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quarta-feira, 18 de março de 2009

1886, 5 de Abril - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. CII
Nº. 14
Pag. 822, 823
*
PHOTOGRAPHIE. - Sur une nouvelle mèthode de reproduction photographique, sans objectif, et par simple réflexion de la lumière. Note de M. Boudet de Paris, présentée par M. Lippmann.

« Dans une Communication faite a la Société internationale des Électriciens, le 3 mars dernier, j'ai montré que les propriétés actiniques de l'effluve électrique permettent de reproduire photographiquement un objet plan quelconque, simplement posé sur une plaque préparée au gélatinobromure d'argent. J'ai ajouté que les résultats ainsi obtenus deviennent beaucoup plus nets et plus intenses lorsque l'effluve est réfléchi par un miroir plan servant de support à la plaque photographique.
» Iles effets produits par la lueur électrique réfléchie m'ont engagé tenter d'autres recherches, dont j'ai l'honneur de soumettre aujourd'hui les résultats à l'Académie.
« Une plaque au gélatinobromure est posée à plat sur un miroir plan, le côté sensibilisé en haut; sur cette surface sensibilisée, on place le dessin ou la photographie que l'on veut reproduire; pour éviter tout effet de transparence, on ajoute par-dessus un carton très épais, ou mieux un papier noirci; puis on recouvre avec un carreau de verre ordinaire, qui permet de maintenir en contact tout cet assemblage. Ensuite on expose pendant quelques secondes à la lumière d'une lampe Carcel, à 0m,25 ou 0m,30 de distance, et en inclinant le miroir sous divers plans, de façon à permettre aux rayonslumineux de pénétrer obliquement sous tous les points de l'objet a reproduire. On développe enfin le cliché et on le fixe selon la méthode ordinaire.
« Je joins à cette Note plusieurs clichés obtenus d'après ce procédé. Ils prouvent suffisamment qu'un dessin, une photographie, un objet plan quelconque, peuvent être reproduits photographiquement sans le secours des appareils ordinaires et à la lumière d'une lampe Carcel.
« De nombreuses expériences, répétées sous toutes les formes, m'ont démontré que l'impression du bromure d'argent n'a lieu, sans appareil à lentilles, qu'à la condition que la lumière soit réfléchie; je n'ai jamais rien pu obtenir avec la lumière directe.
« J'ai pensé que ces expériences, si faciles à répéter, intéresseraient les physiciens, et je serais heureux si elles pouvaient servir de point de départ à des recherches scientifiques plus importantes. »

terça-feira, 17 de março de 2009

1888, 19 de Novembro - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
Juillet-Décembre
T. CVII
Nº. 21
Pag. 837, 838, 839
*
PHYSIQUE. - Sur la décomposition des sels haloïdes d'argent sous l'influence de la lumière. Note de M. F. Griveaux, présentée par M. Lippmann.

« Il résulte des recherches que j'ai entreprises depuis plusieurs années que la décomposition des sels haloïdes d'argent, provoquée par la lumière, peut être considérée comme une dissociation, telle que la produit la chaleur. On observe, en effet, particulièrement avec l'iodure d'argent, les faits suivants :
« 1º Si l'on fait tomber un faisceau de lumière, de manière à l'éclairer complètement, sur l'une des deux lames d'argent recouvertes d'une couche d'iodure d'argent et placées dans une auge contenant un liquide, il se développe une force électromotrice qui, au bout d'un certain temps, acquiert une valeur maximum.
« 2º Si l'on fait circuler, d'une façon continue, dans l'auge, des dissolutions d'iode de concentrations différentes, les lames iodurées restant identiques, on trouve que la valeur maximum de la force électromotrice, développée par la lumière éclairant la totalité de l'une des lames, diminue progressivement à mesure que la concentration de la liqueur augmente. Il existe toujours une dissolution dont la concentration est telle que la force électromotrice qui s'y rapporte soit nulle. Il en est de même pour toutes les dissolutions de concentrations plus grandes.
« 3º Si l'on place successivement l'auge à des distances plus grandes de la source lumineuse, de manière à faire décroître la température actinique de la lame totalement éclairée, on constate que la concentration de la liqueur circulant dans l'auge, à laquelle se rapporte la force électromotrice, de valeur nulle, va en diminuant de plus en plus.
« 4º On dispose l'auge à une distance D de la source, et l'on y fait circuler la dissolution de concentration c pour laquelle la force électromotrice est égale à 0. Si l'on rapproche progressivement l'auge de la source lumineuse, il se développe une force électromotrice qui prend des valeurs régulièrement croissantes. Si on l'arrête à la distance d de la source, la force électromotrice atteint la valeur qu'elle aurait prise si l'on avait, initialement, placé l'auge à la distance d de la source.
» Inversement, l'auge étant placée à une distance telle de la source qu'il y ait développement de force électromotrice avec la dissolution employée et qu'on l'en éloigne graduellement, la force électromotrice décroît d'une manière continue et devient nulle à la distance à laquelle il aurait fallu initialement placer l'auge pour obtenir une force électromotrice égale à 0, avec la dissolution employée.
« 5º Si l'on opère avec des lames identiques, l'auge ètant placée à une distance invariable de la même source, on trouve que, en faisant circuler dans l'auge une dissolution de concentration c, on obtient une force électromotrice de valeur f et, en employant une dissolution de concentration c', une force électromotrice de valeur f ’.
» Si, dans le premier cas, on substitue à la circulation de la liqueur de concentration c celle de la liqueur de concentration c’, on voit la force électromotrice varier d'une manière continue de f à f '.
« Réciproquement, dans le second cas, si l'on substitue à la circulation de la liqueur de concentration c' celle de la liqueur de concentration c, on voit encore la force électromotrice varier d'une manière continue de f ' à f .
« 6º Lorsque, après avoir laissé se développer jusqu'a sa valeur maximum la force électromotrice produite dans une dissolution de concentration déterminée, on arrête la circulation de cette dernière, la force électromotrice prend des valeurs lentement et régulièrement croissantes. Si l'on rétablit la circulation de la dissolution a travers l'auge, la force électromotrice décroît lentement et d'une manière continue jusqu'à ce qu'elle se soit fixée à sa valeur primitive.
« Dans le premier cas, l'accroissement de force électromotrice est la conséquence de la diminution progressive de la concentration résultant de la décomposition de l'eau par l'iode sous l'influence de la lumière. Cette diminution de concentration est d'ailleurs rendue visible par la décoloration de la dissolution.
« Dans le second cas, la diminution de la force électromotrice résulte de l'accroissement de concentration de la dissolution, déterminé par le rétablissement de la circulation.
« 7º Les mêmes faits s'observent avec le bromure et le chlorure d'argent. Seulement, dans les mêmes conditions d'expcrience, la concentration de la dissolution, à laquelle se rapporte la force électromotrice nulle, depend de la nature du sel sensible. »

1889, 11 de Março - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
Janvier-Juin
T. CVIII
Nº. 10
Pag. 514, 515
*
PHOTOGRAPHIE. - Sur un petit appareil portatif pour la production facile et sans danger de l'éclair magnésique. Note de MM. Ad. Guébhard et P. Ranque, présentée par M. Lippmann.
« Si l'usage des photopoudres, mélanges explosifs photogéniques à base de magnésium, a plus que doublé le champ d'activité de la photographie instantanée, en ajoutant la nuit au jour et l'intérieur au plein air, il offre de très grands inconvénients, des dangers même, à cause de l'explosibilité des substances détonantes qui entrent dans les formules, ainsi que de l'action irritante qu'exercent sur les bronches les nuages de fumée produits par la combustion dans une atmosphère confinée.
« L'inflammation directe de la poudre de magnésium brusquement projetée sur une flamme supprimant tous ces inconvénients, nous nous sommes proposé de remplacer par un petit appareil portatif, facile à construire et à employer, les dispositifs plus ou moins complexes, encombrants et coûteux, qui ont été mis dans le commerce jusqu'à ce jour.» Un pelit tube de 10cm environ de longueur et 0cm,4 de calibre, contourné en forme de cor de chasse, voilà tout l'appareil (fig. 1 et 2). Par l'un des bouts, légèrement évasé, on introduit la petite dose de poudre nécessaire: 0gr, 2 (quantité que deux repères gravés sur le tube peuvent permettre de retrouver toujours facilement) produiront un éclairage amplement suffisant à 3m de distance pour un objectif de 2 cm d'ouverture et

10cm de distance focale. Au bout opposé du tube, s'adapte le tuyau en caoutchouc de la poire habituellement employée pour la manoeuvre des obturateurs pneumatiques. La petite bague de verre étant alors simplement passée au doigt indicateur ou au pouce d'une main tenant une bougie allumée (fig. 1 et 2), le pavillon braqué obliquement de bas en haut sur la grande largeur de la flamme, il suffira d'une pression de la main libre sur la poire pour provoquer la projection de la poudre et sa subite inflammation, sous forme d'éclair photogénique assez puissant pour permettre aux objets situés dans le champ de l'objectif, préalablement ouvert, d'impressionner instantanément la plaque au gélatinobromure d'argent.« Par des procédés d'attache ou des modifications de forme extrêmêment simples (fig. 3 à 7), on peut établir à poste fixe un ou plusieurs de nos photospires qui, commandés à distance par une même poire, permettront de produire, l'instant précis que l'on désire, plusieurs foyers simultanés, d'intensités et de positions quelconques, résultat fort difficile à obtenir par tout autre procédé. »

1889, 29 de Abril - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
Janvier-Juin
T. CVIII Nº. 17
Pag. 871, 872, 873
*
PHOTOGRAPHIE . – Sur l'obtention de photographies en valeurs justes par l'emploi de vemes colorés ; par M. G. Lippmann.

« On sait que la photographie actuelle a un grave d’efaut: elle fournit des images où les valeurs sont très mal rendues, et inême en quelque sorte renversées: le bleu, qui est la plus sombre des couleurs, vient en blanc; le jaune, le vert, le rouge viennent en noir. De sorte que l'on ne voit en clair, dans une photographie, que le bleu, qui vient en blanc, que le blanc, parce que le blanc contient du bleu; et les autres couleurs ne viennent qu'en raison de la quantité de bleu qu'elles se trouvent contenir.
» C'est qu'en effet la plaque photographique est très sensible aux rayons bleus et qu'elle l'est très peu aux autres. De sorte que le temps de pose qui est suffisant pour le bleu est très loin d'être suffisant pour les autres rayons colorés. Si, avec un appareil ordinaire, on essayait de prolonger le temps de pose de manière à permettre au vert d'impressionner la plaque, le bleu agirait environ quarante fois trop longtemps et mettrait l'épreuve hors d'usage.
« Aussi cherche-t-on depuis longtemps à modifier les couches impressionnables de manière à les rendre, s'il était possible, plus sensibles au jaune, au vert et au rouge qu'au bleu. Mais on est encore loin d'avoir résolu le problème: même les plaques dites isochromatiques ou orthochromatiques de Vogel, d'Obernetter, d’Attout-Tailfer, tout en étant plus sensibles au vert et au rouge que les anciennes, sont encore loin de l'être suffisamment.
« En attendant que l'on ait réussi à créer des couches photographiques dont la sensibilité soit semblable à celle de la rétine, j'ai constaté que l'on pouvait se servir des plaques actuelles de manière a obtenir des images à valeurs justes; il suffit de faire un usage rationnel et systématique d'un système de verres colores.
» Je mets dans la chambre noire une plaque Attout-Tailfer. Devant l'objectif je place une glace bleue et je fais poser le peu de temps nécessaire pour que les rayons bleus de l'image impressionnent les plaques. Ensuite, sans toucher d'ailleurs à l'appareil et en ayant soin de ne pas le déplacer, je substitue a la glace bleue une glace verte, et je continue la pose pendant un temps suffisant pour que le vert, à son tour, impressionne la plaque fortement. La glace verte a été choisie avec le plus grand soin, de façon qu'elle ne laisse pas passer la moindre trace de bleu. Dans ces conditions, on peut donner aux rayons verts le temps de pose qui leur est nécessaire, sans avoir a craindre que le bleu, cette fois totalement éliminé, vienne perdre l'épreuve par son action indûment prolongée. Enfin c'est au tour des rayons rouges: on les fait agir en substituant devant l'objectif une glace rouge a la glace verte. Cette glace rouge doit être choisie avec soin, de manière a ne pas laisser passer la moindre trace de rayons verts ou bleus.
« Le résultat final de cette triple pose est de donner des photographies claires, sans taches brunes, et dans lesquelles les feuillages verts, les draperies jaunes ou rouges, etc., au lieu de donner des nuances brunes, sont rendus par un dessin finement modelé comme dans une gravure bien faite.
« On sait qu'on a déjà employé en Photographie des verres jaunes placés sur le trajet des rayons en vue d'éliminer en partie la lumière bleue. M. Vogel en donne un exemple : il publie dans son Ouvrage (1) ([i]) une photographie sur plaque à l'azaline obtenue à travers un verre jaune. Le temps de pose de une seconde avait été porté à deux. On en peut conclure que les rayons bleus n'étaient que partiellement éliminés; l'action des rayons verts purgés de bleu n'eût pas exigé moins de quarante secondes, l'action des rayons rouges moins de mille secondes. »
([i]) (1) H.-W. Vogel, La Photographie des objets colorés avec leurs valeurs réelles, p.188. Paris, Gauthier-Villars ;1887.

1889, 7 de Maio - Comptes Rendus des Séances de L'Académie des Sciences

Comptes Rendus des Séances de L'Académie des Sciences
Janvier-Juin
T. CVIII
Nº. 18
Pag. 968
*
PHOTOGRAPHIE.- Observations sur l'emploi des verres colorés en Photographie.
Note de M. Delaurier.
« Les recherches de M. Lippmann, pour obtenir des photographies ayant des valeurs justes de lumière, m'ont remis en mémoire des essais infructueux que j'ai faits pour obtenir des photographies en couleurs naturelles exactes, par l'action de la lumière du soleil, en me servant tour à tour de trois verres : l'un rouge, l'autre jaune et le dernier bleu ; c'est-à-dire les trois couleurs primitives qui forment le blanc. C'était la base de mes travaux, qui, naturellement, comportaient d'autres détails trop longs et inutiles à rapporter ici.
» Dans ces expériences, j'ai remarqué que la lumière traversant un verre orangé donnait une égalité d'action photogénique pour les objets à reproduire de n'importe quelle couleur.
« Il n'y avait donc plus que la différence d'intensité lumineuse réelle qui agissait et, alors, donnait des images de valeurs justes d'ombre et de lumière.
« Lorsque le verre orangé était trop épais ou trop mince, trop chargé en couleur ou trop peu, l'action était imparfaite naturellement, puisqu'il ne passait pas assez de lumière ou qu'elle était trop blanche; alors, ici, elle donnait du bleu, qui est actif.
« C'est donc par le tàtonnement que l'on peut obtenir des résultats parfaits; mais, une fois obtenus, on pourra fabriquer des verres spéciaux qui donneront toujours de bonnes photographies. Il suffira donc de mettre un verre d'épaisseur convenable devant l'objectif, ou devant le trou sans objectif d'une chambre noire, ce que j'ai proposé il y a quelque temps et qui a été fait depuis. »

segunda-feira, 16 de março de 2009

1891, 2 de Fevereiro - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
Janvier-Juin
T.CXII, Nº. 5
Pag. 274, 275, 276, 277
*
PHOTOGRAPHIE. - La photographie des couleurs. Note de M. G. Lippmann.

« Je me suis proposé d’obtenir sur une plaque photographique l’image du spéctre avec ses couleurs, de telle façon que cette image demeurât désormais fixee et pût rester exposée indéfiniment au grand jour sans s’altérer.
« J’ai pu résoudre ce problème en opérant avec les substances sensibles, les développateurs et les fixatifs courants en Photographie, et en modifiant simplement les conditions physiques de l’expérience. Les conditions essentielles pour obtenir les couleurs en Photographie sont au nombre de deux : 1º continuité de la couche sensible; 2º présence d’une surface réfléchissante adossée à cette couche.
» J’entends par continuité l’absence de grains: il faut que l’iodure, le bromure d’argent, etc., soient disséminés à l’intérieur d’une lame d’albumine de gélatine ou d’une autre matière transparente et inerte, d’une maniére uniforme et sans former de grains qui soient visibles même au microscope; s’il y a des grains, il faut qu’ils soient de dimensions négligeables par rapport à la longueur d’onde lumineuse.
« L’emploi des grossières émulsions usitées aujourd’hui se trouve par là exclu. Une couche continue est transparente, sauf ordinairement une légère opalescence bleue. J’ai employé comme support l’albumine, 1e collodion et la gélatine; comme matières sensibles, l’iodure et le bromure d’argent; toutes ces combinaisons donnent de bons résultats.
» La plaque, sèche, est portée par un châssis creux où l’on verse du mercure; ce mercure forme une lame réfléchissante en contact avec la couche sensible. L’expoisition, le développement, le fixage se font comme si l’on voulait obtenir un négatif noir du spectre; mais le résultat est différent : lorsque le cliché est terminé et séché, les couleurs apparaissent.
» Le cliché obtenu est négatif par transparence, c’est-à-dire que chaque couleur ést représentée par sa. complémentairre. Par réflexion, il est posïtif, et on voit la couleur elle-même, qui peut s’obtenir très brillante. Pour obtenir ainsi un positif, il faut révéler ou parfois renforcer l’image de façon que le dépôt photographique ait une couleur claire, ce qui s’obtient, comme l’on sait, par l’emploi de 1iqueurs acides.
» On fixe à l’hyposulfite de soude suivi de lavages soignés; j’ai vérifié qu’ensuite les couleurs résistaient à la lumière électrique la plus intense.
« La théorie de l’expérience est très simple. La lumière incidente, qui forme l’image dans la chambre noire, interfère avec la lumière réfléchie par le mercure. II se forme, par suite, dans l’intérieur de la couche sensible, un système de franges, c’est-a-dire de maxima lumineux et de minima obscurs. Les maxima seuls impressionnent la plaque; à la suite des opérations photographiques, ces maxima demeurent marqués par des dépôts d’argent plus ou moins réfléchissants, qui occupent leur place. La couche sensible se trouve partagée par ces dépots en une série de lames minces qui ont pour épaisseur l’intervalle qui séparait deux maxima, c’est-à-dire une demi-longueur d’onde de la lumière incidente. Ces lames minces ont donc précisément l’épaisseur nécessaire pour reproduire par réflexion la couleur incidente.
« Les couleurs visibles sur le cliché sont ainsi de même nature que celles des‘bulles de savon. Elles sont seulement plus pures et plus brillantes, du moins quand les opérations photographiques ont donné un dépôt bien réfléchissant. Cela tient à ce qu’il se forme dans l’épaisseur de la couche sensible un très grand nombre de lames minces superposées: environ 200, si la couche a, par exemple, 1/20 de millimètre. Pour les mêmes raisons, la couleur réfléchie, est d’autant plus pure que le nombre des couches réfléchissantes augmente. Ces couches forment, en effet, une sorte de réseau en profondeur, et, pour la même raison que dans la théorie des réseaux par réflexion, la pureté des couleurs va en croissant avec le nombre des miroirs élémentaires. «


PHOTOGRAPHIE. - Observations de M. Edm.Becquerel sur la Conamunication de M. Lippmann au sujet de la reproduction photographique des couleurs.

« Je désire faire remarquer toute la différence qui existe entre le procédé entièrement physique que vient d’exposer M. Lippmann pour reproduire photographiquement les couleurs de la lumière, et le procédé photochimique que j’ai découvert en 1848 pour obtenir les images colorées du spectre lumineux ainsi que les images des objets avec leurs couleurs propres; c’est à l’aide d’une même substance chimique, le sous-chlorure d’argent, formé à la surface de lames d’argent, et dont j’ai indiqué la préparation et les modifications si curieuses sous diverses influences et notamment sous l’action de la chaleur, que j’ai pu atteindre ce but (1) ([i]) .
» On peut du reste, lors de la préparation de la substance sensible, déterminer avec exactitude, comme je l’ai fait voir, l’épaisseur de la couche nécessaire à la production de ces effets dans les meilleures, conditions possibles; cette épaisseur peut varier entre 1/4000 et 1/600 de millimètre.
« Ces images sont absolument inaltérables dans l’obscurité et je possède encore les reproductions du spectre solaire faites il y a plus de quarante ans, ainsi que celles des images colorées par la lumière qui ont servi de bases à Regnault pour la rédaction du Rapport qu’il a présenté à l’Académie en 1849; elles ne s’altèrent que lors de l’action ultérieure de la lu-mière, parce que la substance sensible sur laquelle elles sont obtenues n’est pas complétement transformée et peut subir encore l’influence des différents rayons colorés. C’est le même composé dont plus tard, en 1865, M. Poitevin a fait usage pour obtenir, sur papier, les images.colorées que je proidusais sur plaques métalliques.
» Lorsqu’on soumet les images photographiques ainsi colorées a l’action réductrice d’un des dissolvants du chlorure d’argent, tels que l’ammoniaque ou l’hyposulfite de soude, les nuances colorées disparaissent et, la où les rayons lumineux ont exercé leur action, il reste à la surface des lames d’argent une légère trace formée par une lame mince d’argent metallique, qui, lorsqu’elle est encore humide, manifeste de faibles teintes, complémentaires de celles qui existaient auparavant aux mêmes places. Ces effets, dont il est difficile de se rendre compté a priori, montrent que peut-être les épaisseurs des couches déposées jouent un rôle dans la production des phénomènes de coloration (1) ([ii])
» Cette matière jouit de la curieuse propriété, quand elle est préparée convenablement, non seulement d’être sensible à l’action des divers rayons colorés, depuis le rouge jusqu’au violet, en reproduisant leurs teintes propres, mais encore de recevoir une impression qui semble sensiblement proportionnelle à l’intensité des impressions lumineuses correspondantes sur la rétine.
» Je rappellerai encore que cette substance photochromatiquement impressionnable donne lieu, au moment de la réaction chimique qui la transforme, à un courant électrochimique dont l’intensité et la force électromotrice peuvent être mesurées avec l’actinomètre électrochimique que j’ai fait connaître (1) ([iii]); ce courant peut être, utilisé pour comparer très exactement les intensités des différents rayons colorés actifs, par exemple des rayons rouges et des rayons bleus, alors que les méthodes optiques basées sur les impressions exercées par les mêmes rayons lumineux sur la rétine ne permettent de le faire qu’avec fort peu d’exactitude.
([i]) (1) Comptes rendus, t. XXVI, p. 181, et t. XXVII, p. 483 ; 1848. – Ibid., Rapport de Regnault, t. XXVIII, p. 200; 1849. - Annales de Chimie et de Physique, 3: série, t. XXII, p. 451; 1848. - Ibid., t. XXV, p. 447. - Ibid., t.. XLII, p. 81. – Edm. Becquerel, La lumière, ses causes et ses efets, t. II, p. 209.
([ii]) (1) La lumière, ses causes et ses effets, t.II, p. 232.
([iii]) (1) La lumière, ses causes et ses effets, t.II, p.131.

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Science
Janvier-Juin
T.CXII, Nº. 5
Pag. 274, 275, 276, 27*

PHOTOGRAPHIE. - La photographie des couleurs. Note de M. G. Lippmann.

« Je me suis proposé d’obtenir sur une plaque photographique l’image du spéctre avec ses couleurs, de telle façon que cette image demeurât désormais fixee et pût rester exposée indéfiniment au grand jour sans s’altérer.
« J’ai pu résoudre ce problème en opérant avec les substances sensibles, les développateurs et les fixatifs courants en Photographie, et en modifiant simplement les conditions physiques de l’expérience. Les conditions essentielles pour obtenir les couleurs en Photographie sont au nombre de deux : 1º continuité de la couche sensible; 2º présence d’une surface réfléchissante adossée à cette couche.
» J’entends par continuité l’absence de grains: il faut que l’iodure, le bromure d’argent, etc., soient disséminés à l’intérieur d’une lame d’albumine de gélatine ou d’une autre matière transparente et inerte, d’une maniére uniforme et sans former de grains qui soient visibles même au microscope; s’il y a des grains, il faut qu’ils soient de dimensions négligeables par rapport à la longueur d’onde lumineuse.
« L’emploi des grossières émulsions usitées aujourd’hui se trouve par là exclu. Une couche continue est transparente, sauf ordinairement une légère opalescence bleue. J’ai employé comme support l’albumine, 1e collodion et la gélatine; comme matières sensibles, l’iodure et le bromure d’argent; toutes ces combinaisons donnent de bons résultats.
» La plaque, sèche, est portée par un châssis creux où l’on verse du mercure; ce mercure forme une lame réfléchissante en contact avec la couche sensible. L’expoisition, le développement, le fixage se font comme si l’on voulait obtenir un négatif noir du spectre; mais le résultat est différent : lorsque le cliché est terminé et séché, les couleurs apparaissent.
» Le cliché obtenu est négatif par transparence, c’est-à-dire que chaque couleur ést représentée par sa. complémentairre. Par réflexion, il est posïtif, et on voit la couleur elle-même, qui peut s’obtenir très brillante. Pour obtenir ainsi un positif, il faut révéler ou parfois renforcer l’image de façon que le dépôt photographique ait une couleur claire, ce qui s’obtient, comme l’on sait, par l’emploi de 1iqueurs acides.
» On fixe à l’hyposulfite de soude suivi de lavages soignés; j’ai vérifié qu’ensuite les couleurs résistaient à la lumière électrique la plus intense.
« La théorie de l’expérience est très simple. La lumière incidente, qui forme l’image dans la chambre noire, interfère avec la lumière réfléchie par le mercure. II se forme, par suite, dans l’intérieur de la couche sensible, un système de franges, c’est-a-dire de maxima lumineux et de minima obscurs. Les maxima seuls impressionnent la plaque; à la suite des opérations photographiques, ces maxima demeurent marqués par des dépôts d’argent plus ou moins réfléchissants, qui occupent leur place. La couche sensible se trouve partagée par ces dépots en une série de lames minces qui ont pour épaisseur l’intervalle qui séparait deux maxima, c’est-à-dire une demi-longueur d’onde de la lumière incidente. Ces lames minces ont donc précisément l’épaisseur nécessaire pour reproduire par réflexion la couleur incidente.
« Les couleurs visibles sur le cliché sont ainsi de même nature que celles des‘bulles de savon. Elles sont seulement plus pures et plus brillantes, du moins quand les opérations photographiques ont donné un dépôt bien réfléchissant. Cela tient à ce qu’il se forme dans l’épaisseur de la couche sensible un très grand nombre de lames minces superposées: environ 200, si la couche a, par exemple, 1/20 de millimètre. Pour les mêmes raisons, la couleur réfléchie, est d’autant plus pure que le nombre des couches réfléchissantes augmente. Ces couches forment, en effet, une sorte de réseau en profondeur, et, pour la même raison que dans la théorie des réseaux par réflexion, la pureté des couleurs va en croissant avec le nombre des miroirs élémentaires. «


PHOTOGRAPHIE. - Observations de M. Edm.Becquerel sur la Conamunication de M. Lippmann au sujet de la reproduction photographique des couleurs.

« Je désire faire remarquer toute la différence qui existe entre le procédé entièrement physique que vient d’exposer M. Lippmann pour reproduire photographiquement les couleurs de la lumière, et le procédé photochimique que j’ai découvert en 1848 pour obtenir les images colorées du spectre lumineux ainsi que les images des objets avec leurs couleurs propres; c’est à l’aide d’une même substance chimique, le sous-chlorure d’argent, formé à la surface de lames d’argent, et dont j’ai indiqué la préparation et les modifications si curieuses sous diverses influences et notamment sous l’action de la chaleur, que j’ai pu atteindre ce but (1) ([i]) .
» On peut du reste, lors de la préparation de la substance sensible, déterminer avec exactitude, comme je l’ai fait voir, l’épaisseur de la couche nécessaire à la production de ces effets dans les meilleures, conditions possibles; cette épaisseur peut varier entre 1/4000 et 1/600 de millimètre.
« Ces images sont absolument inaltérables dans l’obscurité et je possède encore les reproductions du spectre solaire faites il y a plus de quarante ans, ainsi que celles des images colorées par la lumière qui ont servi de bases à Regnault pour la rédaction du Rapport qu’il a présenté à l’Académie en 1849; elles ne s’altèrent que lors de l’action ultérieure de la lu-mière, parce que la substance sensible sur laquelle elles sont obtenues n’est pas complétement transformée et peut subir encore l’influence des différents rayons colorés. C’est le même composé dont plus tard, en 1865, M. Poitevin a fait usage pour obtenir, sur papier, les images.colorées que je proidusais sur plaques métalliques.
» Lorsqu’on soumet les images photographiques ainsi colorées a l’action réductrice d’un des dissolvants du chlorure d’argent, tels que l’ammoniaque ou l’hyposulfite de soude, les nuances colorées disparaissent et, la où les rayons lumineux ont exercé leur action, il reste à la surface des lames d’argent une légère trace formée par une lame mince d’argent metallique, qui, lorsqu’elle est encore humide, manifeste de faibles teintes, complémentaires de celles qui existaient auparavant aux mêmes places. Ces effets, dont il est difficile de se rendre compté a priori, montrent que peut-être les épaisseurs des couches déposées jouent un rôle dans la production des phénomènes de coloration (1) ([ii])
» Cette matière jouit de la curieuse propriété, quand elle est préparée convenablement, non seulement d’être sensible à l’action des divers rayons colorés, depuis le rouge jusqu’au violet, en reproduisant leurs teintes propres, mais encore de recevoir une impression qui semble sensiblement proportionnelle à l’intensité des impressions lumineuses correspondantes sur la rétine.
» Je rappellerai encore que cette substance photochromatiquement impressionnable donne lieu, au moment de la réaction chimique qui la transforme, à un courant électrochimique dont l’intensité et la force électromotrice peuvent être mesurées avec l’actinomètre électrochimique que j’ai fait connaître (1) ([iii]); ce courant peut être, utilisé pour comparer très exactement les intensités des différents rayons colorés actifs, par exemple des rayons rouges et des rayons bleus, alors que les méthodes optiques basées sur les impressions exercées par les mêmes rayons lumineux sur la rétine ne permettent de le faire qu’avec fort peu d’exactitude.
([i]) (1) Comptes rendus, t. XXVI, p. 181, et t. XXVII, p. 483 ; 1848. – Ibid., Rapport de Regnault, t. XXVIII, p. 200; 1849. - Annales de Chimie et de Physique, 3: série, t. XXII, p. 451; 1848. - Ibid., t. XXV, p. 447. - Ibid., t.. XLII, p. 81. – Edm. Becquerel, La lumière, ses causes et ses efets, t. II, p. 209.
([ii]) (1) La lumière, ses causes et ses effets, t.II, p. 232.
([iii]) (1) La lumière, ses causes et ses effets, t.II, p.131.

1891, 31 de Março - le Magasin Pittoresque

LE MAGASIN PITTORESQUE
2e. Série
59e Année
T. IX
Pag. 102, 103, 104
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LA PHOTOGRAPHIE DES COULEURS

M. Lippmann, l'éminent professeur de physique de la Faculté des Sciences de Paris, et membre de l'Acaclémie des Sciences, vient de faire faire un progrès considérable à une question de la plus haute importance, tant au point de vue scientique qu'au point de vue pratique: la photographie des couleurs.
M. Lippmann est parti de ce principe qu'il ne fallait pas, comme l'avaient fait avant lui Lubeck, en 1810, M. Edmond Becquerel, en 1848, et Poitevin en 1865, chercher à résoudre le problème chimiquement. Agir ainsi, c'est en effet tenter de trouver un corps (pour ses prédécesseurs, ç'avait été le sous-chlorure d'argent) qui, sous l'action de rayons diversement colorés, se décomposerait de façon que les produits de la décomposition fusscnt diversement colorés eux-mêmes et présentassent précisément les couleurs des rayons incidents. C'est donc admettre qu'un corps peut posséder une infinité d'isomères de couleurs différentes. II est à. craindre que la découverte de ce corps ne soit longtemps attendue.
M. Lippmann s'est appuyé sur des considérations d'ordre essentiellement physique.
*
Les physiciens sont aujourd'hui d'accord pour admettre que la nature de la lumière est analogue à celle du son: la lumière est le résultat d'un mouvement vibratoire; elle est due à un ébranlement périodique qui se propage, de proche en proche, dans un milieu élastique appelé l'éther. Une source lumineuse S vibre dans tous les sens; et la force vive qu'elle communique à l'éther se répartit sur des sphères (figure 1). Il se produit des ondes lumineuses que l'on peut exactement comparer à ces rides circulaires concentriques qui courent à la surface d'un liquide, quand, en touchant celui-ci en un point, on détermine un ébranlement moléculaire qui va se propageant.
Il nous suffira d'étudier la propagation de la lumière dans une direction rectiligne.
Un rayon lumineux n'est autre chose que la trajectoire suivant laquelle se propage, dans une direction donnée, le mouvement vibratoire de la source lumineuse S. La molécule S vibre, dans la direction S C, suivant le chemin SA, AS, SA ... : de S en A, l'élongation, c'est-à-dire la distance de la molécule à sa position S d'équilibre est positive; de A en S, elle est négative, etc. On peut donc figurer graphiquement le mouvement de cette molécule par une courlie sinusoïdale Sa Ab B c C d D...... On appelle « longueur d'onde » la distance parcourue par l'onde pendant la durée d'une vibration, c'est donc la longueur S B = 2 S A qui représente la longueur d'onde. Elle varie avec chaque couleur Les vibrations lumineuses des molécules de l'éther sont d'une trés faible amplitude puisque les longueurs d'onde sont 0mm,00068 pour le rouge, 0mm,00055 pour le jaune et 0mm,00042 pour le violet.
Imaginons maintenant qu'en un point m de l'espace arrivent simultanément deux rayons lumineux émanant d'une même source et ayant parcouru avant d'atteindre m des chemins de longueur différente; ce point m subira de la part de chaque onde une impulsion. Le point subira donc un déplacement qui sera la résultante des deux impulsions auxquelles il est soumis. Si les élongations des deux ondes sont, en m, de même signe, elles s'ajoutent, le point m vibrera: il sera lumineux. Si les élongations des deux ondes sont en m, l'une positive, l'autre négative, elles se retranchent; et si elles sont égales et de sens contraire, la molécule m restera au repos; il y aura obscurité en ce point.
Ainsi deux rayons de même couleur, émanant d'une même source lumineuse, peuvent tantôt s'ajouter en produisant des maxima de lumière, tantôt se détruire en donnant des minima de lumière ou de l'obscurité. Il suffit - l'examen de la figure 1 le prouve - pour que ce dernier cas se produise, c'est-à-dire pour qu'il y ait



Fig. 1. – Ondes et rayons lumineux

« interférence » que les deux rayons présentent, dans le chemin parcouru jusqu'à un point m, une différence de marche qui soit un multiple impair de demi-longueur d'onde.
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Arrivons à l'expérience de M. Lippmann. Les conditions essentielles pour obtenir par ce procédé les couleurs en photographie sont au nombre de deux : 1° continuité de la couche sensible; 2º présence d'une surface réfléchissante adossée à cette couche.
La continuité est l'absence de grains: il faut que l'iodure, le bromure d'argent, etc. (car les résultats sont indépendants de la nature de la substance puisqu'ils sont dus à des causes d'ordre purement physique) soient répartis en un état de division presque infini dans une couche transparente: collodion, gélatine ou albumine, et par suite que les grains, s'il en existe, soient de dimensions négligeables par rapport à la longueur d'onde lumineuse. Dans ce but, M. Lippmann étend sur une plaque de verre une solution de gélatine dans de l'eau chaude contenant du bromure de potassium; cette couche une fois séchée, la plaque est plongée dans un bain de nitrate d'argent; et on obtient, disséminé dans la gélatine, du bromure d'argent extrêmêment divisé.
La plaque séchée est portée par une sorte de châssis creux dans lequel on verse du mercure: la couche sensibilisée de bromure d'argent est en contact avec le mercure. Cette petite cuve est placée, après la mise au point, au fond d'une chambre noire ordinaire. Le spectre est dû à la décomposition, par un prisme à vision directe, d'un faisceau de lumière blanche qui tombe normalement sur la plaque photographique. Le développement, le fixage se font comme si on voulait obtenir un négatif noir du spectre; quand les manipulations sont terminées et que le cliché est séché, les couleurs apparaissent.
La théorie de l'expérience est facile (figure 6). Soit S R un rayon, d'une couleur déterminée, rouge par exemple, émanant du spectre. Ce rayon penètre en R dans la couche sensible que nous supposons considérablement grossie, et aboutit en R' à la surface du miroir B. Ce rayon, tombant normalement, se réfléchit suivant R'R. Chaque point de la couche sensible situé sur la droite RR' est donc soumis à l'action du rayon incident RR' et du rayon réfléchi R'R. Il se produit donc sur le parcours une suite de maxima lumineux, dans les points M1 M2 … où les deux rayons ont des vibrations concordantes, et des minima lumineux dans les points m1 m2 … où il y a discordance. A la suite des opérations photographiques, ces maxima qui, seuls, ont impressionné la plaque, sont marqués par des dépôts d'argent qui sont de véritables lames minces ayant pour épaisseur la distance de deux maxima, c'est-à-dire une demi-longueur d'onde de la lumière incidente. Il se forme, dans l'épaisseur de la couche sensible un grand nombre de lames minces superposées: environ 200 si la couche a 1/20 de millimètre d'épaisseur.
Le cliché obtenu est négatif par transparence, c'est-à-dire que chaque couleur du spectre primitive est remplacée par sa complémentaire. Par réflexion, il est positif. On s'en rend compte facilement.
Soit A B (figure 2), une des lames d'argent obtenues dans la couche sensibilisée;





Fig. 2. – Schèma d’un rayon de lumière blanche frappant sur une lame d’argent produite à l’intérieur de la couche sensibilisée.


elle a pour épaisseur une demi longueur d'onde de la couleur du spectre qui a fait déposer cette couche, soit le rouge. Figurons un rayon SS' de lumière blanche frappant cette lame. Une partie du rayon se réfléchit à la première surface en S' suivant S'S; une autre partie se réfléchit à la seconde surface en s" suivant S''S'S. Ces deux rayons réfléchis, pour l'observateur placé en S, présentent une différence de marche qui est S'S"S', c'est-à-dire deux fois l'épaisseur de A B, ou une longueur d'onde du rouge. II en résulte que les vibrations des deux rayons concordent pour le rouge, sont discordantes pour les autres couleurs; et l'œil aperçoit une coloration rouge.
Cette théorie peut expliquer l'expérience de M. Becquerel en, 1848: la plaque argentée de ce savant jouerait le rôle du mercure dans l'expérience de M. Lippmann.
Notre figure3 montre que le faisceau lumineux, avant d’être décomposé par le passage à travers le prisme, traverse une petite cuvette contenant des solutions différentes. Ce dispositif est rendu nécessaire par l'impossibilité d'obtenir des plaques vraiment isochromatiques, c'est-à-dire uniformément sensibles à toutes les couleurs. Le jaune et le rouge impressionnent lentement, et le violet, rapidement. Il fallait donc s'efforcer de soumettre la plaque moins-longtemps à l'action du violet qu'à celle des autres couleurs. Dans ce but, M. Lippmann interpose sur le trajet du faisceau lumineux une cuve en verre à faces parallèles contenant une dissolution d'hélianthine. Ce corps arrête les rayons bleus, violets et verts et ne laisse passer que les rayons rouges et jaunes; ces derniers seuls impressionnent donc la plaque au début. On remplace, après le temps nécessaire, la pemière solution par une dissolution de bichromate de potasse: les rayons bleus et violets sont encore arrêtés; les autres passent et impressionnent la plaque. Puis-on interpose une dissolution plus faible arrêtant les seuls rayons violets; enfin on enlève la cuve et la plaque est soumise,


La photographie des couleurs. – Fig. 3. – Ensemble de l’appareil servant à l’obtention des photographies colorées du spectre, par le procédé Lippmann.
L. Lampe donnant le faisceau de lumière blanche. – A. Cuve pleine d’eau dans laquelle sont placées les petites cuves B contenant les solutions d’hélianthine ou de bichromate de potasse. – C. Spectroscope à vision directe. – D. Chambre noire. – F. Plaque photographique accolée à un bain de mercure.

pendant un instant, à l'aclion de tous les rayons. La durée de pose a été ainsi: très longue pour le rouge et le jaune; moins longue pour le vert; moins encore pour le




La photographie des couleurs. - Fig 4. Représentant, en grandeur exacte, la plaque photographique avec laquelle opère M. Lippmann, et la photographie obtenue du spectre.


bleu; et très courte pour le violet. Cette série d'opérations durait, au début, plus d'une heure. M. Lippmann a eu, ces jours derniers, l'idée de plonger un instant les plaques dans une solution de cyanine, corps jouissant de la propriété de rendre les sels d'argent plus facilement impressionnables aux rayons rouges. La durée de pose est réduite actuellement à deux minutes. Ce nouveau progrès permet d'espérer qu'avant


La photographie des couleurs


Fig. 5. – A. Plaque photographique. La face interne, qui porte la couche de gélatino-bromure d’argent, est baignée par le mercure B et constitue avec la lame de verre C une petite cuve. – D. Pinces servant à fixer aux montants les parois de cette cuve. – S. Photographie du spectre.




Fig. 6. – Schéma : A. Face interne de la plaque de verre qui supporte la pellicule impressionable dont l’épaisseur RR’ est considérablement grossie. – B. Mercure.


peu, le savant physicien saura compléter par la photographie colorée des paysages et des portraits l'admirable découverte dont il est l'auteur.

1891, 1 de Junho - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
Janvier-Juin
T.CXII, Nº. 22
Pag. 1248
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MÉMOIRES PRÉSENTÉS

M. Louis Ducos du Hauron soumet au jugement de l’Académe un travail sur la photographie en couleurs.

(Commissaire : MM Lippmann, H. Becquerel.)

1891, 8 de Junho - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
Janvier-Juin
T.CXII, Nº. 23
Pag. 1300
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M. Baudran adresse, par l’entremise de dom Pedro d’Alcantara, un Mémoire sur la photographie en couleurs.

(Commissaires : MM. Fizeau, dom Pedro d’Alcantara, Lippmann.)

1891, 20 de Julho - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
Juillet - Décembre
T.CXIII, Nº. 3
Pag.
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OPTIQUE. - L’absorption et la photographie des couleurs. Note de M. Labatut, présentée par M. Lippmann.

« Dans ces dernières années, on a cherché à déterminer l’impression des plaques photographiques pour les radiations visibles, en colorant ces plaques. On s’attendait à les voir présenter des maxima d’impression pour les bandes d’absorption des dissolutions employées. Cette théorie n’a pas toujours été exactement vérifiée; ces maxima d’impression sont, en gé-néral, plus avancés vers le rouge que les bandes d’absorption des dissolutions (1) ([i]). Mais l’absorption par une pellicule teinte peut ne pas être la même que celle de la dissolution qui a servi à la teindre. L’absorption de pellicules transparentes colorées est un fait abordable à l’expérience, et, si l’on emploie ces mêmes pellicules pour recevoir l’impression photographique, on pourra comparer les deux phénomènes.
» Prenons d’abord une pellicule transparente (2) ([ii]) non colorée; soumettons cette plaque à l’impression du spectre, par la méthode découverte par M. Lippmann: nous observerons que l’impression est très lente à se produire. Dans cette expérience, on n’emploie pas d’écran coloré.
» Cette lenteur est détruite qnand l’on teinte ces mêmes plaques au moyen de matières colorantes à bandes d’absorption très nettes. Après développement et séchage, la plaque présente des bandes colorées.
« L’impression photographique se produit pour les radiations absorbées, car, si l’on interpose sur le trajet de la lumière une pellicule de même nature que celle de la plaque sensible, colorée avec la même substance, mais plus fortement, l’impression photographique ne se produit pas.
» De cette concordance exacte entre l’absorption et l’impression photographique, il résulte que, dans l’expérience de M. Lippmann, si l’on se propose d’impressionner pour une radiation donnée, il suffit de choisir une plaque sensible colorée , absorbant cette radiation, et que l’on peut supprimer tout écran coloré antérieur à la plaque.
« Par exemple, une pellicule teinte avec du vert Victoria absorbe le rouge orangé; sans écran coloré antérieur, une plaque sensible, teintée de ce vert, s’impressionne pour le rouge orangé seul, et l’on voit cette couleur sur la face externe de la pellicule. Ou encore: une pellicule colorée avec de la cyanine absorbe le jaune orangé et le vert; par elle-même, la plaque colorée à la cyanine s’impressionne pour ces radiations que l’on voit sur la face externe de la pellicule.
» Remarquons ce fait, que l’on voit les radiations absorbées sur la face de la pellicule qui a été, pendant la pose, en contact avec le miroir de mercure.
» Retournons maintenant la plaque et regardons par réflexion sur la face verre. On voit encore des couleurs, tout aussi brillantes que celles de l’autre face, mais tout à fait différentes. Elles semblent même, en un point quelconque être complémentaires de celles qu’on voit en ce point sur l’autre face. Il y a donc dissymétrie dans la disposition des surfaces réfléchissantes quand on regarde sur l’une ou l’autre face.
« Comment interpréter cette double coloration, dans la théorie élémentaire des anneaux colorés? Prenons d’abord les colorations vues sur la face externe et, pour préciser, supposons que la plaque ait été teintée au vert Victoria qui absorbe le rouge.
« Pendant la pose, cette face externe, en contact avec le miroir de mercure, est un noeud de vibration; le premier ventre s’en trouve distant de λ/ 4 du rouge, le deuxième de 3λ/4, le troisiéme de 5λ/4, etc. Admettons, pour un instant, que les plans de réduction photographique soient situés aux ventres de vibration (1) ([iii]); les lames minces comprises entre ces plans de réduction et la surface ont des épaisseurs croissantes, égales aux multiples impairs successifs de λ/4 du rouge; cette couleur sera donc produite quand la plaque sera éclairée avec de la lumière blanche.
» Cette théorie admet que la lumiére réfléchie sur la surface même de la pellicule interfére avec la lumière issue de chacun des plans de réduction, et de fait la surface de la pellicule présente un bon plan de réflexion. Si les plans de réduction se formaient aux noeuds de vibration, on aurait des lames minces dont les épaisseurs seraient des multiples pairs de λ/4 du rouge, et cette couleur manquerait dansla lumière réfléchie; la bande paraitrait verte, ce qui est contraire à l’expérience.
» Considérons maintenant les colorations par réflexion sur la face verre; elles sont plus délicates a interpréter. Comme on l’a dit, elles présentent l’apparence des couleurs complémentaires des précédentes.
» Par exemple, la plaque colorée au vert Victoria donne du rouge sur la face pellicule et du vert sur l’autre face; la cyanine, qui donne du jaune orangé et du vert sur la face pellicule, présente du bleu vert et du rouge violacé sur la face opposée.
« Ce caractère spécial s’expliquerait simplement, si l’on admettait que, pendant l’impression, la surface pellicule-verre correspond toujours à un ventre de vibration, ce qui reviendrait à assimiler cette pellicule à un tuyau sonore fermé. Il est encore possible que l’indice de la pellicule qui est constituée par un mélange de gélatine et d’albumine soit très sensiblement celui du verre, auquel cas la surface pellicule-verre n’interviendrait pas, et la lumière aborderait directement les plans de vibration. Cette dernière hypothèse est à vérifier (1) ([iv]).
« La concordance entre l’absorption et la réduction photographique a encore amené à conclure que l’emploi du spectroscope n’est pas nécessaire pour obtenir des plaques à couleurs de lames minces.
» Si l’on fait tomber un faisceau de lumière blanche sur une plaque colorée, en contact avec le miroir de mercure, il y a interférence; les radiations absorbées impressionnent seules la matière sensible, les autres sont transmises à l’aller et au retour; elles sont sans effet. Le résultat de l’impression est une coloration qui est la synthèse de celles qu’on eût obtenues par l’emploi du spectroscope. L’expérience a été faite avec le vert Victoria: on voit, sur la face externe, le rouge absorbé. La, cyanine donne sur cette face une coloration vert jaune.
« Sur la face verre de ces plaques, on voit, comme précédemment, des couleurs qui apparaissent comme complémentaires de celles de l’autre face, en sorte que, par réflexion sur la face verre, tout se passe comme si la lumière blanche avait fixé la couleur de la pellicule. Le vert Victoria donne, sur cette face, du vert; la cyanine produit sa couleur bleu violacé. «
([i]) (1) Ch. Fabre, Traité encyclopédique de Photographie, t. Il, p. 328.
([ii]) (2) Ces expériences ont été faites au laboratoire de Physique de la Faculté de Grenoble.
([iii]) Voir une récente discussion qui a eu lieu à l’Académie des Sciences, au sujet des expériences de M. Wiener.
([iv]) (1) L’indice de la pellicule est égal à 1,5.

1892, 25 de Abril - Comptes Rendus des Séances de L'Académie des Sciences

Comptes Rendus des Séances de L'Académie des Sciences
Janvier-Juin
T. CXIV
Nº. 17
Pag. 961, 962
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PHOTOGRAPHIE. - Sur la photographie des couleurs [(deuxième Note (1) ([i])] ; par M. G. Lippmann.
« 1. Dans la première Communication que j'ai eu l'honneur de faire à l'Académie sur ce sujet, je disais que les couches serisibles que j'employais alors manquaient de sensibilité et d'isochromatisme, et que ces défauts étaient le principal obstacle à l'application générale de la méthode que j'avais imaginée. Depuis lors j'ai réussi à améliorer la couche sensible, et, bien qu'il reste encore beaucoup a faire, les nouveaux résultats sont assez encourageants pour que je me permette d'en faire part a l'Académie.
» 2. Sur des couches d'albumino-bromure d'argent, rendues orthochromatiques par l'azaline et la cyanine, j'obtiens des photographies très brillantes du spectre. Toutes les couleurs viennent à la fois, même le rouge, sans interposition d'écrans colorés, et après une pose comprise entre cinq et trente secondes.
» Sur deux de ces clichés on remarque que les couleirrs vues par transparents sont très nettement complémentaires de celles qu'on apercoit par réflexion.
« 3. La théorie indique que les couleurs composées que revêtent les objets naturels doivent venir en photographie au même titre que les lumières simples du spectre. Il n'en était pas moins nécessaire de vérifier le fait expérimentalement. Les quatre clichés que j'ai l'honneur de soumettre à l'Académie représentent fidélement des objets assez divers: un vitrail à quatre couleurs, rouge, vert, bleu, jaune; un groupe de drapeaux; un plat d'oranges surmontées d'un pavot rouge; un perroquet multicolore. Ils montrent que le modelé est rendu en même temps que les couleurs.
« Les drapeaux et l'oiseau ont exigé de cinq à dix minutes de pose à la lumière électrique ou au soleil. Les autres objets ont été faits après de nombreuses heures de pose à la lumière diffuse. Le vert des feuillages, le gris de la pierre d'un bâtiment sont parfaitement venus sur un autre cliché; le bleu du ciel, par contre, était devenu indigo. Il reste donc à perfectionner l'orthochromatisme de la plaque et à augmenter considérablement sa sensibilité. »
([i]) (1) Comptes rendus, t. CXII, p. 274 ; 1891.

sexta-feira, 13 de março de 2009

1895, 22 de Abril - Compte Rendu des Séances de L’Académie des Sciences

Comptes Rendus des Séances de L'Académie des Sciences
Janvier-Juin
T. CXX
Nº. 16
Pag. 875, 876
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PHOTOGRAPHIE. - Sur la photographie en couleurs naturelles, par la méthode indirecte. Note de MM. Auguste et Louis Lumière, présentée par M. Lippmann.

« La méthode indirecte de photographie en couleurs naturelles, indiquée par MM. Cros et Ducos du Hauron, n'a pas reçu jusqu'ici d'application vraiment pratique, à cause des difficultés que présentent deux points importants de cette méthode: le triage des couleurs, puis l'obtention et la superposition des monochromes.
« Nous nous sommes attachés à l'étude de ces deux points. Pour le triage des couleurs nous avons fait usage des écrans recommandés jusqu'ici, écrans orange, vert et violet, puis nous avons préparé trois séries de plaques photographiques présentant respectivement un maximum de sensibilité pour les rayons que les écrans laissaient passer.
« Le tirage et la superposition des monochromes ont été réalisés grâce à l'emploi d'un procédé photographique aux mucilages bichromatés, sans transfert, basé sur la remarque suivante: la colle forte, soluble à froid, bichromatée, qui ne donne pas d'images photographiques avec leurs demiteintes lorsqu'elle est employée seule, acquiert cette propriété lorsqu'on l'additionne de substances insolubles dans de certaines conditions.

« Si l'on ajoute, par exemple, à une solution de colle forte a 10 pour 100, 5 pour 100 de bichromate d'ammoniaque, et de 5 à 10 pour 100 de bromure d'argent émulsionné, et que I'on étende cette préparation, en couche mince, sur une lame de verre, on obtient une surface sensible que l'on expose à la lumière sous le négatif à reproduire. Lorsque l'exposition est suffisante, on lave la plaque à l'eau froide et l'on a ainsi une image a peine visible, formée par le mucilage insolubilisé, image que 1'on peut colorer avec des teintures convenables.
« On se débarrasse ensuite du bromure d'argent par un dissolvant approprié, l'hyposulfite de soude par exemple.
« Ce procédé donne, avec la plus grande facilité, des épreuves de toutes couleurs avec toutes les gradations de teintes du négatif.
« Le bromure d'argent peut être remplacé par d'autres précipités insolubles.

« Avec un tel procédé, il est facile d'obtenir des épreuves polychromes, en utilisant le principe de la méthode de MM. Cros et Ducos du Hauron. On procède à l'obtention successive, sur une même plaque, de trois images
monochromes rouge, jaune et bleue, provenant des trois négatifs correspondants, en ayant soin d'isoler chaque image de la précédente par une couche imperméable, de collodion par exemple.
» Cette méthotle permet, par l'emploi de teintures plus ou moins concentrées ou par simple décoloration à l'eau, de varier l'intensité relative des monochromes; de modifier, au besoin, l'effet des trois premières couches par l'addition d'une quatrième, d'une cinquième et même davantage; elle rend, en outre, le repérage trés facile, et assure la possibilité de reporter sur papier l'ensemble de ces impressions.
« Les premiers spécimens de photographies en couleurs ainsi obtenus, spécimens qui accompagnent cette Note, montrent tout le parti pratique que l'on pourra maintenant tirer d'une méthode depuis si longtemps negligée. »

1898, 7 de Fevereiro - Comptes Rendus des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L’Académie des Sciences
T. CXXVI
Nº. 6
Pag. 495
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M. Darget adresse, de Vouziers, une réclamation de priorité au sujet d’épreuves photographiques obtenues sans lumière.
Cette Note sera soumise, avec les épreuves qui l’accompagnent, à l’examen de M. Lippmann.

1898, 21 de Fevereiro - Comptes Rendus des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L’Académie des Sciences
T. CXXVI
Nº. 8
Pag. 589, 590, 591, 592
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PHYSIQUE. - Sur la prépondérance de l'action mécanique des courants deconvection, dans les enregistrements de figures d'efluves sur plaques voilées soumises à l'action de pôles thermiques dans les bains révélateurs. Note de M. A. Guébhard, présentée par M. Lippmann.
« Frappé, dès les premières observations de pseudo-induction thermiqueque j'ai eu l'honneur de signaler a l'Académie (1) ([i]), de ce fait que l'actiondu liquide révélateur mis en mouvement sous l'influence de pôles thermiques appliqués sur la face verre, seule émergente, d'une plaque supérieure, produisait, sur d'autres plaques parallèles, des tachcs polaires secondaires, dont la coulcur, tantôt noire, tantôt blanche, était absolument indépendante de la température propre des molécules, et uniquement dépendante du sens dans lequel avait lieu l'attaque de la surface sensible par les filets de flux liquide, j'ai tenu à m'édifier par de nouvelles expériences sur le rôle, en ceci, des courants de convection, au point de vue, soit de la véhiculation de la chaleur par les molécules, soit de la véhiculation des molécules par la chaleur.
« Dans une première série, faisant agir les pôles non plus de haut en bas, mais de bas en haut, soit directement sur une plaque inférieure, formant le fond d'une cuve spécialement construite, soit médiatement, en posant simplement, sur le groupe des cylindres à eau chaude ou glacée, des cuvettes de verre, de porcelaine ou de carton noir (1) ([ii]) contenant les piles de deux à quatre glaces parallèles, espacées de 3mm à 5mm , j'ai constaté que, sur la plaque inférieure, ce n'était plus du tout une tache noire qui correspondait au pôle chaud et une tache blanche au pôle froid, mais absolument l'inverse; preuve évidente (comme avec la même plaque, soumise, par en haut, à distance, à l'action des mêmes pôles) que ce n'est point la température elle-même qui provoque ou retarde le noircissement du gélatinobromure, mais le sens positif ou négatif de la pression exercée sur celui-ci sous la double influence de la température et de la gravité.
« Aussi n'y-a-t-il pas lieu de s'étonner de la constance avec laquelle se vérifie, pour les plaques horizontales disposées face à face, la loi des inversions polaires et celle de la correspondance, au contraire, pour les plaques de même sens. Afin d'éviter dans ces constatations les erreurs pouvant résulter de l'emploi de plaques adossées par la face verre, j'ai fait faire par MM. Graffe et Jougla des plaques sensibilisées sur les deux faces. En les observant avant fixage, ou pelliculant ensuite une des faces (2) ([iii]), on trouve toujours, dos à dos, des taches inverses, correspondant évidemment à des conditions thermiques identiques, mais à des sens inverses de la convection par rapport à la gélatine.
« Il devait être intéressant de rechercher ce qui se passerait pour les positions verticales ou inclinées des couples de plaques opposées. Mais, d'une part les cuvettes verticales commerciales en verre monté se prêtent mal, à cause de leur convexité, à l'application de pôles thermiques, même si l'on remplace la fermeture rigide des récipients cylindriques par une membrane, souple tendue à la manière d'un osmométre; et, d'autre part, les cuvettes ordinaires, diversement inclinées, ne s'accommodent que d'un petit nombre de combinaisons des plaques, en Z, ou en V ou W couchés. Aussi ai-je recouru à la construction, au moyen d'étriers en bois, feuille de liège ou plaque de gutta avec joints de caoutchouc, et pinces de serrage, de cuves 9 x 13 à faces parallèles suivant le type imaginé par M. Lippmann pour la photographie des couleurs, et dès que j’eus renoncé au rnodèlc de 2cm, beaucoup trop épais, pour le modèle de 3mm seulemcnt, facile à doubler en cuve à compartiments multiples, je pus étudier facilement, pour toutes les inclinaisons possibles, de 0º à 90º, l'action, par en haut ou par en bas, des pôles thermiques sur les plaques parallèles.
« Il serait oiseux d'entrer dans la description de la trés grande variété de figures, souvent très régulières, qu'il m'a été donné d'observer sur 163 clichés, presque tous 9 x 13, au cours de 81 expériences enregistrées. Mais, dans toutes, et alors même qu'il n'y avait plus, à proprement parler, de taches polaires, mais de simples centres d'irradiation de lignes de flux claires et foncées, on constate toujours:
« 1º Que les plages noires correspondent, indépendamment de la température, aux places où le mouvement circulatoire du liquide tend à appliquer les molécules contre la gélatine, et les plages blanches aux endroits où le mouvement tend à les en détacher, au point que, souvent, on voit une ligne de flux noire se terminer par un dégradé effilé qui, sur le cliché sec, donne l'illusion visuelle d'un relief, faisant sortir l'extrémité de la ligne de la gélatine, à l'endroit même, sans doute, où le filet liquide s'en éloignait ;
« 2º Que, sur des plaques en regard, la loi d'inversion se manifeste dans toutes lcs positions, conformément à cette règle générale que, sur les extrémités opposées d'une même verticale, il y a toujours des teintes contraires;
» 3º Que si l'on veut, dès lors, attacher des signes contraires aux teintes noires ou blanches des taches polaires, leur détermination dépendra uniquement, comme pour une plaque de métal dans un champ magnétique, du sens du recoupement des lignes de force par la plaque.
« La preuve expérimentale est donc faite: la chaleur qui, clans ces expériences, semblait, de prime abord, être le facteur principal, n'a pas d'autre rôle que celui de force motrice, et la pesanteur, ainsi que je l'avais tôt soupçonné, a la plus grande part aux curieux simulacres d'induction therrnique que j'avais signalés. Si les figures observées, dans le cas où le mouvcment est confiné entre deux plans parallèles rapprochés, sont bien conformes à celles des écoulements soit thermiques, soit électriques, cela tient à l'identité de la formule potentielle qui régit tous ces écoulements stationnaires deux dimensions. Mais toute autre cause motrice que la chaleur, capable de créer cl de maintenir en des points déterminés des différences de potentiel hydrodynamique, devra produire identiquement les mêmes effets: c'est ce que je démontrerai expérimentalement dans une prochaine Communication. «
([i]) (1) Comptes rendus, t. CXXV, p. 814; 15 novembre 1897;
([ii]) (1) Notons, en passant (mais sans altacher aucun sens extraordinaire à un phénomène aussi facile à prévoir qu'à expliquer), qu'il s'agit ici d'une véritable action photographique à travers corps opaques, action qui, sans l'intermédiaire d'aucune espèce de radiation, par le simple transfert de vibrations thermiques à travers l'épaisseur de la cuvette, puis de la glace et de la gélatine elle-même, va produire, sur les mouvements du liquide sus-jacent, une modification capable de reproduire à son tour, sur le gélatinobromure, la silhouette, par exemple, d'un corps, ou très conducteur, ou très peu, interposé entre la source de chaleur et la plaque.
([iii]) (2) Opération des plus faciles une fois qu'on s'est habitué à disposer une plaque sur des supports appropriés (perles de verre ou punaises à dessin la pointe en l'air) de manière que l'une des faces, seule, soit en contact avec le liquide.

1898, 18 de Abril - Compte Rendu des Séances de L’Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L’Académie des Sciences
T. CXXVI
Nº. 16
Pag. 1126
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MÉMOIRES PRÉSENTÉS.
M. Jund adresse, de Bucarest, une Note relative aux procédés à employer pour perfectionner la reproduction des couleurs, en Photographie.
(Commissaires : MM. Lipmann, H. Becquerel, d’Arsonval)

1898, 9 de Maio - Compte Rendu des Séances de L’Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L’Académie des Sciences
T. CXXVI
Nº. 19
Pag. 1341, 1342, 1343, 1344
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PHOTOGRAPHIE. - Du rôle de la diffusion dans les bains révélateurs. Note de M. Adrien Guébhard, présentée par M. Lippmann.

« Sous le nom d'osmose interne, j'ai eu l'honneur de signaler incidemment à 1'Académie (2) ([i]) les curieux enrégistrements de courants qui se remarquent aux moindrcs brèches capillaires de toute cloison solide posée sur la gélatine d'une plaque voilée, et séparant le liquide en deux zones distinctes.
« Ces courants se manifestant tantôt dans un sens et tantôt dans l'autre, il était intéressant de rechercher la loi qui lcs régissait, loi qui s'est trouvée trés simple: application directe des lois connues de la diffusion, mais trait d'union, par son mode d'être, entre celle-ci et l'osmose proprement dite.
» L'expérience suivante en fera ressortir immédiatement le principe:
« Que l'on pose sur la gélatine d'une plaque uniformément voilée les deux sections circulaires égales des deux calottes sphériques très inégales que donne la section, à grande distance du centre, d'une sphère creuse (1) ([ii]); ou bien les deux sections circulaires très inégales de deux zones égales d'une sphère de grand rayon (2) ([iii]). Cela équivaut, dans tous les cas, à découper, dans la masse du liquide révélateur, des volumes confinés inégaux, qui agiront en proportion différente sur chaque unité de surface de gélatine impressionnée; et rien ne paraîtra moins étonnant que de trouver une différence de teinte correspondante entre chaque disque et le fond de la plaque. Mais, en même temps, l'on constatera que la trace noire du courant osmotique, s'il y a eu communication capillaire, est toujours dirigée de la plage sombre vers la plus claire, du lieu de moindre communication ou de plus grande abondance proportionnelle de révélateur vers l'autre (3) ([iv]) ce qui fait penser immédiatement à ce qui se passerait entre deux gazomètres communiquants, à l'intérieur de l'un desquels une cause absorbante quelconque produirait une diminution de tension partielle de l'un des éléments du mélange gazeux.
« Mais l'analogie ne saurait aller au delà, et la viscosité caractéristique de l'élat liquide se manifeste par la stricte localisation de ces courants et leur limitation, tout autour, par un front d'onde plus clair. Faut-il attribuer cette bande rnarçinale à la propulsion mécanique, en avant, des produits secondaires de la révélation locale? Ne faut-il pas plutôt (car on ne l'observe point dans les espaces confinés de très faible hauteur) la considérer comme le lieu où les molécules arrivantes sont forcées, par la résistance des autres, de quitter la vitesse horizontale pour s'échapper en volutes et tourbillons vers le haut?
» En tout cas, on ne saurait pas plus voir ici une simple action directe de la diffusion que dans les alternances stratifiées de bandes noires et blanches qu'on observe dans les figures dites d'effuves, et qu'a cru pouvoir expliquer de cette simple façon M. Colson, au cours de ses successives vérifications de tous les faits nouveaux que j'ai signalés (1) ([v]) Toute bande noire etant toujours comprise entre deux claires, et vice-versa, la raison de symétrie, à elle seule, exclut l'admissibilité d'une force de formule non sinusoïdale, tandis que la simple considération du mouverncnt hélicoïdal et tourbillonnaire des molécules permettrait de rattacher encore ce détail à la constatation que j'ai faite (2) ([vi]) des vraies causes, ni chimiques exclusivement, ni thermiques strictcrnent, mais surtout mécaniques, des inégalités du noircissement de la plaque.
« Mieux paraît précisé le rôle de la diffusion, tel que je l'avais signalé, et moins il paraît utile de lui attribuer ce qui ne saurait être de son ressort, comme, par exemple, l'action d'une plaque impressionnée sur une autre simplement voilée, très voisine; action qui, pouvant être produite aussi bien avec un vieux cliché sec quelconque, inerte chimiquement, se rattache simplement à la loi que j'ai formulée de la reproduction de tous les faibles reliefs plans appliqués sur gélatine, par simple proportionnalité localisée de l'action du révélateur aux très faibles épaisseurs sous lesquelles il se trouve confiné. Étant donné ce qu'on sait de l'inégale turgescibilité de la gélatine impressionnée, il est probable que c'est par la encore que s'expliquent le développement confiné et le silhouettage de M. Colson (3) ([vii]), qui paraîtraient l'un et l'autre bien problématiquement réalisables si la glacc protectrice demeurait partout en contact intimc avec la gélatinc. Quant au silhouettage communément observable à la séparation des plages fortement et faiblement impressionnées, comme il nc se manifeste jamais sur pellicule ou papier, mais seulement sur verrc, il ne doit être autre que le phénomène de l'irradiation, dont Abney a formulé (1) ([viii]) la loi trop oubliée, et M. Cornu (2) ([ix]) le remède trop peu appliqué. »
([i]) (2) Comptes rendus, t. CXXVI, p. 41; 3 janvier 1898.
([ii]) (1) Pratiquement, un verre de montre et un petit globe de veilleuse rempliront l'office; car il faut, en tout cas, pour la grande portion de sphère, une issue à l'air, pour éviter une dénivellation du liquide.
([iii]) (2) Pratiquement, suffisent deux bobéches lisses de cristal mince, dans un bain ne dépassant pas les orifices supérieurs ou les dépassant à peine, au cas où l'on préférerait les obturer supérieurement avec une seconde plaque voilée, mise a fleur du liquide, gélatine en bas, de manière a faire l'expérience en croix, en éliminant totalement le rôle de la pesanteur.
([iv]) (3) Ce qui explique que le courant soit toujours dirigé en dedans lorsque l'on essaie d'appliquer aux monnaies mon procédé général de reproduction directe, dont il paraît que, avant moi, M. Darget avait observé quelques cas spéciaux, mais sans en soupçonner la cause physique, et moins encore la généralisation.
([v]) (1) Bull. Soc. fr. de Photographie, 2e série, t. XIV, p.32; 1898. Comptes rendus, t. CXXVI, p.471.
([vi]) (2) Comptes rendus, t. CXXVI, p. 589; 1898.
([vii]) (3) Comptes rendus, t. CXXVI, p. 471; 1898.
([viii]) (1) Phil. Mag., 4e série, t. L, p. 46; 1875. Cf. Moniteur de la Photographie, t. XXIX, p. 115 ; 1890.
([ix]) (2) Comptes rendus, t. CX, p. 551; 1890.

1898, 23 de Maio - Compte Rendu des Séances de L’Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L’Académie des Sciences
T. CXXVI
Nº. 21
Pag. 1500
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PHOTOGRAPHIE.- Amèlioration des clichés photographiques surexposès. Note de M. Mercier, présentée par M. Lippmann.

« On sait que les clicliés exposés trop longtemps à la chambre noire sont faibles et uniformément gris quand la surexposition est trop grande; on n'obtient plus que des traces d'image.
» Il suffit de plonger une plaque, même fortement surexposée, dans une dissolution d'émétique (2gr,5 dans 100gr d'eau) pendant environ deux minutes, de laisser sécher et de développer à l'hydroquinone pour obtenir une image vigoureuse. On sauvc ainsi des épreuves autrement inutilisables.
« Il est indifférent d'opérer sur la plaque avant ou après l'exposition.
« Les sels d'antimoine ou d'arsenic à oxyde organique jouissent de la même propriété. Il en est de même des sels de morphine et de codéine: ils donnent des clichés plus doux que l'émétique avec l'acide pyrogallique comme avec l'hydroquinone.
» Les réducteurs utilisés comme développateurs (amidol, métol, orthol, pyrogallol), employés à doscs extrêmêment faibles (1cgr dans 100gr d'eau) et préalablement oxydés par l'action de l'air, retardent la venue de l'image entière en cas de sous-exposition et favorisent la venue des grands noirs en cas de surexposilion; ils permettent d'obtenir des clichés purs et avec des contrastes vigoureux, alors que la pose a été excessivement prolongée.
« Employés après la pose, ils retardent la venue de l'image et lui donnent moins d'intensité.
« Ces mêmes réducteurs-développateurs non oxydés (l'amidol en particulier) avancent le développement à l'hydroquinone ou à l'acide pyrogallique. Ils augmentent l'intensité des noirs en conservant à l'image une grande pureté.
« Les diverses substances dont j'ai parlé agissent à condition qu'on ait laissé sécher sur la plaque. Mais il est inutile de les ajouter au développateur. «

quinta-feira, 12 de março de 2009

1900, 8 de Janeiro - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. CXXX
Nº. 2
Pag. 82, 83, 84
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PHOTOGRAPHIE. - Appareil de photographie instantanée à rendement maximum. Note de M.Guido Sigriste, présentée par M. Lippmann.

« La valeur des images que fournit la photographie instantanée dépend, pour une très grande part, du mode d'obturation adopté. S'il est, comme dans le nouvel appareil, choisi de telle sorte que l'action des rayons lumineux sur la surface sensible soit utilisée aussi complètement que possible, ou arrive à réunir, dans les images d'objets en mouvement, à la netteté qui exige des poses extrêmêment réduites, les qualités que semble pouvoir seule donner une exposition relativement longue. Et le but est ici atteint par la combinaison d'organes simples et peu encombrants, de manière que l'appareil est d'un emploi facile et ne diffère ni par ses dimensions, ni par son poids, des chambres à main destinées d'ordinaire aux plaques de même taille.
« L'obturateur idéal devrait livrer passage d'un seul coup à la totalité des rayons lumineux réfractés, les laisser agir pendant un certain temps; puis, toujours d'un seul coup, les arrêter. En fait, le système de ces rayons forme un tronc de cône qui ne peut être ainsi sectionné de façon instantanée. Mais ce tronc de cône est un assemblage de fuseaux coniques carrespondant aux divers points de l'image : ils vont s'épanouissant à partir d'une base commune, qui est l'image donnée du diaphragme par la combinaison postérieure de l'objectif, et ils ont leurs sommets sur le plan focal: les positions transverses des pinceaux dont ces fuseaux coniques sont les portions émergentes ont comme section commune l'ouverture du diaphragme.
« On peut concevoir comme positions logiques d'un obturateur: 1º le plan du diaphragme où tous les pinceaux seront sectionnés d'un seul coup, mais de facon progressive; 2º le plan focal, où les divers pinceaux seront coupés successivement, mais de façon instantanée.
» La première disposition caractérise les obturateurs d'objectif; ce n'est pas une bonne solution; l'action de la lumière sur la surface sensible se fait en trois périodes: une d'ouverture, une de pleine admission et une de fermeture; dans les deux périodes extrêmes, qui prennent forcément, dès qu'il s'agit de poses très courtes, un rôle prépondérant, l'illumination de la surface focale est générale, mais inégale et défectueuse; la lumière ne contribue pas utilement à la formation de l'image et n'y a qu'une influence pernicieuse: le rendement est médiocre et devient tout à fait mauvais lorsqu'on réduit la pose à une très petite portion de seconde. Il semble certain d'ailleurs que les obturateurs de ce genre donnent, par leur bord mobile, naissance à des phénomènes de diffraction, auxquels pourrait être attribué, pour une grande part, ce qu'on appelle le voile de sous-exposition. Il y a lieu d'ajouter enfin que de tels obturateurs exigent, lorsque l'on veut arriver à de très grandes vitesses, des dispositions coûteuses et encombrantes qui, susceptibles de rendre de grands services dans les laboratoires de physiologie, ne pourraient évidemment être adaptées à des appareils portatifs.
» La seconde solution correspond aux obturateurs de plaque, essentiellement constitués par un écran fendu qui se déplace dans le plan focal. Théoriquement, ce second mode d'obturation, qui déjà permet d'obtenir simplement des poses beaucoup plus courtes, supprime les périodes d'ouverture et de fermeture, pour ne laisser subsister que celle de pleine admission; toute la lumière qui arrive à la surface sensible agit sur elle dans les mêmes conditions, et celles-ci sont les meilleures. On obtient donc le rendement maximum.
» L'obturateur de plaque réaliserait l'obturation idéale s'il n'entraînait une déformation des images, déformation dont on a d'ailleurs beaucoup exagéré l'importance, car elle est tout à fait insensible si la vitesse de translation de la fente est grande par rapport à la vitesse de déplacementde l'image, condition nécessaire aussi pour que les contours soient nets.
» Mais, si l'on veut que le rendement soit réellement maximum, il faut satisfaire à certaines règles dont il n'était pas suffisamment tenu compte dans les appareils construits jusqu'ici: 1º La fente obturatrice doit se mouvoir à une distance extrêmêment faible de la surface focale; pour peu que l'écart devienne sensible, on aura de nouveau des périodes d'admission croissante et décroissante, l'interception des fuseaux coniques élémentaires n'ayant plus lieu à leur sommet et, par conséquent, ne pouvant plus être instantanée; 2º les bords de la fente, qui ont besoin d'être rigides et nettement déterminés, ne doivent pouvoir, à aucun moment, donner lieu à des phénomènes de réflexion ou de diffusion; quant aux phénomènes de diffraction, il ne sont plus à craindre si la fente reste une distance négligeable de la surface sensible.

« Dans le nouvel appareil, la fente se meut à 0mm,l en avant de la surface focale: ses bords sont constitués par des couteaux taillés en biseau très ouvert et à bord très tranchant; ils sont reliés à une enveloppe plissée mobile qui, fixée d'autre part à la paroi qui porte l'objectif, prélève à chaque instant, dans le système des rayons réfractés, un faisceau partiel et variable comprenant un certain nombre de fuseaux coniques élémentaires; ceux-ci s'y trouvent complètement enfermés et ne peuvent, à aucun moment, amener sur la surface sensible autre chose que la totalité de la lumière qu'ils transportent.
» Le mouvement de translation de la fente est commandé par la détente d'un barillet dont le ressort peut recevoir une tension variable: des ressorts compensateurs assurent l'uniformité du mouvement, et leur eflicacité est attestée par l'uniformité de l'impression sur la surface sensible. La vitesse de translation, qu'une disposition additionnelle très simple permet, au moment du réglage des appareils, de contrôler à l'aide d'un chronographe du Dr d'Arsonval, peut atteindre 2m,50 à la seconde.
« La largeur de la fente est également variable sous l'action d'une vis de réglage dont le pas est de 0mm,5; elle peut être réduite à 0mm,l sans que les bords cessent d'être parallèles.
« On peut ainsi, au moyen de manoeuvres très simples, dont les commandes sont placées extérieurement à l'appareil, faire varier le temps de pose de à de seconde, - on peut même aller plus loin au besoin; - et la valeur exacte en est automatiquement indiquée, à chaque instant. sur un tableau circulaire que porte la paroi inférieure de la chambre.

» Deux faits intéressants méritent surtout d'être signalés: les images paraissent tout àfait exemptes du halo par réflexion, et elles reproduisent de façon remarquablement juste les diverses valeurs des objets. »

1900, 22 de Janeiro - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. CXXX
Nº. 4
Pag. 170, 171, 172
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PHOTOGRAPHIE. - Transformation de I'image photographique d'un cliché en un état lamellaire, et phénomènes de colorations qui en dérivent. Note de M. A. Trillat, présentée par M. Lippmann.

« On sait que l'image photographique d'un cliché est formée d'un précipité amorphe disséminé dans l'intérieur de la pellicule qui constitue le support. Les variations du grain en forment les intensités. Je me suis posé le problème suivant : est-il possible de transformer l'état amorphe de l'argent qui constitue l'image, en état lamellaire? Si cette transformation est possible, le remplacement de l'état amorphe par l'état lamellaire donne-t-il lieu à des phénomènes de colorations interférentielles?
» Pour résoudre ces questions, il fallait d'abord chercher un procédé permettant de dissoudre l'image, c'est-à-dire le précipité d'argent amorphe, dans la pellicule même, et, en dernier lieu, trouver un réactif capable de reprécipiter l'argent, non plus à l'état amorphe, mais à l'état de lames.
» Il m'a paru difficile d'obtenir la solubilisation de l'image dans un bain liquide: le dissolvant, dans de pareilles conditions, déforme l'image et enlève une partie du précipité argentique. Tel n'est pas le cas si l'on expose la plaque photographique à des vapeurs qui, tout en solubilisant l'argent, ne détériorent pas le support de l'image. Ce résultat est obtenu en exposant la plaque à l'action des vapeurs d'acide azotique. A cet effet, la plaque, préalablement soumise à un traitement de nettoyage, de polissage et de durcissement, est placée dans un récipient contenant de l'acide azotique du commerce. On voit l'image, après quelques instants d'exposition, s'atténuer peu à peu et disparaître presque totalement. Le cliché devient entièrement transparent, et le précipité argentique reste dissous à un état qui parait être colloïdal, à l'intérieur même du support (') ([i]).
« Il s'agit maintenant de faire réapparaître l'image en précipitant, à l'état de lames métalliques continues, l'argent solubilisé par la méthode précédente. Dans ce but, je me suis adressé à l'hydrogène sulfuré ou à un corps susceptible de le régénérer (2) ([ii]). Pour la même raison que celle que je viens d'exposer ci-dessus, il est préférable de se servir de vapeurs. La plaque étant placée dans un deuxième récipient, on y fait arriver un courant d'hydrogène sulfuré humide. A peine le courant s'est-il produit que l'on voit l'image apparaître avec un aspect métallique argenté et uniforme. En continuant le traitement, le contour des objets ne tarde pas à se dessiner, puis, finalement, des colorations vives et d'aspect métallique viennent se localiser sur les diverses parties de l'image: ces colorations s'atténuent, deviennent diffuses si l'action est trop prolongée.
» L'opération est arrêtée avant cette limite, la plaque est ensuite séchée.
» Si l'on examine par réflexion un cliché ainsi traité soit face verre, soit face gélatine, on aperçoit une image polychrome vivement colorée; les couleurs sur les deux faces sont souvent complémentaires l'une de l'autre: il semble donc dans ce cas qu'il y ait dissymétrie dans la disposition des surfaces réfléchissantes.
» Ces couleurs ne sont pas altérables, mais l'humidification a pour effet de les faire varier momentanément.
« Par suite de l'indice de réfraction de la nature des lames formées, les colorations sont visibles sous un angle plus grand que dans le cas des colorations interférentiellesobtenues par le procédé de M. Lippmann: la pellicule peut être détachée et transportée sur un support quelconque sans perdre ses propriétés.
» D'une manière générale, si l'on ne prend pas de précautions, on n'observe aucune relation entre la réalité et les nuances obtenues. On peutcependant provoquer la localisation de certaines colorations voulues. D'après mes observations, leur nature et leur intensité varient avec les épaisseurs des grains; elles semblent progresser du blanc au noir en passant par les nuances de l'arc-en-ciel, suivant une périodicité non encore déterminée.
» Il sera donc possible que, dans le cas d'une image dont les parties superficielles présentent des différences notables dans les épaisseurs, l'on puisse, pour ainsi dire, provoquer la localisation de certaines couleurs correspondant plus ou moins à la réalité. A l'appui de ces faits, je présente à l'Académie des Sciences plusieurs clichés positifs d'un même sujet et dans lesquels des colorations vertes, rouges et blanches se sont localisées de préférence sur les parties correspondantes et qui, dans ce cas particulier, sont de la verdure, des toits et des murs.
« Ces observations permettent donc d'acquérir la notion du rôle important que peut jouer, dans l'application du procédé, le degré d'orthochromatisme des plaques.
« En résumé, mes expériences démontrent:
» 1º Que l'on peut obtenir la solubilisation de l'image photographique dans la pellicule par divers réactifs;
» 2º Que cette image peut être reprécipitée à un état lamellaire susceptible de fournir des colorations variables suivant l'épaisseur de l'argent;
« 3º Que s'il n'existe aucune relation entre la réalité et les colorations obtenues, on peut provoquer la localisation de certaines nuances.
» L'ensemble de ces phénoménes inexpliqués jusqu'ici fait l'objet d'une étude actuelle. »
([i]) (1) Si le cliché est insuffisamment poli et durci, il se produit un phénomène inverse : l'image ne s'atténue pas mais apparaît en positif (dans le cas d'un cliché négatif) et en relief. Dans ce cas, le traitement ultérieur donne plutôt des irisations et non des localisations de couleurs.
([ii]) (2) Beaucoup d'autres réactifs sont susceptibles de précipiter de nouveau l'argent à l'état de lames: l’hydrogène sulfuré nous a donné les meilleurs résultats.

1900, 29 de Janeiro - Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences

Compte Rendu des Séances de L'Académie des Sciences
T. CXXX
Nº. 5
Pag. 278
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M. Lippmann présente à l'Académie, au nom de M. Antoine Cros, trois épreuves photographiques en couleurs, exécutées d'après des tableaux. Le procédé employé est celui de Charles Cros. M. Antoine Cros affirme que la finesse et la justesse de ces épreuves sont dues à ce qu'elles ont été faites sans aucune retouche, et par l'application pure et simple de la méthode inventée par son frère.