce sujet une communication, au nom de Poitevin, à l’Académie des Sciences.
Seulement, comme tant d'inventeurs, Poitevin arrivait vingt-cinq ans trop tôt, posant un jalon et traçant ïa route qui fut parcourne plus tard. En 1872 et 1873, M. Stas étudiant les diverses modifications que subit le bromure d'argent, nota l'extrême sensibilitée de décomposition par la lumière que prend ce produit sous l'influence d'une
ébullition prolongée; puis, par la réunion des deux conditions, on put obtenir, avec la gélatine et le bromure d'argent, ces plaques dites au géltino-bromure, d'une sensibilité telle qu'on arrive à fixer une image par la lumière réfléchie en , et même de seconde, et dans des conditions exceptionnelles en et même en de seconde comme l'a fait M. Janssen en photographiant directement le Soleil. Tout porte à croire qu'on ne s'arrêtera pas là.
C'est la vie, c'est le mouvement pris sur le fait; ce sont de nouvelles méthodes de vérification, des documents de toute nature offerts aux savants et aux artistes.
On peut saisir les attitudes réelles des animaux, suivre leurs divers mouvements pendant la marche comme le prouvent les épreuves faites par M. Chardon, par M. Rolland; on peut reproduire, ainsi que l'a fait M. Muybridge, les diveses allures d'un cheval, les exercices de l'homme, ou fixer, avec M. Marey, le mouvement rapide des ailes de l'oiseau qui vole.
On prend instantanément des scénes pittoresques comme celles reproduites par MM. Audra, Braum (Fernand), Hieckel; c'est ainsi que M. Janssen a pu inscrire divers phénomènes célestes, et par la photomicrographie on examine avec plus de facilité la structure des infiniment petits, comme le montrent les belles épreuves de diatomées et de parasites faites par M.Ravet. On peut encore fixer, pour des constatations indiscutables, comme l'a fait M. le capitaine Joly, le point d'éclat de l'obus dans le ciel, ou tracer le mouvement variable du recul des canons suivant les divers angles du tir.
C'est un champ nouveau à exploiter; j'aurais voulu m'arrêter avec vous sur l'importance de ce nouveau procédé photographique, qui touche par un point à l'une des plus anciennes recherches faites par Poitevin, mais j’ai dû me borner à vous montrer quelques spécimens (1) ([ii]).
Lorsque les clichés sont obtenus, nous avons dit qu'ils doivent doivent imprimés en épreuves positives, soit en répétant l'opération comme on le fait pour les épreuves destinées aux projections, soit en produisant les images papier; le pocédé généralement employé au dbbut, et maintenant encore, est l'impmssion sur papier albuminé préparé au chlorure d'argent et, devant les résultats obtenus, on put croire un instant que les recherches de gravure héliographique, d’impression par les encres grasses ne devaient plus avoir d'intérêt ; mais bientôt on s'aperçoit que les épreuves dites à l'argent, qui ont le défaut d’être couteuses et irregulières, en ont un bien plus grave encore : elles ne sont pas solides, elles s'altèrent, elles sont toutes destinèes à disparaître dans un temps très rapproché, quelle que soit leur valeur; et aux regrets que pouvait causer dans la famille la disparition d'un portrait cher, vint s'ajouter le cri d'alarme des savants et des artistes qui voyaient s'effacer entre leurs mains des documenta réunis le plus souvent à grand'- peine et à grands frais.
Alors un homme dont le nom est resté considérable dans les sciences et dans les arts, le duc Albert de Luynes, donna une énergique impulsion aux recherches commencées pour détourner ce mal. En 1856, il mit au concours deux prix de grande valeur, l'un de 2000fr pour l'obtention de l'image photographique avec me matière aussi inerte que le carbone; l'autre, de 8000fr, pour le meilleur procédé d'impression photographique au moyen des encres grasses.
Poitevin qui, à cette époque, avait continué d'étudier avec soin l'action, encore peu connue, de la lumière sur les mélanges de matièes organiqnes et de bichromates alcalins, résolut le double problème par l'omploi raisonné de ces substances, et il remporta en 1802, puis on 1867, les deux prix proposés, après élimination successive de ses nombreux concurrents, dont le plus important pour le prix de 8000fr fut Ch. Nègre, qui avait présenté au concours de grandes planches hé1iographiques sur acier, d'une exécution très remarqunble.
Aujourd'hui celui qui fut chargé du rapport sur le dernier concours est devant vous, et après quinze année, après avoir vu se fermer récemment les deux tombes de Nègre et de Poitevin, tous deux si dignes d’intérêt, il peut vous faire part de scrupules, maintenant disparus, mais qui n'ont pas été sans troubler quelquefois sa conscience.
Des deux concurrents l'un était un artiste habile, jaloux de son œuvre, s'isolant dans son travail, faisant à peine connaître quelques détails de son procédé, mais présentant de très beaux résultats.
L'autre, Poitevin, était un chimiste, cherchant et trouvant des réactions nouvelles, mais les utilisant avec moins de succès, basant sur ses recherches des séries de methodes d'une application juste, mais n'apportant à l'appui que des images dont toute la valeur résidait dans le contrôle exact de la réaction indiquée. J'étais alors hésitant devant la decision qui m'était tracéec par un grand savant, Regnault; mis il fait cesser mes doutes, en me rappelant que dans l'ordre scientifique comme dans l'ordre moral les principes priment le succès; ce dernier n'est souvent qu'éphémère, tandis que les principes justes poussent des racines fécondes et les bienfaits qu'ils produisent sont infinis.
Aujourd'hui, l'œuvre de Ch. Nègre est restée, mais isolée, prseque oubliée, tandis que les recherches et les études de Poitevin ont fructifié, elles ont donné naissance à une foule d'applications diverses dont il est le premier inventeur, d'autres en ont récolté les fruits.
Nous retrouvons les preuves de ses constantes études dans les nombreuses communications faites en son nom à l'Académie des Sciences par M. Balard, par M. Edm. Becquerel, et insérés dans les Comptes rendus; d'autre ont été adressées à la Société d'Encouragement et primées par elle; d'autres, à la Société Française de Photographie. Ces études portent d'abord, nous l'avons dit, sur des essais de gravure de l'image daguerrienne, sur l'obtention de clichés négatifs, sur des méthodes diverses pour employer la gélatine comme milieu favorable aux réactions photagraphiques; et en 1855 Poitevin présente tonte une série de procédés nouveaux, basés sur les modifications que la lumière fait éprouver à un mélange de bichromate alcalin et de substances organiques, telles que la gélatine, l'albumine, la gomme aradique ou autres matières analogues.
De ces modifications découlent: les impressions aux matières colorantes inertes, vulgairement appelées photographies au charbon, celles faites avec des papiers qui portent actuellement différents noms dans le commerce, des modes faciles de reports lithographiques, des procédés directs de lithophotographies, des méthodes de moulages dites hélioplastie, des applications céramiques avec couverte teinte dégradée; dans leaquelles se trouve le germe de la photoglyptic et les lithophanies photographiques.
Nous touchons également, avec Poitevin, à divers procédés de gravure ; il est aussi l’inventeur premier de toutes ces méthodes d’impression à l’encre sur surfaces plane, analogues à la lithographie, faites sur glace, sur cuivre, sur ainc, sur pierre et même sur papier, et qui, sorties de France entre les années 1867 et 1870, ne tardèrent pas à y rentrer, voilées sous des noms étrangers et sous des formules d'emprunt qu'il était facile de démasquer. Il suffisail, ou effet, de lire ces quelques lignes imprimées longtemps avant, en 1862, par Poitevin :
« La possibilité une fois reconnue de faire adhérer l'encre grasse et tous corps gras aux seules parties modifiées par la lumière d'une surface quelconque recouverte du mélange précité (bichromate et matières gommeuses et gélatineuses), j'étais arrivé à la possibilité de la photolithographie. «
Cette phrase, bien qu'elle ne fût publiée qu'en 1862 s'applique aux travaux faits en 1855.
Plein de confiance en ses découvertes, saisfait de ses premiers essais, Poitevin entrevoit dans leur exploitation un avenir et la liberté de se livrer à ses études favorites; il quitte les attaches qui absorbent son temps; il se fait apprenti, ouvrier, puis patron, et il crée un atelier de photolithographie; mais il avait oublié que, moins que tous autres, les inventeurs, les savants, ne peuvont s'attarder aux applications mercantiles; leur génie, comme celui de l'artiste, plane dans des régions plus alevées ; sans cesse poursuivis par la fièvre du mieux et l’idée nouvelle,ils leur sacrifient le temps, les soins, les calculs sévères que demande l'exploitation industrielle. A peine deux ans s'étaient-ils écoulés dans les soucis et les déboires, que Poitevin cédait, à un prix à peine compensateu des dépenses faites, ces brevets sur lesquels il avait fondé de si belles espérances.
Voyons ce que ces procédés sont devenus aujourd'hui, et posons d'abord le principe général des études de Poitevin.
Les matières gélatineuses, albumineuses, gommeuses et analogues, mélangées de bichromate aicalin, deviennent plus ou moins profondément insolubles ou imperméables, résistent plus ou moins à l'action de l'eau, lorsque la lumière les a frappées; cette action est proportionnelle à la somme, à l'intensité lumineuse.
Ce principe établi, il devient facile de comprendre les diverses applications qui en derivent.
Sur un papier, on a étendu une couche d'albumine mélangée d'une matièro colorante (encre de Chine ou toute autre couleur inerte) ; cette préparation devient sensible à la lumière si on couche le dos de la feuille sur un bain de bichromate de potasse ; le liquide pénètre à travers la feuille de papier et se mélange ainsi à l’albumine sans la dissoudre. Après dessiccation, ce papier est exposé au jour sous un cliché de traits, puis inmergé dans l'eau froide; l'aibumine non touchée par la lumière se dissout entraînant la matière colorante; mais, dans les parties qui ont reçu l'action lumineuse, l'albumine devenue insoluble reste sur le papier imprisonnant la substance colorée et formant le dessin, comme vous le voyez pour les épreuves que M. Roger nous a préparées à l'avance : ainsi peuvent s'obtenir avec grande facilité des reproductions de cartes, de plans, etc. Mais je puis aussi bien opérer avec l'albumine bichromatée non colorée et après exposition à la lumière, au moyen d'un rouleau d'imprimeur chargé d'encre grasse, je fais tableau noir en couvrant uniformément toute la surface albuminée; lorsque je mets ensuite cette feuille dans l'eau, l’encre grasse est entraînée partout ou l'albumine est dissoute, elle reste là ou la lumière a rendu 1'albumine insoluble; je puis donc faire ainsi rapidement une épreuve l'encre noire d'imprimerie; au lieu d'encre ordimaire, j'ai pu prendre l'encre dite de report, et l'épreuve qui en résulte, bien nettoyée, est mise soit sur pierre, soit sur zinc par les procédés connus du report, et l'on peut tirer, par les procédés industriels courants, un nombre indéfini d'exemplaires.
Au lieu d’albumine, si l'on prend une solution de gélatine que l'on mélange en quantité convenable avec une matière colorante inerte quelconque, on obtient en l'étendant sur papier une surface de couleur trés foncée. Ce papier est sensibilisé en le plongeant dans un bain de bichromatede potasse à 3 pour 100 d’eau; puis, après dessiccation, on l'expose sous un cliché. La lumière vient alors, suivant les transparences plus ou moins grandes de ce cliché, sculpter l'image dans 1'épaisseur de cette couche colorée, et cela avec une perfection, une délicatesse merveilleuses. Quand on retire 1'épreuve du châssis, l'image n'est pas visible, elle est empâtée d’ans l'excès de gélatine et de couleur; il faut, pour l'obtenir, enlever tout ce que la lumière n'a pas modifié, à peu près comme le praticien enlève d'un bloc de marbre tout ce qui n'est pas sa statue ; mais ici le praticien inconscient et sûr sera l'eau tiède, éliminant par dissolution de la gélatine toute la matière colorante inutile, et l'épreuve, comme vous le montre M. Chardon (1) ([iii]), sort compléte avec telle coloration que l'on a choisie. Un tour de main trés heureux, indiqué par M. l'abbé Laborde et aussi par M. Fargier, consiste à toujours développer 1'épreuve par le côté opposé à celui qui a reçu l'impression, ce qui permet d’obtenir les teintes les plus déicates insolubilisées par la lumière.
C'est par ce procédé modifié de différentes façons, que sont faites toutes les photographies dites au charbon. MN. Braun et Cie, très experts dans ce mode de tirage, exécutent ainsi toutes leurs épreuves d'après les grands maîtres, et ils ont bien voulu en envoyer ici un assez grand nombre pour que vous puissiez apprécier le côté réellement pratique de ce mode d'opérer.
Au lieu de reporter l’épreuve sur papier, je puis la mettre sur verre douci et produire ainsi de charmantes images transparentes semblables à celles qui m'ont été confiées par M. Carlos Relvas, très habile amateur photographe de Portugal.
En mettant une couche excessivement mince d'albumine bichromatée sur pierre lithographique et en exposant cet enduit au soleil sous un cliché, Poitevin obtint des dessins qu'il lui suffisait de traiter par les procédés ordinaires de la lithographie pour en faire le tirage; il reconnut en outre que si l'exposition à été convenable, la surface continue de gélatine bichromatée prend l'encre où la lumière la rendue suffisamment imperméable à l'eau, tandis qu'elle simbibe d'eau´etrepoussel'encre dans les parties préservées de l'action lumineuse, et il put dire qu'une impression analogue à la lithographie pouvait être obtenue sur une surface quelconque recouvertee du mélange précité. Actuellement, en effet, ce mode d'impression peut être exécuté sur glace, sur cuivre et sur beaucoup d'autres surfaces planes, pourvu que la couche gélatineuse soit suffisamment adhérente. Les tirages exécutes devant vous, et les glaces qui m'ont été confiées par M. Berthaud fils vous montrent avec quelle perfection s'exécute cette pseudo-lithographie. J'insiste sur cepoint que, dans ces expériences, c'est la gélatine adhérente et continue qui fait fonction de surface lithographique, quel que soit son support. Les résultats qui sont sous vos yeux ont été obtenus par MM. Chardon, Berthaud, Quinsac, Roche, Carlos Relas, etc.; en Allemagne, en Autriche, en Italie, en Angleterre, on fait un fréquent usage de ce procédé ainsi qu'en France et plus qu'en France sous les noms si variés d'Albertype, Collotypie, Licht-Druck, Phototypie, etc.; mais le principe roste le même, il appartient entièrement à Poitevin, et l'on est en droit de se demander, alors que l'on cherche de nouveaux gisements de pierres lithographiques, s'il n'a pas résolu la question de la manière la plus simple, en les supprimant.
Lorsque la gélatine bichromatée est mise dans l'eau froide après son insolation sous un cliehé, elle absorbe l'eau dans une proportion inverse de l'action lumineuse, nous le savons, mais alors elle se gonfle plus ou moins et produit une sorte de modelage dont les reliefs et les creux sont renversés suivant que l'on a employé un négatif ou un positif, ou plus simplement suivant que l'on a f ait moule et un contre-moule, avec cette remarque toutefois que ces reliefs reproduisent non pas des proportions sculpturales, mais des proportions lumineuses, ainsi que cela existe dans les plaques translucides de porcelaine que l'on nomme des lithophanies.
Poitevin a indiqué sous le nom général d'hélioplastie toute une série d'applications de cette réaction de la lumière sur la gélatine bichromatée; ces moulages, convenablement étudiés et reproduits, peuvent donner des planches en relief ou en creux, utilisables pour la typographie [fig. 3 (2)] ([iv]), ou la gravure en taille-douce, ou servir à la fabrication des lithophanies; lorsque l'épreuvo est obtenue en creux sur une matière céramique, on peut remplir les creux plus ou moins profonds avec un émail coloré et transparent. Après la cuisson, l'image se montre avec des teintes qui sont dégradées suivant l'épisseur plus ou moins grande de la couche d'émail, et si nous suivons dans ses consséquences le développement de ce principe, de cette idée première, nous voyous ce moulage en matière céramique se transformer et devenir la photoglyptie. Par des moyens un peu différents de ceux de Poitevin, M. Woodbury a
Fig.3

remplacé le moulage au plâtre par le moulage dans le métal sous une presse hydraulique puissante. Alors ce n'est plus le gonflement plus ou moins prononcé de la gélatine qui est utilise pour produire l'épreuve, ce sont les parties solides qui restent après élimination par l'eau chaude des parties solubles.
Lorsque la dessiccation a rendu cette image an gélatine complètement dure, on la place
Fig. 4


sur une plaque de plomb et on la comprime entre deux plans sous la presse hydpaulique
(fig. 4). Il est curieux de voir cette délicate épreuve formée par l'action des rayons lumineux avec leur infinie dégradation de teintes, subir une pression brutale pour laquelle le levier de la presse mue par la main de l’homme ne donnant pas une force suffisante, il faut emprunter l'aide d'une machine à vapeur. La plaque de métal sur

Fig. 5

laquelle repose la gélatine photographique s'écrase, celle-ci y pénètre en reproduisant en creux les rnoindres différences de ses reliefs et elle en sort intacte prête à subir une seconde pression et à donner un second moule.Les moules sont placés chacun, horizontalement, dans de petites presses (fig. 5) analogues à celles employées pour les copies de lettres, mais plus précises ; on les dispose sur une table tournante, de maniére que chacune vienne se présenter tour à tour sous la main de l'ouvrier (fig. 6). Il sulfit alors de verser dans le moule une encre chaude gélatineuse visqueuse que l'on recouvre d'un papier imperméable, et de fermer la presse; l'excès d'encre déborde; pendant que la table fait un tour, ce qui reste dans les Fig. 6

creux du moule se, fige par refroidissement, adhère au papier et quitte le moule, en donnant ainsi la facilité d'une multiplication indéfinie.
Ce procédé photoglyptique est une conquête réelle; c'est un mode nouveau d'impression, demandant son outillage et son installation spéciale; il faut compter maintenant par centaines de mille le nombre des épreuves ainsi obtenues et répandues dans la circulation, elles ressemblent, à s'y méprendre, aux plus belles images photographiques positives, avec cette différence qu'au lieu d'être produites par les réactions infiniment délicates de la lumière, elles sont le résultat des engins les plus puissants; elles ont, en outre, la solidité des matières colorantes choisies pour teinter la gélatine qui les forme. On peut reporter cette impression gélatineuse sur une feuille de verre au lieu qune feuille de papier, et faire des sujets d'ornementation, ou produire, à des prix réduits, ces épreuves transparentes pour projections, qui sont si utiles pour l’enseigement par les yeux.
En apportant à ce procédé quelques modifications nécessaires, M. Rousselon a reproduit ce moulage par la galvanoplastie ; il a obtenu ainsi un mode de gravure en taille-douce du cliché photographique donnant ces belles planches de photogravure éditées par la maison Goupil et dont vous voyez quelques spécimens.
Rattachons encore à cette initiative de Poitevin l’action des vapeurs hummides sur des surfaces hygroscopiques fournies pax un mélange d’albumine et de matières sucrées, telles que le sucre, le miel, la glycose, additionnées de bichromate d’ammoniaque. Les recherches sur ce sujet furent faites par MM. Salmon et Garnier Nous mentionnons seulement leur parenté avec celles de Poitevin; mais nous reconnaissons qu’il faut laisser aux auteurs qui les ont appliquées le mérite de leurs travaux.
Lorsque le mélange ci-dessus est étendu en couches minces et séchées sur une surface, il suffit d'y appliquer une épreuve photographique positive et de faire agir la lumière; celle-ci rend les parties qu’elle frappe moins hygroscopiques, les dessèche même tout à fait; aussi, la préparation, rentrée dans un milieu légérement humide, absorbe la vapeur d’eau ambiante en raison inverse de l’action lumineuse, les poudres que l’on promène à la surface y adhèrent plus ou moins en dessinant une image excessivement fine: c’est ainsi que se font actuellement presque tous les émaux photographiques; l’image obtenue avec une poudre vitrifiable est reportée par des tours de main très ingénieux sur un fond d’émail blanc, puis passée à la moufie d’émailleur, et donne une épreuve vitrifiée comme celles que vous voyez, qui m’ont été confiées par M. Mathieu Deroche.
Je suis loin d'avoir épuisé ce sujet si fécond des applications fondées sur les réactions des bichromates solubles, mélangés de matières organiques; j'ai mentionné seulement les principales, vous pouvez juger de leur importance.
Et pourtant Poitevin, déçu dans ses espérances, se voit forcer d'utiliser d'une manière plus positive pour l'existence ses connaissances scientifiques. Dans l'espace de dix années, il dirige successivement, à Lyon, l'usine de produits chimigues de M. Pereire; à Ahun les mines, puis à Folembay, des manufactures de verreries; dans ces diverses positions, il n'abandonnait pas ses études favorites sur l’action chimique de la lumière, et il fit connaître des recherches sur les mélanges d'alloxantine et de bichromate de potasse, des méthodes variées pour faire des épreuves positives, soit directement avec les sels d'argent, soît par les réactions des sels de fer et de l’acide gallique; il publia des formules pour obtenir sur papier la reproduction des couleurs. Ces méhodes, qui pourront être reprises dans la suite, n'ont pas encore été utilisées pratiquement; nous nous arrêterons seulement à une réaction étudiée par lui, celle que produit la lumière sur un mé1ange de perchlorure de fer et d'acide tartrique, qui, plus tard, eut d'heureuses applications.
Lorsqu'un semblable mélange est étendu en couche mince sur une glace doucie, puis séchée, et qu'il est ensuite exposé à la lumière, il se fait une réduction : le perchlorure est ramené à l’état de protochlorure; cette action est rapide. Nous avons donc là les éléments d'une image photographique; un peu d'humidité ambiante, une poudre quelconque promenée à la surface de la préparation, sufisent pour faire apparaître l’image, car le protochlorure de fer, plus hygrométrique que le perchlorure, retient la matière colorante. J’aurais voulu vous montrer cette expérience si simple, mois elle eût échoué; la vapeur humide nécasaaire est ici en trop grand excès. M. Gobert, ataché à la Banque de France, a bien voulu me prêter des spécimens qui prouvent la valeur du procédé; l'image que l'on produit sur la glace est transportée sur papier par des tours de main habiles. On peut faire apparaître l'épreuve par des poudres vitrifiables, la transporter sur plaque d'émail, la passer au feu de moufle, et l'on a une image indélébile.
La différence produite par la lumière dans l'état des deux sels de fer peut être accusée par de nombreuses réactions, qui sont autant de causes d'apparition de l'image photographique; en outre, les matières organiques, comme le papier ou substances analogues, prennent, par l'action lumineuse, un certain état d'imperméabilité que Poitevin a signalé dans son travail, et ces actions diverses, modifiées, étudiées au point de vue pratique, ont reçu leur consécration industrielle et rendu des services sur lesquels j'arrête un instant votre attention. On prépare actuellement des milliers de mètres courants de papier couvert d'un mélange de perchlorure de fer, additionné d'un acide organique et d'un mucilage. C'est le papier Pellet ou cyanofer. Soumis à la lumière sous de simples calques, puis passé dans un bain de cyanoferrure de potassium concentré, suivi de lavagesacidulés, ce papier donne la reproduction exacte du calque en traits bleu foncé sur fond blanc, ce qui permet l'addition des couleurs conventionnelles et les corrections nécessaires.
Je désire que vous vous rendiez compte do l’importance économique de ces procédés : dans une haute administration dont le réseau s'étend sur toute le France, il a eté établi une soixantaine de bureaux spécialement consacrés à la reproduction rapide des dessins par les procédés photogéniques. Chacun d'eux remplaçant plusieurs dessinateurs, et n'occupant qu'une partie du temps d'un seul employé, ils équivalent en fait à un véritable accroissement de personnel et réalisent pour l'ensemble des services une économie qu'on peut chiffrer à plusieurs centaines de milliers de francs.
Quant à Poitevin, qui est le promoteur ou l'inventeur de ces applications, il n'a plus voulu renouveler ses tentatives industrielles; il a quitté celles qu'on lui avait confiées; il a renoncé en 1869 à ces luttes sans profit et s'est retiré au pays natal où, avec des ressources modiques, il s'est consacré à sa famille et a continué pendant quelques années les recherches favorites qui lui ont du moins rapporté quelques éclairs de gloire; mais la famille s'est augmentée, les besoins sont devenus plus considérables, et bientôt, douleur profonde! il comprend que les réactifs qu'il achète, ses instruments de travail, sont pris sur le nécessaire de la maison ; il cesse donc de travailler, il cesse de vivre, car la torpeur envahit ce cerveau fatigué, et le lauréat du prix de Luynes, chevalier de la Légion d'honneur en 1862, le candidat adopté en 1878 par le jury de l'Exposition universelle, cormme collaborateur de tous les progrès photographiques de trois grandes nations, la France, l'Autriche, la Russie, proposé vainement pour une allocation rémunératrice exceptionnelle, le lauréat du grand prix du marquis d'Argenteuil, donné par la Société d'Encouragement, le père de tous les progrès photographiques récents, meurt le 4 mars dernier, laissant aux administrations les profits des larges économies que leur procurent ses découvertes; aux industriels, des éléments de richesse; à sa veuve et à ses quatre enfants, l'honneur de son nom.
La place d'inspecteur des manufacturess, qui servait à élever et à instruire ses enfants, disparaît avec lui, et ni l'ainé, qui a dix-neuf ans, a besoin d'être aidé et soutenu
pour arriver à conquérir le titre d'ingénieur que son père ambitionnait pour lui, la plus jeune, âgée de vingt mois, pèsera longtemps encore sur les bras de sa mère.
Ne sommes-nous pas là devant cette situation si vivement ressentie par l'illustre Thenard quand il fonda la grande Association des Amis des Sciences : quand, heureux de la voir augmenter en influence et en richesses, il pouvait dire aux savante :

Que vos préoccupations poignantes sur le sort de ceux qui doivent vous survivre s'adoucissent; notre Société, dans la mesure de ses moyens, veillera sur vos veuves, adoptera vos orphelins.

Aussi nous remettons les intérêts de la famille Poitevin entre les mains du grand et digne successeur de Thenard.
Les moyens dont dispose la Société, nous le savons, sont encore insuffisants en présence de toutes les souffrances à soulager. Récemment, son illustre président a fait un chaleureux appel en faveur de tant d'infortunes, permettez à un membre obscur de l’Association do le répéter tout bas, en disant: Venez à nous, donnez, donnez encore, donnez toujours pour ces martyrs de la Science; jamais vos largesees ne compenseront ni les maux qu’ils ont soufferts, ni le bien qu’ils vous ont fait.
A. Davanne

([i]) (1) M. Debnay, membre de l’Institut.
([i]) qu’avait découvert Niépce en 1814 escrito à mão no exemplar do livro consultado.
([ii]) (1) Nous adressons tous nos remerciements à M. Molteni pour le soin qu'il a apporté si toutes les projections faites pendant le cours de cette Conférence.
([iii]) (1) Je prie mon excellent ami M. Chardon de recevoir tous les remerciements dus à l’habilité et audésentéressement avec lesquels il m’a prété son concour pour toutes les préparations et les manipulations exécutées devant l’auditoire.
([iv]) (1) Ce spécimen est un des premiers essais faits par Poitevin

domingo, 22 de março de 2009

1882, 24 de Abril - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1882
24 de Abril

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. XCIV
Nº. 17
Pag. 1171, 1172, 1173
*
OPTIQUE. - Sur la transformation actinique des miroirs Foucauld el leurs applications en Photographie. Note de M. de Chardonnet présentée par M. Cornu.

« M. Stokes a découvert que les miroirs en argent poli, employés comme réflecteurs, ne peuvent être utilisés pour l'étude du spectre ultra-violet, parce qu'ils éteignent les rayons les plus réfrangibles. Les travauxx de M. Cornu ont montré que l'argenture déposée chimiquement ne vaut pas mieux, tandis que le platine, en couches d'une transparence complète, forme un excellent miroir pour les rayons ultra-violets. Ces travaux ont prouvé que, conformément aux vues de M. Stokes, la diminution du pouvoir reflecteur de l'argent correspond à une augmentation de transparence, si bien qu'une lame de quartz, recouverte d'une couche d'argent, laisse passar facilement les radiations, si réfrangibles, de l'étincelle d'induction
» J'ai recherché, à l'aide de la Photographie, la qualité des ondes transmises par une plaque de cristal de roche, argentée assez fortement pour être complètement opaque à la vue, en comparant ce spectre avec le spectre normal, suivant le mode expérimental que j'ai eu l'honneur de soumettre à l'Académie dans une Note du 29 août dernier. J'ai employé exclusivement des appareils construitss en quartz et en spath d'Islande et des plaques sensibles du Dr Monckhoven. Comme la pose dure plusieurs minutes pour les rayons traversant la couche d'argent, il faut, au bout de quelques secondes, couvrir la moitié de la fente correspondant au spectre normal, sinon ce spectre serait solarisé.
« Sous une incidence rasante de 15º à 20º, comme à 45º et à 90º, j’ai obtenu un spectre limité à la région comprise entre les raies O et T. La largeur de cette bande varie beaucoup avec l'argenture, le temps de pose. Ce qui paraît acquis, c'est que la pénétration a toujours lieu pour la dernière moitié du spectre ultra-violet et n'en atteint jamais la limite, en U, quand même le spectre normal témoin, pris sur la même plaque, accuse les courtes ondes.
» Foucault plaçait, au-devant de ses lunettes, une glace plane recouverte d'une demi-argenture assez mince pour être transparente, mais qui, réfléchissant la chaleur obscure, préservait ses appareils. La couche d'argent, a mesure qu'elle s'épaissit, n'admet donc au passage, jusqu'à une certaine limite, que des ondes de plus en plus courtes.
» Voilà un filtre, perméable exclusivement aux rayons obscurs, dont on peut se servir pour photographier, sans l'intervention d'aucun rayon de lumière visible. II serait difficile de se procurer de grandes plaques de cristal de roche; heureusement, on peut se servir de crown-glass très blanc, ou même de glaces minces de Saint-Gobain; on perd quelques-uns des rayons les plus réfrangibles, mais cet inconvénient est largement compensé par l'étendue des surfaces d'admission. De plus, comme il est malaisé d'obtenir des miroirs sans piqûres (ces défauts apparaissent par transparence), j'ai accolé deux glaces pareilles pour construire mon obturateur; la pose doit être doublée, mais la qualité des rayons transmis reste la même, et l'on s'assure une complète obscurité.
« J'ai varié mes essais: tantôt le modèle, fortement éclairé, était placé à l'intérieur du cabinet noir, et son image venait s'imprimer sur la plaque sensible, dans une obscurité absolue, a travers la double glace de l'obturateur; tantôt le modèle (une statuette en marbre de Carrare), placé dans l'intérieur du laboratoire, recevait son éclairage invisible du miroir métallique de l'héliostat. La pose était longue (15 minutes) pour obtenir un cliché modèle; afin d'aller plus vite, il eût fallu, dans le dernier cas, argenter entièrement les vitres de l'atelier. Il est nécessaire, bien entendu, que le modèle soit capable, par lui-niême, de réfléchir et de diffuser les ondes les plus réfrangibles qu'il possède, ce que j'appellerai la couleur actinique des rayons qui l'atteignent.
« Une curieuse expérience d'amphithéâtre consiste à photographier l'arc de la lumière électrique. On ferme la lanterne Duboscq avec un double miroir Foucault, et l'on projette, avec la lentille en spath et en quartz, l'image des charbons sur une plaque à la gélatine. L'impression est cornplète en quelques secondes, et elle est même instantanée avec unelentille à court foyer.
« Quand on possède la lentille achromatique dont je viens de parler, on met au point simplement en éclairant son modèle, avant de placer l'obturateur avec la lumière naturelle. L'image est nette, sans lentille achromatique, parce que le spectre actif est court, mais la mise au point devient délicate. On obtient un bon résultat par l'artifice suivant: on met an point, en éclairant successivement le modèle a travers un verre rouge pur d'abord, ensuite à travers une solution bleue de sulfate de cuivre ammoniacal; on note le déplacement de la glace dépolie, et on l'avance encore d'une longueur un peu plus grande vers le modèle. La glace dépolie se trouve alors au foyer des rayons les plus réfrangibles.
» Dans ce qui précède, j'ai supposé qu'on disposait des rayons directs du soleil, mais cette condition n'est pas indispensable. Les expériences réussissent bien aussi avec la lumiére diffuse des nuées, même par un temps sombre (en tenant compte de l'intensité de 1'éclairage). Nous trouvons ici la preuve que les plantes reçoivent les radiations les plus réfrangibles par un temps couvert, comme par un brillant soleil. C'est une première application de la Photographie sans lumière apparente. »

1882, 8 de Maio - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1882
8 de Maio
Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. XCIV
Nº. 19
Pag. 1315, 1316
*
CHIMIE. – Études sur la réaction photochimique du peroxalate de fer. Note de M. Jodin, présentée par M. Fouqué.

« On sait que le peroxalate de fer dissous, ou plutôt une solution mixte de perchlorure de fer et d'acide oxalique, est décomposée à la lumière, conformément à la formule
2Fe2Cl3+C4H2O8=4FeCl+2ClH+4CO2
« Bien que cette réaction soit exothermique, et n'emprunte par conséquent aux énergies lumineuses qu'un travail préparatoire de nature encore peu connue, il paraît cependant exister une certaine proportionnalité entre l'intensité de la lumière et celle de la réaction. Aussi plusieurs savants distingués ont-ils cru possible de les mesurer l'une par l'autre, et d'employer le peroxalate de fer comme agent photométrique.
« Depuis plusieurs années, je l'emploie avec avantage, dans des expériences de Physiologie végétale, à fournir aux plantes l'acide carbonique qui leur est nécessaire. La lumière qui met en jeu leur fonction chlorophyllienne provoque en même temps l'émission du gaz nécessaire à l'exercice de cette fonction. En réglant convenablement cette double action, on peut obtenir des dispositions expérimentales fort commodes et très difficilement réalisables par d'autres procédés.
« Au cours de ces expériences, j'ai pu constater que la sensibilité (1) ([i]) photochimique des solutions oxalo-ferriques variait considérablement avec leur composition. Si, par exernple, on prend une solution contenant par litre équivalent (81gr,25) de perchlorure de fer et aussi équivalent d'acide oxalique, et qu'on la compare à une solution contenant trois équivalents de chaque substance, on trouvera pour la première solution une sensibilité photochimique cinq ou six fois plus grande que celle de la seconde.
» Des solutions intermédiaires ont offert des sensibilités intermédiaires entre ces extrèmes, sans que cependant il paraisse y avoir proportionnalité inverse rigoureuse entre le titre de la solution et sa sensibilité. La sensibilité a semblé diminuer un ped plus rapidement que ne croissait le titre. Cette décroissance de la sensibilité avec la concentration progressive des solutions paraît tenir à une certaine complexité des propriétés photochimiques et photothermiques du perchlorure de fer.
» Bien que facteur essentiel de la réaction, le perchlorure de fer, et ensuite le protochlorure, qui en dérive parréduction, paraissent l'un et l'autre jouer le rrôle de modérateur et de régulateur de cette réaction. Du moins l'expérience prouve qu'un excès de sel de fer a pour effet de la ralentir considérablement. Par exemple, une solution titrée à 2éq de perchlorure et 1éq d'acide oxalique ne possédera guère que les 15/100de la sensibilité d'une solution contenant 1éq de perchlorure et 1éq d'acide oxalique. La substitution pertielle de l'acide tartrique à l'acide oxalique dans ces solutions paraît également exercer une action perturbatrice dans le sens d'un amoindrissement de la réaction photochimique.
» Les popriétés photothermiques auquelles je viens de faire allusion se manifestent par le pouvoir absorbant très considérable de ces solutions pour certaines radiations du spectre. Cette absorption détermine un échauffement tres marqué du liquide insolé. Ainsi, toutes choses égales d'ailleurs, ces solutions s'échauffent de 5º ou 6º au-dessus de témoins formés de liquides colorés à peu près de même par l'azotate d'urane, le bichromate de potasse et même certains sels ferriques d'un autre type. Ce n'est que dans des solutions bleues ou violettes, comme par exemple le sulfate de cuivre ammoniacal, que j'ai trouvé cette puissance d'absorption au même degré. »
([i]) (1) Je mesure la sensibilité par la quantité d'acide carbonique dégagée dans l'unité de temps, à conditions égales d'ailleurs.

1882, 8 de Maio - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1882
8 de Maio
Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
Janvier-Juin
T. XCIV
Nº. 19
Pag. 1325

M. O. Frion transmet à 1'Académie quelques observations à propos d'une Note de M. Marey, sur un revolver photographique applicable à l'étude du vol des oiseaux. (Extrait.)

« M. A. Léblond, membre de la Société française de navigation aériénne, eut la priorité de l'idée ingénieuse de mettre à contribution l'art photographique pour obtenir dne série d'images, faites à dee intervalles très rapprochés, reproduisant les diverses phases des mouvements de l'oiseau pendant un vol même rapide .... M. Gauchot construisit un appareil, sorte de revolver photographique qui ne donna pas de bons résultats .... Nous avions pensé à disposer les images successives obtenues dans l'appareil d'optique dit zootrope qui donne l'illusion du mouvement comme le phénakisticope de Plateau.
» Si nos tentatives restèrent infructueuses, c'est qu'au moment où elles furent faites nous n'avions à notre disposition ni le procédé de M. Muybridge, de San-Francisco, qui permet d'obtenir l'épreuve photographique instantanée d'un cheval du grand galop, ni le procédé plus récent des plaques sèches au gélatino-bromure d'argent. »

1882, 26 de Junho - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1882
26 de Junho
Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. XCIV
Nº. 26
Pag. 1683
PHYSIOLOGIE.-Tableau mobile des différentes attitudes du cheval à une allure quelconque. Note de M. Marey.

« Les notations des allures da cheval exigeant, pour être profitables aux représentations artistiques, une étude préalable, un de nos élèves, M. Cuyer, peintre et prosecteur d'anatomie à l'École nationale des Beaux-Arts, a tenté de les rendre plus faciles à consulter en adoptant une disposition figurative qui, étant donnée la position d'un membre à une période quelconque d'une allure, permet de retrouver instantanément la position des trois autres membres pour cette même période; c'est, on le voit, une sorte de barême ou compte fait de la concordance des membres pour n'importe quelle phase des allures.
« Un cheval articulé est fixé sur une planchette; on interpose entre ces deux surfaces des feuilles de carton, sur lesquelles sont tracés les emplacements que devront occuper les sabots de l'animal; ces sabots et leurs traces correspondantes sont coloriés de la même teinte (les pieds antérieur et postérieur droits, rouge et jaune; les pieds gauches, bleu et vert).
» Ces traces sont numérotées et sont en nombre suffisant pour permettre d'obtenir plusieurs temps de chaque allure.
» En plaçant les sabots sur leur couleur et sur les numéros semblables, on représente les différentes phases de l'amble, du pas, du trot, du galop, du reculer, du saut, du cabrer, de la ruade, etc.
« Des traces, portant des numéros correspondants à ceux des sabots, donnent la position de la tête, de l'encolure, du corps et de la queue. »

1882, 3 de Julho - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1882
3 de Julho

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. XCV
Nº.
Pag. 14, 15, 16
*
PHYSIOLOGIE. - Analyse du mécanisme de la locomotion au moyen d'une série d'images photographiques recueillies sur une même plaque et représentant les phases successives du mouvement. Note de M. Marey.

« L'admirable méthode inaugurée par M. Muybridge, et qui consiste à employer la photographie instantanée pour l'analyse des mouvements de l'homme ou des animaux, laissait encore au physiologiste une tâche difficile: il fallait comparer les unes aux autres des images successives dont chacune représente une attitude différente, et classer ces images en serie d'après la position dans le temps et dans l'espace qui correspond à chacune d'elles.
» Admettons que rien n'ait été négligé dans l'expérience: que, d'une part, des points de repère que la photographie devra reproduire aient été disposés sur le chemin parcouru par l'animal, de manière a permettre d'estimer à tout instant la position qu'il occupe dans l'espace et que, d'autre part, l'instant auquel chaque image a été prise soit déterminé, comme il arrive pour des photographies faites à des intervalles égaux. Toutes ces précautions prises, il faut encore, pour tirer des figures le sens qu'elles renferment, les superposer, par la pensée ou effectivement, les unes aux autres, de manière à couvrir une bande de papier correspondant au chemin parcouru, par une série d'images imbriquées dont chacune exprime la position que le corps et les membres occupaient dans l'espace à chacun des instants considérés.
» De telles représentations donnent naissance à des figures semblables à celles dont les frères Weber ont introduit l'usage pour expliquer théoriquement la marche de l'homme. On voit dans leurs ouvrages une série de silhouettes d'hommes, teintées de hachures d'intensités décroissantes et imbriquées de manière à représenter les déplacements successifs des jambes, des bras, du tronc et de la tête aux différentes phases d'un pas.
» Ce mode de représentation est le plus saisissant qu'on ait encore trouvé jusqu'ici; il a été adopté dans la plupart des traités classiques, Or il m'a paru, et l'expérience vient de confirmer cette prévision, qu'on pouvait demander à la Photographie des figures de ce genre, c'est-à-dire réunir sur une même plaque une série d'images successives représentant les différentes positions qu'un être vivant, cheminant à une allure quelconque, a occupées dans l'espace a une série d'instants connus.
» Supposous, en effet, qu'un appareil photographique soit braqué sur le chemin que parcourt un marcheur et que nous prenions une première image en un temps très court. Si la plaque conservait sa sensibilité, nous pourrions, au bout d'un instant, prendre une autre image qui montrerait le marcheur dans une autre attitude et dans un autre lieu de l'espace; cette deuxième image, comparée à la première, indiquerait exactement tous les déplacements qui s'étaient effectués à ce second instant. En multipliant ainsi les images à des intervalles très courts, on obtiendrait, avec une authenticité parfaite, la succession des phases de la locomotion.
« Or, pour conserver à la glace photographique la sensibilité nécessaire pour des impressions successives, il faut qu'au devant de l'appareil règne une obscurité absolue et que l'homme ou l'animal qui passe se détache en blanc sur un fond noir.
» Mais les corps les plus noirs, quand ils sont fortement éclairés, réfléchissent encore beaucoup de rayons actiniques; j'ai recouru, pour avoir un champ d'un noir absolu, au moyen indiqué par M. Chevreul; mon écran est une cavité dont les parois sont noires. Un homme, entièrement vêtu de blanc et vivement éclairé par le Soleil, marche, court ou saute pendant que l'appareil photographique, muni d'un obturateur à rotation plus ou moins rapide, prend son image à des intervalles plus ou moins rapprochés.
» Cette même méthode peut s'appliquer à l'étude des différents types de locornotion: un cheval blanc, un oiseau blanc donneront de la même façon la série de leurs attitudes.
» La fenêtre dont est percé le disque de mon obturateur tournant peut être à volonté élargie ou resserrée, de manière à règler la durée de la pose suivant l'intensité de la lumière ou suivant la vitesse de rotation du disque. Avec une fenêtre resserrée et une rotation lente, on a des images très espacées les unes des autres. Une rotation rapide donne des images plus rapprochées, mais dont le temps de pose pourrait être insuffisant si la fenêtre n'était pas élargie.
» Enfin, un obturateur à volet, placé en avant de l'autre, sert à régler le commencement et la fin de l'experience.
« Les épreuves, et les clichés que j'ai l'honneur de présenter à l'Acadérnie ont été obtenus à la Station physiologique du parc des Princes, où je travaille avec l'aide de M. G. Demeny.
» Tous les éléments nécessaires pour la connaissance des mouvements de la locomotion animale se trouvent dans ces photographies, dont je réserve l'analyse pour en faire l'objet d'une Communication spéciale. »

1882, 7 de Agosto - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1882
7 de Agosto

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. XCV
Nº. 6
Pag. 267, 268, 269, 270
*
PHYSIOLOGIE. - Emploi de la pholographie pour déterminer la trajectoire des corps en mouvement, avec leurs vitesses à chaque instant et leurs positions relatives. Applications à la Mécanique animale. Note de M. Marey.

« Un des points les plus importants dans l'analyse de la locomotion animale, c'est la détermination de la trajectoire suivie par difiérentes parties du corps. Ainsi, le pied d'un homme, entre le moment où il quitte le sol et celui où il se pose de nouveau, parcourt dans l'espace une sorte d'arc dont la forme est très difficile à apprécier par la vue, même dans la marche lente, à plus forte raison dans les allures rapides. Il est bien plus difficile encore d'estimer les trajectoires des pieds d'un cheval au trot ou au galop, celles de l'extrémité de l'aile d'un oiseau qui vole, etc.
» Et pourtant il ne suffit pas de connaître avec exactitude la trajectoire suivie par un point du corps pour déterminer la loi d'un mouvement, il faut avoir aussi la connaissance de sa vitesse à chaque instant.
« J'ai fait autrefois certaines expériences dans lesquelles, au moyen de procédés mécaniques, j'obtenais l'inscription des mouvements, ceux de l'aile d'un oiseau par exemple, avec la triple indication de la trajectoire parcourue, de la vitesse du mouvement chaque instant et des changements de l'inclinaison du plan de l'aile aux différents points de son parcours elliptique (1) ([i]). Ces espériences étaient difficiles, on ne pouvait les faire que sur de grands oiseaux apprivoisés, et, comme elles exigent l'adaptation d'appareils destinés à recueillir et à transmettre les mouvements des ailes, on n'a pas manqué de contester les résultats en disant que la « trajectoire obtenue n'était pas celle qu'eût donnée un oiseau libre ».
» La méthode photographique me semble être à l'abri de reproches semblables: aussi ai-je entrepris de l'employer pour résoudre le problème, jusqu'ici insoluble, d'inscrire la trajectoire d'un point du corps d'un animal en mouvement avec l'indication de la vitesse de ce point à chaque instant, sans altérer en rien la liberté de ses allures. Cette méthode devra se prêter évidemment aux inscriptions multiples et permettre de reconnaître les positions et les vitesses relatives de différents points du corps.
« Photographie de la trajectoire d'un corps en mouvement. - Pour inscrire la trajectoire d'un corps, il suffit de l'éclairer vivement et de le mettre en mouvement devant un écran noir (2) ([ii]) . Une plaque photographique très sensible devra garder l'impression de ce corps sur tous les points qu'aura parcourus son image.
» L'expérience a vérifié cette première proposition. J'enveloppai de papier blanc une petite pierre, et, me placant au soleil, en face de l'écran, je lançai cette pierre devant moi. L'appareil photographique fut ouvert par un aide pendant la durée du trajet de la pierre, et je recueillis sur la plaque la trajectoire prévue, c'est-à-dire la double parabole décrite par le projectile.
» Ou bien j'attachai une pierre blanche à un fil, et, la faisant tourner comme une fronde, j'obtins l'image du cercle parcouru par la pierre; d'autres fois, je marchais en faisant mouvoir la fronde, et la figure tracée était formée d'une série de boucles résultant de la combinaison du mouvement rotatif avec la translation horizontale.
» Dans un autre cas, je pris un bâton noir terminé par une boule blanche, et je l'agitai en marchant devant l'écran, de manière à tracer successivement toutes les lettres de mon nom; ma signature se trouva distinctement écrite sur la plaque photographique.
» Dans ces expériences s'est révélée la défectuosité de mon installation actuelle au point de vue de la construction de l'écran. Comme l'objectif reste entièrement ouvert pendant un temps assez long, la moindre lumière agit sur l'épreuve d’une façon très marquée: des poteaux noirs qui soutiennent les châssis inclinés, étant exposés au soleil, apparaissent très distinctement dans l'image. Aussi ai-je l'intention de substituer aux écrans inclinés une sorte de hangar profond, complètement noir à l'intérieur.
» En somme, l'expérience que je viens d'exposer a eu un plein succès, puisque je suis arrivé à photographier des mouvements beaucoup plus rapides que ceux qui se produisent dans la locomotion des animaux.
« Indication de la vitesse que possède à chaque instant le corps dont on photographie la trajectoire. - Pour obtenir cette indication, il faut, à des intervalles connus, égaux entre eux et aussi courts que possible, produire des intermittences dans l'arrivée de la lumière à l'intérieur de l'appareil photographique. Ces éclipses successives se traduisent par des interruptions de la courbe, et celle-ci apparaît formée de points ou de traits juxtaposés, selon la vitesse du mouvement. Ainsi, dans la trajectoire d'une pierre qu'on lance, la ponctuation est très serrée à la partie supérieure de la courbe, c'est-à-dire quand la vitesse est minimum, puis ces points s'allongent et se transforment en traits de longueurs croissantes à mesure que s'accélère la chute de la pierre.
» Pour obtenir ces intermittences dans l'éclairage, je fais tourner, devant l'objectif, au moyen d'un rouage uniforme, une roue qui fait 10 tours par seconde. Cette roue porte dix rayons dont chacun, à son passage, interrompt l'éclairage. Ces éclipses se reproduisent donc 100 fois par seconde; il s'ensuit que, dans la photographie, la longueur comprise entre deux points ou deux traits consécutifs représente, à une échelle connue, l'espace parcouru par le corps en de seconde.
» Détermination des synchronismes entre les courbes du mouventent de différentes parties du corps. - Jusqu'ici nous n'avons déterminé que les caractères du mouvement de différentes parties du corps considérées chacune isolément; mais il est d'une grande importance, pour l'analyse de la locomotion, de connaître les mouvements relatifs de ces différentes parties; on sait, par exemple, que, dans la marche, la jambe et le bras d'un même côté exécutent des mouvements de sens inverse. Il n'est pas moins nécessaire de déterminer les rapports qui existent entre les soulèvements ou réactions du corps d'un cheval et les actions de ses membres, entre les oscillations du corps d'un oiseau et les mouvements de ses ailes, etc. Pour indiquer les positions relatives de différentes parties du corps à un mêrne instant, il faut produire à cet instant un signe particulier dans chacune des courbes tracées. Ce signe servira de repère pour montrer la position que chacun des points considérés occupait à un même moment.
» A cet effet, je donne à l'un des rayons de la roue interruptrice une largeur double de celle des autres: il s'ensuit, dans la courbe tracée, une éclipse plus longue au moment où passe ce rayon. Ces repères suffisent pour déterminer sans hésitation les positions relatives des différents points du corps a chaque dixième de seconde.
» Cette disposition présente encore un autre avantage, celui de faciliter l'évaluation des temps; rien n'est plus facile, en effet, que de compter les groupes de dix points que séparent deux repères consécutifs sur les courbes photographiques.
« J'ai déjà commencé l'application de cette méthode à l'analyse de la locomotion de l'homme, et je compte, aussitôt que mon installation sera plus parfaite, l'appliquer aux divers genres de locomotion. Il est à peine nécessaire de dire que la photographie des trajectoires permettra de résoudre expérimentalement, avec une facilité singulière, certains problèmes de Cinématique, dont la solution par le calcul pourrait offrir d'assez grandes difficultés. »
([i]) (1) Comptes rendus, 1er semestre, 1872, p.589.
([ii]) (2) Voir, pour la description de l’écran, la Note insérée dans le nº 1, 3 juillet 1882.