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domingo, 6 de dezembro de 2009

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1843

7 de Agosto

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

T.

Pag. 260, 261, 262

PHYSIQUE APPLIQUÉE. – De la préparation de la couche sensible qui doit recevoir l’image de la chambre noire ; par MM. Belfield-Lefevre et Léon Foucault

« M. Daguerre a signalé l’existence d’une couche de matière organique à la surface d’une plaque d’argent polie et desséchée par les procédés usuels. Il a considéré cette matière organique comme un obstacle important à la formation de l’image; et il a proposé un procédé dont le but, sinon le, résultat, etait de dépouiller entièrement. la surface métallique de toute matière étrangère, pour l’exposer chimiquement pure à la vapeur de l’iode.

« Nos expériences tendent à montrer que cette couche de matiére organique, dont l’existence ne saurait faire doute, est loin d’exercer sur la formation de l’image l’influence fâcheuse que lui a attribuée M. Daguerre. Cette influeuce paraît, au contraire, être toutefavorable; à ce point qu’il y a quelque lieu de douter si l’image ,daguerrienne pourrait se produire dans toute sa perfection sur une surface métallique chimiquement pure.

« Cette donnée admise, on comprend. que lopération principale du procédé de M. Daguerre, la préparation de la surface de l’argent, change entièrement de caractère, cette opération n’ayant plus pour but de dépouiller cette surface de tous corps étrangers, mais bien d’y étendre uniformément une couche de vernis infiniment mince.

« Voici un mode assez simple d’atteindre à ce dernier but: ayant fait choix dune surface d’argent dont la planimétrie et la continuité soient suffisamment parfaites, on la polit superficiellement à l’aide d’une poudre de ponce desséchée et de quelques gouttes d’essence de térébenthine non rectifiée. L’évaporation de la portion volatile de l’essence laisse pour résidu à la surface de la plaque une couche pulvérulente grisâtre, dont elle se dépouille avec une facilité extrême, et au-dessous de laquelle, elle apparaît parfaitement nette et brillante. Il ne reste plus qu’à atténuer la pellicule résineuse adhérente, soit en en dissolvant une portion à l’aide de l’alcool absolu, soit en l’usant mécaniquement à l’aide des poudres sèches. Les personnes qui ont coutume d’interroger les surfaces métalliques a l’aide du souffle condensé, sauront, facilement reconnaître les moindres défauts dans la continuité de la couche résineuse. Un peu de poudre d’amidon pourra être employée à égaIiser en dernier lieu la surface du vernis.

« Exposée à la valeur de l’iode, la plaque ainsi vernie se comporte exactement comme une plaque prépalrée et desséchée avec le plus grand soin par les pracédés ordinaires. Les teintes se succèdent avec la même rapidité dans le même ordre, et les nuances ont la même valeur. D’ailleurs les tons seront d’autant plus chauds et plus francs, la série sera d’autant plus nette, et plus tranchée, que la pelIicuIe organique sera plus mince et plus exempte de toute trace de vapeur d’eau.

« Soumise à l’action de la lumière dans la chambre noire, la couche sensible ainsi préparée se comporte exactement cornrne la couche iodurée obtenue par les méthodes usuelles.L’image s’y produit de la même manière et dans le même temps.

« Mais l’exposition de la couche iodurée ainsi préparée à la vapeur du brome présente cette particularité remarquable, qu’un léger excès dans la quantité de vapeur absorbée ne donne plus naissance au phénoméne désigné sous le nom de voile de brome. Un faible excès de brome ne s’annonce que par l’aspect de grisaiile que prend l’image sous la vapeur du mercure, aspect qui devient de plus en plus prononcé jusqu’à ce que l’image s’éteigne sous une cendrée blanchâtre. Toutefois une expositian prolongée à un grand excés de brome désorganise entiérement la couche sensible, et la vapeur du mercure n’y fait plus apparaître que de larges taches d’un brun rougeâtre et à bords déchiquetés.

« De l’ensemble de nos expériences nous pensons pouvoir conclure :

« 1º. Que l’image daguerrienne se forme dans l’épaisseur d’une couche organique étendue par le polissage à la surface de l’argent;

« 2º. Que cette couche organique, suffisamment épaisse et convenablement choisie, prévient la formation du voile de brome, et permet ainsi de donner toujours son maximum de sensibilité à la couche impressionnable. »

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1843

21 de Agosto

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

T. XVII

Nº. 8

Pag. 356, 357, 358, 359, 360, 361

PHOTOGRAPHIE. - Note relative à une communication récente de MM. Belfield-Lefèvre et Foucault concernant la préparation des planches photographiques; par M. Daguerre. (Extrait d’une Lettre à M. Arago.)

« A l’avant-dernière séance de l’Académie, MM. Belfield-Lefèvre et Léon Foucault ont fait une communication dans laquelle ils émettent une théorie qui semblerait détruire ce que j’ai dit relativement à l’influence qu’exerce sur les éprenves photographiques le limon laissé par le coton à la surface des plaques. Quoique jusqu’à présent je n’aie pas jugé à propos de répondre à bien des communications qui, loin d’annoncer des perfectionnements réels, comme ceux apportés pardes savants distingués (par M. Fizeau par exemple), n’ont pu au contraire qu’entraver la marche da procédé, je me crois dans cette circonstance forcé de réfuter la théorie de MM. Belfield-Lefèvre et Foucault.

» Ces messieurs disent d’abord :

« M. Daguerre a signalé l’existence d’une couche de matière organique à la surface d’une plaque d’argent polie et desséchée par les procédés usuels.

« Il a considéré cétte matière organique comme un obstacle important à la formation de l’image, et il a proposé un procédé dont le but, sinon le résultat, était de dépouiller entièrement la surface métallique de toute matière étrangère, pour l’exposer chimiquement pure à la vapeur de l’iode.

« J’ai dit qu’il est physiquement impossible de faire l’opération du polissage sans laisser à la surface de la plaque des traces du liquide et des autres substances qui servent à cette opération; que le coton seul, si propre qu’il puisse être, suffit pour laisser un voile de crasse sur l’argent, et que cette crasse, empêchant le contact direct de l’iode et de l’argent, est un obstacle à la formation de l’image.

« Ces messiears ajoutent:

« Nos expériences tendent à démontrer que cette couche de matière organique, dont l’existence ne saurait faire doute, est loin d’exercer sur la formation de l’image l’influence fâcheuse que lui a attribuée M. Daguerre.

« Cette influence paraît, au contraire, être tout à fait favorable, à ce point qu’il y a quelque lieu de douter si l’image daguerrienne pourrait se produire dans toute sa perfection sur une surface métallique chimiquement pure.

« Voici une expérience qui prouve, de manière à ne laisser aucun doute, que la couche de crasse laissée par le coton, loin de conduire à la formation de l’image, comme le prétendent ces messieurs, lui est positivement nuisible.

« Il faut mettre sur une plaque polie une couche d’eau très-pure que l’on chauffe vivement et que l’on fait ensuite couler, de manière que la partie supérieure de la couche d’eau (l) ([i]), où surnage la crasse, ne touche pas l’argent; il faut, enfin, opérer comme je l’ai indiqué dans ma Lettre du 13 mars dernier, insérée dans le Compte rendu de l’Académie.

« Avant d’aller plus loin, je ferai remarquer que, quand même la couche d’eau produirait un effet autre que celui d’enlever la crasse du coton, on admettra toujours que la plaque est bien partout dans les mêmes conditions.

« Maintenant, si l’on vient remettre le limon sur une portion seulement de la plaque, soit en frottant simplement avec du coton, soit en pressurant du coton dans de l’alcool rectifié, pour en dissoudre la substance nuisible, et en étendant cet alcool sur la plaque que l’on frottera ensuite à séc comme a l’ordinaire, il arrivera qu’après les opérations de l’iode, etc., s’il a fallu deux secondes pour obtenir une épreuve complète sur la partie décapée de la plaque, il en aura fallu quatre pour que sur l’autre partie l’épreuve soit parvenue au

même degré d’intensité de lumiére (1) ([ii]).

« Pour constater ce fait, je ne mets pas une épreuue sous les yeux de l’Académie, parce qu’en général une épreuve isolée ne prouve rien.; et quoique tout le monde puisse vérifier l’expérience précédente, si l’Académie conservait le moindre doute àcet égard, je me ferais un devoir de répéter mes essais devant une Commission qu’elle voudrait bien nommer.

« Le résultat que donne la couche d’eau est tellement invariable, que si MM. Belfieldd et Foucault s’étaient donné la peine de décaper une plaque avec tout le Soin que je recommande, ils auraient au moins reconnu la supériorité de promptitude de.ce moyen sur les autres, toutes les conditions étant d’ailleurs les mêmes.

« Ce qui prouve encore que l’effet que je signale ne peut être attribué qu’au limon enlevé, c’est qu’en laissant dessécher la couche d’eau sur la plaque, celle-ci se trouve couverte de taches, et qu’aux endroits qu’elles occupent l’image est presque entièrement annulée.

« Quant à l’emploi d’une plaque chimiquement pure, on devinera facilement, d’après l’expérience ci-dessus, ce que je dois en penser.

» Plus loin ces messieurs disent:

« Cette donnée admise, on comprend que l’opération principale du procédé de M. Daguerre, la préparation de la surface de l’argent, change entièrement de caractére, cette opération n’ayant plus pour but de dépouiller cette surface de tous corps étrangers, puisque j’ai dit qu’il est impossible d’employer pour le polissage un liquide ou une substance quelconque sans en laisser des traces sur l’argent ; c’est pourquoi, en recommandant l’usage de l’acide nitrique j’ai eu soin de dire que sa présence sur la plaque aide à l’effet photogénique.

« Le vernis peut être remplacé par d’autres substances plus favorables, et ces substances sont nombreuses. Il suffit, pour qu’on puisse les employer, qu’elles se laissent pénétrer par l’iode et qu’elles n’empêchent pas son contact avec I’argent.

« Le moyen présenté par MM. Belfield et Foucault abrége beaucoup le polissage de la plaque; j’avais moi-même senti le besoin de simplifier cette opération, et j’étais depuis quelques mois à la recherche d’un procédé à peu près semblable àcelui de ces messieurs. Je le donoerai plus loin.

« Mais l’emploi seul de l’essence de térébenthine non rectifiée laisse de l’incertitude quant aux résultats, parce que les plaques sur lesquelles on opère sont en général dans trois conditions bien différentes; car on a la plaque neuve, celle qui a reçu une épreuve non fixée au chlorure d’or, et enfin celle qui a subi cette dernière opération.

« Tout le monde sait d’ailleurs que M. Möser a le premier reconnu que l’essence de térébenthine, les huiles fixes, les graisses, etc., appliquées sur la plaque avant ou après l’iode, n’empêchent pas la formation des images.

» Puis ces messieurs ajoutent que :

« Soumise a l’action de la lumière dans la chambre uoire , la couche sensible ainsi préparée se comporte exactement comme la couche d’iode obtenue par les méthodes usuelles. L’image s’y produit de la même manière et dans le même temps. »

« Comment se fait-il que cette couche organique, si nécessaire selon MM. Belfield et Foucault, n’accélère nullement l’action de la lumière?

« Enfin ces messieurs terminent ainsi :

« De l’ensemble de nos expériences nous pensons pouvoir conclure :

« 1º que l’image daguerienne se forme dans l’épaisseur d’une couche organique étendue par le polissage à la surface de l’argent, etc., etc. «

« Quoique cette couche de vernis soit réellement sensible à la lumière (par elle-même et non pas à cause de son application sur l’argent), cette sensibilité est ici tout à fait inutile, puisque ces messieurs reconnaissent qu’elle n’active en rien la formation de l’image. Le seul service que peut rendre au procédé cette couche de vernis, est de s’emparer de l’iode mis en liberté pendant l’opération de la chambre noire, et de remédier ainsi à l’effet qu’ont signalé dernièrement MM. Choisselat et St. Ratel, effet que je regarde comme positif.

« Pour prouver que je connaissais avant MM. Beïfield et Foucault la sensibilité à la lumière des vernis en en général, je demande la permission de rapporter ici ce que j’ai écrit à ce sujet et ce qu’il n’est pas probable que ces messieurs aient ignoré, puisque cela est imprimé dans ma brochure publide en 1839.

« La substance que l’on doit employer de préférence est le résidu que l’on obtient par l’évaporation de l’huile essentielle de lavande, appliqué en couche très-mince, par le moyen de sa dissolution dans l’alcool.

« Bien que toutes les substances résineuses ou bitumiueuses, sans en excepter une seule, soient douées de la même propriété, c’est-â-dire celle d’être sensibles à la lumière, on doit donner la préférence à celles qui sont le plus onctueuses, parce qu’elles donnent plus de fixité à l’épreuve; plusieurs huiles essentielles perdent ce caractère lorsqu’elles sont exposées à une forte chaleur.

« Ce n’est cependant pas à cause de sa prompte décomposition à la lumière que l’on doit préférer le résidu d’huile de lavande; il est des résines, le galipot par exemple, qui, dissoutes dans l’alcool et étendues sur un verre ou sur une plaque de métal, laissent, par l’évaporation de l’alcool, une couche très-blanche et infiniment plus sensible à la radiation qui opère cette décomposition. Mais cette plus grande sensibilité à la lumière, causée par une évaporation moins prolongée, rend les images ainsi obtenues plus faciles à se détériorer; elles se gercent et finissent par disparaître entièrement lorsqu’on les expose plusieurs mois au soleil. Le résidu de l’huile essentielle de lavande présente plus de fixité, sans être cependant inaltérable par l’action du soleil, etc. »

« En résumé, dans le procédé qui nous occupe ici, il est probable que l’huile de lavande est aussi préférable à l’essence de térébenthine.

« La couche d’essence appliquée sur la plaque n’est pas un obstacle à la formation des images, parce que l’iode, étant soluble dans l’essence, pénètre cette couche et se met ainsi en contact avec l’argent.

« Voici le procédé dont je me suis occupé dans le but de simplifier le polissage, tout en neutralisant l’effet de la crasse laissée par le coton, autrement que par la couche d’eau qui a, j’en conviens, l’inconvénienl d’allonger la préparation de la plaque. Quoique ce moyen ne soit pas encore complet, en ce qu’il ne détruit pas entièrement l’influence de la crasse du coton, je le donne cependant dans l’espoir que les efforts des personnes qui s’en occuperont, joints aux miens, ne tarderont pas à lui faire faire ce dernier pas.

« Ce procédé consiste à mêler dans un flacon une huile fixe (l’huile d’olive m’a paru préférable) avec de l’acide sulfurique du commerce et en égale quantité (1) ([iii]).

« Au moment du mélange il s’opère une action très-violente, et le flacon s’échauffe vivement. Il faut, avant de s’en servir, le laisser refroidir.

« Alors on prend, avec du coton, un peu de ce composé, et on l’étend très-promptement sur toute la plaque; puis on frotte avec de la poudre de ponce jusqu’à ce que l’argent ait pris un poli bien noir. Il est important que cette couche d’huile et d’acide sulfurique soit très-mince, quoiqu’elle ne s’oppose pas au contact de l’iode et de l’argent.

« On peut encore employer le mélange suivant, auquel je donnerais peut-être la préférence s’il ne fallait, avant de s’en servir, toujours avoir soin d’agiter le flacon.

« C’est une partie d’acide nitrique du commerce avec cinq parties d’huile d’olive. Après avoir bien secoué ce composé, on peut l’employer imniédiatement de la même manière que le precédent.

« On pourra sans doute faire avec succès des composés à l’aide de substances autres que l’huile d’olive et que l’acide sulfurique ou nitrique.

« J’ai remarqué qu’avec ces composés, non-seulement on obtient plus de promptitude qu’avec les essences, mais encore que les parties lumineuses se solarisent moins; ce qui donne lieu d’espérer qu’en persévérant dans cette route, on arrivera bientôt à obtenir des épreuves dans lesquelles la végétation verte pourra être faite sans que le ciel ait pu dépasser son maximum de lumière, car tout le monde sait qu’au delà de ce point les grands clairs deviennent bleus. Je crois que, pour parvenir à ce but, il est indispensable d’employer un acide.

« On peut ajouter à ces mélanges une petite quantité diode qu’on fera bien dissoudre préalablement dans l’huile avant d’y ajouter les acides; il fautmettre dans l’huile assez d’iode pour la colorer fortement. »


([i]) (1) Depuis la publication de ce procédé, j’ai reconnu qu’avant de verser l’eau, il est nécessaire de couvrir la plaque de la vapeur de haleine, parce qu’autrement il se développe de l’élecrticité á l’endroit d’abord touché par l’eau, et cet endroit reste toujours visible malgré les opérations qui suivent.

([ii]) (1) Dans cette saison, où il y a peu d’humidité dans l’air, la différence de promptitude n’est que de moitié ; mais dans le mois de mars j’ai reconnu qu’elle était, comme je l’ai annoncé alors, dans la proportion de 3 à 8.

([iii]) (1) La dose d’acide sulfurique pourrait être augmentée, car la proportion que j’indique ici n’est que pour faciliter l’emploi de cet acide.

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1843

28 de Agosto

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

T.

Nº.

Pag. 480, 481, 482

PHOTOGRAPHIE. - Des phénoménes qui déterminent la formation de l’image daguerrienne; par M. le docteur Belfield-Lefèvre.

 

« La couche iodurée qui doit recevoir l’image de la chambre noire est formée de deux couches superposées et distinctes: une couche superficielle essentiellement composée d’un carbure d’hydrogène ioduré, contenant, à l’état de combinaison ou de condensation, une quantité plus ou moins notable d’oxygène, et une couche profonde essentiellement formée d’iodure d’argent.

» L’action de la lumière sur ces deux couches est successive et distincte: elle agit sur la première en l’oxydant et en la transformant ainsi en une résine iodurée pulvérulente; elle agit sur la seconde en la réduisant, à l’aide de la couche résineuse superposée, à l’état de sous-iodure insoluble. Ainsi, les deux hypothèses principales qui ont été avancées pour expliquer la formation de l’image daguerrienne seraient toutes deux également fondées: l’une, qui veut

que la couche impressionnable soit trouée, déchirée, persillée par l’action de la lumière pour permettre à la vapeur du mercure d’atteindre à la surface de l’argent; l’autre, qui explique la formation de l’image par la formation locale de mélanges en proportions différentes d’iodure et de sous-iodure d’argent.

« L‘œuvre de la lumière peut donc être divisée en deux périodes bien distinctes: pendant la première période, elle oxyde la couche organique; elle réduit le sel métallique pendant la seconde. Il est évident, dès lors, que l’image sera d’autant plus promptement formée que la couche organique sera de nature plus facilement oxydable, et que la substance dont on aura fait choix pour opérer, sous l’influence de la lumière, la réduction de l’iodure d’argent, aura pour l’iode des affinités plus puissantes.

« Toutes choses égales d’ailleurs, l’image se formera d’autant plus rapidement que la couche organique se rapprochera plus complétement de la composition du carbure d’hydrogène, qu’elle sera étendue en pellicule plus mince à la surface de la plaque, et qu’elle sera plus complétement saturée d’oxygène absorbé. L’acide nitrique, dont M. Daguerre vient de signaler l’action, agit exclusivement comme élément oxydant; il en est de même de l’acide nitreux et vraisemblablement aussi du deutoxyde d’azote, car l’on sait, depuis les expériences de Priestley, que les huiles volatiles absorbent avec avidité le gaz oxyde nitrique avec l’oxygène duquel elles se combinent. Ainsi, si la couche organique est imparfaitement ou inégalement oxygénée, l’exposition de cette couche à l’action des vapeurs nitreuses aura un résultat marqué sur la formation de l’image; mais, dans le cas où cette couche serait déjà saturée d’oxygène, les vapeurs nitreuses n’auraient d’action qu’en détruisant entièrement la faculté de former image.

« Lorsque l’on expose la couche iodurée à la vapeur du brome, celle-ci est absorbée: une première portion se combine avec le carbure d’hydrogène en déplaçant une quantité équivalente d’iode qui se dégage; une deuxième portion se combine avec l’iode libéré et forme un bromure iodeux. C’est à cette libération de l’iode qu’il faut attribuer le changement de couleur que détermine l’absorption du brome, et c’est la présence de cet iode libre qui explique pourquoi l’on peut exposer impunément la plaque iodurée à l’action de la lumière avant de la soumettre à l’influence du brome, le sous-iodure formé par l’action de la lumière étant de nouveau transformé en iodure par l’action du brome. Mais on sait aussi qu’il y a, pour cette exposition préalable à la lumière diffuse, une limite qu’on ne peut pas dépasser: c’est que l’action du brome, qui peut rétablir la composition de la couche profonde, ne peut pas réintégrer l’organisation de la couche superficielle.

« La transformation, sous l’influence de la lumière, du carbure d’hydrogène bromuré et saturé d’oxygène en une résine pulvérulente, parait être extrêmêment rapide. Il est probable que l’oxygène absorbé se combine et qu’il y a formation simultanée et dégagement d’acide carbonique et d’acidhydrobromique. D’un autre côté, la réduction de l’iodure d’argent en sons-iodure sous l’influence combinée de la lumière et du bromure iodeux est pres-que instantanée, l’iode libéré faisant passer le bromure iodeux à l’état de bromure iodique. C’est à cette double action sur l’une et l’autre couche qu’il faut attribuer la puissance accélératrice du brome.

« Ainsi, pour des surfaces égales, la quantité de brome que devra absorber une plaque iodurée dépendra essentiellement, et surtout, de la composition chimique, de l’épaisseur et du degré d’ioduration de la couche superficielle. C’est pour cela qu’il est possible de soumettre la couche sensible à l’action accélératrice du brome avant d’en avoir terminé l’ioduration, ce qui serait évidemment impossible si la quantité de brome absorbé devait dépendre, soit de l’épaisseur de la couche d’iodure d’argent, soit de la quantité d’iode libre qui y serait condensé.

« Lorsque la couche iodurée est exposée à l’action d’un excès de brome, celui-ci, au lieu de se substituer à l’iode dans sa combinaison avec le carbure d’hydrogène, réagit sur ce composé pour donner naissance à quelqu’un de ces nombreux produits qui résultent de l’action des éléments oxydants ou des corps halogènes sur des huiles essentielles. Alors la transformation de la couche superficielle en une résine pulvérulente, sous l’influence de la lumière, ne peut plus s’effectuer: les vapeurs du mercure n’atteignent plus la couche profonde, et l’image n’apparaît plus qu’imparfaitement et comme couverte d’un voile. On conçoit dès lors pourquoi la formation du voile de brome n’est pas un indice certain du degré d’impressionnabilité de la couche sensible, ce phénomène étant dû à une réaction du brome sur la couche organique, et la composition de cette couche organiqué pouvant être essentiellement différente. Au reste, l’iode lui-mêine dans certaines circonstances, le chlore, le brome, le cyanogène , et les acides nitrique et nitreux peuvent tous donner naissance à ce phénomène désigné sous le nom de voile du brome.

« Les réactions de la chambre à mercure nous paraissent être celles que MM. Choiselat et Rate1 ont si bien décrites. Toutefois nous ferons remarquer que, suivant nous, il ne se formerait pas d’iodure de mercure dans les noirs, l’iodure d’argent étant là protégé par la couche superficielle encore intacte. Nous ajouterons que l’image est d’autant plus longue à paraître que cette couche superficielle est plus épaisse, et que la formation de deutoiodure rouge de mercure est d’autant plus abondante que cette couche a été plus complétement saturée d’iode libre.

« La sensibilité de la couche impressionnable, préparée en se conformant aux indications que nous venons de donner, est bien certainement cent fois plus grande que la sensibilité de la couche iodurée de M. Daguerre: c’est-à-dire que, dans les circonstances de lumière, d’appareil et d’objet où M. Daguerre comptait trois minutes d‘exposition, deux secondes peuvent aujourd’hui suffire. Pour préciser davantage encore, nous dirons qu’à Paris, avec la chambre noire de M. Daguerre , du 1er  mai au 1er septembre, de dix heures à deux heures, par un ciel bleu et par le plein soleil, le temps d’exposition à la chambre noire devra toujours être compris entre trois et six secondes. En dehors de ces limites ce ne sont pas des anomalies dans l’action de la lumière, mais des défauts dans la sensibilité de la préparation qu’il faut accuser.

« Enfin, quant à la proportionnalité de la réaction chimique à l’intensité de l’action lumineuse, elle est déjà suffisante, ainsi qué 1’Académie s’en pourra convaincre, pour que le modelé de la végétation verte puisse être rendu avant que les grandes lumières ne soient dépassées. »

quinta-feira, 3 de dezembro de 2009

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1843

23 de Outubro

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

T.

Pag. 914, 915, 916

PHOTOGRAPHIE. - De l’emploi de l’acide chloreux comme substance accélératrice; par M. Belfield-Lefèvre. (Extrait par l’auteur.)

 

« Lorsque l’on expose la couche iodurée qui doit recevoir l’image de la chambre noire à l’action du gaz acide chloreux pur, celui-ci est absorbé, et la sensibilité de la couche iodurée s’en accroît dans la proportion de 1 à 180 environ.

« Pour obtenir cette sensibilité extrême, qui est un maximum, il suffit que la couche iodurée soit soumise pendant 90 secondes à l’action d’une atmosphère contenant 2 millièmes de son volume de gaz acide chloreux. Une exposition plus prolongée à une atmosphère plus chargée de vapeur chloreuse n’accroît plus la sensibilite de la couche impressionnable, mais elle n’entraîne non plus aucun de ces accidents fâcheux qui résultent d’ordinaire de faibles excès dans les dosages des substances accélératrices.

« La sensibilité de la couche ioduree saturée de gaz acide chloreux nous a toujours paru parfaitement constante. Nous osons donc espérer que la photométrie pourra compter un nouveau moyen de mesurer l’action chimique des radiations lumineuses.

« L’emploi de l’acide chloreux en photographie a en outre cet avantage bien remarquable, qu’il ne permet pas cette réduction complète de l’iodure d’argent d’où résulte la coloration en bleu. Les épreuves passent, mais elles ne brûlent pas. En d’autres termes, la réduction s’arrête, pour les grandes lumières, aussitôt que celles-ci ont acquis leur pleine valeur; mais si l’exposition à la chambre noire est prolongée au delà de ce terme, la réduction continuera de s’effectuer dans les demi-teintes et dans les noirs jusqu’à ce que l’image soit entièrement nivelée.

« Ces modes d’agir de l’acide chloreux nous paraissent faciles a expliquer.

« Absorbé dans l’obscurité par la couche impressionnable, que nous savons être composée de carbure d’hydrogène et d’iodure d’argent, le gaz acide chloreux pur ne peut réagir directement ni sur l’un ni sur l’autre de ces deux éléments distincts. On conçoit , dès lors, que la couche iodurée puisse être exposée à un excés de gaz acide chloreux, sans que l’on ait à redouter les accidents que détermine l’excès de chlore ou de brome libres, et qui tiennent à ce que ces substances, employées pures, réagissent sur le carbure d’hydrogène ne pour former des hydracides, et sur l’iodure d’argent pour former des chlorures et des bromures. La substitution d’une combinaison oxygénée de chlore au chlore lui-même permettra donc toujours d’atteindre au maximum de sensibilité de la couche impressionnable, et ce maximum sera une quantité à peu prés constante.

«  Soumis a l’action de la lumière, l’acide chloreux et le carbure d’hydrogène réagissent l’un sur l’autre par voie de double décomposition. Le chlore de l’acide brûle tout l’hydrogène du carbure pour former de l’acide chlorhydrique, et l’oxygène brûle une portion du carbone, tandis que le résidu du carbone forme un carbure diode aux dépens de l’iodure d’argent réduit. Le point de départ du phénomene est donc la tendance de l’acide chloreux à se décomposer en présence d’un carbure d’hydrogène et sous l’influence de la lumière solaire : le résultat définitif, c’est la réduction de l’iodure d’argent, à l’aide du carbone naissant. La rapidité extrême avec laquelle l’image se forme nous paraît ainsi suffisamment expliquée.

» Pour que le résultat soit atteint avec certitude, il faut et il suffit que la quantité de chlore absorbée puisse brûler tout l’hydrogèue du carbure. Un  excès réagirait, sous l’influence de la lumière, sur l’iodure d’argent, et cet excès se traduit sur l’épreuve par une tache blanche, nacrée, chatoyante et limitée par les lignes mêmes de l’image.

« Nous avons avancé que dans la formation de l’image daguerrienne, il y avait a la fois oxydation ou résinification de la couche organique superficielle, et réduction de la couche profonde. En substituant au chlore ou au brome une de leurs combinaisons oxygénées, on transforme, et cela doit être, l’oxydation de la matière organique en une combustion complète. Cette modification dans l’action chimique entraîne nécessairement des modifications correspondantes dans l’image produite. Et, en effet, dans les procédés ordinaires, lorsque l’image est formée par l’action de la lumière dans la chambre noire, il reste à la surface de l’iodure partiellement réduit une résine pulvérulente qui complétera l’œvre de la réduction si l’exposition se prolonge: et lorsque la vapeur de mercure se condensera sur l’épreuve, cette résine, interposée entre elle et l’iodure d’argent, retardera, pendant un temps, la réaction. En substituant l’acide chloreux. au brome, et par suite la combustion du carbure d’hydrogène à son oxydation, il doit en résulter que la.réduction de l’iodure d’argent dans la chambre noire s’arrêtera dès lors qu’il n’y aura plus de carbone libre pour l’effectuer, et que l’image apparaîtra sous la vapeur du mercure, dès l’instant où celle-ci sera condensée à la surface de l’épreuve. Et c’est bien là en effet ce qui a lieu.

« Voici une méthode que l’on peut suivre dans l’emploi du gaz acide chloreux:

» On fait fondre dans une capsule de porcelaine, et à une douce chaleur, du chlorate de potasse cristallisé. Lorsque la masse vitrifiée est refroidie, on en introduit quelques grossiers fragments, 4 à 5 décigrammes peut-être, dans un flacon dela contenance de 1 centilitre environ: on verse sur ces fragments 4 à 5 grammes d’acide sulfurique pur et concentré, et on couserve le mélange soigneusement abrité de toute lumière. Le flacon ne tarde pas à se remplir de gaz acide chloreux que l’on peut y puiser avec une petite pompe en cristal pour l’injecter ensuite dans la capsule à brome, suivant l’ingénieux procédé indiqué par M. Choiselat pour l’emploi du bromoforme. 1 centimètre cube de gaz pour une surface iodurée de 1 décimétre carré sera un dosage approximatif assez exact.

« Nous croyons devoir indiquer aussi le mode que nous employons pour la préparation de la couche organique, tant elle importe, suivant nous, au succès de toutes les opérations ultérieures.

» On saupoudre de tripoli la surface de l’argent, on y laisse tomber quelques gouttes d’huile essentielle de fleurs de lavande fraichement distillée; puis on la polit avec un tampon de coton jusqu’à. ce qu’elle soit recouverte d’une couche uniforme de cambouis noirâtre. Alors, avec un tampon nouveau de coton et une nouvelle addition de poudre siliceuse, on enléve le cambouis formé, arrêtant l’opération sitôt que la surface de l’argent apparaît nette, noire et brillante.

» A cet état, la surface métallique condense le souffle en une nappe uniforme, blanche, mate et translucide. L’acide nitrique, étendu de dix fois son volume d’eau, ne la mouillerait pas; mais une goutte d’acide sulfurique que l’on y étendrait à l’acide d’un tampon d’amiante s’y colorerait en brun. »

quarta-feira, 2 de dezembro de 2009

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

1846

12 de Outubro

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

T. XXIII

Nº. 15

Pag. 713, 714

MÉMOIRES PRÉSENTÉS

PHOTOGRAPHIE. - Note sur un procédé qui permet de reproduire avec une égale perfection, dans une image daguerrienne, les tons brillants et les tons obscurs du modèle; par MM. Belfied-Lefévre et Léon Foucault.

 (Commissaires, MM. Becquerel, Dumas, Babinet.)

« Après que M. Daguerre eut fait connaître sa brillante découverte, les amateurs et les artistes n’ont pas tardé à s’apercevoir que la plaque iodée n’est pas apte à reproduire l’image complète de toute espèce de sujet. Il suffit que les diverses parties d’un même point de vue possèdent des intensités notablement différentes pour que, dans 1’épreuve obtenue avec une plaque iodée, ces parties ne puissent venir simultanément avec des tons correspondant à leurs intensités respectives. Il faut choisir: il faut, ou s’arrêter au point convenable pour donner aux clairs leur véritable valeur, auquel cas les détails des parties obscures n’apparaîtront pas, ou bien il faut prolonger l’action de la lumière pour favoriser l’apparition de ces détails, et alors les parties claires se confondront les unes avec les autres, et elles seront, comme on dit, brûlées.

« L’emploi des substances accélératrices est venu modifier heureusement cet état de choses. En même temps qu’elles permirent d’opérer plus rapidement, elles offrirent à l’expérimentateur des couches sensibles capables d’embrasser des degrés plus éloignés dans l’échelle des tons. Toutefois ces degrés sont encore bien loin d’atteindre ceux mêmes que l’oeil de l’homme peut apprécier en même temps. Et si quelque réaction nouvelle peut, sans être favorable à la sensibilité des plaques, augmenter leur aptitude à conserver distincte l’empreinte des tons les plus disparates, il ne sera pas inutile d’y recourir en certains cas. Si, d’ailleurs, le photographiste sait manier habilement ces différentes couches sensibles sans s’adonner exclusivement à la plus impressionnable, il pourra, dans l’exercice de son art, maîtriser et varier ses effets; il pourra, selon les cas, tempérer la dureté d’un soleil trop cru frappant en plein sur des objets inégalement réfléchissants, ou bien rehausser la vigueur d’un sujet uniforme ou manquant de relief.

« C’est dans l’intention de concourir à accroître ces ressources que nous nous décidons, M. Belfield et moi, à faire connaître un nouveau mode de préparation de la couche sensible, qui a précisément pour effet de donner aux plaques cette qualité dont nous venons de parler, et qui les rapproche en quelque sorte de la rétine de l’homme.

« Notre méthode exige l’emploi de l’iode et du brome, et réussira facilement entre les mains des personnes qui ont l’habitude d’employer ces substances isolément. Elle consiste à polir la plaque et à l’ioder comme à l’ordinaire, puis à lui faire absorber, par un procédé quelconque, une quantité de vapeur de brome égale à trois fois celle que la pratique et l’usage ont reconnue susceptible de communiquer aux plaques le maximum de sensibilité. Tandis que la dose ordinaire de brome ne change pas visiblement la teinte de la couche iodurée, celle que nous recommandons ici lui fait acquérir une teinte foncée d’un violet bleuâtre.

« La sensibilité des plaques ainsi surchargées de brome se trouve réduite au tiers de ce qu’elle serait si l’on s’était arrêté à la dose ordinaire, mais elles sont devenues aptes à donner une épreuve complète et détaillée des sujets qui présentent les plus graudes variétés de tons. On en jugera par l’inspection du petit tableau que nous présentons et qui a été fait par un temps de soleil. On y voit à la fois des nuages au ciel, des maisons blanches avec des ombres portées bien transparentes, et des arbres dont le feuillage se dessine par groupes a peu près comme un artiste les aurait indiqués.

« Nous recommandons de tripler la quantité de brome, parce que si l’on n’abordait pas franchement ce nouveau dosage, si l’on se tenait en deçà, on serait presque sûr d’obtenir une image complétement voilée; il ne faudrait pas non plus aller au delà, car la plaque aurait de la peine à condenser le mercure, et l’image serait moins apparente.

« Cette propriété nouvelle et bien constatée qu’un excès de brome communique aux plaques iodées, pourra fournir quelques applications utiles; mais, en outre, il nous a semblé qu’au point de vue physique et chimique, ces faits n’étaient pas sans intérêt; c’est ce qui nous a engagés à les communiquer à l’Académie. »