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domingo, 20 de junho de 2010

1839, 30 de Setembro - COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES

1839

30  de Setembro

COMPTES RENDUS  DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES

Juillet-Décembre

T. IX

Nº. 14

Pags. 423, 424, 425, 426, 427, 428, 429, 430

 

 

Des procédés photogéniques considérés comme moyens de gravure.

Lettre de M. Daguerre à M. Arago.

 

« J’avais bien prévu, et je ne me suis pas trompé, que lorsque le public connaîtrait mon procédé, il me rendrait la justice de croire que je n’avais pu obtenir ce résultat que par une immense série d’expériences. Cest pourquoi je ne pensais pas qu’aussitôt après sa publication, on pourrait annoncer des perfectionnements réels à ma découverte, et je n’avais pas cru devoir publier la filière d’expériences qui m’y avait conduit. Depuis un mois à peine on connaît mon procédé et déjà, de toutes parts, on prétend avoir reculé ses bornes en trouvant le moyen de multiplier ses résultats par la gravure et par d’autres moyens que l’on ne détermine pas encore. C’est ce qui m’engage aujourd’hui à m’adresser à vous pour réclamer contre ces prétendues innovations dont on exagère singulièrement le but et les moyens; et, avant d’aller plus loin, je dois vous donner l’assurance, qu’en vous écrivant cette lettre et en vous priant d’en donner connaissance à l’Académie, je n’ai d’autre intention que d’éclairer le public et nullement celle de blesser l’amour-propre de qui que ce soit.

« Il m’est nécessaire, pour atteindre le but que je me propose ici, d’entrer dans quelques détails sur l’historique de ma découverte. On sait que dans le procédé de M. Niépce père, avec lequel je m’étais associé, on emploie un vernis de bitume de Judée appliqué sur une planche métallique, et que par l’effet d’un dissolvant qu’il indique, le métal est entièrement mis à nu dans les endroits où la lumière n’a pas frappé. Comme M. Niépce se servait principalement de son procédé pour la copie de gravures mises en contact avec la couche sensible, il n’est pas étonnant qu’il ait pensé à attaquer sa plaque au moyen d’un acide, puisqu’elle se trouvait découverte dans les endroits bruns, et tout-à-fait couverte dans les endroits clairs, conditions entièrement semblables à celles qu’exige la gravure. D’un autre côté, le travail était, aussi, convenablement dessiné pour être gravé puisqu’il consistait dans la reproduction d’une gravure. Cependant, comme il n’était pas possible de mordre à différentes reprises sans faire intervenir l’art du graveur, et que par conséquent les tailles avaient toutes la même profondeur, le résultat n’était que très défectueux, comme vous en pourrez juger d’après la planche que je vous soumets et l’épreuve qui en a été tirée (Cette épreuve m’avait été donnée par M. Niépce avant notre association.) On conçoit que cette application du procédé de M. Niépce, à la gravure, ne pouvait pas avoir lieu pour les images obtenues dans la chambre noire, parce que dans ces dernières le vernis n’est entièrement enlevé que dans les grandes vigueurs, et que les demi-teintes n’étant produites que par le plus ou le moins d’épaissenr du vernis, il est impossible que l’acide agisse dans le même rapport, ce que j’ai déjà dit dans une Note que j’ai ajoutée au procédé de M. Niépce. Cet inconvénient n’existe plus depuis les modifications que j’ai apportées au procédé, car j’ai substitue au bitume le  résidu de l’huile essentielle de lavande, et ce résidu dissous dans l’alcool et étendu sur une plaque de métal ou de verre, ne produit pas une couche continue, mais présente sur tonte la surface une suite de petites sphérules de résine qui laissent entre elles le métal à découvert. C’est pourquoi on peut ainsi mordre la plaque au moyend’un acide et c’est ce que j’ai fait sur une épreuve sur verre, obtenue dans la chambre noire, au moyen de l’acide fluorique, et pour en voir le résultat, j’ai chargé de noir les parties du verre attaquées par l’acide.

» Mais cette image était très défectueuse parce que l’acide ayant agi partout également, il n’y avait pas assez de dégradation dans les teintes, inconvénient qu’il est impossible d’éviter en attaquant par une seule morsure, une planche dont le travail n’a pas été disposé pour cela. Ces détails suffisent déjà pour prouver que je me suis occupé de la gravure des images, et si je n’en ai pas parlé dans la description des modifications que j’ai apportées au procédé de M. Niépce, c’est que j’en ai jugé les résultats trop imparfaîts.

« II est bien prouvé par la correspondance de M. Niépce, que j’ai découvert, dans le mois de mai 1831, les propriétés de la lumière sur l’iode mis en contact avec l’argent. Je n’ai découvert l’application du mercure qu’en 1835. On peut penser que dans ces quatre années d’intervalle entre les deux découvertes, j’ai dû faire un grand nombre d’expériences, et qu’employant toujours pour ces expériences des planches métalliques, il a dû souvent me venir à l’idée de fixer l’image par la gravure.

» A cette époque je ne savais pas que l’image existe sur l’iode avant d’être apparente, et j’attendais qu’elle se fût manifestée par la coloration de l’iode. Cette image était fugace puisqu’elle se colorait indéfiniment, et d’ailleurs les clairs et les ombres y étaient transposés. Cependant, dans cet état, les acides agissaient différemment sur les parties de l’iode non colorées, par la lumière, et sur celles qui étaient colorées, et j’obtenais, par leur application, une gravure extremêment faible.

» Une expérience faite sur une plaque sortant de la. chambre noire et sur laquelle l’image était devenue apparente par la coloration de l’iode par la lumiére, m’avait démontré que le gaz acide carbonique, en contact avec la plaque légèrement mouillée, avait produit, par sa coinbinaison avec les parties de l’iode frappées par la lumiére, un composé très blanc et avait ainsi remis les clairs et les ombres dans leur état naturel; mais la dégradation des teintes était imparfaite. Cette expérience m’a donné plusieurs fois le même résuItat.

«  J’avais remarqué qu’en mettant dans une capsule du chlorate de potasse, et qu’en le chauffant avec une lampe dans un appareil à peu près semblable a celui qu’on emploie aujourd’hui pour le mercure, l’image produite, comme il est dit ci-dessus, par la coloration de l’iode par la lumière, apparaissait en clair, absolument comme l’engendre aujourd’hui la vapeur mercurielle.

« Après être arrivé à la connaissance de la propriété du mercure, l’image était loin d’être aussi complète qu’elle l’est maintenant. Je voyais avec peine sa fragilité, c’est-à-dire la facilité avec laquelle le frottement en enlevait le mercure et je voulais parvenir à lui donner plus de fixité. Pour tâcher d’atteindre ce but je commençai une série d’expérience à l’aide des acides. Je savais qu’il était difficile de trouver un acide qui agît sur l’argent sans affecter le mercure, mais l’idée me vint que dans le temps nécessaire pour que l’action de l’acide se manifestât sur l’argent dans les parties où il est à découvert, le mercure le préserverait dans celles qu’il recouvre, jusqu’à ce qu’il cédât lui-même à l’action de l’acide. J’ai effectïvement obtenu ainsi plusieurs résultats avec différents acides, entr’autres avec un mélange d’acide hydro-chlorique et d’acide nitrique étendus d’eau, ainsi qu’avec plusieurs vapeurs acides. Mais ces résultats étaient défectueux et toujours par la cause que j’ai signalée plus haut, c’est-à-dire par l’impossibilité de mordre à plusieurs reprises sans faire intervenir le talent du graveur. Je savais, du reste, que l’argent est trop tendre pour en espérer un tirage même d’un très petit nombre d’épreuves.

» Je dois !e dire ici, le but que je me proposais dans ces expériences n’etait pas d’arriver à tirer des épreuves, mais bien, en remplissant de noir les parties du métal attaquées par l’acide, de donner de ia vigueur aux images.

«  Aujourd’hui que le procédé est arrivé à une plus grande perfection, et qu’il donne donne finesse de détails qui soutient l’épreuve de la loupe, je suis, plus que jamais, convaincu de l’impossibilité d’arriver par la gravure sur la plaque même, à tirer des épreuves qui approchent le moins du

monde, de la perfection d’une image présentant le maximum d’effet que donne le procédé; car dans une épreuve obtenue dans ces conditions, où la perspective aérienne est reproduite avec toute sa dégradation de teintes,  les plus grandes vigueurs de l’image doivent être complétement nettes de mercure, ce qui rend impossible de reproduire ces vigueurs par la morsure, puisque cette morsure agit également et produit de larges creux qui ne peuvent retenir le noir d’impression; en gravure on évite cet inconvénient en ne produisant que des creux assez étroits pour qu’ils retiennent le noir. Pour vaincre cette difficulté, qui est évidente, il faudrait exposer long-temps au mercure l’épreuve qu’on veut graver, afin qu’il s’y attachât partout, même dans les grandes vigueurs; par ce moyeu on obtiendrait un grain sur toute la surface de la plaque; mais aussi cette épreuve ne serait pas dans les conditions voulues, car elle n’offrirait plus ni perspective aérienne, ni finesse de détails.

« Je termine en disant que je regarde comme impossible d’arriver par la gravure sur la plaque même, à un résultat semblable à celui que présente une épreuve exécutée dans toutes les conditions du procédé; mais je ne pense pas de même d’un transport du mercure sur un autre corps, ce que je regarde comme possible. Un perfectionnement qui pourrait être considéré comme tel, serait le moyen de noircir l’argent dans les vigueurs  sans attaquer le mercure; on détruirait ainsi le miroitage de la plaque. Une autre amélioration non moins importante, consistera à empêcher que le mercure qui s’attache aux parties de l’image qui ont été trop long-tempd exposées à la lumière, ne perde de son éclat; je verrai avec le plus grand plaisir les recherches se diriger de ce côté. Quant à la conservation de l’image, cela ne présente aucune difficulté, puisqu’on peut toujours placer les épreuves sous verre, et les border de papier collé pour les garantir du contact des vapeurs, qui peuvent seules nuire surtout à l’argent.

« J’espère que, d’après la réclamation que je vous adresse, on ne croira pas que je regarde comme impossible qu’on puisse apporter de véritables perfectionnements à mon procédé, et je puis vous assurer que s’il en paraissait de tels, loin de les voir avec déplaisir, je serais le premier à m’en rejouir. Je serai toujours très heureux de voir ma découverte contribuer à l’utilité et à l’agrément du public, et je fais tous mes efforts pour qu’il en soit ainsi. Contrarié dernièrement de voir paraître tant d’épreuves qui ne présentent ni ombres ni lumières, et qui ont généralement un ton ardoise, j’ai pris le parti de donner, un jour par semaine, le jeudi de 11 heures à 3 heures, au Conservatoire des Arts et Métiers, une séance dans laquelle j’adresse mes conseils à tous ceux qui veulent bien m’apporter leurs essais. J’espère par ce moyen que dans peu on ne verra plus tant d’épreuves

qui ne peuvent donner qu’une triste idée du procédé. »

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La planche et l’épreuve dont il est question dans la lettre de M. Daguerre, ont été placées sous les yeux de l’Académie. On a fait circuler aussi les deux lettres originales de M. Niépce père à M. Daguerre, en date de février et juin 1827 , relatives à la gravure sur des épreuves photogénées. Nous les reproduisons ici :

 

 

Châlon-sur-Saône, février 1827.

« Monsieur,

» J’ai reçu hier votre réponse à ma lettre du 25 janvier 1826. Depuis: quatre mois je ne travaille plus: la mauvaise saison s’y oppose absolument. J’ai perfectionné d’une manière sensible mes procédés pour la gravure sur métal; mais les résultats que j’ai obtenus ne m’ayant point encore fourni d’épreuves assez correctes, je ne puis satisfaire le désir que vous me témoignez. Je dois, sans doute, le regretter plus pour moi que pour vous, Monsieur, puisque le mode d’application auquel vous vous livrez est tout. différent, et vous promet un degré de supériorité que ne comporterait pas celui, de la gravure, ce qui ne m’empêche pas de vous souhaiter tout le succès que vous pouvez ambitionner.

» J’ai l’honneur, etc.

 

Châlon-sur-Saône, le 4 juin 1827.

« Monsieur,

 

» Vous, recevrez presque en même temps que ma lettre, une caisse contenant une, planche d’étain, gravée d’aprés mes procédés héliographiques, et une épreuve de cette même planche, très défectueuse, et beaucoup trop faible. Vous jugerez par là, que j’ai besoin de toute votre indulgence, et que, si je me suis enfin décidé à vous adresser cet envoi, c’est uniquement pour répondre au désir que vous avez bien voulu me temoigner. Je crois malgré cela que ce genre d’application n’est point à dédaigner puisque j’ai pu, quoique entièrement.étranger à l’art du dessin et de la gravure, obtenir un semblable résultat. Je vous prie, Monsieur, de me dire ce que vous en pensez. Ce résultat n’est même point récent, il date du printemps dernier; depuis lors, j’ai été détourné demes recherches par d’autres occupations. Je vais les reprendre aujourd’hui que la. campagne est dans tout l’éclat de sa parure, et mie livrer exclusivement à la copie des points de vue d’après nature. C’est sans doute ce que cet objet peut offrir de plus intéressant; mais je ne me dissimule point non plus les difficultés qu’il présente quant au travail de la gravure. L’entreprise est donc bien au-dessus de mes forces; aussi, toute mon ambition se borne-t-elle à pouvoir démontrer, par des résultats plus ou moins satisfaisants, la possbilité d’une réussite complète, si une main habile et  exercée aux procédés de l’aqua-tinta, coopérait par la suite à ce travail. Vous me demanderez probablement, Monsieur, pourquoi je grave sur étain au lieu de graver sur cuivre. Je me suis bien servi également de ce dernier métal; mais pour mes premiers essais j’ai dû préférer l’étain dont je m’étais d’ailleurs procuré quelques planches destinées à mes expériences dans la chambre noire; la blancheur éclatante de ce métal le rendant bien plus propre à réfléchir l’image des objets représentés.

« Je pense, Monsieur, que vous aurez donné suite à vos premiers essais: vous étiez en trop beau chemin pour en rester là. Nous occupant du même objet, nous devons trouver un égal intérêt dans la réciprocité de nos efforts pour atteindre le but. J’apprendrai donc avec bien de la satisfaction que la nouvelle expérience que vous avez pu faire à l’aide de votre chambre obscure perfectionnée, a eu un succès conforme à votre attente. Dans ce cas, Monsieur, et s’il n’y a pas d’indiscrétion de ma part, je serais aussi désireux d’en connaître le résultat que je serais flatté de pouvoir vous offrir celui des recherches du même genre qui vont m’occuper.

« Agréez, je vous prie, etc. »

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Ces diverses pièces, malgré leur authenticité et leur date certaine, seraient sans valeur dans une discussion de priorité, contre la personne qui, n’en ayant pas eu connaissance, aurait, la première, entretenu le public de la combinaison des méthodes photogéniques et des procédés de la gravure. Sur ce point, la priorité de M. Niépce résulte d’une citation détaillée de l’article 8 du traité, citation faite dans la séance de l’Académie où les méthodes photogéniques furent dévoilées. Dans cette citation, dont cinquante personnes se ressouviennent, M. Arago avertit que M. Niépce avait trouvé de l’avantage à ajouter un peu de cire à son vernis, quand il faisait une image avec l’intention de la transformer en planche à graver. Il dit aussi que M. Lemaître était le graveur que MM. Niépce et Daguerre s’étaient associé, pour perfectioniler les planches ébauches.

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 L’article suivant du traité provisoire, passé le 14 Décembre 1829 entre MM. Niépce et Daguerre, prouve qu’alors encore, les deux associés espéraient tirer parti des planches gravées sur des dessins photogénés :

«  Art. 8. Lorsque les associés jugeront convenable de faire l’application de ladite découverte aux procédés de la gravure, c’est-à-dire de constater les avantages qui résulteraient, pour un graveur, de l’application desdits procédés qui lui procureraient par là une ébauche avancée, MM. Niépce et Daguerre s’engagent à ne choisir aucune autre perssone que M. Lemaître, pour faire ladite application. »

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Au reste, dans le rapport fait par M. Arago à la Charnbre des Députés, le 8 juillet 1839, et imprimé trois jours après, il est question de « la formation (par M. Niépce) à l’usage des graveurs, de PLANCHES à l’état d’ébauches avancées. » On trouve, enfin, ce passage de M. Niépce, dans la brochure publiée par M. Daguerre:

 

Application des procédés héliographiques.

 

« Le vernis employé pouvant s’appliquer indifféremment, sur pierre, sur métal et sur verre, « sans rien changer à la manipulation, je ne m’arrêterai qu’au mode de manipulation sur « argent plaqué et sur verre, en faisant toutefois remarquer, quant à la gravure sur cuivre, « que l’on peut sans inconvénient ajouter à la composition du vernis, une petite quantité de cire dissoute dans l’huile essentielle de lavande. »

 

PHYSIQUE APPLIQUÉE. - Procédés photogéniques.

 

M. Berri fils, peintre, adresse de la Rochelle, à M. Arago, plusieurs épreuves d’images photogénées obtenues par trois procédés différents.

« Dans le premier on fait usage d’un verre dépoli recouvert d’une couche de noir au vernis. Le dessin est tracé sur cette couche au moyen d’une pointe d’acier ou d’un grattoir; le dépoli du verre donne au trait l’apparence du travail au crayon.

» Ce procédé, dit l’auteur, ne pouvant servir commodément pour faire des dessins ombrés à cause de l’impossibilité où l’on est de juger de l’effet des lumières, j’en ai imaginé un autre.

«  Au lieu de lame de verre on prend une feuille de corne à lanterne, bien transparente et bien mince. Le côté sur lequel on veut peindre doit être dépoli à la pierre ponce. La corne étant ensuite posée sur une feuille de papier noir, on esquisse au pinceau avec de l’eau gommée; on indique aussi de la même manière les parties les plus brunes: la gomme rend à la corne la transparence que le dépoli lui avait un peu ôté, et laisse voir le noir du, papier, ce qui donne déjà l’apparence des ombres. Les demi-teintes et les grandes lumières se font avec du blanc. Le plus ou moins d’épaisseur donne des lumiéres plus ou moins vives et rend la planche plus ou moins opaque, ce qui intercepte de même plus ou moins les rayons solaires. On voit donc directement en travaillant la planche, I’effet qu’aura l’estampe.

«  L’impression s’obtient en posant le côté peint sur une feuille de papier sensible et recouvert d’un verre plat; deux minutes d’exposition au soleil suffisent pour donner un résultat satisfaisant.

« Pour les dessins de la troisième série, imitant le crayon, la planche n’est autre chose qu’un décalque particulier de mon invention sur papier végétal tendu sur une plaque de verre. »

 

En réponse aux personnes qui exagèrent outre mesure les difficultés que présente l’application du Daguerréotype, M. Arago met sous les yeux de l’Académie trois tableaux vraiment remarquables faits par M. Lerebours fils, sans autre guide que les instructions générales renfermh’es dans la brochure de M. Daguerre.

quinta-feira, 17 de junho de 2010

1839, 22 de Dezembro - JOURNAL DES DÉBATS POLITIQUES ET LITTÉRAIRES

1839

22  de Dezembro

JOURNAL DES DÉBATS  politiques et littéraires

pag. 2

- MM. Lerebours et Susse frères viennent de publier une édition nouvelle de l’Historique et de la Description des procédés du Daguerrérotype, rédigée par M. Daguerre. Elle est augmentée de notes itéressantes de MM. Lerebours et Susse sur la manière d’opérer, qui est très facile, sur la  nouvelle préparation de la plaque au tripoli et sur les spécialités auxquelles le Daguerréotype est déjà consacré. Cet écrit présente avec ordre l'exposé complet de cette brillante découverte aujourd'hui populaire dans toute l'Europe. Aucune publication n'a mieux expliqué jusqu'ici comment après quinze ans de recherches persévérantes et dispendieuses, M. Daguerre est parvenu à fixer les images de la chambre obscure et à créer ainsi, en peu de minutes, par la puissance de la lumière, des dessins où les objets conservent mathématiquement leurs formes jusque dans les plus petits détails, où les effets de la perspective linéaire et la dégradation des tons provenant de la perspective aérienne sont accusés avec une délicatesse inconnue.

quarta-feira, 16 de junho de 2010

COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES

1840

13 de Janeiro

COMPTES RENDUS  DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES

Janvier-Juin

T. X

Nº. 2

Pag. 74

M. Arago met sous les yeux de l'Académie une suite de vues de Rome, exécutées au moyen du daguerréotype, par une personne que M. Lerebours a envoyée à cet effet en Italie. «Cet homme, remarque M. Arago, n'est ni artiste, ni physicien, et la perfection des produits qu'il a obtenus, suffirait seule pour prouver, si cela était encore nécessaire, que les procédés de la photographie sont à la portée de tout le monde, puisqu'ils n'exigent aucune connaissance préalable, mais seulement ce degré de soins qu'il faut apporter à toute opération quand on veut qu'elle soit bien faite.»

segunda-feira, 29 de março de 2010

COMPTES RENDUS HEBDOMADAIRES DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES

1841

7 de Junho

COMPTES RENDUS  HEBDOMADAIRES DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES

Janvier-Juin

T. XII

Nº.

Pag. 1059, 1060

PHYSIQUE APPLIQUÉE - Sur un nouveau procédé diodage pour les planche destinées à recevoir des images photographiques, procédé qui abrége considérablement la durée du temps nécessaire pour que la lumière produise une impression suffisante. - Lettre de M. Lerebours à M. Arago.

 

« J’ai l’honneur de vous prier de présenter à l’Académie, au nom de M. Claudet, francais domicilié à Londres, et cessionnaire d’une partie de la patente que MM. Daguerre et Niépce y ont prise pour leurs appareils photographiques, le procédé suivant, au moyen duquel on peut accélérer la production des épreuves daguerriennes au point de remplacer quelque fois les minutes par autant de secondes. Ce procédé consiste, en principe, dans l’application successive de l’iode et du chlorure d’iode.

» La plaque, préparée comme à l’ordinaire, est d’abord placée dans la boîte à iode; puis, lorsqu’une légère teinte commence à se montrer, on la promène au-dessus d’un flacon contenant du chlorure d’iode qui la jaunit très rapidement;  enfin on la replace pendant quelques secondes dans la boîte à iode, et elle est prête à recevoir l’impression de la lumière.

» Avec un objectif d’un très court foyer, j’ai obtenu, a l’ombre et en 15 à 20 secondes, des portraits qui eussent exigé de 4 à 5 minutes par les procédés ordinaires. Avec le même objectif, deux à trois secondes suffisent pour faire passer entièrement une épreuve prise sur les édifices qui avoisinent le Pont-Neuf. Avec l’objectif normal, désigné par M. Daguerre, et la plaque de 0,22 sur 0,16, j’ai eu, en deux minutes, les plus belles épreuves que j’aie encore vues de ces monuments.

» La préparation du chlorure d’iode consiste à faire arriver du chlore à l’état gazeux dans un flacon contenant une certaine quantité d’iode; mais toute simple qu’elle paraisse, elle présente de notables difficultés dans l’appréciation de la quantité de chlore à introduire. S’il y en a trop peu, le flacon perd rapidement les propriétés accélératrices; s’il y en a trop, à quelque hauteur qu’on tienne la plaque au-dessus du flacon, elle se recouvre immédiatement d’une couche verdâtre qui empêche l’épreuve de paraître.

» La réussite de cette préparation dépend donc d’une certaine habitude que la pratique seule peut donner; un peu de pratique est également nécessaire pour obtenir une couche uniforme de chlorure d’iode sur la plaque, car il ne faut pas songer, dans ce cas, à l’emploi d’un appareil analogue a celui de M. Daguerre , ses parois s’imprégnant immédiatement de chlorure que leur grande surface ne tarde pas à dissiper entièrement. Je m’occupe en ce moment de dispositions qui me paraissent propres à atteindre le but avec sécurité, mais l’expérience n’a pas encore suffisamment prononcé sur leur efficacité pour me permettre de les présenter à l’Académie. »

COMPTES RENDUS HEBDOMADAIRES DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES

1841

7 de Junho

COMPTES RENDUS HEBDOMADAIRES DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES

Janvier-Juin

T. XII

Nº.

Pag. 1060

PHYSIQUE APPLIQUÉE. - Supériorité des rayons jaunes comme rayons continuateurs dans les opérations photographiques; production d’images daguerriennes sans le secours du mercure. - Lettre de M. GAUDIN à M. Arago.

« Ayant essayé cette semaine le verre jaune comme agent continuateur, sur plaques d’argent, d’après l’avis de M. Edmond Becquerel, qui l’avait trouvé d’un effet merveilleux, en opérant sur papier, j’ai reconnu aussitôt qu’il était bien plus actif que le verre rouge, et de beaucoup préférable à celui-ci, parce qu’il laisse voir au soleil les progrès de son action.

» J’avais déjà remarqué, comme M. Lerebours, que l’insolation rouge faisait souvent naître des traces du dessin; mais j’avais observé en outre que ces traces, quand elles étaient fortes, donnaient un tableau approchant de ceux obtenus avec le mercure. Enfin je suis arrivé à obtenir, sans mercure, et par la seule insolation jaune, des tableaux de tous points pareils à ceux provenant de l’action mercurielle. Ces tableaux se lavent et se fixent absolument de la même manière; et pour qu’on n’attribue pas à du mercure vaporisé la formation de ces tableaux, j’ai mis sur le verre jaune de celui qui représente des nuages un disque qui, ayant intercepté la lumière opaque jaune a produit sa silhouette en noir sur le tableau, preuve que ces tableaux. ne sont dus, dans ce cas, qu’à de l’iodure d’argent modifié par la lumière. »

terça-feira, 23 de março de 2010

L’Artiste – Gravures et Litographies

1841
L’ARTISTE
2e Serie
Tome VII
Supplément à la
5e Livraison
Pag. 81
GRAVURES ET LITHOGRAPHIES


Les Excursions Daguerriennes obtiennent un succès toujours croissant; cet ouvrage, exécuté avec une intelligence et une conscience rares, en est arrivé à sa septième livraison. Parmi les derniéres, on remarque plusieurs planches d'un excellent effet, et, entre autres, l'un des monuments les plus élégants et 1es plus connus de l'art des Romains, la Maison Carrée de Nimes: détails les plus légers, accidents de lumière les plus imperceptibles, 1a gravure a tout saisi, tout rendu avec une fidélité magique; les épreuves du daguérrotype lui-même ne sont pas plus nettes et plus vraies. La colonne Trajane est reproduite avec nne fidélité miraculeuse, et l'œil y découvre distinctement une véritable poussière de détails, tous perceptibles, et dont on suit aisément les contours. Nous citerons encore une Vue de la place et de la colonne Vendôme, une autre du mole de Naples, finement gravée par M. Salathée; mais la plus curieuse, à notre avis, est celle de l'église Vassili-Blagennoid, ou de Basile le Bienheureux, située à l'extrémité de la place de Kratzoï, et bàtie en commémoration de la bataille de Cazan, et dont l'architecture offre un mélange extrèmêment curieux des différents ordres de l'art oriental. Un texte intéressant rempli d'aperçus ingénieux, et rédigé par MM. de Contencin et de la Garenne, accompagne les livraisons.



L’Artiste - NOUVEAUX PROCÉDÉS SCIENTIFIQUES APPLIQUÉS AUX ARTS

1841
L’ARTISTE
2e Serie
Tome VII
Supplément à la
6e Livraison
Pag. 93, 94, 95, 96
NOUVEAUX PROCÉDÉS SCIENTIFIQUES

APPLIQUÉS AUX ARTS


Sans anticiper en aucune manière sur l'avenir, on peut déjà prévoir que les historiens futurs regarderont comme l'un des caractères distinctifs de notre époque la part trés-active que prennent les sciences physiques au progrès et à l'application des arts du dessin. Cet état de choses est bien constaté pour nos lecteurs, car nous leur avons tour à tour et à des intervalles très-rapprochés, fait connaître les magnifiques inventions de MM. Daguerre, Colas et Jacoby. Mais notre tâche ne devait pas se terminer là; elle se continue, et même, en présence des faits, elle prend une importance telle que désormais nous consacrerons, à l'occasion, quelques page de l'Artiste à un compte-rendu des nouvelles ressources dont la science enrichit tous les jours les Beaux-Arts.

Ce point de vue manquait à notre histoire encyclopédique, et il fournira de curieus chapitres. C'est donc avec confiance que nous avons accepté ce progrès, comme tous les progrès véritables de l'esprit humain; car il nous est démontré et il nous sera facile de prouver que les résultats de cette amélioration des procédés matériels ne peuvent être que très-heureux, en somme, pour les Beaux-Arts et pour les artistes qui ont une juste idée de leur noble profession. Pourtant, nous éprouvons quelque regret à le dire, les innovations ont fait naître des apréhensions ridicules chez quelques esprits timides et peu éclairés. Des dessinateurs, dans la crainte de se voir tout à coup enlever leur industrie, ont laissé tomber le crayon de leur débile main, en disant que l'art, ô blasphème! ne saurait lutter, dans l'avenir, contre la science qui reproduisait la nature mieux qu'ils ne pouvaient le faire; comme si c'était le dernier but de l’art de fixer la réalité, ou de chercher son image. Une théorie si puérile ne mérite pas même un sérieux examen. Bien des artistes n'en ont pas d'autre, vous dira-t-on; et on ne peut s'étonner d'entendre proférer de pareilles hérésies, quand elles ont trouvé dernièrement des échos au sein de l'Institut, et peut-être dans la section même des Beaux-Arts.

A ce sujet, nous consignerons ici une anecdote curieuse, et encore très-récente. Un naturaliste de l'Académie des Sciences, M. Turpin, avait lu, devant ses honorables collègues, un rapport dans lequel il avait à exprimer son opinion sur le secours qu'on pouvait tirer du Daguerréotype dans la reproduction des sujets d'histoire naturelle; conduit par ses recherches à resteindre l'emploi de cet ingénieux instrument, M. Turpin s'était cru dans l'obligation d'atténuer la critique qu'il avait faite du Daguerréotype, par un pompeux éloge de cette invention; elle était destinée, selon le savant académicien, à rectifier les productions de la peinture et de la sculpture, auxquelles il adressait, du point de vue de l'histoire naturelle et de la géométrie, de sévères reproches.

Alors, M. Poinsot, prenant la parole, fit observer à ses collègues que les reproches formulés par M. Turpin, au nom de la reproduction rigoureuse et géométrique de la réalité extérieure, ne pouvaient être, en aucune facon, adressés aux artistes; que l'art, tel qu'il fallait le comprendre, n'était pas seulement une imitation de la nature, mais encore une interprétation idéale, une transfiguration de la réalité; qu'en vertu de ces principes d'esthétique, les artistes avaient raison de sacrifier, jusqu'à un certain point, l'exactitude mathématique à l'expression.

M. Poinsot, en terminant ces observations pleines de sens, avait eu soin de dire qu'il n'énonçait pas une théorie nouvelle, qu'il ne faisait que rétablir en passant, dans ses véritables termes, la question de la science et de l'art.

Certes, il était permis à des physiciens, à des astronomes, à des naturalistes, à des géographes, de s'exagérer l'importance d'une invention qui, après tout, devait leur faciliter certaines découvertes scientifiques; mais l'Académie des Beaux-Arts est-elle excusable de ne s'être pas exprimée en termes clairs au sujet du Daguerréotype, et d'avoir semblé consacrer, en se taisant, une grave erreur?

Disons-le donc hautement, c'est à l'Académie des Sciences qu'appartient l'honneur d'avoir, par l'organe de M. Poinsot, su distinguer les attributions de la science de celles de l'art; d'avoir enfin exposé fort à propos une théorie dont relèvent les chefs-d'œuvre anciens et modernes.

En prenant à coeur, avec une louable discretion, de limiter, de définir elle-même ses prétentions, la science ne continuait pas moins de seconder les artistes dans l'objet constant de leurs études, soit en leur dévoilant les secrets de la nature, soit en enrichissant de nouveaux perfectionnements leurs procédés pratiques. Ainsi, M. Daguerre poursuivait dans la retraite, d'essais en essais, l'œuvre merveilleuse de la photographie. Cet ingénieux et patient artiste est parvenu à perfectionner beaucoup l'instrument qui porte son nom; désormais, il ne faudra plus quelques minutes au miroir de métal pour garder l'empreinte des images qu'il réfléchit: en une fraction de seconde l'opération sera faite, et les arbres, le ciel, l'eau, les nuages, les hommes et les animaux, tout ce qui, dans la nature, est doué de mouvement, sera comme pris sur le fait, et reproduit avec cette admirable précision qui caractérise les planches daguerriennes. Un pareil résultat en fait espérer bien d'autres. Attendons, et encourageons de tous nos vœux, de tous nos éloges, un artiste plein de cœur et de désintétressement, qui emploie au profit de la science et de l'art les loisirs dont il peut disposer, grâce à la pension viagère dont il jouit. Ce témoignage de la reconnaissance nationale ne pouvait être mieux placé, et il honore à la fois celui qui le reçoit et ceux qui l'on voté.

L'invention qui est destinée à faire la gloire du professeur Jacoby, de Saint-Pétersbourg, est entrée, elle aussi, dans une voie de perfectionnement. On en a fait de nombreuses applications depuis l'été dernier, époque à laquelle nous publiâmes, dans l'Artiste, une note descriptive du procédé galvano-plastique. On se souvient encore d'une lettre de M. le comte de Démidoff, que nous avons publiée sur le galvano-plastique, et de celle qui nous fut adressée par M. Boquillon, pour revendiquer, sinon l’honneur d'avoir précédé M. Jacoby dans la découverte de la propriété réductive des courants électriques, au moins pour faire connaître qu'il avait obtenu les mêmes résultats que ceux annoncés par le professeur russe, sans avoir rien connu de ses procédés. M. Boquillon , depuis lors, n'a pas cessé de mettre en application et de rendre industrielle la belle découverte dont il eût voulu pouvoir doter la France. Nous avons vu chez M. Soyer, fondeur de la Colonne de Juillet, et associé de M. Boquillon, de nombreux spécimens de diverses grandeurs, qui reproduisent avec une grande fidélité les productions de la sculpture. Mais il est un autre résultat qui doit intéresser au plus haut point ceux qui s'occupent de l'art typographique: M. Boquillon est parvenu, sans compromettre la planche originale gravée (elle peut être en acier), à reproduire autant de planches qu'on le voudra de toute espèce de gravures en taille-douce. De plus, il obtient directement des vignettes en relief sur cuivre, sur un simple dessin, ou au moyen d'une épreuve en taille-douce. Ces dernières applications sont assez avancées, et deviendront bientôt de puissantes ressources pour la typographie et les éditeurs d'estampes.

L'instrument galvano-plastique est confectionné avec beaucoup de soin par deux ingénieurs-opticiens, MM. Chevallier et Lerebours, qui luttent de talent et d'habileté. Nous avons vu, chez ce dernier, de petits appareils d'amateurs, au moyen desquels on peut reproduire des médailles et une collection très-variée de produits électro-typiques, d'après des camées, des pierres gravées et des bas-reliefs. Ces petits appareils sont entièrement en verre, ce qui permet, pour ainsi dire, de suivre le progrès de l'opération, et de voir le métal se réduire et se fixer sur la surface dont il prend l'empreinte.

M. Charles Chevallier a obtenu, dès ses premiers essais, un résultat qui peut donner une idée de la finesse avec laquelle on peut mouler par le procédé Jacoby dans un cas, l'application du métal fut si exacte, qu'une planche du Daguerréotype fut reproduite avec ses traits légers et si peu creusés. M. Chevallier est secondé dans ses recherches par MM. Henriquel-Dupont et Richoux, qui sont en mesure d'appliquer leurs essais de reproduction à de grandes planches. De leur côté, MM. Boquillon et Lerebours ont obtenu des résultats qu'on peut dès à présent constater. A l'étranger, on a déjà su tirer un parti industriel du procédé Jacoby; en Angleterre, quelques fabricants de bronzes emploient l'appareil galvano-plastique pour mouler des ornements ciselés; on a également reproduit, par ce moyen, des rouleaux pour l'impression des étoffes. On le voit, cette belle découverte se prête aux besoins les plus variés. Cependant, par sa nature, ce procédé ne donne que deux résultats distincts d'où découlent toutes les autres applications. La propriété réductive des courants électriques est de rendre deux corps séparés adhérents l'un à l'autre. Si entre ces deux corps on place une substance grasse comme pour le moulage en plâtre, le premier corps prend l'empreinte du second en creux ou en relief.

Le premier de ces deux résultats a conduit un professeur de Genève, M. de la Rive, à substituer à l'ancienne dorure par lemercure un procédé de dorage par la voie humide et au moyen de petites forces électriques. Tout dernièrement, un graveur, aussi de Genève, M. Hammann, a fait une ingénieuse application du procédé de M. de la Rive à la gravure à l'eau-forte. L'artiste a doré, au lieu de la recouvrir de cire, la plaque destinée à recevoir la gravure, puis il a tracé sur la surface de cette plaque les traits de son dessin, en enlevant l'or partout où passait sa pointe. II a ensuite étendu l'eau-forte, qui a attaqué et corrodé le cuivre partout où il avait été mis à nu.

Ce procédé de gravure se distingue de celui dans lequel on emploie un enduit de cire, par certains avantages particuliers; la dorure étant permanente, on peut corriger la planche, si on n'est pas satisfait des premières épreuves.

Dans l'ancien procédé de l'eau-forte, la cire une fois enlevée, il devient difficile de faire des corrections. Ensuite, il est à remarquer que les traits donnés par l'enduit d'or sont beaucoup plus nets, plus fins et plus déliés que ceux obtenus par la pointe sur l'enduit de cire. L'aspect du travail est charmant. Un échantillon de ce genre de gravure, qui a été envoyé à l'Académie des Sciences, nous fait vivement désirer de voir nos artistes mettre en œuvre ce procédé aussi simple que peu coûteux.

L'industrie de Genève apprécie tous les jours l'application économique du système de M. Jacoby au dorage, par M. de la Rive, et les graveurs profiteront aussi de cette ressource; car la dorure par le mercure, outre qu'elle est beaucoup plus chère que la première, ne présente point les mêmes avantages, et ne se prête pas avec la même facilité aux besoins de la gravure.

On sait que les ouvriers doreurs avaient jusqu'alors éprouvé, sans qu'on pût porter remède à ce mal, les terribles effets que produit toujours le mercure sur ceux qui se condamnent à en faire un fréquent emploi dans leurs travaux. C'était, sans doute, un honorable devoir de la science d'imaginer un système de forge qui fût capable de rendre à la fois un grand service, et à l'humanité, en rendant ses besoins moins barbares, et à l'industrie, en lui conservant des ouvriers; mais l'honneur d'une pareille invention devait appartenir à un ouvrier doreur, Jacques Muller, celui qui a imaginé cette forge portative dont nous vous parlions l'autre jour, et qui est construite de façon à ce que le mercure s'évapore sans aucun danger pour ceux qui en font usage. Au nom de cet ouvrier, il faudra joindre désormais ceux de M. Jacoby et de M. de la Rive, qui, dès qu'il pourra appliquer à de grandes pièces son procédé de dorage, rendra presque inutile la forge de Muller, ou du moins en limitera l'usage à un certain nombre de cas, dans lesquels on serait forcé de se servir de mercure.

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L’ARTISTE - DES NOUVEAUX PROCÉDÉS DE LA PHOTOGRAPHIE

1841
L’ARTISTE
2e Serie
Tome VIII
16e Livraison
Pag. 244, 245
DES NOUVEAUX PROCÉDÉS DE LA PHOTOGRAPHIE


Les sciences physiques ont fait depuis quelques années, particulièrement dans la carrière de l'application, de si grands progrès, qu'on ne s'étonne plus des inventions nouvelles et des ingénieux perfectionnements ; on les accueille avec une foi sans bornes; on s'habitue à les considérer comme une introduction à cet avenir de la science qui doit transformer la vieille face du monde. - Reportons-nous par la pensée au moment où la remarquable découverte de MM. Daguerre et Niepce mit en émoi la curiosité publique. On se souvient que la presse épuisa les formules de l'admiration pour des résultats si nouveaux et si inattendus. Dans cette première ardeur, on ne songea pas un instant à sarrêter sur ce qu'ils pouvaient avoir d'incomplet; les plus rares merveilles allaient, à coup sûr, se réaliser par ce procédé si simple au premier examen ; les poëtes de la science avaient donné libre carrière à leur enthousiasme; maisquelle que fut la portée de leurs prévisions hardies, on ne pouvait encore apprécier d'un coup d'œil juste le chemin qu'aurait à faire cette découverte, avant de produire les résultats magnifiques auxquels on arrive aujourd'hui. La réalité a remplacé le rêve, mais au prix de bien des recherches, tantôt avortées, tantôt incomplètes, les unes satisfaisantes, sous quelques rapports d'autres enfin qui ont dépassé l'attente des esprits les plus audacieux. Figurez-vous les joies, les mécomptes les dégoûts, les ravissements de ce peuple de chercheurs infatigables qui s'est mis à retourner en tous sens, à répéter mille et mille fois les opérations de M. Daguerre.

Cependant cet enthousiasme dont il ne faut pas médire, car il a bien son mérite, avait jeté son dernier feu ; il s'agissait de pratiquer les procédés connus et nouvellement révélés par le mémoire des inventeurs à l'Académie des sciences. Les plus habiles manipulateurs qui avaient, eux aussi, un peu cédé à l’enivrement général se mirent à l'œuvre ; mais bientôt ils éprouvèrent quelque désappointement; en effet, ils comprirent qu'on n'en était qu'aux préliminaires de la découverte, et jugérent que les mille précautions minutieuses prescrites par les inventeurs, que les conditions invariables posées par eux, sous peine d'insuccès, ne pouvaient être prises au sérieux, et n'étaient faites que pour entraver le développement futur de ce curieux procédé. Ces tentatives amenèrent une réaction qui faillit entièrement discréditer parmi les premiers enthousiastes la nouvelle découverte, et décidèrent les chimistes qui voulaient compléter leurs recherches du côté de la photogénie, à secouer le joug du maître ;on ne tarda pas à reconnattre qu'ils avaient eu raison en cela; ainsi à cette ponce si magistralement déclarée l’unique agent du polissage des plaques, succéda d'abord le tripoli, puis l'oxyde de fer, mis particulièrement à l'index par l'inventeur, malgré le poli noir qu'on en obtient. Vint ensuite la belle application, par M. Fizeau, du chlorure d'or, qui donne aux épreuves une fixité et une vigueur de ton si remarquables.

A ces perfectionnements essentiels dans la préparation des plaques, s'en joignirent bientôt d'autres, peut-être plus importants encore, en ce qu'ils avaient pour résultat de rendre plus rapide l'impressionnement de la couche sensible. Les premiers pas dans cette direction furent faits par MM. Lerebours et Gaudin, qui, après avoir analysé les conditions optiques de M. Daguerre, les abandonnèrent comme insuffisantes, et se servirent d'objectifs d'un très-court foyer, au moyen desquels ils purent réduire à deux ou trois minutes l'action de la lumière qui en exigeait, avec les anciennes ressources du procédé, quinze ou vingt, sans donner des résultats à beaucoup près aussi beaux et aussi purs.

Dès ce moment le portrait, ou plutôt la tentative de reproduire la nature vivante fut possible, on trouva d'intrépides amateurs qui eurent assez de courage pour s'exposer, les yeux ouverts, à la lumière solaire, tout en gardant une indispensable immobilité, pendant la durée de l'insolation de la plaque. - Mais si de temps à autre on obtenait une image assez satisfaisante, dans la plupart des cas, au lieu de portraits, on retrouvait sur le miroir métallique des figures grimaçantes avec les muscles de la face contractés, des yeux sans paupières ou indiqués par une touche incertaine, forcés qu'étaient les patients de les fermer à de fréquents intervalles, pour les soustraire à la douleur que leur causait le soleil.

Enfin, un Français, notons-le bien, M. Claudet, cessionnaire en Angleterre d'une partie du brevet qu'y avait pris M. Daguerre, parvint, au moyen du chlorure d'iode, à augmenter prodigieusement la sensibilité de la couche impressionnable. Confident de cette découverte, M. Lerebours s'empressa de la rendre publique par la voie de l'Académie des sciences; et, dès lors, on put sérieusement songer à reproduire, avec son expression du moment, un visage humain. Le travail lui-même, le fini des détails, l'harmonie de l'ensemble, la beauté des tons, ne laissent rien à désirer dans ces nouvelles images. Ce sont en tous points des chefs-d'œuvre d'une inimitable perfection, d'une incroyable variété. Pour que ces portraits aient un aspect d' œuvre d'art, il suffit de choisir une pose harmonieuse, de donner une expression juste à la physionomie, de porter des vêtements de couleurs, qui se pretent le mieux à la reproduction instantanée et se fassent le mieux valoir les unes par les autres; et enfin, de se placer à une certaine distance pour atténuer quelques effets de perspective. - De la même manière on obtient des groupes charmants, des scènes à plusieurs personnages, des vues ou l'on retrouve la vie, le mouvement, la lumière, toutes les beautés de la nature. Partis du même point de départ que M. Claudet, M. Gaudin et Lerebours l'ont aujourd'hui dépassé par un nouveau perfectionnement. Après de nombreuses expériences, ces derniers chimistes étaient parvenus à opérer en trois ou quatre secondes, souvent même en moins de durée, selon l’état de l'atmosphère. Ils obtenaient, à l'ombre, des portraits très-bien venus et reproduisant une expression ; mais depuis quinze jours, M. Gaudin, en se servant de bromure d'iode, qui est encore plus sensible que le chlorure d'iode, a conduit à son dernier perfectionnement l'invention de M. Daguerre. M. Gaudin obtient des épreuves instantanées, c'est-à-dire des groupes de personnages en action, des vues du Pont-Neuf avec les voitures et les piétons en marche ; des portraits d'un délicieux aspect, où l'on ne retrouve plus la roideur, la sécheresse des premiers portraits au daguerréotype. - Nous devons dire cependant que la perfection des images produites par M. Gaudin ne tient pas seulement à l'excellence de son procédé, mais à une rare habileté de main-d'œuvre, à une expérience raisonnée de toutes les ressources, de tous les caprices du procédé photographique dont il se joue et qu'il a maîtrisé à force d'études et d'observations. Toutefois, après les sincères éloges que nous venons de donner a MM. Gaudin et Lerebours, nous ferons une petite réserve qui doit nous amener à parler encore d'un autre procédé scientifique non moins intéressant que la photographie. - Malgré leur beauté d'exécution, un très-petit nombre de portraits au daguerréotype modifié ne sont pas d'une ressemblance rigoureuse. En voici la simple cause : elle n'existe que pour les personnes qui n'ont pas le visage symétrique ou d'ensemble ; les organes de droite diffèrent quelquefois sensiblement par leur forme de ceux de gauche, de sorte que, le miroir renversant, comme on sait, l'image qu'il réfléchit, l'œil n'est point satisfait quand il trouve à gauche, sur un portrait, ce qu'il voit à droite sur l'original. On peut, il est vrai, redresser l'image au moyen d'une glace parallèle ; mais l'emploi de cette glace exigeant un temps plus considérable pour l'insolation, on perd les principaux avantages obtenus par les moyens que nous avons déjà indiqués ; dès lors on a dû renoncer à ce moyen.

Cet inconvénient disparaît d'ailleurs, comme on va le voir, entièrement par l'application, faite par M. Lerebours, des procédés électrotypiques de M. Boquillon, à la reproduction des images daguerriennes. Le dépôt de cuivre obtenu par ces procédés, que nous avons décrits dans notre dernière Revue des Sciences appliquées aux Arts, les parcelles de cuivre, disons-nous, moulent si parfaitement l'image, que les plus petits détails sont reproduits avec une exactitude dont on ne peut se rendre compte qu'en voyant l'original et la copie. Ajoutons que l'épreuve tirée a non-seulement l'avantage de représenter la figure redressée, mais encore qu'on y trouve des teintes chaudes et colorées, que ne peuvent en aucun cas donner des plaques daguerriennes. - Il appartenait à M. Lerebours, qui occupe un rang si distingué parmi les adeptes de la science pratique, de réunir dans cette ingénieuse combinaison les procédés de MM. Daguerre et Jacobi, et de prendre une large part aux nouveaux perfectionnements que nous venons de constater.